L'Armée des Ombres

Saison XI Cliquez ici pour voir l'intro...

Arkania, dans le système Perave, est une planète au climat inhospitalier. Couverte de toundra et de glaciers, elle abrite cependant de nombreuses mines qui sont sa principale source de revenus. Arkania est également connue pour ses centres d'expérimentation génétique qui furent à l'origine de la création de nouvelles races.
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By Elizabeth Civicius
#30847
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    La nuit tombait lentement. Sur Arkania, elle était absolue. Sans satellite pour refléter les rayons d’Olim, les Arkaniens ne pouvaient compter que sur eux-mêmes. Dès le soir, les maisons et les rues, s’illuminaient de centaines d’ampoules dissimulées dans l’encadrement des portes et des fenêtres, ou suspendues entre les façades. Toutes ces lueurs se réverbéraient sur la pierre pâle des bâtisses les plus anciennes, et le béton cellulaire blême des immeubles récents, et les cristaux de neige blanche tombant sans relâche. La ville toute entière scintillait au beau milieu de la nuit la plus noire de l’année, alors qu’Arkania était au plus loin de son étoile.

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    Pour certains, cela pouvait paraître étrange, mais le Palais Focela était bien l’hôtel le plus prestigieux de la ville. Il était plus haut, plus beau, plus blanc que tous ses voisins. Il dominait le quartier des affaires, offrant une vue imprenable sur l’astroport et les ministères annexes. Il était l’un des seuls bâtiments de la ville depuis lequel on pouvait apercevoir le pied des montagnes. Certains hommes d’affaires en visite à Adascopolis préfèraient même parfois descendre au Palais Focela de Novania plutôt que de crécher au classique Impérial Palace de la capitale économique arkanienne. Rares étaient ceux dont le porte-monnaie pouvait prétendre à satisfaire l’exorbitante facture des suites les plus réputées d’Arkania. La plus luxueuse d’entre toutes, la Suite Royale, s’étendait sur l’entièreté du dernier étage, disposant d’un accès privé, d’une terrasse à la superficie déraisonnable, d’une antichambre interminable, d’une vaste salle de réception, de deux chambres à coucher accompagnée chacune d’un cabinet spacieux, d’un salon confortable et d’une salle d’eau à l’équipement moderne. Malgré l’ampleur des espaces et la hauteur des plafonds, la suite était aménagée avec sobriété et raffinement, mettant ainsi en exergue la froideur arkanienne dans toute sa splendeur. À l’appui, des lustres de cristal scintillant, des tapis au tissage exceptionnel et des fresques murales à couper le souffle. Pas de dorures, pas de fourrures, pas de colonnes surchargées, pas de parquets excessivement cirés. Seulement des choses simples, dont la finesse et la précision aspiraient le regard et les pensées de quiconque s’attardait à les admirer. Ici, l’hôte était certainement l’élément de décoration le plus criard.

    C’était tout naturellement que la Reine avait jeté son dévolu sur la Suite Royale. Elle avait quitté les appartements du Praxeum pour que l’enquête put suivre son cours. Hors de question de s’installer en la demeure familiale, et de bafouer son engagement auprès d’Arkania. En outre, le Palais Focela savait préserver l’intimité de ses clients, ce dont Calena Civicius était incapable, et la Reine tenait à ce que ses déplacements restent secrets. L’hôtel avait été discrètement sécurisé, ce qui était certainement inutile au vu de l’actuel climat arkanien. Mais la paranoïa ne pouvait être apaisée que par ce genre de mesures. La Reine ne comptait que de rares opposants, des ahuris pour la plupart, des erreurs génétiques bafouant les us et les moeurs propres aux Arkaniens. Elizabeth s’entêtait à penser qu’il suffisait d’un idiot maladivement agressif pour voir sa vie mise en danger. Et toutes ces mesures la gardaient de cet idiot. Du reste, il ne fallait pas s’inquiéter. Arkania était en paix et il y régnait une sécurité dépaysante. L’attentat de la semaine dernière ? Toute la presse en avait fait mention, cela avait fait la une, tous s’y étaient intéressés. Puis s’étaient désintéressé. Après tout, y avait-il eu des morts ? Oui, des soldats, c’était leur travail, et quelques politiciens. La Reine ? L’Empereur ? La Présidente ? Une quelconque personnalité notable ? Non. Vraiment, cela ne valait pas le coup de se mettre la tête à l’envers. De quoi parlions-nous avant cela ? Arkania avait retenu son souffle, une fraction de seconde, le temps de constater que tout ceci avait été brillamment maîtrisé. Puis les choses avaient repris leur cours, comme avant. Tout ceci n’intéressait personne ici. Hormis le Dominion, mais c’était son travail, de gérer ce genre de crise. La crise populaire qui s’annonçait, tracassait davantage les Arkaniens que la guerre au-delà de leurs frontières. La nuit de l’apoastre était connue pour être la plus sombre et la plus froide de toutes les nuits de l’année, ça se fêtait.

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    Elizabeth délaissa sa tenue d'apparat, l’abandonna à même le sol, comme une enfant refusant de ranger ses affaires. Elle se glissa dans un déshabillé de soie tombant jusqu’aux chevilles et dont les manches évasées couvraient ses poignets. Ainsi drapée de pourpre, elle s’immobilisa aux abords de l’immense baie vitrée. La ville fourmillait de speeder en tous genres et de piétons baguenaudant dans les rues illuminées. Depuis ce haut perchoir, on distinguait aisément les points d’intérêts de Novania. Ainsi, l’astroport, le centre historique, les boulevards où s’alignaient boutiques et restaurants, grouillaient d’une foule colorée et laissaient échapper une intense lumière que même l’ombre de la nuit ne pouvait étouffer. Le regard de l’Arkanienne vadrouillait d’un édifice à l’autre sans pouvoir s’ancrer ici ou là. Il s’arrêta finalement au bout de la longue avenue qui bordait le Palais Focela. L’annexe de l’Ambassade était un bâtiment particulièrement imposant à la façade écrue, elle rayonnait, elle aussi dans la nuit. Cette vision arracha à Elizabeth un triste sourire. Elle se détacha finalement de la fenêtre, ajusta sa tenue et s’installa dans le cabinet où elle avait aménagé son bureau. Plutôt que d’enregistrer le message, elle le rédigea.

    Soyons anonymes ce soir, retrouvons-nous au pied de la Tour Athacorr d’ici deux heures.


    Le message était privé, sans formules et signé d’un simple prénom. Harlon avait deux heures, pour se préparer et pour apporter une réponse à la courte invitation, positive ou négative. Pendant ce temps, Elizabeth se contenterait de se préparer.

    L’Arkanienne commença par se glisser dans l’eau chaude d’un bain parfumé qui dura plus que nécessaire. Elle se défit de ses tracas, oublia ses sombres pensées, jusqu’à se sentir enfin à peu près détendue. Mais déjà il n’était plus temps d’en profiter. L’heure avançait. Elizabeth s'enveloppa dans un peignoir élégamment brodé avant de s’installer face au miroir de la coiffeuse sculptée de bois blanc. Les longues minutes qui suivirent furent dédiées à sa chevelure désordonnée. Elle la démêla et la natta en y incorporant des rubans de soie bleu roi. La tresse, sous sa forme définitive, ornait la tête de l’Arkanienne d’une couronne où se mêlaient le bleu et l’argent de la natte. La jeune femme observa le résultat, à droite et à gauche, elle rangea une mèche qui prenait des libertés et regagna la chambre.

    Bien que la soirée était une improvisation de dernière minute, le choix de la tenue était arrêté. Il n’était pas question de s’engoncer dans la dentelle et le tulle pour aller cavaler dans les rues de Novania. Elizabeth avait opté pour une robe bleu cobalt d’apparence plus légère composée d’un bustier baleiné à manches longues et d’une jupe évasée, soutenue par un jupon discret, et qui tombait jusqu’aux genoux. Au-dessous de cette limite, une paire de bottes souris prenait le relais. Enfin, afin de garantir l’équilibre chromatique, l’Arkanienne agrémenta sa tenue d’une veste de fourrure toute aussi grise que les bottes qu’un reflet argenté rendait absolument surprenante. Un coup d’oeil au miroir ne put que confirmer l’évidence, Elizabeth avait un goût exquis. Et elle était excitée comme une enfant la veille de son anniversaire.

    Il était presque temps de partir. Restait à régler un dernier détail, le plus handicapant des détails. La Reine convoqua le Capitaine de la Garde, qui devina, au premier regard, l’objet de sa convocation. Il était contre, bien évidemment, mais il n’avait pas son mot à dire, comme il fallait s’y attendre. Oberan ne put que vérifier le bon fonctionnement de l’émetteur que l’Arkanienne avait attaché autour de son biceps, sous la manche de sa robe. Alors que la soirée de la Reine s’annonçait féérique, celle du Capitaine devenait stressante, au point qu’il ne put que jurer entre ses dents quand la gamine couronnée dont il devait assurer la sécurité quitta le Palais Focela.

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    La Tour Athacorr siégait à la sortie du quartier des affaires, elle avait pris pied dans un élégant jardin public où badinaient bon nombre d’amoureux transits. C’était un point de rendez-vous sans originalité dont la fréquentation était raisonnable. Parmi les passants, la Reine d’Arkania était une Arkanienne comme toutes les autres, s’en allant rejoindre un ami. Elle marchait cependant avec prudence, observant de ci de là ses congénères indifférents. Cette excursion avait quelque chose de déraisonnable qui désormais la faisait douter, d’elle-même et d’Harlon. Elle appréhendait déjà le moment où elle l’apercevrait, attendant patiemment qu’elle n'apparaisse. Elle serait alors certainement incapable de prononcer le moindre mot, de faire le moindre geste, et de poursuivre vers une destination plus enchanteresse. Mais lui, perdu comme il devait l’être en terre inconnue, ne pourrait cette fois rien tenter pour la sauver de sa timidité. Voilà maintenant qu’elle avait peur.

    Elizabeth s’arrêta. Plus loin, elle pouvait voir le pied de la tour mais pas d’Harlon, du moins le croyait-elle. La peur était née d’un conflit entre émotion et raison, elle était le reflet d’une pensée décousue, d’un dialogue intérieur intense qui poussait tantôt à faire demi-tour, tantôt à se précipiter en avant. Au lieu de cela, l’Arkanienne attendait, plantée dans l’allée principale, jetant parfois un coup d’oeil en arrière. Et maintenant, que faire ?
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By Harlon Astellan
#30853
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Arkania


La civilisation. Selon certains, elle se mesurait par son étendue territoriale. Sa quantisation en tonnes de savoir livresque. Un érudit bien étrange avait néanmoins soufflé une mesure finalement romantique à Harlon. Cet érudit, homme de marine marchande dans sa jeunesse, gâchée à préparer l'individu à écumer des bars et à mendier une pièce ou deux sur un trottoir défoncé, avait un jour tiré une conclusion spatiale sur la mesure d'une civilisation.

S'tu veux savoir, éteins la lumière. Observe les gens sur la face obscure d'une planète, et compte les lumières qui s'voient depuis l'espace. Plus c'est gros, plus ça civilise !


Harlon s'était tut. Il avait glissé une plaque de cent crédits dans le godet du vieil homme, une carte avec dessus l'adresse d'un foyer d'hébergement, et était parti sans un mot.

Arkania avait un héritage à porter. Une civilisation à assumer. Ses lumières s'en faisaient témoignes discrètes. Flambantes de mille feux, aux allures chaudes, comme un contraste en pied-de-nez à la nature hostile d'un astre qui s'en trouvait le plus éloigné de son soleil - un Apoastre à cette époque de l'année - et offrait à ses habitants un hiver plus rude encore que l'hiver de plein été. Dehors, on s'égayait normalement. Ce quartier était vide et épuré, constitué des seuls bâtiments de grand standing et des flèches qui piquaient un ciel capricieux et toujours couvert. La nuit allait tomber. Au loin, on voyait des arbres coniques allumer ses feux, en prévision des traditionnelles fêtes de fin d'année. Des foules s'emmagasinaient au pied de chalets aux produits chauds et aux artifices artisanaux, pleins de présents à disposition des bourses remplies, la mère tenait par la main son enfant qui sautille sur place en espérant avoir le jouet de son rêve de la veille.

Et comme un enfant qui attendait son heure, Harlon trépignait. Il se détourna un instant de la vue à couper le souffle qu'offrait sa baie vitrée à blindage pare-laser pour contempler sa suite. La chambre était anormalement grande et aurait du le faire se sentir petit. Pour autant, il adorait ce genre de décoration intérieure. Les motifs floraux chargés mais aux couleurs douces et judicieuses courraient sur les murs marbrés et cuivrées, le ver-de-gris artistique et volontaire glissant sur les formes aux courbes impeccables qui faisait la décoration dans son ensemble.

UJne touche personnelle avait valut un regard approbateur pour qui l'avait conduit ici. Un jeu d'échec. Du même style que son décor. La Reine était-elle joueuse ? Harlon l'était. Il aimait à disputer des parties quand il le pouvait. Mais trouver un bon esprit à qui se mesurer devenait un luxe qu'on n'achetait pas. Harlon se détourna de tout et sortit sur son balcon. La mesure n'était pas sécuritaire, mais son service de sécurité travaillait jour et nuit - et était payé en conséquence - pour éviter les désagréments liés à ce genre de lubie. Leur travail n'était pas facile, mais Harlon leur versait un salaire pour qu'il ait aussi le droit de prendre l'air. Après tout, pourquoi culpabiliser ?

Il posa les mains, bras tendus, sur la balustrade en pierre froide. La neige tombait doucement ce soir d'hiver. L'air était froid. Mais il prenait sur lui. C'était bon pour la circulation. Il fit courir son regard sur les façades allumées, l'oeil attentif. Ses flancs étaient couverts par l'image fugace de ses drapeaux. Cercle de neige entourant le symbole de l'Empire, sur fond de gueule étendu. Un symbole de puissance. Le sien. Ce drapeau était une fierté personnelle. Non pas sa création, mais son héritage. Il abandonna vite son petit monde pour se centrer sur celui d'autrui. Les petites foules qui allaient de lieu en lieu, les enseignes qui filaient à perte de vue. Et au loin, en face, une résidence privée. Louée. Par elle. Il tenta tant bien que mal de croiser un regard, une ombre fugace, un reflet, une silhouette quelconque... mais rien. Il versa une larme invisible en direction du Palais Focela.

On frappe à sa porte. Fichtre. Impossible d'être tranquille une minute. Il ferma la porte de son balcon et se dirigea rapidement vers sa porte. Un messager Arkanien, chétif, les cheveux mi-longs, une tenue pratique. Banal. Sans histoire. Un insigne de la Royauté locale. Un messager officiel. Un de ceux que la sécurité laisse passer en personne.

Oui ?
Empereur Astellan, navré de vous déranger. On m'a chargé de vous remettre cette missive.


Il tend un... flimsi ? Non. Du papier. Du papier ? Y aurait-il une personne de tradition ici ? Il décacheta le pli et fit balader ses prunelles sur les lignes fines, à l'écriture ouverte.

" Soyons anonymes ce soir, retrouvons-nous au pied de la Tour Athacorr d'ici deux heures.

Elizabeth "


Son coeur, soudain, se serra. Puis s'emballa. Il n'en laissa rien paraître. Il patienta.

Le destinataire attend-t-il une réponse ?
Rien n'a été précisé, Empereur.


Harlon hocha la tête. Il pointa un doigt en l'air, Patientez, et se rua vers l'intérieur de son domicile d'emprunt. Vers sa commode. Répondre au message par des mots ? Cela semblait indiqué. Il tira d'abord le peu de liquidités dont il disposait - en tant qu'Empereur il ne touchait aucun salaire et avait peu souvent de l'argent sur lui - et s'enquit d'un papier. Mais il laissa l'idée aussitôt. Il savait quel message renvoyer. Il revint vers le messager et lui tendit une pièce d'échiquier. La Reine.

Tâche de remettre ça en personne à l'envoyeur.


Et il lui donna la plaquette. 5000 crédits.

Pour ta loyauté, soldat.
Merci, Empereur.


Harlon savait qu'elle comprendrait. Que la réponse était un accord. Il envoyait la Reine de son échiquier. Le message était clair. Comment le Roi pouvait jouer sans sa Reine ?




Deux heures. A compter de l'envoi ou de la réception ? Harlon ne sachant l'envoi, il en déduit que la réception comptait pour lui. Elizabeth serait en avance. Il détestait faire attendre une dame, mais il n'aurait pas le choix. La ponctualité indiquait de ne pas arriver en avance. Deux heures. Incognito pour dans deux heures. Un vrai défi. D'abord, prévenir la sécurité. Harlon Astellan, personne sensible, allait sortir. Et ne pas être suivi. Hurlements, argumentation, rien n'y ferait. L'Empereur voulait un moment d'intimité.

Ensuite, les habits.




L'Empereur voulait sortir discrètement. Ce n'était pas du goût de tous. Le Capitaine de la Garde Royale ne le voyait pas ainsi. Deux Gardes Rouges furent mis en civil. Armés de leur savoir et de leur entraînement, ainsi que de leur arme royale. L'Empereur serait protégé, de gré ou de force. Il fallait néanmoins consentir à ne pas le cabrer dans ses caprices.




Pantalon de coton gris, des chaussures hautes en cuir de nerf mat, une chemise en chanvre à maille fine, un gilet en soie sauvage, une veste tombante mi-cuisse, et un chapeau à bords large type Borsalino, feutre noir et ruban gris satiné. Gants noirs serrés avec doublure en coton épais.

Harlon n'avait jamais été aussi... civil. Si commun. Il se sentait aussi à l'étroit dans ces vêtements à sa taille mais jamais portés - une garde robe ne s'utilise qu'à 5% chez les hommes - que guilleret. Pour un soir, il tombait les titres. Pour elle. Je le sais. C'est une certitude. Je vous aime, Elizabeth. Donner ses titres pour lui tirer un sourire. Sacrifice consenti.

Il se défit de son attirail et consenti dans l'absolu à se faire propre. Une douche longue alternant eau chaude et eau froide. Bien se nettoyer. Pas de vapo-douche. Ne pas se parfumer. Se brosser cheveux et barbe. Couper les poils qui dépassent. Enfiler de nouveaux sous-vêtements. Prendre des liquidités.

Alors qu'il enfilait sa chemise, son regard pointa vers son artefact. Posé discrètement sous une coupe retournée. Il s'y dirigea. Souleva la coupe.

Le sabre laser était magnifique. Volé à un cadavre d'un Sith infiltré. Un malin qui avait trouvé plus malin encore. Qui avait trouvé Harlon Astellan. L'infiltration était trop grosse pour passer inaperçu. Pour ne pas être soupçonnée. Corroborée. Et de cette tentative de les avoir, Harlon avait tiré une pièce unique. Un sabre laser finement ouvragé. Il caressa distraitement le chromium illustré et voulut s'en saisir. Il s'en saisit. Il voulut alors allumer le sabre. Il l'alluma. La lame rouge gicla sur les alentours, sa chaleur irradiant le visage d'Harlon, qui aurait voulut caresser la lame de sa main à nu. Il ne le fit pas. Il savait ce qu'il encourait. Il devait garder cet objet, l'emmener avec lui. Mais il savait aussi qu'il devait le détruire. S'en débarrasser, avant qu'il ne le rende fou. Mais il ne pouvait s'y résoudre. C'était son bien. Il l'avait gagné au prix du sang. Un tribut, ponctionné à un cadavre qui l'avait défié. Ce sabre, c'était le symbole de ses victoires. Sa récompense.

Il jeta le sabre à travers la pièce. Un vase fut percuté, rejoignit le sol, ses morceaux refirent un semblant de décoration. Ce soir, Elizabeth l'aurait en entier, et il serait entièrement tourné vers elle. Aucun sabre ne serait dans sa poche.

Il finit de s'habiller, calcula le temps requis pour aller à la tour, et perdit le temps nécessaire pour arriver à l'heure sur place. Il détestait ne pas être ponctuel.




Deux heures après avoir reçu son message, il fit son apparition. La Tour Athacorr. Un lieu pour les amoureux désireux de rester discrets en s'exposant à la face de tous. Elizabeth avait eu une idée brillante en choisissant l'endroit. Quoi de plus discret que le manque de discrétion ? Ici, ils seraient deux visages parmi les autres. Borsalino sur la tête, démarche assurée, les mains ballantes le long du corps, sa veste suivant le mouvement, lui qui avait le devant ouvert sur son gilet qui lui tenait chaud, ses chaussures s'enfonçant sans mal dans la neige, il se sentait étonnement bien. Il avait envie de la voir. Et il allait la voir. N'est-ce pas ?

Arrivé en plein milieu. La recherche. Le regard qui se tourne, se détourne. l'instant qui se fige quand chacun se reconnaît. Quand on se rapproche l'un de l'autre. Harlon se sent obligé de le faire. Retirer son chapeau, se montrer à nu. Me voici, moi, Harlon, sans Astellan. Un sourire, découpé sur fond de ciel noir, à la neige qui reflète les lumières d'éblouissement alentours.

Elizabeth...


Tant de volontés. Lui baiser la main. La serrer contre lui. L'embrasser. Lui dire qu'il ne l'abandonnera pas. L'abandonnera plus. Que veut la Dame elle-même ? Laisse. Elle décidera. Laisse-la décider. Donne-lui l'initiative. Sans quoi il la serrerait contre lui.
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By Elizabeth Civicius
#31031
    Le regard d’Elizabeth courait tout autour d’elle, glissant sur la neige blanche, s’accrochant au sourire des passants. Parmi tous ces visages, elle n’en cherchait qu'un seul, et il tardait à se révéler. Les inconnus défilaient sur l’allée bordée d’arbres dévêtus, seuls, par deux, ou en groupe. Certains posaient sur la Reine un regard curieux. Mais fondamentalement, ils l’ignoraient. Elle était une inconnue. Sa peur, lentement, s’envola. Personne ici ne voyait en elle une Reine. Sauf lui.

    Il avait surgi de la foule éparse, apparaissant enfin. Les épaules de l’Arkanienne se relâchèrent tandis qu'un sourire soulagé se dessinait sur ses lèvres. Harlon était là. Mais alors qu'il avançait vers elle, la peur revint. Que faire, que penser. Comment se tenir. Que dire. Elle joignit les mains, entremêlant les doigts autour de son trésor, et tâcha de ne plus trépigner.

    La distance qui les séparait fut engloutie de quelques pas décidés. Harlon et Elizabeth se tenaient l'un en face de l’autre. À sa manière, il était beau. Et impressionnant. En son sein, le cœur de l’Arkanienne ne trouvait plus la place de battre à sa guise. Son regard invisible ne parvenait à choisir un ancrage, sa bouche ou ses yeux, et se promenait nerveusement sur les traits de l’Humain. Oui, beau. Il rayonnait, des pieds à la tête. Elizabeth ne pouvait s'y méprendre, il était heureux. Près d'elle, il se sentait bien.

    Elle baissa un instant les yeux, le temps pour ses huit doigts de laisser entrevoir la Reine de l’échiquier. Elle la saisit délicatement pour la tendre à Harlon.

      « Seule, elle s'ennuie, elle est triste. »

    Sa voix n'était qu'un murmure. La confidence ponctuée d'un sourire invitait l’Humain à récupérer la pièce de son jeu. On ne pouvait pas jouer sans Reine. Tantôt elle se jetait avec hargne dans la bataille, tantôt elle défendait son Roi avec ferveur, omniprésente. La pièce passa d'une main à l'autre. L’Arkanienne accompagna le mouvement, entourant de ses petites mains celle implacable d’Harlon. Elle l'écarta avec douceur pour se frayer un chemin jusqu'à son propriétaire et se blottir dans les bras de celui-ci. L’étreinte, dans son dos se referma chaleureusement.

    Le reste du monde n'existait plus. Tout avait disparu. Les promeneurs, la tour, le parc, la ville, la planète, et la galaxie toute entière étaient insignifiants en comparaison à cet homme. Elizabeth pouvait se contenter de cela. Des sourires sincères et des embrassades réconfortantes. Son sentiment n'avait pas besoin de trouver une expression différente de celle-ci. Le silence pourtant et les contacts trop réservés, frustraient malheureusement bien souvent un compagnon désireux d’exprimer son transport. L’Arkanienne ne s'en préoccupait cependant pas. La tête vide de pensées, elle appréciait simplement la proximité de l’Humain.

    Ils restèrent ainsi tous deux enlacés sous la neige tombante pour un temps qu’Elizabeth jugea trop court. Harlon la repoussa gentiment, comme pour mieux apprécier les traits de son visage, ses yeux blancs comme neige souriaient. Elle inclina finalement légèrement la tête sur le côté, rompant le silence d'une proposition.

      « Ce soir est célébrée l'une des plus belles fêtes arkaniennes.
      Il serait triste de s'enfermer dans un restaurant.
      Nous manquerions le plus important.

      Viens.
      »

    Sa main attrapa celle d’Harlon, l’invitant à la suivre le long de l’allée. Ils quittèrent les abords de la tour, puis franchirent les grilles du parc. Au-delà s'étendait un boulevard bondés de speeders et dont les trottoirs centraux et adjacents grouillaient de passants. Ici, les façades scintillaient, les vitrines attiraient l’œil par de chaleureuses couleurs, chacun traçait son chemin plongé dans une euphorie partagée de tous. Elizabeth menait Harlon à travers la foule, montrant des choses considérées comme propres à Arkania. Une tenue traditionnelle portée par une bourgeoise raffinée, un speeder conçu et produit en série limitée uniquement sur la planète, une boutique vendant des pâtisseries réputées typiques. Mais tout ceci ne faisait l’objet que de courts arrêts. Sitôt l’Humain constatait-il la chose qu’Elizabeth l’entraînait à nouveau. Jusqu'à délaisser le boulevard pour une rue plus calme, mais toute aussi illuminée. Là, il n’y avait plus grand chose à découvrir, hormis les façades ornées des petits immeubles. L’Arkanienne marchait tout contre Harlon, une main dans la sienne, l’autre agrippée à son bras.

    La promenade dura encore quelques minutes pendant lesquelles la jeune femme se consigna au silence. À mesure qu’ils progressaient, les rues s’animaient de nouveau. Les passants se firent plus nombreux, beaucoup marchaient dans cette même direction, jusqu’à ce que la chaussée ne se mue en place. Aussi longue que large, l’esplanade accueillait en son centre un haut kiosque hexagonal de fer forgé et décoré de lanternes colorées. À l’abri de la neige, se préparaient des musiciens que la foule semblait attendre avec impatience. Aux bords de la place les boutiques avaient étendu leurs promontoires sur le pavé, proposant à qui voulait bien les acheter des marchandises variées. Ici un fabricant de lanternes, là un vendeur de beignets.

    La musique débuta avec entrain, et avec elle, la foule se mit en mouvement. Une danse. Un genre de valse populaire. Cavaliers et cavalières allaient par deux, mais semblaient ne jamais se toucher et n’échangeaient jamais leur partenaire. Liés par le regard ils tournoyaient ainsi en pas rapides. C’était là la version arkanienne. Les Arkants et les quelques Humains s’étant lancés dans l’expérience adoptaient pour la plupart une posture plus conventionnelle et n’hésitaient pas à valser main dans la main. Mais cette pratique manquait de rigueur et rares étaient les Arkaniens qui choisissaient pour partenaire un non-arkanien.
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By Harlon Astellan
#31069
Quelques pas. Trop rapides pour paraître patients. Comment prétendre à la patience ? Ce rendez-vous... depuis combien de temps aurait-il du être posé ? Presque deux ans déjà. Deux ans à se languir de pouvoir, un jour, incognito, voir une Dame. Voir la Dame. Un dehors de fourrure arctique. Des bottes montantes de jeune fille, une robe qui éclatait d'un bleu nocturne sur la découpe des neiges en furie. Un goût exquis et une harmonie de couleurs. Qui s'approchait vers lui. Tuait la distance, imposait le regard, désirait le contact. Une expression énigmatique parant son beau visage, tellement en accord avec ce qu'il voyait alentours. La peau plus hâlée, tout dans sa posture trahissait une petite peur latente. La peur de mal faire. Agir trop vite, trop mal, ou se cabrer et ne rien faire. Déchiffrer les bons sentiments relevait d'un défi logistique inédit pour qui avait conquis un trône galactique. Agir pour quelqu'un. Pas pour soi. Se conformer à des attentes qu'il ne comprenait, une fois n'était pas coutume, qu'à moitié.

Mais pour autant, la Reine, en son for, ne se trompait guère. Il était heureux.

Deux petites mains en cloche, protectrices d'un bien secret. Le creux des agates perça son mystère. Une forme qu'il reconnaissait. Bien sûr. La réponse à son message. Ponctué d'un sourire. Comme on ne lui en avait jamais donné. L'homme plaça ses mains en coupe. Le présent. La Reine pouvait rejoindre son Roi. Seule, elle s'ennuie, elle est triste. Mais plus maintenant. Plus jamais. Toujours accompagnée. Et plus jamais... jamais... triste.

Elle ne le sera plus.


Il récupéra la figurine. La serra dans sa main, cette main implacable. Lentement, il écarta les bras. La réponse ne se fit pas attendre. Il fit un pas. Elle en fit deux, plus rapides. Mais le geste fut le même. Je suis venu à toi, Ô, ma bien aimée. En souhaitant que cet instant ne finisse jamais. Ses mains jointes derrière le dos de l'Arkanienne. Sa main serrant fort sa Reine, à s'en faire saigner la paume. Non. Elle avait dit vrai. Elle n'avait pas menti à son être. En sa présence, il était heureux. Rayonnait. Avait-il jamais connu ça ? S'était-il comblé de la présence d'un autre ? Aurait-il pensé qu'elle le comblerait ainsi ? Depuis le soir où elle l'avait croisé, par hasard, dans un jardin artificiel. En orbite de Telos. Le malaise d'alors était parti. Vaquant, évanoui. Évaporé. Son contact, maintenant, avait le parfum d'un jardin en éveil. Il portait avant son regard sur un voile mortuaire, il sentait maintenant l'odeur volage d'une robe d'été.

L'homme tomba le masque. Laissa son oeil verser une larme. Trace de lui coulant sur la joue de son étreinte sauvage. Un don d'eau et de sel.

Tu me brûles... comme de la glace...


Un vieux vers, tiré d'une légende occulte et remaniée. Ce qu'il lui venait en tête. Trop spontané, rien de réfléchi. Une bêtise peut-être. Quelque chose de mal perçu. Le froid mordant tout autour ne comptait plus. Il tremblait. Mais d'autre chose. Il défit son étreinte. Il ne voulait pas la quitter. Mais il voulait aussi la voir. Il porta le bout des doigts à ses joues. Je veux te voir sourire à nouveau. Il souriait, lui aussi. Son sourire n'était pas rendu de sa bouche, fine, et pâle, comme leur imposant décors. Mais ses yeux avaient un nouvel éclat. Prenaient le relais. Souriaient à leur tour. Elle lui prit une de ses mains posée sur sa joue. Le contact le réchauffa. Et elle se fendit d'une invitation. La Dame prenait les commandes.

    « Ce soir est célébrée l'une des plus belles fêtes arkaniennes.
    Il serait triste de s'enfermer dans un restaurant.
    Nous manquerions le plus important.

    Viens.
    »

L'initiative. Elle l'a prise, elle l'a domptée. Si avant elle avait peur, elle n'en laissait plus rien paraître. Elizabeth Civicius venait, en décidant pour eux, en décidant pour lui, de subir sa première renaissance. Le rythme était aussi rapide que lent. Il lutta par réflexe, planta sa chaussure en avant, talon enfoncé, puis après... allons-y ! Amusons-nous. Pour explorer Arkania à l'aube de sa plus belle fête, il n'aurait pu songer à meilleur guide. Pour le savoir, mais aussi la qualité de la compagnie. La ville, d'un coup brusque, se dessinait devant l'humain.

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La main tendue en avant, lui qui se pressait à sa suite. Elle le guidait. Dirigeait son pas. Prenait à coeur son rôle. Elle semblait heureuse de le conduire. De s'abandonner un soir à l'amusement. Du parc, au pied d'une pointe de fidèle grandeur architecturale. L'endroit, lieu de rendez-vous pour les jeunes amants, s'en allaient dans le lointain si proche pour laisser place à une population plus éparse. Populaire. Des familles. Des couples anciens. Des célibataires même. N'importe qui, pour y trouver n'importe quoi. L'activité nocturne était impressionnante. Il n'aurait pas cru que des choses s'en furent ouvertes à une heure aussi avancée. L'activité était... différente. Saisonnière. La main ne le lâchait pas dans ce dédale citoyen. Il passait près d'étals, frôlait des gens, voyait un enfant passer, une sucrerie à la main, mais jamais il ne lâchait la main. Ni ne le lâchait des yeux. Ils avaient beau être des milliers alentours, il n'existait qu'elle pour son monde. Belle, unique. Il était à elle. Ils stoppaient de temps en temps. Harlon découvrait tout avec un visage d'enfant. Son enfance était parsemée d'études, de précepteurs, d'examens, de stages, de petits complots. Il avait préparé son âge adulte dès son plus jeune instant. Au détriment de son enfance. Il découvrait ce qu'il n'avait jamais connu auparavant. Le savait-elle alors ? Savait-elle qu'en tirant Harlon au milieu de ces célébrations passives, elle lui rachetait une forme d'enfance ? Qu'elle lui rappelait une foule de souvenirs qu'il n'avait jamais eus ?

Ce costume, quel est-il ? Dis...


Mais déjà, l'attraction était finie. Bringuebalé de manège en manège. Ce cabanon, là, qu'était-ce ? Pourquoi en aligner autant ? Et... était-ce... une pomme ? Aussi rouge et luisante, comment cela pouvait... Mais toujours, la main le tirait hors de ces rêveries délicieusement futiles. Cette course au milieu d'un monde inconnu lui tira un petit rire. A lui qui ne riait jamais. La balade n'était pas pour lui déplaire. Et cette chaleur, si inédite, dans le creux de sa main... La foule laissée derrière, ils débouchèrent sur une ruelle plus calme. Fini de traîner, d'être remorqué. Elle resta à son niveau. Serrant sa main plus fort, passant l'autre sur son bras. Il referma sa prise. Que la Reine ne soit plus seule. Plus triste. Son autre main rejoignit le noeud central. Agrippa doucement son petit bras où tombait sa fourrure. Main dans la main. Il tourna la tête dans sa direction. Lui offrit un sourire.

Se laissa aller un instant. Il appuya sa tête sur la sienne. Sans rien dire. Juste marchant, comme ça, au hasard, des choses, des lumières et des bruits. Il n'y avait besoin de rien d'autre.

La ruelle devient une rue. La rue devint une place. Il redressa la tête. Il y avait donc encore des choses à découvrir ce soir. Une odeur chaude et sucrée monta à ses narines, ses papilles même en parurent douloureuses. Ca sentait la nouveauté, les sucreries inconnues et les saveurs à découvrir. Mais l'heure de se régaler viendrait plus tard. Musique populaire, valse de grand public ? Harlon se tourna de peu vers Elizabeth. La main resta soudée. Mais elle se desserra un instant, tourna paume contre paume, comme une petite galette, se trouva prête à se lancer dans une valse aussi endiablée que voulue. La danse ? Harlon était fils d'une famille noble d'une planète noble d'un secteur noble. La Danse faisait partie intégrante de son éducation... et si l'on pouvait ajouter même, de ses obligations. Et Elizabeth devait avoir eu la même éducation soignée, loin des traditions barbares et de petite famille.

Il faut que tu m'apprennes...


Tout sourire. Une invitation d'une petite moue en forme de sourire en coin et d'oeil penché. Les mouvements, c'est simple. Lent, lent, rapide, lent, lent, rapide... mais ne pas se toucher ? Ne pas y aller main à main ? Pourrait-il seulement parvenir à danser sur un pas inconnu ?

Pourrait-il, le temps d'une danse, se séparer d'Elizabeth ?
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By Elizabeth Civicius
#31227
    Tout le monde avait appris à danser cette danse. On ne la dansait pas dans les grandes réceptions, on la dansait lors des réunions de famille, des petits bals populaires, ou enfant chaque fois que l’occasion s'y prêtait. On finissait inévitablement par apprendre les pas joyeux de cette petite valse, indépendamment de l’éducation reçue. Elizabeth, elle, avait commencé toute petite, le jour où, pour amuser Kadmo, sa nourrice avait entamé la première ronde. Frère et soeur avait appris ensemble l’enchaînement ludique. Mais Harlon, lui, n’en connaissait rien. Il était perdu parmi les danseurs qui ne se souciaient que de leur divertissement propre. Il aurait pu saisir sa Dame par la taille et mener la valse, tout bon Humain qu'il était. Mais il voulait apprendre. La réponse fut un sourire amusé.

    Le rythme était évident, et l’on posait un pied sur chaque temps. L’on partait à droite, croisait et revenait. Puis une ronde autour des paumes face à face. Pour les débuts, Elizabeth maintenait d'une main le contact avec son cavalier, pour lui permettre d'anticiper la suite. C'était un miroir, il suffisait de suivre l’Arkanienne. Après la ronde, on croisait de nouveau, mais cette fois vers l'avant, puis vers l'arrière, plus périlleux pour le novice qui cherchait encore ses pas. Harlon s'en sortait à merveille. Il maintenait désormais la tête haute et portait son regard jusqu’aux yeux d’Elizabeth.

      « Tu vois, c'est facile. »

    Le sourire en disait long. C'était un moment de joie partagée. Harlon s’était approprié cette vieille tradition arkanienne. La main de la jeune femme suivait maintenant plutôt que de guider. Enfin, elle libéra sa consoeur. Le contact physique était rompu, mais l'espace qui les séparait était le leur, ils y étaient seuls. Le contact alors, était total. Au milieu de cette foule de danseurs, leur était réservé une sphère intime, au sein de laquelle ils n’échangeaient que des regards heureux et des sourires sincères. Pourtant, la fusion n'avait jamais été si parfaite.

    Quand s’envolèrent les dernières notes, les couples achevèrent le pas en cours. Ils restèrent encore coupés de tout pendant quelques secondes, attendant le prochain air, ou quittant la piste. Elizabeth, attendait. Ses mots étaient rares, elle n'en avait pas besoin. Trop parler, faire de belles phrases, aurait gâché son plaisir. L’orchestre ne tarda pas à proposer une nouvelle mélodie. Cette fois, l’Arkanienne s’approcha d’Harlon pour poser une main sur son épaule et glisser l'autre main dans la sienne. Assez du folklore. Elizabeth suivait son cavalier dont les pas fluides formaient une valse gracieuse, adaptée à l’exiguïté de la scène et la proximité des autres danseurs. En cet instant, tout devenait facile et évident. Les préoccupations quotidiennes étaient lointaines. Comme si demain ne viendrait jamais.

    C’était hors du temps. Une douceur irréelle à laquelle Elizabeth peinait à croire. Rares étaient les moments d'insouciance comme celui-ci, pendant lesquels seul comptait le prochain pas. Aucun doute, aucune pensée ne venait déranger l’inconscience de la Reine. En cette compagnie, aussi étrange que cela puisse paraître, il devenait facile de se concentrer sur l’instant. Qu’il dure toujours.

    Le second air se tut finalement. Elizabeth invita Harlon à quitter le carré. Flâner, voilà qui avait aussi du bon. Et l’Humain avait posé tant de questions sur le chemin … elle ne les avait pas oublié. Ils longeaient tous deux les étales, Elizabeth s'arrêtait quand quelque chose était digne de curiosité.

      « Ça, ce sont des beignets. Avec de la farine, et qu'on fait frire. Des beignets. »

    Elle haussa les épaules, pour marquer l'évidence.

      « Les plus foncés sont typiquement arkaniens, à base de céréales rustiques capables de pousser par grand froid.

      C'est plutôt bon.
      »

    Elle en acheta deux, en tendit un à Harlon.

      « Ça peut être salé ou sucré. Souvent ils sont garnis de pâte d’algues ou d’aiguilles de pin. Là, c'est de la compote. Tu sais, ce truc qui ressemble à … une pomme. »

    C’était plus amer qu’une pomme, et avec un arrière goût sucré. L’Arkanienne grignotait sa part en observant Harlon étudier le beignet dont la forme rappelait celle d’une étoile boursouflée par la cuisson. Quelque chose dans l’expression de l’Humain, lui laissa échapper un rire discret. Du regard, la jeune femme interrogeait son ami. Alors ? Elle se glissa près de lui, reprenant sa place à son côté et enserrant doucement son bras. Ils se remettaient en route après leur bref encas. L’Arkanienne prêtait une oreille attentive aux mots de son compagnon, sans plus vraiment se soucier de l’effervescence alentour.

    Elizabeth ne vit pas surgir de nulle part ce couple, un Arkanien menant par la main une Arkante, lui élégamment apprêté, elle plus modestement habillée. L’homme semblait pressé. Il ne réalisa que trop tard la présence d’un obstacle sur sa route. Son épaule heurta celle d’Elizabeth, qui bouscula à son tour Harlon. Le regard de la jeune femme sauta d’Harlon à l’inconnu.

      « Pardonnez-moi, je suis confus, je … »

    Il tendait une main hésitante vers l’Arkanienne, comme pour s’assurer qu’elle ne tomberait pas. Mais son geste s’arrêta ... Voilà qui n’était pas commun. Il se redressa, portant jusqu’à Harlon un regard curieux. Encore plus surprenant. C’était insensé. Il prit un air contrit. L’Arkante s’approcha à son tour, agrippant le bras de son cavalier.

      « On y va ? »

    L’Arkanien jeta un coup d’oeil à sa compagne, revint à la Reine.

      « Je vous prie de bien vouloir m’excuser. »

    Il passa le bras autour des épaules de l’Arkante et l'entraîna loin de là, quelque part vers la piste de danse. Elizabeth les regarda s’éloigner. Fronçant les sourcils, elle pivota vers Harlon.

      « Pardon, je t’ai bousculé. »

    Un bref silence, les lèvres pincées.

      « C’était Tenoh Adasca. Il vient de rejoindre le Dominion. »
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By Harlon Astellan
#31246
Effarement, effroi, chamboulement, le savoir sens dessus-dessous. Toujours en l'espace d'un éclair flambant, Elizabeth dissipait encore une certitude, un cliché classique. Pour la troisième fois depuis qu'il s'extasiait de sa présence, ce qu'il tenait comme acquis venait de se prendre un croche-pied élégant. Lui, danseur émérite de famille noble, il s'en trouvait à chercher un rythme dans ce qui semblait n'obéir à aucun pas conventionnel. Mais à défaut d'en savoir les pas, il se souvenait encore des théories sur l'apprentissage des pas. Compter dans sa tête les rythmes, les battements, l'espace, chaque pas devenant un critère technique. Placement du pied, direction de la main, paume à angle idéal pour effectuer la "galette" de rotation. La danse avait quelque chose de magique en alliant l'élégance, l'art et un protocole quasi scientifique.

Une série de pas un peu patauds, puis parut le paon d'Empereur, tout fier dans sa tenue de civil, à battre la mesure comme un natif, ses mains se détachant comme l'exigeait la tradition. Mais comme dans toute danse, une chose devait garder un contact. Les yeux.

Le regard des deux danseurs, deux aimants à puissante polarité, comme fixés par une aiguille tendue. leur distance devait se couper en divers mesures, mais jamais ne se quitter. Il se prit vite au jeu. Il faillit dire qu'il trouvait la danse amusante, mais la chose eut tôt fait de sonner comme une remarque désobligeante envers les traditions populaires. "Amusant" sonnait par trop sarcastique dans la bouche d'un noble. Il s'exprima par un sourire, autant réponse à ceux de la jeune femme que pour lui indiquer son état d'esprit. Souriant de la bouche et des yeux, dansant au milieu de gens d'extraction moindre, sur un monde non humain et dans une tenue civile.

Ainsi donc, notre Elizabeth est-elle une enchanteresse. Une jeteuse de sort, à qui l'on offre un coeur meurtri par la magie, à qui l'on fait des promesses d'un esprit plongé en pleine torpeur. Jusqu'à ce que le charme se brise. Et qu'on se rende compte qu'aucun philtre n'aurait au final été nécessaire. Ils continuèrent, les clapotements des chaussures inadéquates ne faiblissant pas d'un iota.

Mais toutes les bonnes choses avaient une fin. Si les minutes comptaient triple en Conseils Impériaux, les minutes égrainées ici défilaient à une vitesse si folle qu'Harlon se surprit à constater que certains étals avaient fermé leurs vantaux entre-temps. Ce bref instant avait-il duré si longtemps ? Etait-il si comblé qu'il n'en eut pas vu passer le temps ?

Les notes finies, il applaudit de concert avec quelques badauds, pour saluer dignement - et par habitude - la performance des musiciens. On réservait toujours une ovation aux fins - qui, une fin de Vorspiel, qui, une fin de monologue final, qui, une fin de concert, qui, l'instant où les acteurs se rassemblent et saluent, pour dire un adieu temporaire à leur public - et il était exclu de déroger à la règle. Puis, quelques notes familières. Comment tourner le dos à pareille Ouverture ?

Veux-tu danser encore le temps d'une valse ?


Tout, tout pour elle. Même un refus s'il le fallait. La valse était un art qu'il maîtrisait à la perfection. Mais elle ne refusa pas. A son instar, elle semblait accorder plus d'importance à cet instant, qu'à tous les autres alentours. Comme une évidence, ils se perdaient tout deux l'un dans l'autre, les yeux se croisant, riant de la simplicité de leur contentement. Soudainement il eut envie de l'embrasser. Dans une valse endiablée, à une mesure forte, là où les pas devaient aller plus vite, la concentration devait aller plus vite aussi. Il brisa ce tabou une fois, une fois seulement. Il se pencha doucement, déposa un baiser sur les lèvres clouées de la jeune femme. Rapide, comme les précédents. Quel culot. Mais peut-être était-ce aussi cela, la part des sentiments. S'adonner à la spontanéité de ses démonstrations. Montrer les choses, ne pas les dire. Que ça aille de soi.

La mesure fut reprise avec adresse et expertise. L'épisode avait frappé comme un météore qui s'abat sur l'astre cible, et avait terminé son oeuvre un clin d'oeil après, laissant derrière lui un potentiel ravage.

La mesure se tut aussi. Un applaudissement. Le regard tout à coup fut un appel à la clémence. Il s'était emporté.

Je suis navré... je ne sais pas ce qu'il m'a prit...


Il mentait un peu. Il savait ce qui avait du lui prendre. Mais c'était un mensonge puritain, comme on en aurait pu en attendre de lui et sa naissance. Presque pieux. Virginal.

Un peu gêné, il guettait un signe de l'Arkanienne. N'importe quoi. Quelque chose...




L'étal le plus proche - ou du moins, le plus accessible - sentait la chaleur et déversait ses odeurs à tout va. C'était donc ici qu'il avait perçu ces odeurs sucrées tantôt. Levant le nez pour s'imprégner des saveurs aux relents d'exotisme, il laissa une coulée lui remplir les naseaux, avant de se rendre à l'évidence : il fallait qu'il goûte. Elizabeth lui expliqua brièvement ce que c'était. Farine frite, fourrée de cent fantaisies ? Sans soucis, mais si ç'avait été cent jours avant, sans façon ! Elizabeth donna ses crédits locaux à l'Arkanien, et lui tendit un des deux beignets. Il le prit distraitement. Ce devait être diablement gras. Son régime était strict, comportait des doses millimétrées de viande, de fruits, de légumes, pour qu'il puisse prendre de la masse musculaire en gardant un ventre plat et une forme athlétique. Il sentit d'abord. Ca sentait... l'huile. C'était bizarre. Il fronça les sourcils et croqua un petit morceau, jusqu'à atteindre la pomme enfermée et injustement malmenée en compote chaude. Son expression changea.

C'est délicieux !


Elizabeth alors mit la main devant sa bouche et gloussa à son attention. Il sourit en retour et prit une autre bouchée.

Je ne connaissais pas... je suis passé à côté de...


Un regard, encore.

... tant de choses...


Ils s'éloignèrent un peu, retrouvant un espace moins chargé de gens et de lumières. Les couleurs tamisées jetées sur le sol bleu eurent tôt fait de les rendre plus calmes, à l'intérieur, et plus expressifs à l'extérieur. Il avait tôt fait de terminer son beignet, s'était épousseté la main. De l'autre, il avait prise celle d'Elizabeth.

C'est un nouveau monde ici. Loin de tout ce que j'ai connu. C'est... plaisant. Je ne l'aurais jamais imaginé.


Mais c'était aussi le lieu pour une question, qui resterait muette, et même lettre morte : était-ce ce monde qui le rendait radieux, ou la compagnie dont il avait bénéficié dans son exploration ? Sans faire attention, quelque chose bougea sur sa droite. Elizabeht fut projetée contre lui, d'un coup. En bon réflexe, il lui empoigna le bras, la fit glisser sur le côté, faisant barrage de son corps pour la protéger. Quel agresseur os..? Oh, rien. Une main tendue, des mots de confusion. Harlon faillit bredouiller que ce n'était rien, mais il n'avait rien eu à subir directement. Elizabeth formulerait bien sa propre réponse. La suite, en revanche, lui fut adressée directement. Un regard... interrogateur. Non. Si par malheur, tu m'as reconnu, alors tais-toi. Oublie m'avoir vu.

Oublie, ou je te tue.
Cette soirée ne serait pas gâchée par un gueulard qui avait envie de pointer du doigt les gens en criant leur nom, leur titre, leurs exploits. Ca vaut aussi pour elle. Mais, comme un age tombé du ciel, sa maîtresse le reprit par le bras, le tirant à part, tournant déjà la page. Il s'excusa, Harlon pinça le bord de son chapeau et tira brièvement dessus, et le couple importun prit congé. Elizabeth s'excusa. Il secoua la tête.

Ce n'est rien, ce n'est rien. Il ne t'a pas fait mal au moins ?


Il en serra un peu le poing en le disant. Puis, une explication. Tenoh Adasca. Un nouvel élu.

Oh. Un jeune.


Il porta encore son regard vers le couple. Son borsalino lui couvrait le front et le haut des yeux alors qu'il les fixait. Ainsi posté, il reprenait sa figure de gargouille renégate.

Son oeil... quand il m'a vu...


Pour autant, Harlon savait que son image était moins répandue que son nom. Il devait ne pas l'avoir reconnu. La chose le laissait perplexe.

Dis-moi... Sur Arkania... les... unions mixtes... comment sont-elles perçues ?





Toujours à son insu, rôdaient deux hommes dont les yeux couvaient leur Empereur sans sourciller. Si la situation avait de quoi les laisser perplexe, ils ne souhaitaient pas s'immiscer dans ses affaires. Ils avaient juste pour mission de le couvrir. En le voyant bousculé, ils faillirent intervenir. Mais deux humains tirant à découvert aussi près d'une foule était une affaire à déclencher une guerre raciale catastrophique. Aussi attendirent-ils que les deux couples se furent séparés.

Et, bondissant comme deux félins arctiques, ils plaquèrent au sol Tenoh Adasca et empoignèrent sa femme à qui ils firent poser genou à terre, leur bâillonnèrent bouche et envies de fuite, fouillant ses poches vite fait, visages couverts d'écharpes épaisses, vérifièrent ses doigts, ses bagues, ses épaules. Sous l'oeil indifférent et anonyme des passants.




Loin du drame silencieux sans victime, Harlon poursuivait son errance, au bras de la Reine des cités alentours. Trépignant comme un jeune enfant, il s'enthousiasmait de tout, à petites phrases, à commentaires gentils et à questions naïves. Ils parcouraient des rues où s'étalaient encore à cette heure tardive des marchands de tout, Harlon cherchant des yeux et d'instinct ce qui pourrait constituer un gage d'affection "populaire", à savoir une chose à offrir à Elizabeth. Quitte à ce qu'il reste le geste, plus que l'utilité de l'offrande. Qui revêtait un côté un peu ridicule à y repenser. Non, à oublier.

Y-a-t-il un endroit encore où nous devrions poser yeux et pensées ? Je me languis de découvrir cette cité...


Il serra un peu sa main. Et offrit encore un de ses sourires sincères.

... avec toi.
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By Elizabeth Civicius
#31247
      Tss. Regardez-les. J’espère que ça vaut le coup. Parce que c’est vraiment une idée pourrie.

    Le Capitaine observait la scène, de loin. De temps à autre, il jetait un coup d’oeil sur l’écran du petit datapad qui ornait son poignet. Il retroussait temporairement sa manche et constatait la position de son objectif et de ses hommes, liés au même objectif. La Reine était sortie, pour danser avec un homme. Un homme, si seulement il n’était qu’un homme. La moue de l’Arkant était révélatrice. L’Empereur. Il l’avait détesté, longtemps. Comme il avait haï la Reine. Deux êtres incapables de compassion. Son aversion pour l’Arkanienne s’était envolée le soir de l’accident du Seigneur Civicius. Un malencontreux incident qui avait valu à la jeune femme une nuit de sanglots. Elle était capable d’éprouver. Et voilà qu’elle semblait aimer. Le sentiment d’Isen, lui aussi, avait évolué.

      Connerie. J’espère qu’on sera assez de cinq pour intervenir s’il le faut. J’espère que tes hommes ne sont pas des tâches, Astellan.

    De l’autre côté de la place, Hains s’était adossé à un lampadaire, tout comme son Capitaine, il scrutait tantôt la piste de danse, tantôt le flot des passants. Le couple, Reine et Empereur, entamait une valse. Un pas après l’autre, l’espace entre eux, s’amenuisait. La moue d’Isen devint une grimace. Un coup d’oeil au datapad, Meyine continuait sa ronde. La nouvelle de la Garde Royale prenait son service très à coeur, capable d’adopter un comportement tout à fait anodin, tout en gardant une vive attention sur le déroulement de la promenade de la Reine. Rares étaient les Arkaniens au sein de la Garde, Civicius avait préféré des Arkants, aucun Yaka. Les Arkants étaient prévus pour cette tâche, optimisés pour le combat et les durs labeurs. Plus grands, plus musclés. Mais la présence de Meyine présentait certains atouts. Ses yeux, sa discrétion, son statut. Une Arkanienne était toujours mieux accueillie qu’un Arkant. Isen ne pouvait voir comme elle pouvait le faire, ses yeux se contentaient bêtement du spectre visible. Il n’avait jamais compris pourquoi Arkania avait privé ses esclaves d’un tel don … au moins, il sentait et anticipait, cela il ne le devait qu’à lui même, et non à l’optimisation raciale. Et ces deux-là, qui les suivaient depuis le parc, n’étaient pas là pour danser.

      Sans blague …

    Un baiser volé. Un peu surprise, la Dame rendit un sourire.

      Pour qui tu te prends … Elle a bien plus de classe que toi …

    La valse achevée, le couple s’éloigna des danseurs. Se promener, badiner, grignoter. Et il fallait que la Garde assiste à tout ça. Le Capitaine suivait, de loin, faisant étape auprès d’un marchant de fleurs en tissu colorées, puis feignant de s’intéresser à une boisson chaude épicée. Mais rien de tout ceci n’avait son attention. De l’autre côté, Hains avait quitté son poste, et s’approchait d’une ruelle, itinéraire supposé de Sa Majesté Civicius. En chemin, il croisa deux agents de police, dans leurs uniformes anthracites, armes à la ceinture. La sécurité intérieure connaissait de nouvelles affectations. Les patrouilles rôdaient dans les rues de Novania. Oberan préférait les savoir dans les parages. Trois gardes, tout armés qu’ils étaient, et deux supposés sbires impériaux, ne suffiraient pas si l’opposition apprenait que la Reine promenait son Empereur ce soir.

    La bousculade força la patience du Capitaine. Sa main droite voulut dégainer aussitôt, mais il la retint. L’importun s’éloigna après de plates excuses, passant devant le garde sans même en remarquer la présence, le visage fermé, préoccupé. Le Seigneur Adasca. Un jeune, oui. Isen, d’un murmure, intima à Meyine de suivre un instant le ministre que la Reine regardait disparaître entre les passants. Elle demeura un moment interdite, avant de se tourner à nouveau vers l’Empereur.

      « Son oeil... quand il m'a vu...

      Il me connait. Pour toi, il ne peut que supposer. Mais tu as rendu hommage à son ancêtre. En cela, il te connait.
      Sa famille sera l’un de nos meilleurs soutiens.
      »

    Tenoh était le petit frère d’Elena. Grand actionnaire d’Adascorp, il revenait depuis peu d’un long séjour dans l’Hydien, résolu à racheter l’entreprise familiale dans son intégralité, afin de rendre à Adasca ce qui appartenait à Adasca. Mais pour l’heure, sa toute dernière rencontre occupait toute sa pensée. Il n’était pas sûr de ce qu’il avait vu. La Reine, c’était évident, en civil. Premier constat étrange. Et cet homme … il ressemblait … vaguement … À peine en chassait-il l’image que deux lourdaux lui tombèrent dessus. L’Arkanien tenta bien une protestation, il n’en eut pas l’occasion. Les passants s’écartaient, certains curieux restaient. L’agitation, le mouvement de recul de la foule, attira l’attention des deux agents en uniformes. Ils s’approchèrent à pas rapides.

      « Police ! Pas un geste ! »

    L’un d’eux arma son blaster, l’autre se tenait prêt à dégainer, il fit reculer les deux Humains. Meyine arriva sur ce fait, et avant même que le policier ne put réagir, elle exposa son badge aux yeux des six protagonistes. Lieutenant de la Garde Royale.

      « Tout va bien, Seigneur Adasca ? »

    Bien loin de ces péripéties, Harlon et Elizabeth poursuivaient leur chemin, à l’abri du chahut policier.

      « Dis-moi... Sur Arkania... les... unions mixtes... comment sont-elles perçues ? »

    L’Arkanienne posait sur son compagnon un regard interrogatif. Elle prit quelques secondes de réflexion.

      « Eh bien, tout dépend si les conjoints sont ressortissants arkaniens ou non. Si l’un d’eux ne l’est pas, il peut faire une demande de naturalisation, et … »

    Sa phrase resta en suspens.

      « Ta question ne portait pas sur cet aspect ci … »

    Il y eut un nouveau silence.

      « Ça dépend qui s'unit avec qui. Plus l’on est respectable, plus le jugement sera méprisant. »

    C’était dit. Quand on était noble, on avait le devoir de faire bonne figure, même en amour. On ne mariait pas un Arkant, non plus un Humain, et encore moins un Yaka. Il était déjà appréciable de savoir qu’on estimait plus aisément un Humain qu’un cyborg cynique. Elizabeth offrait une mine désolée. Tout ceci était mal perçu. Et d’autant plus qu’elle était Reine. Oui mais, lui, était Empereur. Alors ? Ne valait-il pas un noble Arkanien ? Difficile à dire.

      « Je préfère que la question ne se pose pas pour l’instant. »

    Pressant doucement sa main, elle le rassura sur le sujet. Ça n’avait pas d’importance, aujourd’hui.

    Ils s’arrêtèrent devant la vitrine de l’orfèvre. Elizabeth n’y était venue en personne qu’une seule fois, confiant d’habitude la commission à un coursier. C’était ici qu’elle avait fait graver le rubis offert aux Astellan. Elle avait voulu montrer la boutique à son ami, mais retint finalement son commentaire. Elle ne voulut pas évoquer cet épisode dramatique. Il était là maintenant, plein d’une chaleur irradiante, et elle se refusa à causer quelconque peine. Il y avait, dans cette boutique, des choses plus heureuses.

      « À cette période de l’année, on offre souvent une lanterne aux membres de sa famille ou à ses amis, comme une petite veilleuse pour s’éclairer dans la plus longue des nuits. Certains quartiers font montre d’originalité dans les décorations lumineuses, on pourrait aller y jeter un oeil. »

    Dans la vitrine étaient alignés ces fameux petits lampions, pourvus d’un socle ou d’une accroche pour être suspendus. La plupart étaient en papier coloré, tendu par une armature de bois souple, certainement du pin, ou de métal. En leur sein s’épanouissait la douce lumière d’une simple ampoule. Les plus élaborés intégraient des pans en verre soufflé incrusté de quelques pierres translucides. Mais l’éclat qui supplantait tous les autres provenait d’une lampe élégamment travaillée. Une sphère de verre bleu structurée par un pourtour de baleines métalliques. Sa source de lumière provenait du bas de la lanterne et un trapézoèdre disposé au-dessus en distribuait l’éclat dans toutes les directions. Elizabeth s’émerveillait devant l’ouvrage.
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By Harlon Astellan
#31305
    « Il me connait. Pour toi, il ne peut que supposer. Mais tu as rendu hommage à son ancêtre. En cela, il te connait.
    Sa famille sera l’un de nos meilleurs soutiens.
    »

Harlon laissa une expression surprise lui voiler la face.

C'est son descendant direct ? Je croyais la lignée Adasca éteinte. Et qu'il ne subsistait qu'un mince fil marital à revendiquer par les héritiers...


Adasca, ce nom ne lui avait évoqué que partiellement la station qui sommeillait en orbite. Si l'antonyme était évident, le lien, lui, l'était moins. Harlon, fort de connaître les familles locales, savait que Adasca n'était qu'une famille qui ne tenait à leur ancêtre de controverse que par un lien de cousinage par alliance. Une liaison facile à briser. Harlon se souvenait d'avoir fait passer un faux descendant pour l'héritier légitime d'une fortune du Senex colossale, rien que pour couper cet héritage à un rival qui aurait pu se présenter contre lui comme gouverneur. Ancien stratagème que celui du cousin inconnu. Harlon se devait de jeter un oeil sur le dossier Adascorp, dont il n'avait jamais été mis au courant, autrement que par les dossiers diplomatiques lus dans ses quartiers. L'Hydien avait du recevoir la demande de rachat. Et la refuser. L'entreprise étant majoritairement impériale, le dossier n'avait pas du avancer favorablement.

Un de nos meilleurs soutiens... Bien sûr.


Mais assez parlé de ça. Ce soir, la déconnexion devait être complète. Même si toute politique restait collé aux basques dans la sphère privée.




Parallélisant une pensée furtive de leur Empereur, au sujet de choses collant aux basques, les deux Gardes eurent vite fait de procéder à la fouille d'usage. Pas d'épine aux parties percutantes, pas de bague-aiguille, pas de poignard. Un porte-feuille classique, des breloques parsemant les poches, quelques coucougnous et divers colifichets excentriques. En règle.

    « Police ! Pas un geste ! »

L'injonction ne tarde pas. Les Gardes sont entraînés à la réaction vive, aux opérations d'urgence, aux méthodes de force. Faire dans la dentelle n'est pas une chose appréhendable en calme plat. Aussi tournent-ils Adasca, poussent son dos d'une pression frote de la main, lui cognant un peu le crâne sur le sol gelé, et s'en partent en deux directions, à lignes divergentes. Trouver un endroit où se cacher, changer d'apparence, puis revenir dans le plus grand des naturels, sur les traces du couple le plus sensible de cette région galactique. 4 empreintes dans la neige qui valaient des dizaines de millions. Un col de caracul et un borsalino qui portaient sur eux armées, citoyens et entreprises par milliards. Les perdre de vue était un risque qui rendrait malade n'importe quel Garde. Leur mission était prioritaire.

Dussent-ils en tuer les zélés policiers.




    « Ça dépend qui s'unit avec qui. Plus l’on est respectable, plus le jugement sera méprisant. »

Il hocha la tête un peu distraitement. La phrase tournait en son âme et coeur, son essence subliminale n'échappant qu'en infimes parties à son esprit. Cette tournure de phrase revêtait un double-sens potentiel qui manquait de le faire vaciller sur ses jambes, parsemées depuis la rencontre fortuite de tremblements d'appréhension ; et le froid mordant n'était pas pour se révéler un allié dans son entreprise de camper son personnage. Indiquait-elle que Harlon serait mal accueilli, si jamais venait l'instant où tout serait clair, stable, et aux yeux de tous ?

Et si ce n'était le cas, si son accueil, certainement froid, était léger et compréhensif, cela l'indiquait-il comme un homme de peu de foi ? Antonyme de probité ?

Et si une telle réputation venait à rejaillir, dans ses pires atours, sur celle d'Elizabeth ?

    « Je préfère que la question ne se pose pas pour l’instant. »

Salutaire. D'une affirmation claire, d'un avis tranché, ses deux petits mains - où cette absence de cinquième doigt était devenu un attrait typique et charmeur de la jeune femme - l'avaient tiré des méandres de son incertitude. A toujours se questionner sur ce qui pourrait se trouver, il commençait à en oublier l'instant qu'il vivait, maintenant. Marchant de front avec une femme qu'il aimait, l'odeur de ses cheveux nattés planant jusqu'à lui, portée par une brise hivernale qui soufflait sur tous sans les faire valser de leur piédestal partagé.

Au diable la réputation. Qu'ils pensent ce qu'ils veulent. Harlon, pour sa part, ne voulait porter son attention que sur une personne ce soir. Pourtant, une autre question lui vint à l'esprit aussitôt. Arkania n'était qu'un soucis local. Viendrait un instant où Harlon devrait se confronter face à ses gens. Ses amiraux, généraux, directeurs, Moff, citoyens. Lui, l'Empereur, au bras d'une non-humaine. Un risque trop grand pour qui avait trop de projet pour une seule vie. Viendrait un temps où il devrait choisir. Sacrifier Elizabeth. Ou se sacrifier, lui. Pourrait-il seulement l'envisager ? Envisager... de nier ? Dire par trois fois qu'il ne la connaissait pas ?

Oserait-il ? Il oserait. Pourrait-il ? Il pourrait. En survivrait-il ? Il en mourrait.

La main ferme qui le tenait chassa une fois de plus ses noires pensées. Peut-être y aurait-il de la grogne. Mais face à lui, ses opposants n'auraient rien. Il imposerait les lois qui lui permettrait d'exposer les coulisses de son corps fermé, dévoiler un envers du décor insoupçonné. Réfuter son droit à aimer serait non pas une colère xénophobe. Cela serait un affront. Un soufflet jeté en pleine figure de l'Empereur.

L'Empereur, alors, n'aurait d'autre choix que de laver son honneur dans le sang.

Son regard portât sur les devantures, s'émerveillant de nouveau sur leur contenu, les vitrines animées, les panneaux en carton-pâte remplaçant avec exotisme les colonnes holographiques trop courantes et trop banales. Rusticité et tradition redonnaient un charme à une planète qui trouvaient ses couleurs véritables au plus fort de l'hiver immaculé. Un orfèvre présentait sur des coussinets ses créations saisonnières, mettant en avant ses avantages créateurs, ses talents de joaillier, son habile coup de ciseau.

    « À cette période de l’année, on offre souvent une lanterne aux membres de sa famille ou à ses amis, comme une petite veilleuse pour s’éclairer dans la plus longue des nuits. Certains quartiers font montre d’originalité dans les décorations lumineuses, on pourrait aller y jeter un oeil. »

Il hocha la tête, intéressé. Tradition pleine de symbole. Une image lui revenait en mémoire à cet instant. Le jour où son précepteur avait du faire ses valises, abandonnant trois enfants qui, à moins de 10 ans à peine, n'avaient plus rien à envier avec des lycéens. Et l'interrogation d'Harlon quand il lui avait remis un présent singulier, à lui seul, lui, Harlon, deuxième d'une fratrie de trois membres. Une bougie blanche, droite et large. Mais pourquoi ? Et alors, son précepteur, ce personnage si sévère et distant, avait alors donné son premier et dernier sourire à Harlon.

Ce que vous tenez, jeune seigneur, c'est plus qu'une simple bougie. Ce que vous tenez dans vos mains est un symbole de ce que vous portez en vous. La bougie n'est pas objet, la bougie est vie. Sa lumière perce les nuages, sa chaleur réchauffe les coeurs, et son profil redresse même le plus courbé d'entre nous. Vous portez dans vos mains l'étincelle qui peut guider un monde, là où il se serait effondré sans elle. C'est un phare qu'on pose à sa fenêtre, les soirs d'hiver, pour que les âmes perdues puissent la voir de loin, et trouver le sens de leur chemin.

Si, un jour, vous veniez à ne plus être capable de vous orienter, allumez cette bougie, et posez-là sur le rebord de votre fenêtre. Alors, comme une évidence, votre voie sera éclairée.


Harlon n'avait jamais jeté la bougie.

Oui ! Oui, allons-y.


Enjoué, revigoré, il se laissa entraîner par Elizabeth. Son regard coula vers les lanternes, aux formes hétéroclites et à la conception personnelle. Chaque pièce était, à son niveau, un travail d'orfèvre, plus authentique et chargé qu'un bijou ou un bracelet ciselé.

Si chaque pièce semblait unique et belle à sa manière, une seule semblait assez digne d'intérêt pour Elizabeth. La main posée sur la vitrine, en admiration contemplative devant la pièce centrale, sobre, et aussi discrète que mise en avant, la Reine observait l'objet avec un oeil qui indiquait à Harlon qu'il pouvait, lui aussi, donner une bougie à quelqu'un.

Image


Cette pièce est superbe, il est vrai.


Paternel, amical, amoureux, il posa une main sur son épaule.

Tu la veux ?
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By Elizabeth Civicius
#31360
    La lanterne étincelait, elle seule comptait aux yeux d’Elizabeth. Pour quelques secondes, l’Arkanienne admirative en oublia le reste de la vitrine. Non pas qu’elle désirait ardemment cette pièce unique, mais jalousait plutôt son éclat et sa symbolique. La perfection d'une sphère dont le coeur n'était que lumière. Cette image lui évoquait tant de choses que la jeune femme perdit le fil de sa pensée. Les mots d’Harlon la tirèrent de sa réflexion. Elle répondit machinalement, bien avant d'avoir intégré le sens de la question.

      « Non, non… »

    Quand enfin la phrase devint intelligible, Elizabeth leva le nez vers l’Humain. L'expression de son visage balaya toute autre pensée. Aussitôt, la lanterne devint associée à ce visage. L’Arkanienne, timide, rectifia sa réponse.

      « Oui, d'accord … »

    Il était étrange de proposer à quelqu'un de lui offrir un présent. À moins qu’Elizabeth eut mal interprété la demande … Harlon semblait s’inquiéter de l'air penaud de son amie, elle le rassura d’un sourire. Finalement, côte à côte, ils entrèrent dans la boutique.

    Le commerce consistait en une pièce carrée au fond de laquelle s'ouvrait une porte vers la réserve et l’atelier. Aux murs étaient vissées des étagères de fer forgé surmontées d'un plateau de bois verni. Sur chaque présentoir, les créations étaient méticuleusement alignées, éclairées par une source lumineuse dissimulée dans l’armature des étagères. D’un côté, on trouvait des sculptures de pierre, de verre, parfois serties de joyaux. Dans un coin, quelques bijoux, des parures finement travaillées, sous des cloches transparentes. De l'autre côté, quelques lampes pour compléter la collection de lanternes de la vitrine. Et derrière le comptoir, enfermés dans une armoire de verre, quelques rubis et saphirs, bruts ou polis.

    L’artisan était un vieil Arkanien dont le front plissé et les yeux ternis, en comparaison à ceux nacrés de la Reine, attestaient de son grand âge. Il accueillit chaleureusement ses visiteurs - un commerçant, d'où qu'il vint, était un commerçant, et la frigidité arkanienne n’était pas propice au commerce quand se présentait un Humain. Ainsi s’enquit-il de savoir comment combler les désirs de ce client fort élégant. Harlon désigna la lanterne. L’artisan poussa un soupir rêveur. Il retroussa les manches de sa tunique vert de gris et s’empressa d’extirper l’objet de son présentoir. Il la posa délicatement sur le comptoir, invitant le couple à venir l’admirer de plus près. Elizabeth s'approcha, mais n’osa pas la toucher.

      « Celle-ci est en verre soufflé tourné. Le sable utilisé pour sa fabrication provient du lac Vinui. Il a la particularité de contenir des cristaux dont la température de fusion est plus élevée que celle du sable. Voyez, ils sont restés intacts et sont incrustés dans le verre. »

    Son doigt, sans se poser sur l’objet, désignait ici et là les fameux cristaux, minuscules, sur lesquels il fallait se pencher pour les apercevoir.

      « L’ampoule est alimentée par une simple pile atomique. »

    Il attrapa derrière le comptoir un dispositif similaire, mais bien moins joli, à celui de la lanterne. Passant l’ongle dans un recoin, il souleva le cache qui dissimulait la petite pile.

      « C'est tout simple. »

    Il remboita le tout et le rangea.

      « Le maintien de l’ampoule dans la lanterne est magnétique, et sera toujours effectif, même sans la pile. Vous pouvez prendre l’ampoule à pleine main sans risquer de vous brûler. Il y a sur une face un petit bouton pour éteindre et allumer. »

    L’artisan ouvrit les mains devant son oeuvre, les joignit finalement pour clore l’exposé.

      « Je crois que je n'oublie rien. Elle vous plait ? »

    Son regard se promenait entre Harlon et Elizabeth. L’Humain se tourna vers elle.

      « Oui. »

    C'était gênant. Un cadeau. L’Arkanienne appréciait les pièces luxueuses ou de belle facture, qu’elles soient vestimentaires ou artistiques, voire les deux, mais jamais elle n'avait songé à se les faire offrir. Les robes, les vases et les tapis dont elle était friande se trouvaient être des achats réfléchis, exempts de toute compulsivité. Elizabeth comblait seule les besoins de sa frivolité. Par politesse, elle aurait refusé. Mais était-il vraiment question d'être polie. La proposition d’Harlon était source de ravissement, la rejeter aurait engendré tristesse et frustration. La jeune femme, d'un regard, interrogea à son tour son compagnon. Lui plaisait-elle ?

    Si c'était un oui, l’artisan s’affairerait à emballer le présent, après l’avoir éteint, avec le plus de délicatesse possible. Quelques fines et larges feuilles de papier blanc, une autre feuille cette fois bleue, puis une élégante boîte plastifiée opaque aux motifs festifs, et enfin un sac de tissu à longues anses pour faciliter le transport. Viendrait ensuite l’étape du paiement, le discret montant s’afficherait sur l’écran tourné vers l’acheteur, et le commerçant offrirait un aimable sourire à son client avant d’encaisser son dû. Il tendrait le sac à Harlon et accompagnerait ses visiteurs jusqu'à la sortie. Au dehors, à quelques pas de la porte, Elizabeth se glisserait dans les bras de l’Humain pour poser la tête contre son torse. Un remerciement silencieux.




    Tandis que le ministre se relevait, puis aidait sa compagne à sortir de la neige, quelques curieux se groupèrent alentour. Entre temps, une autre patrouille était arrivée sur place. Une discussion amère s’engagea entre l’homme d'État et le lieutenant. Finalement, l’Arkanien et son amie furent pris en charge et accompagnés jusqu’à leur domicile. La soirée, pour eux, touchait à sa fin. Meyine faisait désormais face à un tout autre problème.

      « Des Humains, apparemment, pas bien sûr… »

    Les policiers encourageaient les badauds à retourner vaquer.

      « Circulez messieurs-dames, pas d’attroupement. »

    La plupart passa son chemin. Certains restaient.

      « Il n’y a bien qu'un Humain pour faire ce genre de choses. »

    Rire narquois.

      « Vous les laissez filer ?

      Dispersez-vous.

      Avec ce genre de mesures on leur donne tous les droits.

      Qu’est-ce qu'il veut l’ectoplasme ? »

    L’un des deux policiers tira au clair sa matraque électrique. L’autre communiquait à la patrouille la plus proche. Le lieutenant, déjà, s’éloignait, rapportant sommairement l’affaire à son supérieur.




    Le Capitaine rompit la distance sécuritaire minimale, entrant ainsi dans le périmètre de confort. Quand il aborda la Reine, elle était en train d’expliquer à son compagnon la différence entre ce gâteau ci et celui là. Isen se posta de l’autre côté de l’étalage en libre service, attrapa un sac en papier, et entama de le remplir de ces gâteaux là. La Reine leva imperceptiblement les yeux vers lui, sa présence ne pouvait être annonciatrice de bonne nouvelle. L’Arkant délivra l’information aux quelques clients du petit commerce, comme un ragot qu’on ébruite.

      « Il y a un accrochage près du belvédère. La police est en train d’intervenir. Apparemment ils vont boucler la place. Chouette soirée ! »

    Son voisin de droite répondit d'une platitude polie, ramassa son achat et s'éloigna. À son tour, Isen règla à la caisse et reprit de la distance. Elizabeth suivit distraitement le Capitaine des yeux. Sa main glissa dans celle d’Harlon.

      « Allons-y ? »

    Elle le guida jusqu’aux abords de la place, sans plus un mot, affichant un sourire léger. L’Humain et l’Arkanienne quittèrent le quartier. Sur le chemin, ils croisèrent un ou deux speeders aux couleurs des forces de l’ordre. Leur chemin les mena finalement jusqu'à un parc aux illuminations variées. Certains arbres, ici, avaient encore toutes leurs feuilles aux nuances jaunes et oranges.
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By Harlon Astellan
#31406
D'accord ? C'e... Non, non, il allait encore sur-interpréter les mots qu'on lui avait dispensé. Ne pas tout analyser. Laisser aux mots leur charme de l'inconnu, de l'incompris et de l'interdit. "Oui" comptait pour lui seul. Ne pas faire de faux bond, ne pas acheter de façon compulsive. Ne pas se laisser aller, au risque de gaffer. Mais elle ne semblait pas tant résignée. Elle semblait même s'en accommoder le plus naturellement du monde. Aussi entrèrent-ils dans un établissement, aux marchandises d'art étalées à leurs yeux comme des tapis roulés qui patientent dans une caverne aux merveilles des contes exotiques des petites enfances. Comment se faisait-il que tout restait ouvert si tard ? Même Harlon n'avait fait du travail de nuit qu'une exception très particulière. Mais, après tout, trônait là un artisan qui fabriquait de son rythme et de son envie, et qui vendait à la même allure. L'endroit sentait le silice cuit, les copeaux de bois et l'étain de soudure. Ces odeurs, il ne les avait connues que dans des livres qu'il avait lu sur l'artisanat et les professions artistiques. Sans avoir jamais touché un ciseau à bois, il aurait pu réciter les meilleures marques de matériel et l'ensemble des étapes nécessaires à l'élaboration d'une sculpture grandeur nature.

Mais sentir des odeurs qu'il n'avait jamais fait que lire, c'était... différent. Il pouvait enfin associer des mots à des odeurs, pour satisfaire ses sens olfactifs qui ne connaissaient que le propre, le luxe, les bancs des écoles privées, la sueur des foules et le charnier d'un unique champ de bataille.

Séparé du magasin, un atelier à la vue plongeante, un simple panneau vitré faisant office d'officine à curiosités du public restreint, séparant le propre du sale, le vieux du jeune, le vendeur de l'acheteur, le beau final du laid commencement. Le commerçant accusait un âge qui le plaçait en vétéran de la profession de souffleur de verre et de monteur de lanterne, mais ses gestes, il le remarqua vite, restaient au demeurant vifs et ajustés. Son oeil, sans pupille, mais plus fatigué que ceux d'Elizabeht, courait doucement entre elle et lui, son sourire énigmatique oscillant entre le forcé et le sincère, le cache-misère et le déployé. Si l'on voulait quelque chose en particulier ? Un simple geste vers la lanterne suffit. Tirant à lui une clef de sa poche, il extirpa de son socle la lanterne et de ses lèvres un soupir satisfait.

Les explications, Harlon ne les suivait que vaguement. Cristaux, lac, fusion, température... il avait un regard un peu vide en voyant le reflet des spots extérieurs sur les cristaux qui éclataient la lumière à sa surface. L'image réfléchie valait toute son attention. Elizabeth, même brisée en des milliers d'infimes fragments valait toutes les attentions de l'Empereur. La lanterne, moins qu'un cadeau, lui donnait une occasion de la regarder encore, à sa façon. De fixer ses pommettes lisses, sa peau nacrée, ses yeux... tout. Un reflet qui ne faisait point pâle figure.

    « Elle vous plait ? »

La question était posée à la cantonnade, mais l'homme savait qu'une seule concernée pouvait seulement en décider. Pour ce qu'il en pensait, la lanterne était belle, mais son aspect avait moins de valeur que le symbole dont elle était porteuse. La choisir sur son aspect n'était pas une priorité. Même s'il pouvait comprendre ce qui, en elle, attirait Elizabeth. Aussi se tourna-t-il vers elle, un sourire interrogateur sur les lèvres.

    « Oui. »

Hochement de la tête. Oui, elle lui plaisait donc. C'était tout ce qui comptait vraiment.

Elle est magnifique.


Cette phrase, il l'avait donnée à Elizabeth. Mais il voulait aussi en faire un aveux à destination du vieil arkanien. En occultant sa lampe. Elle est magnifique. Et son reflet l'est tout autant. Et c'est un mérite plus grand que celui de ton talent que je te donne en disant cela. Harlon, d'un mouvement subtil, signala qu'il allait prendre la lanterne. Le vieil homme leur offrit un beau sourire, et entreprit de donner à son oeuvre un cercueil temporaire, où elle demeurerait à l'abri, emmitouflée dans du papier de soie. D'un oeil entendu, et sans pipper mot, les deux hommes se signalèrent que le prix resterait un secret. Harlon avait bien fait de prendre sa forte plaque de crédit. Mais le prix n'était qu'une formalité administrative. Il engoissa un instant que les commerces n'acceptent pas les crédits impériaux, et usent d'une devise différente. Mais l'artisan ne sembla pas s'en soucier. Visiblement, on prenait ce qui rapportait ici. Et Arkania devait avoir une monnaie alignée sur le cours impérial. Il laissa la plaque de crédit - en refusant le retour de monnaie - et prit d'une main ferme et délicate les poignées du sac. Le vieil arkanien offrit des sourires à la volée, des mots de remerciement et divers voeux de fêtes, et Harlon comme Elizabeth prirent congé de son auguste atelier.

Bien... V...


Mais là encore, il fut trop lent. Prit par surprise, en traître presque, un ouragan dépassé par un éclair puissant. Ecartant par réflexe ses bras, il vit l'Arkanienne s'y loger, le serrer fort, puis poser son oreille contre son coeur. Qui s'emballa, après s'être arrêté. Son sac à la main, il enserra néanmoins sa compagne. A toi, maintenant, je t'offre une bougie, Elizabeth. Un monument à la lumière. Et tandis qu'ils étaient là, il ne put s'empêcher de rompre un silence entendu. Porter son symbole à cette oreille posée contre son palpitant.

Cette lanterne, je te l'offre, comme on ferait le cadeau d'un phare. Si d'aventure, tu avais besoin d'aide, allume-là et pose là à ta fenêtre, à la vue de tous. Que sa lumière me guide vers toi. Que son éclat éclaire le monde, comme tu éclaires le mien.





Les deux Gardes avaient trouvé une tangente et avaient pu se défaire d'un ou deux habits, retournant littéralement leur veste avant de jeter leurs écharpes. Avec quelques crédits de faux frais en poche, ils achetèrent quelques atours grossiers parmi quelques étals de marchandises industrielles et commandées au gros, avant de repartir vers la dernière trajectoire connue d'Astellan. Leur mission était de garder un oeil sur lui. Et ils l'avaient perdu. Ils ne vérifièrent à aucun moment l'intérieur des boutiques, pensant que jamais il n'entrerait lui-même dans un endroit aussi confiné et peu sécurisé. Aussi passèrent-ils devant le couple et poursuivirent le chemin en les laissant derrière eux. Au final, le résultat revenait à un constat accablant : ils avaient perdu l'Empereur de vue.

Leur carrière prenait fin.




Les gâteaux, empilés là comme des pieux, allant des palets aux têtes-de-nègre en passant par des petits sablés, subissaient un cours magistral où ils figuraient comme sujets principaux à destination d'Harlon. Il connaissait des gâteaux, mais rien d'aussi... trivial. D'aussi populaire. Ecoutant avec attention, il allait se saisir d'un sac et se composer un assortiment sous l'oeil maître d'Elizabeth quand un personnage étrange entra dans leur vision périphérique.

    « Il y a un accrochage près du belvédère. La police est en train d’intervenir. Apparemment ils vont boucler la place. Chouette soirée ! »

Harlon écouta sans plus, avant de le regarder s'éloigner. Quelque chose ne collait pas. Non pas l'individu en lui-même, ou dans ce qu'il venait de dire. Mais... dans sa façon de marcher. Il marchait d'une façon à la fois assurée et peu rassurée. Il avait tourné la tête vers Elizabeth tout en cherchant le contact visuel. Il clochait. Et Harlon n'avait pas envie de jeter un oeil par-dessus son épaule pendant leur marche. Pas plus que de casser la gueule à un badaud désireux de leur faire les poches devant Elizabeth. Harlon avait une poigne qui pouvait faire gicler le sang. Le spectacle ne serait pas beau à voir, et pourrait tâcher à jamais la lanterne qui pendait à sa main.

    « Allons-y ? »

Il revint vers elle. Elle put lire dans ses yeux son inquiétude un instant. Puis il revint à des yeux plus rieurs, même si son regard convergea une nouvelle fois vers l'arkanien inopportun.

Oui, je te suis.


Il laissa là le sac à gâteaux - de toute façon il n'avait plus d'argent - et suivit la Reine jusqu'à la périphérie de la place. En zieutant les véhicules policiers qui fendaient la foule, il ne put s'empêcher de repenser à l'attaque du Praxeum. Il aurait pensé qu'une vent de panique aurait soufflé, surtout en si dense emplacement. Mais les dispositifs de sécurité étaient faibles, et la population semblait ne pas s'en soucier. Harlon devait mettre des sociologues sur ce coup. La résilience sociale Arkanienne avait de quoi faire des envies.

Mais bien vite ils oublièrent la place et débouchèrent sur un parc - dans lequel rôdaient deux Gardes en civil cherchant leur Empereur - aux arbres emplis de décorations flamboyantes. Cela tira un petit rire d'Harlon.

Tu te souviens de notre première rencontre ? C'était presque identique à ici.


Une pause. Un air nostalgique.

Tu ne voulais pas me déranger... et...


COmment avait-il dit ? Oh, oui, bien sûr. Il se tourna vers elle, serra sa main un peu plus, agrandit la fente qui offrait un autre sourire. Comme si sa vie avait consisté à les économiser pour les lui rendre en cette soirée.

Souffrez de partager cet endroit avec moi.
Alayna Tega

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Koshū

L'air était chargé d'humidité, ce soir-l[…]

Bonsoir, Tout d'abord merci de l'intérêt que tu p[…]