L'Armée des Ombres

Saison XI Cliquez ici pour voir l'intro...

Arkania, dans le système Perave, est une planète au climat inhospitalier. Couverte de toundra et de glaciers, elle abrite cependant de nombreuses mines qui sont sa principale source de revenus. Arkania est également connue pour ses centres d'expérimentation génétique qui furent à l'origine de la création de nouvelles races.
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By Elizabeth Civicius
#32353
    Les plats étaient élégamment présentés, composés de mets raffinés et délicatement épicés. Quoi qu'on eût choisi, il était difficile de ne point en apprécier la saveur. Toutefois, la discussion s'achevait sur une note amère qui ne manquait pas de faire oublier la qualité de l'assiette. Mais tout bon diplomate qu'il était, Harlon trouva quelques mots pour adoucir les dernières bouchées.

    Cette pitoyable troupe de gras bourgeois lui faisait-elle envie ? L’opéra. Un divertissement des plus nobles. Quelques fables colorées chantées pour faire oublier combien terne était cette vie. Un fin sourire se dessina sur les lèvres de l’Arkanienne.

      « Pensais-tu à une autre escapade trépidante ? »

    Sa main se lova au creux de la paume humaine.

      « Car jamais ici tu ne trouveras une place digne de ce nom à réserver à l’opéra la veille de la représentation. Notre seul statut nous fera entrer demain soir. »

    Et elle eut, de l'autre main, un geste rond appuyant tout le ronflant des titres ainsi évoqués.

      « Tu n'as rien contre les fauteuils de la galerie ? Sinon nous devrons nous contenter de la loge d’honneur … »

    La boutade fut accompagnée d'une moue moqueuse. C'était à Harlon de choisir. Une autre soirée anonyme, ou un divertissement d’agrément à la visite diplomatique. Intérieurement, Elizabeth avait déjà fait son choix, mais le garda secret, piquant de sa fourchette la dernière bouchée de son premier plat.

    La question suivante laissa l’Arkanienne surprise. Elle était des plus banales, et pourtant ce soir, elle lui sembla sortir de l’ordinaire. Et trouver une réponse allait être … si difficile. Il y avait tant de choses, qu'elle voulait voir, qu'elle voulait faire. Tant de frustrations accumulées pendant une décennie. Premièrement, elle voulait le voir lui. Elle voulait lui parler, et entendre sa voix. Poser encore un regard sur lui. Elizabeth leva les yeux vers Harlon. Ce n'était pas lui. Il n'était pas aussi beau, pas aussi attentif, pas aussi chaleureux, pas aussi commun. Il n'était pas cette image faussée mais parfaite à laquelle la jeune femme s’accrochait tant.

    L’horreur frappa soudain Elizabeth. Elle avait tant voulu qu'il lui ressemble. Elle avait projeté en lui les souvenirs de son défunt amant, idéalisé avec le temps, élevé sur un inébranlable piédestal mémoriel. Elle avait peur d’en chasser le mort. Car si un instant elle cessait de penser à lui, les contours déjà incertains de son visage s’effaceraient, et pour de bon, elle oublierait l’expression si douce de celui qu'elle avait tant aimé. Que représentait alors son amour pour Harlon ? N’était-il qu’un moyen de prolonger par procuration une relation fanée trop tôt ? L’ignoble doute figea l’Arkanienne, dont la fourchette ne décolla en fin de compte pas de son assiette.

    Il existait cependant, à propos d’Harlon, une pensée agréable, une de celles qui, pour une seconde seulement, éprouvaient le coeur. Elle se présentait quand il était trop loin, ou trop proche. Quand il faisait étalage de sa force, autant mentale que physique. Quand il se montrait vulnérable, ne fusse que le temps d’un battement de cils. Cette pensée ne le concernait que lui. Il était alors totalement dissocié du fantôme qui hantait l’Arkanienne, et l'objet d'un amour sincère.

    Cet amour, Elizabeth l'avait éprouvé pour Harlon avant de prendre conscience qu'il chasserait l’affection portée au défunt. La culpabilité avait longtemps travaillé à séparer les deux amants, puis la peur d'oublier avait trouvé un moyen de concilier vie et mort en la même relation. Jusqu’à ce soir. Pour danser, il n'y avait eu qu’Harlon. Et puis il avait posé cette question. Que veux-tu ? Elle voulait revoir Elion. Elle voulait qu’il ne fut jamais mort. Elle voulait voir naître son enfant. Et la tenir dans ses bras.

    Elizabeth se sentit défaillir. Elle reposa son couvert, et planta dans les yeux d’Harlon un regard triste.

      « Si. J'aimerais, au printemps, aller à Illia. Apprécier la fraîcheur de la lande encore enneigée, et assister à la naissance des premières fleurs. Elles sont blanches et si lourdes que les branches des arbres plient sous leur poids. »

    Un soupir.

      « Et peut-être qu’ainsi en retrait, je trouverai le moyen d’oublier ce qui m’attriste. »

    Sa seconde main vint rejoindre la première, au côté de celle d’Harlon.

      « Mais tu ne seras pas là, alors … »

    La phrase demeura en suspens, espérant que son destinataire trouverait lui-même les quelques mots manquant. Alors … si Harlon n’était pas présent, même six mois de repos ne mèneraient à rien. Malgré leurs violentes disputes, et le peu de temps partagé ensemble, il était un soutien. En une décennie, Elizabeth n’était jamais parvenue au terme de son deuil. Lui était capable d’effacer sans douleur les cicatrices passées. Et même s’il n’avait pas suffisamment de temps ou d’attention à lui accorder, elle lui confiait son coeur si timide. Il était peut-être le plus à même de le soigner.

    L’Arkanienne adressa à son ami un sourire gêné.

      « Je recommence, pardon. »

    Les joies n’étaient que de courte durée en la compagnie d’Elizabeth. Elle ne savait apprécier la simplicité d’un moment sans une note de mélancolie.
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By Harlon Astellan
#32416
Une escapade trépidante ?

Et bien, s'il se trouvait quelque parc boisé... peut-être pourrions-nous partir en quête de quelque chose de trépidant.

Une légende familiale dit qu'on y trouve quelque chose de particulièrement revigorant.


Ah. Oui, réserver à l'opéra se faisait dès qu'on entendait parler de la représentation. Sauf pour les abonnés.

J'imagine qu'il faudrait rester incognito. Mais je serai surpris que personne dans la salle ne ne reconnaisse aussitôt. Surtout toi. Il se trouvera trop d'élite pour espérer un anonymat total.


Il fallait quand même poser la question.

Que préférerais-tu ?


Mais son autre question sembla... déplaisante. Il l'avait posée comme une envie d'en savoir plus naturellement, de discuter des petites ambitions qui reposaient l'esprit et le corps, mais voilà qu'un tourbillon psychique tourmentait l'esprit de la jeune arkanienne. Sur des rides flétries, on lisait le martellement trop rythmé de la peine, des souvenirs de mal et de la perte de soi. Qu'avait-il pu dire de si dérangeant ? Que voulait-elle qui fût si implacable à son esprit troublé ? Il se sentit mal, mais n'osa rien demander, de peur d'empirer ce qui était déjà semblable à une dague courbe plantée au flanc.

Mais la réponse vint malgré tout, avec une neutralité si chargée qu'on la devinait mensongère. Ou du moins non, on la sentait réelle, mais incomplète. En diversion d'autre chose de plus enfoui. Ferait-elle un jour le récit de ce qui empoisonnait son coeur ? Pourrait-elle faire glisser son passé comme une maîtresse laisse glisser sa nuisette ? Laissée au pied des amants comme il en va de coutume. "Oublier ce qui m'attriste". Pouvait-elle plus efficacement nouer sa gorge qu'en prononçant telles paroles ? Ce qui naquit en son ventre ressemblait à s'y méprendre à une envie de régurgiter ce plat dont il appréciait le goût avec une pensée lointaine. Eût-on servi un steak haché et une poignée de vulgaires frites qu'il aurait mâchonné sa bouchée à la même manière que maintenant, comme un bovin qui regarde l'horizon sans expression. "Mais tu ne seras pas là, alors..."

Alors...


Alors ? Pouvait-il faire pire ? Lui dire qu'il serait occupé ? Qu'il avait plus urgent à faire que regarder des fleurs s'épanouir ? L'interrogation de ses hémisphères lui hurlaient son devoir. Mais ses ventricules, eux, lui hurlaient qu'il n'était rien de plus urgent que d'aller, au printemps venu, accompagner Elizabeth à Illia - où que ça soit - pour aller voir des fleurs s'épanouir aux lueurs matinales d'un printemps trop fugace.

Alors j'y serais. Au printemps, à Illia. A apprécier la fraîcheur de la lande encore enneigée, à assister à la naissance des premières fleurs. Voir les branches craquer sous le poids des neiges éternelles et des fleurs trop coriaces. A la main que j'aurais choisie.


Il n'avait plus faim. Le maître d'hôtel s'en offusquerait, mais il n'eût comme geste que celui d'écarter son assiette à peine entamée.

Elizabeth... qu'est-ce qui provoque tel émoi ? Quelle est cette source de chagrin qui t'enchaîne ?
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By Elizabeth Civicius
#32553
    Sans aucun doute, l’opéra plaisait à Elizabeth. En revanche, l’idée d’une soirée planifiée, sous le feu des projecteurs politico-diplomatiques, car bien sûr un tel événement ne pouvait demeurer privé, lui était déplaisante. Alors, comme on lui laissait le choix, l’Arkanienne préféra minimiser leur temps d’apparition en public en tant que Monarque et Empereur, quitte à ce que la visite officielle ne comprit ni dîner, ni spectacle, rien que d’interminables rendez-vous pendant lesquels s’échangeaient stratégies communes et accords de principes. Elle avait demandé et obtenu trois jours. Trois jours qu’il fallait exploiter au mieux. Pas d’opéra, elle s’en passerait pour cette fois. Elle trouverait mieux, pour peu qu’il lui laissât un peu de temps. Aussi déclina t-elle enfin la proposition, évoquant l’exclusivité de leurs escapades qu’elle entendait préserver.

    * * *


    Harlon se révélait très réceptif aux caprices d’Elizabeth. Je serais si triste, sans toi, là bas. Toute la beauté de ces fleurs ne suffirait pas à me consoler. Alors il accourait, à grand renfort de promesses, afin d’apaiser la peine causée par son absence, et dans l’espoir de lui faire décrocher un sourire, rien qu’un sourire. Il l’obtint, un peu triste, mais révélateur d’un soulagement certain. Rien ne la réconfortait plus que de savoir qu’il serait là, ou qu’il promettait d’y être. Peut-être ne saurait-il pas tenir cette promesse, mais pour l’instant cela n’avait pas d’importance. Il avait cédé à ce petit chantage, voilà tout ce qui comptait alors. Elle était plus chère à ses yeux que toute la paperasse de l’Empire. Même si dans le fond, elle en était désolée.

    L’Humain repoussa assiette et couverts, à croire que son choix était sujet à regret. L’Arkanienne ne douta pas un instant que ce rejet n’était dû qu’à ses propres mots. Elle délaissa à son tour son plat, dans un mouvement similaire à celui de son ami.

      « Harlon … Pardon … »

    D’une main peu assurée, elle chercha un contact, même léger, pour demander pardon, pardon de gâcher sans cesse de bons moments. Elle s’en voulait désormais de n’avoir su se taire, et se rendit compte que la mélancolie jamais ne la quittait. Alors puisqu’il le demandait, peut-être fallait-il simplement se confier, avant que d’autres instants ne fussent ainsi perdus. Et s’il l’abandonnait … Oh, il en avait des choses déplaisantes à raconter. S’il l’abandonnait, on ne pourrait que le qualifier d’hypocrite.

    Le regard d’Elizabeth se promenait autour d’eux, voyageant de table en table. L’endroit était peu propice aux confidences. Mais ils se trouvaient néanmoins suffisamment isolés pour qu’elle pût glisser quelque secret. Les deux petites mains, de leurs quatre doigts chacune, se nouèrent sous le menton de l’Arkanienne.

      « J’ai reçu une éducation similaire à la tienne. En partie du moins. Ils ont essayé. Je n’ai jamais résisté, jamais négocié, mais je savais que je ne voulais pas de cette vie. Je voulais être une enfant normale. De ceux qui ont le droit de se rouler dans la neige quand les rayons d’Olim percent enfin les nuages. Et je savais, comme toi, ne pas vouloir que mes enfants aient la vie qu’on essayait de m’imposer. Alors dès que j’ai été en mesure de partir, je suis partie. J’étais tellement en colère que j’en ai quitté Arkania. Et j’ai tenté de vivre ma vie normale. »

    Son regard était désormais perdu dans le verre qu’elle n’avait pas achevé de boire. Les reflets du breuvoir coloré attiraient l’oeil et donnaient quelque occupation secondaire à la jeune femme déjà occupée à éviter de relever le nez vers Harlon. Éviter la confrontation directe, à tout prix.

      « Sur Yaka, j’ai rencontré un homme, normal lui aussi. Je crois que je n’avais jamais était si heureuse. Je me pensais tirée d’affaire, soustraite aux exigences de mes géniteurs. Mais … »

    Comment dire.

    Alors que le début du récit trouvait une introduction posée, le développement se vit grossièrement écourté, pour laisser place à une conclusion confuse, à l’émotion étouffée.

      « Il … nous avons eu un accident, il a perdu la vie. »

    Un bref silence.

      « J’avoue ne pas savoir ce qui me hante aujourd’hui. Sa disparition soudaine. Les lourdes opérations que j’ai subi. Le mutisme qui a fait de cet événement un tabou. Ou le fait d’être rendue précisément au point que j’espérais fuir. »
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By Harlon Astellan
#32577
Il n'avait pas lu le dossier d'Elizabeth. Son souhait de prendre le temps était une sorte de preuve d'affection qu'il pouvait lui porter, en lui évitant de la réduire à un numéro de dossier des Renseignements. Mais de fait, il était complètement démuni face aux déclarations qu'on pouvait bien lui faire. Elle aussi, elle voulait juste vivre une vie de son choix. Mais contrairement à lui, elle avait eu le courage de refuser.

Elle avait rencontré un homme.

Et il était mort.

Allez vivre avec ça. Déclamer une éducation ratée pour faire un enfant pourri gâté, gosse de riches, adepte à ses jeunes années de frasques effrénées pour décharger sa frustration avant de rentrer dans sa case préfabriquée. Pour un jour apprendre que la femme que vous aimiez n'a trouvé en vous qu'un fragment d'un amour perdu. La situation provoquait un sentiment intense de jalousie. L'homme était mort au zénith de son image. Une empreinte parfaite figée dans le temps. Et Harlon devait composer avec un rival qu'il ne pouvait plus dépasser. Pas même virtuellement. Pas même en déployant tous les trésors de bonté et d'attention au monde. La fleur avait prit racine, mais n'avait jamais fleuri.

Et maintenant, ses entrailles noueuses étoufferaient toutes les autres à son bord. Elizabeth venait de propulser Harlon au rang de rattrapage. Un succédané, rien de plus. L'aimait-elle réellement ? Ou aimait-elle l'image qu'il pouvait renvoyer de sa première union ? Etait-il à son rang de Reine ce que l'homme "normal" avait été à son rang de citoyenne ? Cherchait-elle juste le meilleur parti pour sa situation ?

Harlon se sentait comme la dernière roue du carrosse. Il envisagea un temps de dire à quel point il était désolé. Il l'était. Et en même temps, il ne l'était pas. Chacun avait subi des affres dans sa vie, la perte de quelqu'un. Mais la marque des vainqueurs s'inscrivait dans la résilience. Mais déjà en parlait-elle comme un tabou. Quelque chose qui lui restait en travers de la gorge. Harlon s'était confié plus tôt. Mais au moins relativisait-il. Il aurait aimé choisir, mais il ne regrettait rien de ce qu'il avait fait depuis. Il avait passé la mort de Milo. Il avait su se concentrer sur Nova, la seule qui restait. Et son métier. Au final, Milo avait été un simple sujet de société, une anecdote passée. On aurait pu l'y surprendre à ne plus se rappeler de choses triviales à propos de son frère, comme son anniversaire, ses choses préférées, ou même son visage.

Milo n'était plus une source de deuil, de chagrin, ou de regret. Il était un mort de sa famille avec qui il avait été proche. Point.

Elizabeth...


Non. Il ne dirait pas qu'il était désolé. D'une part parce que c'était un vieil événement. D'autre part parce qu'il n'avait aucune envie de rendre hommage à un morceau de viande froide qui lui tenait tête sans même l'avoir jamais vu.

Il lui prit fort la main. Oubliés, les mets raffinés, le vin de grand standing.

Ce qui te hante... qu'importe. Du moins, la raison précise nous échappera peut-être encore longtemps. Je ne voudrais pas te convaincre d'oublier la mémoire de ton amour passé.


Trouver les mots justes. Eviter de le mentionner, lui. Se poser en face, et à côté en même temps.

Mais maintenant... je suis là. Avec toi, pour toi... ... et... à défaut de pouvoir... réparer les torts qu'on t'a causés... je peux te garantir que je m'efforcerai... maintenant, et à jamais, de les adoucir et de te rendre heureuse.


C'était sa tâche. Son petit fardeau. Il resta là, en silence, main dans la main avec son Eli.

Tu as encore faim ?


Lui, plus tellement.

On peut aller au parc à nouveau. Je connais quelque chose qui fera évacuer la pression.
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By Elizabeth Civicius
#32786
    Face à la déplaisante situation, summum de l'inconfort, dans un restaurant plein de bourgeois suffisants, Harlon se montra gentil. Il était capable, en emprisonnant simplement les petites mains de l’Arkanienne, d’effacer un chagrin, de chasser un tourment. Il accueillait la faiblesse de son aimée avec une grande douceur, sentant certainement d’instinct que toute autre réaction aurait fait des ravages. Elizabeth, comme une enfant un peu perdue, observait le visage de l’Humain, guettant ses mots pour y associer la naissance d'un sourire ou la fuite d’un regard. Mais Harlon n’offrait à l’Arkanienne qu’une mine sérieuse empreinte de sincérité.

    Elle hocha la tête machinalement. Oui, il était là. Pour quelques jours, il était là. Mais après … non, non, il serait toujours là. Il avait toujours été là, remarqua t-elle soudain. Même quand il avait eu autre chose à faire, il avait été là. Accourant d'une séance d'entraînement pour recevoir une question, se préparant tôt le matin pour lui faire parvenir des nouvelles, veillant tard le soir afin lui en transmettre d’autres. Tout avait commencé avec ce repas, un peu raté, en orbite de Télos et quelques lignes secrètes glissées entre deux pages d’un document officiel. Il ne l'avait depuis jamais quittée.

    Mais maintenant... je suis là.


    Un nouveau hochement de tête. Elle n'allait pas pleurer, pas encore. L’Arkanienne ravala son émoi pour laisser échapper deux tout petits mots.

      « Je sais. »

    Il avait souffert de ses caprices, de ses humeurs. Il avait traversé toute la Galaxie, affronté sa colère, puis sa peine, avec une rare dévotion. Encore quelques mots, poussés dehors par la nécessité d’exprimer un sentiment.

      « Oublier … j'aimerais bien oublier … je t'aime et … je ne veux plus y penser … »

    Une attention toute particulière portée aux yeux de nacre de l’Arkanienne révélait à Harlon la ballade d’un regard hésitant. De la table et des verres, il avait sauté aux yeux de l’Humain, puis avait glissé jusqu’à ses lèvres, pour finalement revenir s’ancrer à l’expression rassurante de ses yeux. Harlon remportait une bataille, pour le reste de la soirée, il serait tranquille, plus de fantômes.

    Tu as encore faim ?


    Faim ? Non, plus vraiment. Mais abandonner leur dîner, sortir à nouveau, et pour où ? Pour le parc. Pourquoi pas. Oh non, Harlon, le froid, le vent.

      « Dans le parc ? »

    Elle était néanmoins curieuse de savoir ce qu'il avait bien pu trouver d’intéressant à ce jardin de ville.

      « Tu n'as plus faim non plus ? »

    Avait-il au moins trouvé cela bon ?

      « Alors, d'accord. »

    Le serveur s’affola en apercevant l’atypique couple reposer sur la table leur serviette au tissage satin. Ils avaient fini. Ils partaient. Avant la fin. Quelque chose les faisait fuir. Impossible. Tout était parfait ici. Il se précipita à leur table.

      « Tout va bien, Madame, Monsieur ? »

    Il fallut faire preuve de persévérance pour venir à bout de l’insistance du serveur qui sous l’oeil sévère du maître d’hôtel se montrait inquiet. Après avoir récupéré manteaux et paquets, l’Humain et l’Arkanienne foulaient à nouveau les pavés de béton qui revêtaient le trottoir du boulevard.
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By Harlon Astellan
#32796
    « Oublier … j'aimerais bien oublier … je t'aime et … je ne veux plus y penser … »

C'était en bonne voie. Le passé appartenait au passé, il fallait trouver autre chose que ça. S'apitoyer et pleurer les disparus avait quelque chose de terriblement ennuyeux. Surtout quand les gens bien vivants étaient là pour vous. A force de se détacher de ceux qui parlaient pour s'accrocher aux cadres sur les murs, on finissait par être laissé seul avec ses cadres sur le mur. S'occuper des vivants ne voulait pas dire renier les morts. Mais simplement ne pas se mettre en stase pour attendre la mort quand on avait encore la vie.

    « Dans le parc ? »

Ou je peux te raccompagner à tes appartements. Tu es peut-être fatiguée.


Son secret pouvait attendre encore une soirée. Un art ancestral devait se présenter au meilleur de la forme de chacun.

    « Tu n'as plus faim non plus ? »

Un oeil vers son assiette.

C'est sûr qu'on risque de nous jeter des pierres... mais non, je n'ai plus faim.


On allait laisser un généraux pourboire au serveur et basta.

Le service dut avoir un grand moment de panique en voyant un départ précipité. Soit sous le soupçon d'un resto-basket, soit sous l'idée que rien n'était à la convenance du couple. Un tel déboire pouvait valoir cher à l'établissement en terme de réputation. Des clients pouvaient soudainement exiger de connaître la provenance des plats, de voir le diplôme du cuistot en chef, ou même de mal noter l'édifice sur l'Holonet comme ça, au débotté.

    « Tout va bien, Madame, Monsieur ? »

Il s'était faufilé avec l'agilité d'une anguille translucide pour les atteindre avec une rapidité qui aurait laissé songeur un instructeur des StormCommandos, qui n'aurait pu conclure qu'avec la phrase "je vous veux dans mon équipe !".

Tout va parfaitement, je vous remercie. Nous aimerions récupérer nos affaires je vous prie.
Le repas ne vous a pas convenu ?
Si, à la perfection. Nous avons simplement sur-estimé notre appétit.
Nous pourrions peut-être...
Non.


La voix d'Harlon tranchait avec la neige du dehors en terme de froid et de pointe glacée.

Merci, mais nous allons en rester là. Pouvez-vous faire amener nos affaires je vous prie.


Harlon se dirigea vers l'entrée pour régler la note, en laissant un pourboire bien généreux en crédits impériaux. Au moins Arkania ne faisait pas de manière sur l'acceptation des devises mitoyennes, surtout aussi forte que le crédit impérial. L'échange fut froid, mais il resta juste cordial. Harlon se doutait néanmoins qu'il ne reviendrait pas ici.

Il y avait quelque chose chez les natifs d'Arkania qu'il n'aimait pas du tout. Ce détachement, il l'avait vu chez lui et les StormCorps. Tant de détachement et d'absence d'émotion lui donnait des envies de dépaysement parfois. Et finalement, il ne voyait que visages fermés sans paupières sur toile de blanc. Comme une dernière métaphore de son Empire aux corps si informels et éloignés de tout. Arkania n'était qu'un clignement hagard de l'oeil impérial. Pas étonnant que les deux nations partagent tant de choses au niveau idéologique.

Attendons demain soir pour que je t'en dise plus. Nous devrions aller nous reposer.


La résidence du moment d'Elizabeth était à plusieurs pâtés de maison d'ici. Sur le chemin, Harlon en profita pour lui demander si tout s'était bien passé ce soir. Si elle avait apprécié les moments passés. Si elle voulait avoir un deuxième acte au lendemain soir. Jusqu'à arriver sur le parvis de son édifice.

Je vais peut-être transporter ces présents chez toi moi-même.


Avec son chapeau bien incliné, il pouvait passer dans les couloirs sans être reconnu après tout.
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By Elizabeth Civicius
#32835
    À nouveau équipés pour le froid, ils se mirent à marcher. D'abord en silence, comme un dernier tombé de rideau avant le final. Elizabeth imaginait alors le parc, le banc, les lumières. Comment prolonger encore un peu la soirée qui touchait manifestement à sa fin. La proposition d’Harlon créa la surprise. Une triste surprise. Rentrer. Il faudrait bien. Ils le devaient. En guise de seule réponse, l’Arkanienne hocha la tête, un sourire apaisé au coin des lèvres.

    Elle se laissa distraire par les questions de son ami. Oui, elle avait passé une bonne soirée. Certainement la meilleure de toutes, elle l’avoua sans trop de timidité. Elle avait aimé danser. Elle avait aimé se promener. Elle avait aimé partager avec Harlon quelques heures arkaniennes. Se confier, aussi. Oui, il lui avait fait un beau cadeau, lui offrir toute cette soirée, un ersatz d’anonymie. Et elle rapportait en souvenir cette lanterne, qui lui rappellerait chaque jour ces instants partagés.

    Ils passèrent ensemble le porche de l’hôtel. Ils pouvaient bien, l’Empereur, sans son habit, ne représentait pas grand chose ici. Son portrait scintillait sur l'écran du salon nocturne, où à volume réduit la voix d'un journaliste rappelait que de nouvelles discussions entre les deux nations étaient en cours. Personne n'y prêtait attention. Il ne ressemblait en rien à l’homme qui accompagnait Elizabeth. Ils traversèrent le hall, vide à cette heure. Le veilleur, en les voyant arriver, réclama un numéro de chambre. L’on put alors s’apercevoir qu'ils étaient deux. L’autre, en uniforme. Il se leva, la Reine présenta son insigne, il salua et les accompagna jusqu’à l’ascenseur dédié à la suite royale.

    En quelques secondes à peine, le trio fut rendu au dernier étage. Dans le sas, la garde attendait. L’on suggéra un contrôle d'identité, le Monarque évinça. Après le sas, l’antichambre. Plongée dans l’ombre jusqu’à l'activation des plafonniers par le majordome robotique qui avait ouvert la porte. Elizabeth congédia le droïde. Elle se tourna vers Harlon et l’invita à se libérer les mains des paquets qu’il avait porté pour elle.

      « Merci. »

    Un court instant de gêne.

      « Je peux te proposer quelque chose à boire ? »

    Elle envisageait difficilement de le laisser repartir aussitôt. Il ne passerait pourtant pas la nuit là.

    Elizabeth, en attendant la réponse, se défit de sa veste et l'abandonna sur l'un des fauteuils de l’antichambre. I-sys mettrait de l'ordre plus tard. De l'autre côté de la pièce, la porte à double battants, dont l'un était ouvert, donnait sur un salon confortable. L’Arkanienne s'en était approchée. La proposition n’engageait à rien, mais peut-être Harlon trouverait-il cela inconvenant. Le choix lui appartenait, et s'il penchait pour le départ, elle ne lui en voudrait pas.
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By Harlon Astellan
#32865
Désolé, Elizabeth. Mais l'Empereur, lui, se savait près d'à aller dormir. Les journées raccourcies d'Arkania ne lui offriraient qu'un sommeil restreint. Il le savait. Il se levait aux premières lueurs de l'aube. Il avait toujours aimé les planètes aux cycles solaires rallongés. 27 heures, c'était 1 heure et demie de sommeil gagnées. Le bonheur le plus simple et universel... Riches et puissants comme les faibles et pauvres partageaient le même besoin de se poser sur le dos et de s'abandonner à la vulnérabilité offerte à Morphée.

Devant le porche, de nouveau à un endroit où les gardes arkaniens seraient libérés d'un poids - mais où la filature Rouge continuerait de stresser de ne pas pouvoir juste entrer en toute impunité - mais qui allait faire jaser. Pas de doute, ils savaient qui étaient là avec la Monarque. Qu'il entrait sans ressortir tout de suite. Rien que cette soirée d'ailleurs. La Garde allait avoir de quoi lancer la rumeur.

Chapeau vissé et bien enfoncé, une tenue civile élégante mais neutre, des paquets plein les mains. On aurait imaginé l'Empereur moins... civil. Aussi cette tenue constituait le parfait camouflage pour traverser un couloir avec divers écrans sécuritaires, visibles ou non. Chargé comme un serviteur et silencieux comme un serviteur, Harlon entra dans la suite de la Reine comme un serviteur. En passant en dernier sans qu'on le remarque.

Merci à toi. C'était... parfait.


Parfait parce qu'imparfait. Un peu imprévu. Improvisé. Maladroit mais exquis. Il posa les paquets sur une table libre, et entreprit de défaire la lampe de son emballage.

Comme un phare perçant les nuages,
Gravant dans la pierre le poids de ses âges,
Fringante paupière qui cligne de son oeil blafard,
...


Oh oh. Ca lui arrivait trop souvent ces derniers temps.

... peut-être avec barbare, hectare, rare ou... tiare ! Comme Coiffant les cieux de son éternelle tiare, ça pourrait coller.


Il fit la moue.

De toute façon c'est raté... mais je devrais peut-être coucher ça quelque part. Avec un minimum de remaniements...


Il voyait bien le titre du recueil. Pensées fugaces - Ou Quand la situation ne s'y prête absolument pas, recueil de poèmes impertinents et arrosés de bons sentiments et de rhum séché de Harlon Astellan, accessoirement Empereur Galactique. A coup sûr un succès des ventes, vu son pedigree.

Oui... un soda... ou quelque chose de léger si tu as.


Pas de boisson forte. Sinon il allait piquer du nez sur un fauteuil. Mais se poser deux minutes n'allait pas lui déplaire.

Alors. Que voudrais-tu faire demain ? Il faudra déjà penser aux visites conjointes officielles... j'avais pensé aux entreprises qui ont bénéficié de l'investissement impérial d'il y a deux ans. C'est, après tout, un exemple initial de la collaboration impérialo-arkanienne.


Il accepta le verre, attendit qu'on lui signale de s'asseoir et continua. Il ne savait pas trop où s'asseoir. En face de, à côté de... sur ou sous, carrément ? En espérant qu'elle n'irait pas se nicher au creux de ses cuisses. Il n'avait pas de sabre laser pour lui servir d'alibi.

Et demain soir ? Tu veux réserver pour de l'opéra ? Du théâtre ? Ou même autre chose ?
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By Elizabeth Civicius
#32936
    Harlon déballa la lampe. Elizabeth vint se poster aussitôt près de lui pour récupérer son présent, offert à nouveau accompagné de quelques vers. Quand il la lui tendit, elle la saisit avec le plus grand soin, et l’emmena avec eux dans le salon. Elle lui trouva une place de choix, sur un buffet de bois blanc, à portée de regard. Puis s’occupa des boissons. Pas d’alcool. Non, ils avaient eu assez d’émotions pour la soirée.

    Perdue dans ses pensées, un peu absente, l’Arkanienne sélectionna un sirop au goût amer et à la robe rougeâtre. Elle inspecta un instant la bouteille. Encore quelque chose de typiquement arkanien. Elle craignit soudain que son ami ne fût lassé du terroir arkanien. Elle lui lança un regard curieux, à lui qui détaillait la pièce en silence. Elizabeth se rendit alors compte que c’était elle qui en avait assez. Elle reposa la bouteille et s’autorisa un second choix. Cette liqueur de Merisee, douce et sucrée. Le produit ne devait pas être étranger à l’Empereur, mais peut-être lui tiendrait-il rigueur de ce choix qu’elle trouva un tantinet provocateur. Un bref haussement d’épaule, une dose de liqueur dans chaque verre, et un complément d’eau pétillante. C’était meilleur avec un vin sec, mais celui qui restait en réserve était assommant et Elizabeth n’avait pas l’intention d’en faire monter un autre. Elle revint vers Harlon, dont le regard glissa à nouveau sur elle. Ils s’assirent tous deux, dans des fauteuils adjacents, et firent tinter les verres.

      « Demain. Ce n’était pas vraiment prévu. Disons que ton retour ici n’était pas attendu. »

    Après une gorgée, Elizabeth posa son verre sur la table basse, devant elle.

      « Il y a toutefois deux visites que je réservais à ton prochain séjour ici et que j’ai fait avancer pour l’occasion. Deux jours, ce doit être suffisant pour préparer la venue de l’Empereur. »

    L’Arkanienne sourit doucement.

      « La première est une mine. L’une des plus importantes excavations de la planète. Elle appartient à une figure du Dominion mais est exploitée par un clan très modeste. C’est une situation très inhabituelle. Les clans exploitent eux-mêmes leurs sols en temps normal. Mais les fonds impériaux ont ici permis un réinvestissement judicieux et un agrandissement impressionnant de cette mine. Tu verras. »

    Tout cela n’avait rien de bien palpitant.

      « En deuxième partie de journée, si tu le veux bien, nous irons rencontrer l’architecte qui a en charge l’aménagement du nouveau terminal de l’astroport de Novania. »

    En quoi cela concernait-il l’Empereur ?

      « Toutes les immatriculations impériales privées seront, d’ici la fin de l’année, dirigées sur ce terminal et l’accès à Arkania leur sera facilité, ou du moins rendu agréable, en anticipations des mesures douanières que nous prendrons bientôt. Qu’en penses-tu ? »

    Elle attrapa de nouveau son verre, sans pour autant y goûter. Elle guettait d’un oeil attentif les réactions de son invité.

    La discussion suivit son cours. Un sujet, puis l’autre. On revenait à des choses plus sérieuses, pour finalement dévier de nouveau. L’opéra. Était-ce une contribution à la diplomatie arkano-impériale, et non impérialo-arkanienne comme on l’entendait parfois dans la bouche des fantaisistes, ou bien une soirée privée ?

      « De l’opéra, pourquoi pas. »

    Il y avait, après tout, quelques oeuvres originales ces temps-ci. La troupe d’Ayrous qui monopolisait en ce moment les planches n’était pas mauvaise. Et voilà que la conversation coulait doucement le long de cette pente-ci. Quels artistes, quels chanteurs, quels musiciens. Le sujet semblait inépuisable et pouvait tenir jusqu’au petit matin. Cependant, une fois les verres vides, il fallut songer à se quitter.

    * * *


    Dans l’antichambre de la suite royale, Elizabeth se lovait dans les bras d’Harlon, sur le départ. Elle avait vécu une soirée magique, bien que parfois choquante. Le voir partir, désormais l’attristait. Il l’embrassa avec douceur, elle le retint encore un peu, agrippant sa manche de quelques quatre doigts blancs. Elle aurait voulu faire durer ce baiser éternellement. Mais se consola avec la promesse d’en avoir un autre le lendemain.

    Il partit finalement. Après être restée quelques minutes plantée au milieu de la pièce, l’Arkanienne alla se coucher. Il lui fallait tirer le meilleur profit de cette courte nuit. Mais le sommeil ne vint que tardivement, quand elle eut enfin allumé la lanterne.

    * * *


    Le lendemain, les deux dirigeants, Monarque et Empereur, étaient attendus aux aurores. Le trajet ne durait qu’une heure à peine pour gagner Breriah, mais c’était une heure de perdue déjà sur la courte matinée arkanienne.

    Le transport planétaire filait à toute vitesse, précédé et suivi par son escorte, et se maintenait à une altitude relativement basse. Là, dans la neige, il n’y avait rien. Les hautes montagnes du nord furent rapidement en vue, on apercevait déjà les glaciers qui s’accrochaient à leur flanc. Le vaisseau se posa en périphérie de la petite ville. Cela n’avait rien à voir avec Novania. Les routes de béton, ici, étaient assemblées par plaques de quelques mètres à peine, et on devinait sans mal qu’elles reposaient sur du gravier étalé et tassé au compresseur à pistons, rien à voir avec les imposantes machines qui avaient projeté le béton perméable des boulevards d’Adascopolis. Les bâtiments, petits immeubles ou hautes maisons, se trouvaient ternes, eux aussi.

    Mais l’on détourna bien vite l’attention de l’Empereur du décor un peu pâlot. Le comité d’accueil n’était pas en reste et dirigea les visiteurs sur le site d’extraction, mis en sécurité dès la veille. La présentation d’introduction, bien que très sommaire, résuma sans oubli l’évolution de l’entreprise boostée par quelques apports extérieurs, clin d’oeil subtil, ou non. Le reste de la matinée, somme toute, s’avéra être la visite du centre de tri des produits extraits. Minerais, pierres précieuses, et autres cailloux. Dont beaucoup exportés vers l’Empire. Puis on demanda à l’Empereur s’il voulait visiter la mine, tout à fait praticable. Voulait-il ?

    * * *


    En deuxième partie de journée, retour au monde civilisé. Cette seconde visite ressemblait davantage à un cocktail mondain se déroulant au coeur même d’une maquette à échelle réelle de ce que serait une partie du hall du nouveau terminal de l’astroport. Un décor massif sur ses bases, et d’une incroyable légèreté dans les hauteurs, dans des teintes blanches et beiges. Et l’architecte, qui voulait absolument savoir ce que l’Empereur avait à en dire.

    * * *


    La journée passa comme un claquement de doigts. Pas de temps mort, pas de réel ennui. Une promenade pressée en hommage à l’implantation impériale sur le sol arkanien.
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By Harlon Astellan
#32964
Harlon trouvait quelque chose de troublant au terroir. Pas spécialement Arkanien. Le terroir était vu comme un paradoxe idéologique en terres d'Empire. L'idée de l'Ordre Nouveau voulait introduire une conception des masses universelle, une idée souveraine qui supplantait tout le reste pour mettre chacun sur un pied d'accord. C'était un rêve de cosmopolitisme et de multiculturalisme. Ce qui constituait le concept de terroir pouvait donc sembler vulgaire et déplacé. Cocardier et odieux. Pourtant, les spécificités des régions galactiques étaient mises en avant, comme des droits de vie personnels et ancestraux.

Le terroir Arkanien aurait fini par lui rester en travers. Les aliments venus du froid avaient des saveurs de sucre et de sel mélangés pour tenir au corps. A l'opposé de ce qu'il pouvait connaître des régions tempérées et chaudes qu'il connaissait d'ordinaire.

Mais un choix d'Arkania restait un bien meilleur choix que celui de Merisee. L'horreur qu'imposait la simple mention de cette zone hérissait le poil de l'Empereur. Mais le goût lui étant inconnu, il ne fit aucun commentaire sur la provenance, qui lui restait un mystère.

Ton cadre de vie est douillet, même pour du temporaire.


Le Praxeum allait devoir subir de sacrés modifications pour accueillir de nouveau la Monarque. Renforcement des toits, des murs, des alarmes, aménager les chemins de rondes intelligemment, blinder les accès aux quartiers de la Monarque... et bien sûr, passer un coup de balais avant et après. La composition du permabéton était à lui seul un casse-tête qui opposait architectes, ingénieurs et chefs de la sécurité. Il en savait quelque chose. Tous exigeaient une concession pour qu'ils puissent concrétiser leurs plans au maximum. Et il appartenait à l'Empereur de décider sur quel pan mettre l'accent. Résultat, il avait une tour en permabéton moche mais blindée à l'extrême, si bien qu'un bombardement orbital n'aurait pu y venir à bout rapidement, et ce malgré l'absence de bouclier de périmètre.

Harlon accepta le verre, s'assit et fit tinter.

Tchin. A nous deux.


Il n'aurait pas dit non si Elizabeth était venue sur ses genoux cette fois. Le sommeil venant, les idées devenaient un peu plus confuses à chaque instant. La liqueur lui brûlait la gorge et lui faisait tourner la tête.

Une mine ? Diable. Que mine-t-elle ?


Si c'était une mine de cuivre, cela promettait l'ennui. Quelque chose de plus spécial serait apprécié.

Un astroport de l'amitié... bonne idée. Mais faciliter les séjours bilatéraux reste à définir par nos conseillers... c'est d'ailleurs pour ça que je suis là... officiellement.


Ils ne devaient pas oublier que, théoriquement, la présence de l'Empereur indiquait des rencontres officielles. Même improvisées. Comme c'était le cas présent.

Ils parlèrent de choses et d'autres. Leurs goûts respectifs. Sur l'art, principalement. L'art, chose inutile qui sert d'ancrage essentiel entre deux êtres. L'opéra. Oui, l'opéra. Classique ou expérimental. Harlon aimait bien l'expérimental. Ca changeait un peu, et que ça soit bien ou non, on en partait toujours surpris.

En parallèle, la fatigue submergeait peu à peu Harlon. Il commença à s'avachir dans son fauteuil. A mettre sa main devant ses yeux. Et à revoir sa journée, vécue de nouveau entre deux paroles sourdes de son amie. La matinée seule.

Faites attention, jeune fille...
Vous pourriez vous faire couper les ailes en plein élan, comme votre frère !
Pensez-vous que j'aurais plus de scrupules ?
Votre position ne vous donne aucune marge de manoeuvre face à moi...
Certains voient dans l'attaque d'un auditorium une preuve de l'arrogance impériale...
... d'autres y voient une invitation à destination des Sith.


Il lâcha son verre et se mit à pleurer.




Il avait ramassé les bouts de verre tandis qu'un droïde était au nettoyage. Il avait compris qu'il était trop épuisé mentalement et physiquement pour tenir plus longtemps.

Je suis... désolé. C'est... les... c'est beaucoup d'émotions pour moi.


Il avait les yeux encore gonflés. Mais il tenait bon. Il l'embrassait maintenant en la serrant fort, comme pour fusionner et se mélanger. Une seconde, une minute, une heure... combien de temps l'étreinte avait duré, il n'en savait rien. Il lâcha prise quand la décence lui indiqua qu'il le fallait. Il prit le visage de l'Arkanienne de ses deux mains délicates mais brouillées par le soir venu. Il partit le coeur lourd, mais il savait le départ temporaire. Il sortit lentement, à moitié titubant, et se prit les pieds dans le froid au-devant de l'hôtel particulier.

Il ne savait pas du tout où aller. Ni où il était. Il s'emmitoufla et partit un peu au hasard, tournant brièvement en rond. Il fut finalement rattrapé par ses deux gardes distants qui avaient remarqué quelque chose d'anormal.

Sire ? Tout va bien ?
Sss... sire ? Tout... oui... tout va bien... très bien même... mais...


Il se couvrait la poitrine des bras en grelottant.

Je... je veux rentrer. Je dois... je dois rentrer.
Bien sûr. Venez, glissez votre bras autour de mon cou.


Le deuxième garde établit un périmètre de sécurité restreint. le second traîna un Harlon mort de fatigue dans la neige jusqu'à sa résidence. Il l'accompagna jusqu'à sa chambre, où il fut sommé de rester sur le pallier. L'Empereur alla se coucher seul. Il jeta machinalement son chapeau sur le sol, se déshabilla aussi rapidement qu'il le put, laissant tout à même le sol. Il se dirigea à moitié conscient vers son lit, en sous-vêtements, sous les coups de 01:27.




Il se réveilla à 01:48. Malgré sa fatigue, il n'arrivait pas à fermer l'oeil pour s'endormir. Quoiqu'il se passe, il songeait à une seule chose. Ou du moins, une seule personne. Il se leva avec difficulté et alla à son balcon. Torse et pieds nus, il marcha sur un peu de neige accumulée à sa fenêtre, à regarder vers Elizabeth. Et vers la lanterne. Un phare dans la nuit. Il lui avait dit de l'allumer... en cas de soucis... il s'avança donc et tenta de la rejoindre. Il ne remarqua qu'après qu'il était presque nu, de l'autre côté du garde-fou... à tenter de sauter dans le vide. Il paniqua et rentra vite à l'intérieur.

Mais bon sang... mais qu'est-ce qu'il m'arrive ?!


N'importe quoi, vite ! Il se servit un brandy sec et pur et le but cul-sec. Il fallait que ça cogne. Il cassa son verre en serrant le poing et tenta d'avoir mal avec les débris de verre. Rien. Il se resservit un verre et s'entailla le dos de la main avec un morceau au sol. Il était devenu insensible ! Il marcha vers la salle de bain. Il alluma les jets de la douche, au maximum de chaleur, et se retira les morceaux qui s'étaient plantés dans ses pieds quand il avait piétiné les précédents débris. Assis en tailleurs sous une douche brûlante, il laissa le jet chaud jusqu'à être bouillant et passa à l'eau glacée. Quand il fut enfin propre, il alla se resservir un verre pur de brandy. Puis, en titubant dans le salon, il finit par casser un autre verre, et déambuler dans toute la pièce, bouteille à la main.

A un moment toutefois, il sut qu'il devait aller se coucher. Il retourna dans sa chambre et regarda l'heure. Il était 07:21. Il avait rendez-vous dans une heure à peine avec le gratin arkanien.

Oh non... p#&!n de m&?!e !


Il alla à son chariot, prit du sel, mélangea à de l'eau, et but cul-sec au-dessus des toilettes.

Faites venir mon médecin !





Le médecin, un homme puissant pour son âge avancé, auscultait l'Empereur en caleçon assis sur son lit. Réaction à la lumière, respiration, pouls, température... L'homme fit une sacrée grimace.

Le diagnostic me paraît clair... Vous avez attrapé froid. Une exposition trop longue vous a donné une fièvre carabinée hallucinatoire. Et en plus de ça, vos pupilles sont dilatées à leur maximum. Pas besoin de voir d'où ça vient, il suffit de bien renifler...
Huuuh ?
Ah je ne dis pas, une telle fulgurance n'aurait jamais été que théorique en ce qui me concerne. Mais ça ne ment pas. Vous avez 42 de fièvre...
Haaa ?
Ah ça me paraît clair. Des injections de kolto pour les bactéries, et d'ici après-demain, vous serez en forme. Et... bon sang, votre peau est toute pelée, comme si vous aviez prit une douche brûlante pendant plusieurs minutes... je vais vous passer de la crème hydratante.
DOCTEUR !


Il serrait le bras du médecin de toutes ses forces. Et elles n'étaient pas moindre. Le médecin réprima une grimace de douleur. Et un peu de frayeur, devant le regard fou de l'Empereur Astellan.

Je dois... je dois...
Oui je sais... mais vous êtes malade.
J'ai des devoirs ! Je dois visiter...
Oui, mais pas aujourd'hui. Nous enverrons vos remplaçants.
Codéine...
Pardon ?
Codéine... Donnez-moi...
De la codéine ? Mais vous allez planer à mille pieds au-dessus du sol !
Naaaaan... coupez avec... amphétamines...
Sire, en tant que votre médecin...
... tenu aux ordres, ch'crois bien.





Image


Le médecin sortit en trombe des appartements de l'Empereur. Le visage griffé et en sang par trois lignes parallèles sur la joue, il alerta les gardes rouges postés devant la porte.

Venez m'aider ! Il a complètement perdu l'esprit !


Deux Gardes restèrent en faction, mais deux autres réagirent immédiatement. Les piques en avant, ils entrèrent dans les appartements de l'Empereur et n'eurent pas à chercher longtemps.

MA TÊTE ! SORTEZ DE MA TÊTE !


Le médecin trifouilla dans sa mallette, un peu paniqué, en prenant divers produits et commençant à monter une seringue.

Immobilisez-le ! Son coeur a bondit à presque 200 pulsations par minute avant qu'il soit comme ça ! Je dois lui injecter du Nébivolol, sinon il peut en mourir !


Le premier garde lâcha sa pique et ceintura l'Empereur en plein accès de folie. Pesant un peu lourd et fort de corps, l'Empereur se débattit férocement, frappant le casque du Garde avec son coude pointé, ce qui nécessita un choc à quart-puissance du deuxième Garde, qui à son tour ensuite lui prit un bras pour l'immobiliser. Chacun avait un bras dans les leurs, et ils purent allonger l'Empereur sur le ventre, tandis qu'il se tortillait encore avec force.

Bien, tenez-le !


Dans une telle posture, il piqua l'Empereur aux fesses. Le concentré agit rapidement, et bien vite l'Empereur arrêta de trop s'agiter. Avec un stéthoscope sans fil, le médecin put prendre la totale pour son patient. La température corporelle restait près de 42 degrés, mais son pouls tombait à 60 pulsations par minute. Son train de vie sportif en faisait une bête au rythme lent.

Bon... la tachycardie s'est arrêtée... maintenant pour le côté cognitif... tournez-le s'il vous plaît.


On tourna l'Empereur essoufflé sur le côté. Son visage était aussi rouge que sa peau, ses cheveux en bataille collaient à la sueur de son front, et ses yeux explosés semblaient souffrir d'un nystagmus spontané. Le médecin agita trois doigts devant ses yeux.

Hey ! Combien j'ai de doigts ?
... 20, en comptant les doigts de pied.
Ah ah ah !


Il aida l'Empereur à se relever.

Docteur... je dois... je dois prendre une douche... et me préparer.
Bien sûr, bien sûr. Mais ce soir vous vous coucherez tôt ou vous choisirez quelque chose de calme.
Oui... Mais... docteur... qu'est-ce qu'il m'arrive ?
Et bien, tout simplement, vous avez attrapé froid.





L'Empereur avait du retard, mais pas beaucoup. Il portait plus de couches de vêtements qu'avant. Une de plus. Il avait prit un collant noir de StormTrooper pour mettre sous le reste. Ca lui montait jusqu'au col, le faisait transpirer, et bloquait la transpiration pour éviter qu'il ne pue et se sente mal. Le cocktail de codéine et d'amphétamine lui donnait une sorte de pêche artificielle, qui lui permettait de surmonter sa fièvre, pendant que des patch de kolto déversaient leur solution transcutanée pour éliminer rapidement les bactéries.. Mais on devinait des propos souvent incohérents et des airs à la fois paniqués et béas. Un tic corporel consistant à secouer la tête soudainement sur la gauche avait même fait son apparition. La mine offrit un repos visuel bienvenu à l'Empereur, qui accepta la visite rien que pour être dans un environnement sombre. Il n'avait rien retenu du reste.

L'après-midi fut une horreur. Un mal de crâne affreux fini par lui tomber dessus, alors qu'il retrouvait un peu de cohérence dans ses pensées. Le cocktail du matin ne faisaient plus vraiment effet, et la retombée était rude. Il s'assoma d'antalgiques, discrètement, qu'il avala avec les softs proposés lors du buffet. Réprimant des grimaces de douleur et ne parlant donc que peu, tout en étant légèrement courbaturé, il prêta une oreille trop peu attentive pour qu'elle soit bien perçue. Diplomatiquement, il aurait des excuses formidables à faire. Et l'architecte, une femme arkanienne assez jeune - une surdouée juste diplômée dans l'esprit - voulait absolument avoir l'avis d'Harlon sur son projet.

Tout ceci serait en adéquation avec vos envies, Empereur ?
Hmm ?


Il voulait juste en finir, et faire une grosse sieste avant l'opéra du soir.

Hmmm... j'aime beaucoup le style Beaux-Arts...


L'architecte sembla gênée.

Euh... le style arkanien actuel ne vous plaît pas ?


Par tous les Sith.

Si, si, ça s'accorde beaucoup avec votre architecture.
Mais vous n'aimez pas ?
Hein ? Si si, j'aime beaucoup, c'est nouveau pour moi...
Mais vous auriez préféré autre chose...
Non ! J'aime beaucoup je vous ai dit !


Elle recula d'un pas. Des arkaniens l'accompagnant eurent l'air vexés et surpris.

Pardon... pardon... Je ne me sens pas très bien...


Il fit un effort et commenta les formes et les couleurs. L'architecte fut plus froide, mais sembla rassurée en même temps. Harlon commenta dans le détail, parlant du bien-fondé des courbes, mais questionna la couleur beige, à laquelle il pointait une préférence pour des teintes désaturées et foncées. Il félicita l'architecte, et remercia l'assemblée pour le symbole qu'il constituait.




La journée fut longue et pénible. A la fin, il put parler un peu avec Elizabeth.

Ahhh... je suis navré... mais j'ai la tête en feu depuis... ce matin.


Pas question de mettre le froid entre eux. Ca serait comme l'accuser elle.

Je... je vais peut-être devoir m'esquiver jusqu'à ce soir... Je dois me reposer un peu. Avant l'opéra. Je suis désolé d'avoir été distant... mais je le serai encore si je ne fais pas cette sieste.

Tu ne m'en voudras pas ?


Il disait ça avec des cernes sous les yeux, des yeux injectés de sang et des joues rougies par la fournaise corporelle. En espérant qu'elle comprenne que ça n'allait pas fort-fort.
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