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Re: Apoastre

MessagePosté :ven. 28 sept. 2018 14:52
par Elizabeth Civicius
    Ça ne s’était pas si mal passé en fin de compte. Quoique. Elizabeth fit le choix de ne plus rien ajouter sur le sujet. C’était gênant, premièrement. Et visiblement, son interlocuteur n’avait rien à en dire non plus. Lèvres pincées, elle se laissa guider.

    L’Arkanienne défit finalement son colis, déposé par Harlon sur une commode de la chambre. La pensée confuse, elle empila les quelques ensembles qu’elle avait fait préparer. Elle se jugeait idiote, et la situation la mettait mal à l’aise. Vraiment mal à l’aise. Les choses prenaient une tournure ridicule. Si bien que le regard de nacre ne décollait plus de la commode. Quand la question tomba, elle releva à peine le nez.

      « Autre chose ? Non, non, merci. »

    Et elle alla se changer. Et elle en avait marre. Au moins cette fois, ce fut vite fait. Elle revint vêtue d’une tunique ivoire de textile souple et d’un pantalon du même acabit qu’on pouvait considérer comme un ensemble de nuit. Elle avait attaché ses cheveux de la manière la plus simpliste possible. Elle se planta au pied du lit, osant malgré tout poser sur Harlon un regard timide.

      « Je dors là ? »

    Elle désigna ce qui semblait être ‘son’ côté du lit. C’était si étrange. Elizabeth aimait dormir seule, et prendre toute la place. Elle n’en était pas fière, mais elle avait pris cette habitude d’occuper tout l’espace à sa disposition, la nuit du moins. Ce soir il convenait de partager, et cette idée la contrariait. Après toutes ces aventures, elle aurait voulu n’avoir personne dans son espace vital, et surtout pas si elle devait céder au sommeil.

    Cependant, Harlon lui avait expressément demandé de lui tenir compagnie, et elle avait accepté. Elle se sentait piégée, enfermée dans une petite boîte. Elle s’installa néanmoins, gardant une distance respectueuse avec son ami, il ne ferait sans doute rien ce soir pour la mettre à l’aise, et c’était compréhensible. Mais tandis qu’il se concentrer sur une lecture quelconque, Elizabeth ramena à elle ses genoux pliés et posa une question des plus anodines.

      « Quelle est la plus belle planète que tu ais visité ? »

    Elle regardait les deux petites bosses que formaient ses pieds sous les couvertures. Elle se tenait au bord du lit, le plus au bord possible.

      « Je n’ai pas beaucoup voyagé … »

    Un sourire vague restait ancré sur ses lèvres.

    * * *


    La rigueur voulait que le travail reprit dès le lendemain. La Reine n’évoqua pas la soirée passée, ni la nuit qui avait suivi. Elle avait mal dormi, mais n’en dit rien. Quand ils furent tous deux fin prêts pour la journée, Elizabeth parée d’une robe fluide rouge comme le sang, la question Sith fut de nouveau mise sur la table.

      « On peut travailler ici ? Le comité d’enquête a reçu les dossiers que tu m’avais promis. »

    Promis ? Vraiment, c’était exagéré, mais en l'absence de signature ...

      « Mais comme je te l’ai dit, nous ne pouvons rien en faire, et tout dépend de toi, et de ton Empire … »

    Car Arkania n’avait pas de longs bras comme ceux de l’Empire. On pouvait même peut-être dire qu’Arkania n’avait pas de bras du tout, juste une main, de quatre doigts, pour serrer celle de ses amis.

    Elle s’approcha de lui.

      « Tu penses qu’on pourra tracer la production d’acier ? Et pour la Nouvelle République ? »

    Elle lui prit les mains. Elizabeth n’avait pas vraiment envie de travailler sur ce dossier-ci. Pourtant, c’était la principale raison de la venue de l’Empereur. Mais depuis qu’il était là, près d’elle, le problème sith était une énigme lointaine qu’elle aurait voulu simplement oublier.

    La journée passa sur une succession propos modérés autour de la menace à laquelle il convenait de faire face rapidement.

    * * *


    Le soir venu, chacun chez soi. Il ne fallait pas éveiller les soupçons, la fin de soirée précédente avait déjà fait mauvaise impression auprès de la noblesse arkanienne. La Reine avait donc regagné son logement temporaire. Hyon attendait, il l’interrogea d’un regard. Ils étaient seuls.

      « Tu as fait la mise à jour que je t’ai demandé de faire ? »

    Le cyborg acquiesça.

      « J’ai changé d’avis. »

    Haussement de sourcil du côté du Yaka.

      « Je voudrais que tu ailles ‘la’ voir.
      Vous vous passerez de moi pendant ce temps ? Et votre frère ?
      Ce sont des détails. Ta mission est plus importante. N’échoue pas. »

    Hyon quitta Arkania dans la nuit et en secret, selon une procédure vieille de dix années.

    Elizabeth s’installa face à son bureau. De l’index, elle déclencha la communication.

      « Tu ne renonceras pas à ce duel, Harlon ? »

    Elle n’était pas vraiment inquiète, à dire vrai. Varan était un couard, il avait simplement trop bu à l’opéra. Tout ceci était ridicule.

    * * *


    Au petit matin, Elizabeth avait rejoint Harlon. Drapée dans un épais manteau dont la couleur rappelait celle bleuté de la neige, elle posait sur lui un regard sombre.

      « Où a lieu votre petite escarmouche ? »

    Ils étaient encore seuls, attendant devant l’ambassade les véhicules qui les mèneraient à ce stupide duel.

      « Et s’il ne vient pas ? »

Re: Apoastre

MessagePosté :mer. 10 oct. 2018 23:56
par Harlon Astellan
La marche sur la colonie d'oeufs rares ne portait qu'un fruit à l'amertume palpable. Le pire émotionnel semblait évité, mais l'Empereur ne savait que trop quel genre d'explosif avait enclenché sa minuterie dans le ventre d'Eli. Il aurait pu choisir de passer outre, comme il en faisait une habitude, mais pour autant, il se sentait une soudaine obligation de tenir compte de ce qui pouvait retourner l'esprit de l'Arkanienne. Il ne mettait aucun compte de cet échec éphémère sur celui de sa propre virilité, mais sur celui d'une manifestation trop classique de la pudeur féminine dont on parlait comme d'une légende. L'incident passé, il fallait maintenant se comporter en adultes responsables, ce qu'ils étaient même lors de tout acte d'expression purement physique par ailleurs. Pourquoi, alors, ce malaise si présent ? Qu'est-ce qu'une décharge de testostérone, qu'une coulée de sueur dans le creux des reins pouvait occasionner qui justifie une douche brûlante ?

« Je m'en prenais à repenser à tout un tas de choses... » commença-t-il, critique et peu amène. Son ton tranchait l'air avec l'assurance portée par ceux qui n'attendent aucune protestation - « Et il m'en vint à penser... tu n'as jamais songé à une thérapie ? » Mais la dernière chose de son souhait étant de paraître plus brusque qu'il n'acceptait de l'être, il rajouta doucement : « Non pas que je te pense en phase requérant des soins psychiques... mais tu sembles porter sur tes épaules un poids que nul, pas même moi, ne semble digne de l'écouter de ta part. Peut-être qu'un individu dont le métier est d'être détaché et analytique pourrait t'aider à aller mieux. Et accepter ce qui t'inspires une telle auto-flagellation. »

Il s'en sentirait incompris. On l'y penserait capricieux que cela n'aurait rien de particulièrement étonnant. Mais concevait-on son envie de voir son amie aller mieux ? Que s'il suggérait une thérapie, c'était moins pour lui que pour elle ? Non, on ne le concevrait pas. Comme à l'accoutumée. Et cela-lui importait-il vraiment, ce que les gens en pensaient ? Mais la prendre à ce genre de question ciblée après son habillage avait le mérite d'offrir un spectacle particulier. La texture satinée d'un pyjama blanc qui épousait à la perfection son corps svelte et taillé par un grand maître inspira à l'Empereur une nouvelle vague de désir primal, lui donnant envie d'elle. Ne sois pas une bête voyons !

« Je dors là ? » lui demanda-t-elle, comme si la question semblait ouverte.

L'Empereur la savait à double sens. Il n'aurait pas suffit d'un cerveau apte à la prise de contrôle sans effusion de sang d'un gouvernement galactique - ou, à en croire des gens sans notion de géopolitique, "demi-galactique" ou "tiers-galactique" puisque l'intitulé devait mentionner moins l'étendue des obédiences que la superficie relative - pour en savoir le sens. Désignant le lit d'un menton baissé, dans cette posture d'animal battu, elle désignait tout aussi bien les quatre murs qui fermaient leur cercle au monde froid et neigeux d'Arkania.

« Et bien, s'il le faut je peux envisager de dormir sur le canapé... » rétorqua-t-il, un brin pince-sans-rire, « Mais nous sommes deux adultes. On peut fort bien dormir ensemble sans avoir à se comporter indécemment l'un envers l'autre. »

Elizabeth prit l'initiative de désigner son côté de leur nid de non-amour, mettant à mal une tradition vieille comme l'existence des couples. L'Empereur était lui aussi maintenant en tenue de nuit, une chemise cintrée en coton noir uni peigné, ainsi que d'un pantalon assorti. L'ensemble ne portait aucune marque mais respirait le luxe et les frais sans justification. Le sommeil aussi avait des différences manifestes entre celui des riches et des pauvres. Cela tenait parfois dans ce dans quoi l'on se laissait aller pour dormir.

A s'installer, Harlon décida de laisser les rapports pour une nuit. Il aurait pu passer une nuit à observer les mimiques et autres psycho-manifestations du chat sauvage qu'il avait prit au collet juste à l'opposé de sa literie. Le menton plongé dans les genoux ramenés à elle, dans son ensemble satin-ivoire, on aurait pu la confondre avec une petite fille en pleine crise de mélancolie propre aux jeunes filles entrant petit à petit dans une réalité qui n'incluait aucun prince charmant. Tu fais mine d'être là songeait-il. Mais si je te touchais, tu sursauterais comme un lapin en plein repas. La présence de l'Empereur, si elle intimidait le commun des mortels et une majorité non négligeable de ses propres ouailles, n'avait jamais porté atteinte au bien-être de celles qui avaient partagé sa couche, fût-ce le temps d'une soirée.

« Quelle est la plus belle planète que tu aies visitée ? Je n'ai pas beaucoup voyagé... » finit-elle par placer, brisant un silence qui menaçait de durer trop longtemps, avant qu'il ne se contraigne à le briser. « Oh, je ne saurais dire... » enchaînait-il, essayant de rassembler assez de souvenir pour donner une réponse décente. « Peut-être... tu trouveras ça ironique... Mais je garde un bon souvenir d'un voyage universitaire sur Alderaan. Le temps d'un semestre pour l'histoire diplomatique moderne. » Ironique en effet. « J'ai voyagé, mais je n'ai jamais pleinement profité de mes voyages. C'était toujours pour quelque chose que je m'y rendais... Études, club d'échecs, diplomatie, et maintenant tournées d'inspection... Ne ferais-tu pas mieux de revenir vers le centre du lit ? Tu vas en tomber à te jucher sur l'arête ! » ria-t-il en tapotant le lit à côté de lui. « Tu as voyagé où, toi-même ? Reste-t-il une destination que tu fantasmes ? Planète ou climat ? L'Empire est riche de décors pour ses habitants et ceux qui en désirent les visiter. »

La bête sauvage à portée d'yeux avait un besoin urgent de se dérider. Si le malaise grandissait à l'idée de dormir aux côtés d'un homme, il serait toujours temps de lui souhaiter bonne chance pour la suite avec sa planète. De la patience, l'Empereur en avait, mais pas pour tout non plus. Il vivrait avec les caprices qui passaient, pas ceux pour lesquels elle pourrait à son tour faire des concessions.

« Viens là. » Il la tira à lui d'un geste doux, passant son bras par-dessus son épaule. « Connais-tu ce livre ?.. Non ? Rien d'étonnant. Et pourtant, il mériterait de l'être. » Il posa le livre sur son torse, le tenant d'une main. « Souffre d'en écouter un passage. »

Il tourna une page et commença. « L'homme acquiert ses connaissances et choisit ses actes par la pensée, un processus qui ne lui est pas donné par la nature. L'homme a donc le pouvoir de se détruire par ses actes. Ce qu'il a fait au cours de la plus grande partie de son histoire. Un être vivant qui considérerait ses moyens de survie comme mauvais ne survivrait pas. Une plante qui s'acharnerait à détruire ses racines, un oiseau qui se rognerait les ailes ne survivraient pas longtemps... »




Les réveils de l'Empereur se faisaient sous l'augure d'une sonnerie qui allait crescendo. Pratiquement décibel par décibel, que le bruit soit progressif. D'insonore à perceptible en plus d'une minute, son médecin lui avait prescrit cette technique pour éviter que son sommeil ne stoppe brutalement. Un maître horloger, commissionné à prix d'or par le secrétariat de l'Empereur, avait refusé la construction d'un appareil personnalisé. Son retrait du marché et son remplacement par son plus talentueux apprenti, plus jeune de corps de 40 ans mais plus jeune d'expérience d'à peine 10 ans avait fourni dans les délais cet appareil sans égal dans la Galaxie entière. Les réveils brutaux avaient affecté son humeur, et il sursautait parfois de peur devant les bruits trop soudains, prêt à bondir et à dégainer son arme sur la menace la plus proche. Une forme allégée de syndrome Post-Traumatique lui avait-t-on dit. Ca passerait sûrement loin des combats. Renatasia, son seul combat, était déjà loin. Mais son souvenir lui restait collé aux bottes. Ankylosé, la nuque engourdie et lourde, il s'assit sur le bord du lit avant d'éteindre le réveil d'un coup sec. Le bouton d'arrêt avait une inspiration des horloges de maîtres des échecs, et supportait les coups mêmes violents et énervés. Un bref coup d'oeil derrière lui montrait une reine endormie, sans une position totalement improbable. Contrairement à lui, la vie à deux dans un lit n'était pas une sérieuse habitude. Elle avait asticoté Harlon toute la nuit, se tordant dans tous les sens possibles, en bonne pratiquante du lit double pour une personne. Sa jambe avait parfois percuté le nez de l'Empereur sans qu'il ne comprenne comment c'était physiquement possible. Même la bouche entre-ouverte dans l'obscurité, les cheveux en bataille, les bras et les jambes étendus comme pour former un swastika ne la rendaient pas moins désirable. Mais c'était encore trop tôt pour tout ça. Au pied du lit, l'Empereur se leva, tendit les bras, et se laissa tomber pour commencer ses exercices.

Il réceptionnait le petit-déjeuner quand la Reine se réveilla. « Bien dormi, Majestée ? » demanda-t-il, un brin taquin. « Je n'aurais su penser que tu étais une telle furie le sommeil venu. Après cette dépense, tu dois avoir faim. » Le plateau était d'une triste banalité, avec une technologie anti-grav qui le faisait flotter au-dessus du lit, des gyroscopes microscopiques assurant l'absence de possibilité qu'il se renverse. « Mange ! Ce n'est pas engageant... » désignant les aliments dispersés, comme issus d'une ration de soldat, « Mais c'est bon et nourrissant. Peut-être un peu trop salé pour toi, si jamais dis-le moi, je te ferai mener autre chose. » Il resta avec elle le temps qu'ils mangent. Personne n'évoqua plus avant la soirée passée ni la nuit. Qu'y avait-il à évoquer ? Il ne regrettait rien. Et, il s'en persuadait, elle non plus.

Il fila ensuite à la douche, reprenant son cycle de douche froide, rapide et tout ce qu'il y avait d'efficace. Prendre du temps sous un jet brûlant n'était pas son quotidien. S'habillant ensuite d'une chemise noire, d'un pantalon ample en lin doublé en soie naturelle, de ses bottes et d'une ceinture large, il se contenta d'un gorgerin d'apparat en mailles dorées, inspiré de ses décorations autrefois gagnées par l'effort et les larmes. La matinée serait couverte par le travail.

Et il s'en révélerait bien plus formidable en si belle compagnie. Troquant l'ivoire si austère, Elizabeth était passé à un registre plus affirmé, sous l'aube d'une robe sanguine qui épousait formes et envie d'écraser l'assemblée. « Elizabeth... tu es ravissante en rouge. » Il s'en voulait mortellement sérieux. Si le rouge semblait dépeindre sur un ciel gris parcheminé de sa planète, elle n'en serait que plus authentique encore. C'était l'Elizabeth telle qu'il voulait la voir. « Non, pas ravissante... Sublime. » Il se fit même la réflexion qu'il n'avait jamais connu plus belle femme qu'à cet instant précis. « Nous pouvons travailler ici. Les services m'ont notifié la transmission du dossier. »

Harlon n'avait suivi que de loin la lutte d'influence auprès de ce dossier. Les Renseignements exigeaient le dossier en raison de son caractère doublement extérieur : attentat en terre étrangère, de la part d'agents étrangers. Le Bureau, lui, revendiquait la partie intérieure, en arguant que l'attaque avait ciblé des intérêts impériaux de premier ordre. Harlon avait fini par joindre le dossier aux Renseignements. Le Bureau était trop fanatisé pour être efficace dans ce contexte, et les informateurs des Renseignements étaient plus étendus, mieux implantés et mieux formés à l'infiltration et au recrutement de sources tierces.

« Ils doivent me faire un rapport ce matin » crut-il bon d'ajouter. « J'espère qu'ils auront quelque chose à nous présenter. Mais je gage qu'ils auront fourni un travail irréprochable. Sens-toi libre d'intervenir et de poser des questions. » rajouta-t-il, sans mentionner que les hommes à voir devraient d'abord recevoir un discret assentiment de sa part, des fois que la question soit classée Secret-Défense.

Le datapad n'en était pas un. L'écran était large de presque un mètre, un pied le reliait à la table basse, et trois caméras frontales rendraient une image en couleur en relief criante dans une salle de réunion des Renseignements. Harlon entra son code digital à 10 chiffres, passa son doigt dans l'angle inférieur droit de l'écran, et la connexion commença. Elizabeth pouvait voir la mécanique interne de l'Empire marcher en direct. Liaison qui se sécurisait en direct. les équipes impériales dans les pièces en bas lançaient une série de protocoles sévères qui rendrait la ligne quasi inviolable. Aucun pare-feu n'était éternellement à l'abri d'un pirate avec de la patience et du talent. Mais les contre-mesures rendaient la ligne impossible à pirater en moins de 10 minutes. Ce que ne durait jamais aucun entrevue de ce genre.

Finalement, l'image, à quelques grésillements au début, finit par se stabiliser.

Image


« Empereur Astellan. - Asseyez-vous messieurs. » Chacun s'était levé pour saluer l'Empereur, mais maintenant se rasseyaient. Trois hommes d'âge mûr regardaient l'Empereur, chacun avec un écran loin derrière l'holoprojection d'Harlon, pour bien se souvenir des points à aborder, à défaut d'avoir des datapad à proximité. Tout appareil électronique était prohibé dans cette pièce.

« Je vous présente la Monarque d'Arkania, Elizabeth Civicius. » La présenter semblait ridicule. Ces hommes étaient aux Renseignements. « Monarque Civicius, voici les directeurs du Secteur Plexus, le directeur du Bureau des Analyses, et le directeur du Bureau des Opérations. » les présenta-t-il un par un. Un Triumvirat qui tenait l'ensemble des savoirs internes et externes concernant ou impliquant l'Empire. La somme cumulée de pouvoirs aurait donné le vertige à une majorité de parlementaires en mal d'influence. « Allez-y messieurs. - Merci votre Majestée. L'acier fournit, connu sous le nom d'alliage Plaxacier hybridé avec divers composants ferreux trouve son origine dans trois entreprises productrices. - Le Bureau des Analyses a repéré des investissements massifs dans l'une de ces entreprises, Hoersh Kessel Drive, après qu'un changement ultra-majoritaire de Conseil d'Administration. - Un rachat par les Sith ? - Nous enquêtons sur cette possibilité. » conclut le troisième. « Des agents sont envoyés dans ces entreprises pour y être embauchés à divers échelons, au minimum à N-3 par rapport à la direction. Les légendes sont toutes prêtes. - Nous avons envoyé une notification aux Services Arkaniens et au Septième Bureau pour qu'ils gèrent la situation de leur côté. - Bonne initiative. Nos deux agences doivent travailler ensemble plus souvent. Quoi d'autre ? - Malheureusement, c'est bien tout pour l'instant, votre Majestée. Tant que nos agents envoyés sur place n'ont pas fait leur rapport définitif... » s'excusa-t-il, comme s'il pouvait brusquer les astres pour que le temps accélère à la demande de l'Empereur. « Inutile de vous excuser, messieurs. Vous avez fait un excellent travail. Monarque ? Avez-vous quelque chose à rajouter ?.. Messieurs, l'Empire est fier de vous. Longue vie à l'Empire ! » s'exclama-t-il, reprit par ses hommes, avant de couper la communication.

L'Empereur semblait perplexe. « C'est peu, mais dans ce laps de temps, c'est plus que ce que j'espérais. Qu'en penses-tu ? »




Et, le soir venu, les deux êtres s'étaient séparés, avec la promesse tacite d'un retour prochain. S'adaptant au travail, il trouva de quoi s'occuper toute une soirée avec des directives impériales du plus faible niveau, jusqu'aux affaires classés secrets d'Etat. A son stade, tout semblait toujours revêtir une importance confidentielle. Quand il faisait imprimer un dossier concernant les règles de pêche en milieu sain, les dossiers portaient l'exact même macaron "CLASSE SECRET-DEFENSE" qu'un dossier sur les derniers groupes terroristes agissant sur Yaga Minor. La nature des dossiers avait moins à voir sur leur classification que la personne à qui ils étaient destinés, mais au final on se croyait devant trop de choses sans importances, mais classées comme telles. Cela désacralisait un peu le caractère relativement secret et capital de certains dossiers.

« Proposez un partage des dossiers sur les affaires terroristes apolitiques au Septième Bureau, Directeur, » déclama-t-il devant son terminal sécurisé. « Les groupes religieux extrémistes semblent connaître un regain d'activité, et ils ne doivent pas y être étrangers. Evitez de mentionner les positions géographiques en revanche, ils doivent éviter de deviner qui sont nos agents infiltrés... Oui... Evitez, évitez, nous devons garder la main haute avant de savoir s'ils sont honnêtes... Oui... Bien. Ca sera tout Directeur. Longue Vie à l'Empire ! »

Presque aussitôt, c'était Elizabeth qui le contactait. Il s'autorisa son premier sourire de la journée. « Elizabeth ! Je suis content de te voir, même si je te trouve encore trop éloignée de moi. » ironisa-t-il. Elle le prendrait sûrement pour ce que ce n'était pas. « Non, je n'y renoncerai pas... Est-ce cela qui te tracasse ? J'ai déjà disputé de nombreux duels à l'arme de poing tu sais. Et au sabre également. Je ne pense pas que cet asticot soit d'une grande menace. » Il marqua une pause le temps d'argumenter. « On ne peut pas salir l'honneur de quelqu'un comme ça, surtout pas toi, surtout pas devant moi. Tu comprends ? On s'en fiche de Varan. C'est un imbécile. Mais il t'a manqué de respect, et si je ne sais rien d'une éventuelle première fois pour cela, c'était bien la dernière. Des représentants qui ne respectent par leurs chefs ne sont que des parasites qui gravitent autour du pouvoir pour son simple attrait. Je sais que tu comprends. C'est personnel, sans pour autant être personnel. C'est juste une question de principe. »




Sans prendre Varan au sérieux, il avait prit le duel très au sérieux. Viser, il savait faire. Dégainer, il devait s'entraîner en permanence. Brandir, tirer le premier. Un blaster neutralisé lui lui servait de maître d'instruction, le tempo réglé par un métronome de musicien qui exigeait d'Harlon un tir régulier à chaque "tac" qui passait. Entraînement musculaire, visée instinctive, et surtout les postures. De trois quarts, tourné vers l'extérieur, le bras tendu, coeur en retrait. Il devait limiter le risque de coup fatal. Il demeurait toujours un risque. Quand il avait fini de faire des sans-faute à ses exercices, il s'autorisait à se rendormir. Il faisait ce genre de théorie avant 4 heures du matin, une heure durant, directement sans élément lui offrant un réveil en douceur. Sa fatigue constituait son ennemi principal, et la réussite dans des conditions précaires rendraient les meilleures performances le moment venu.

Quand il se réveillait pour de bon, le travail l'appelait. Travail avec les officiels Arkaniens, cérémonies à l'ambassade suivant la décoration de l'Architecte, et diverses réceptions et visites - sans accroc cette fois, rien qui ne nécessite l'intervention des services de propagande - en public et en privé. L'Empereur était là pour sceller une amitié entre les peuples, et il devait montrer son amitié envers les peuples. Les visites des entreprises qui avaient reçu les investissements impériaux coulèrent tranquillement. L'hostilité était ou trop bien dissimulée ou tarie par des échanges cordiaux évidents. « La fierté de l'espèce humaine, oui, peut-être » disait-il à ses conseillers, « Mais à observer leur civilisation, il paraît évident qu'ils affichent une supériorité civilisationnelle, et un penchant à la xénophobie qui les rend entièrement compatibles avec les préceptes de l'Ordre Nouveau ! » assénait-il, sans qu'on ne trouve rien à lui renvoyer à ce moment-là. Science et peur du xenos. Avancement de soit par l'Ordre et la docilité des citoyens, hiérarchisés par race. Tout semblait en effet s'accorder.

Le matin vint où le duel devait se tenir. Bien qu'il ne s'y attendait en définitive pas, il ne fut guère surpris de voir Elizabeth le rejoindre à l'ambassade, prête à partir avec eux. Il lui accorda une accolade traditionnelle, au vu de tous, sans honte ni gêne. « Je trouve malsain de nous cacher » annonça-t-il sans autre forme de procès, même s'il baissait la voix pour rester inaudible des oreilles tierces. « Si tu tiens à la clandestinité, je me conformerai à tes souhaits. Mais je n'en souhaite rien. Je ne couvre nulle honte à te courtiser, et ce serait rendre honneur à qui tu es que de le faire ouvertement. Je suis fier de ce que je ressens pour toi. Je pense immoral de devoir le confiner au secret. » Ce n'est qu'après avoir vidé son sac qu'il daigna répondre à la question d'origine. « Sur un ancien plateau rituel aux premiers cercles d'une montagne. Semble-t-il un lieu de repos temporaire sur un chemin de pèlerins en route vers les sommets d'une cime religieuse. Large, à l'abri du vent... et éloigné. » avait-il décrit, baissant le ton à mesure qu'il parlait, jusqu'à ce que sa phrase semble mourir comme un murmure. « Mais il viendra. Pas par honneur, mais par obligation. J'ai envoyé des hommes à moi le chercher. En civil bien sûr » ajouta-t-il, malicieux, « Je ne tiens pas à ce qu'on m'accuse de forcer un natif à faire quoique ce soit. Il se présentera à ce duel de gré ou de force. Mais enfin, où ais-je la tête ! Tu dois être gelée... Viens, mon véhicule nous conduit directement au lieu du duel. A moins que tu ne veuilles pas y assister... je comprendrais. Même s'il te concerne directement... »

Re: Apoastre

MessagePosté :jeu. 11 oct. 2018 17:18
par Elizabeth Civicius
      « Et il m'en vint à penser... tu n'as jamais songé à une thérapie ? »

    La question, comme tombée du ciel, laissa l’Arkanienne un instant interdite. Elle la trouva aussitôt intrusive et songea à s’en offusquer. Il lui fallut lutter pour formuler une réponse aussi douce que possible.

      « Oui, j’y ai songé, il y a longtemps. »

    Une brève inspiration.

      « Toutefois, concernant mon état actuel, je gagerais davantage sur l’aspect un rien traumatisant des événements récents. »

    Elle n’allait pas lui faire un dessin, ils l’avaient vécu tous les deux. Et d’ailleurs … elle réalisait seulement que l’Empereur ne parlait pas de ce qui s’était passé. Il avait pourtant été aux premières loges, à genoux devant l’ennemi, à sa merci. Et il n’évoquait pas le besoin d’en parler. Peut-être n’avait-il pas besoin d’en parler. Ceci avait sans doute été accepté dans l’heure suivant le drame. Il avait dû balayer cela d’un revers de main. Lui, l’Empereur, même en privé, demeurait inébranlable. Elle avait du mal à le croire, mais pas la force de batailler encore ce soir.

      « Je suis touchée que tu t’en inquiètes, mais j’aimerais que tu ne me pose plus ce genre de question. »




    La Reine se montrait peu joviale en ce début de matinée qui n’avait rien pour la ravir.

      « Tu n'aurais pas dû envoyer quelqu'un le chercher. M'est avis que tu ne seras pas seul sur le coup. »

    Il y avait en effet fort à parier que d'autres se seraient déjà chargés de cette déplaisante commission. Et les hommes de l'Empereur ne trouveraient plus Varan chez lui quand ils arriveraient. Le bougre s'étant déjà mis en route, et en bonne compagnie. De gré ou de force, en revanche, on ne savait l’affirmer.

    Le véhicule se présenta aux deux chefs d'État. Avant de monter à son bord, Elizabeth précisa la liste des invités.

      « Je viens accompagnée, c'est préférable. »

    Elle désigna, plus loin, les trois agents qui constituaient sa garde et qui se tenaient pour l'instant à l'écart. Ils suivraient dans un second véhicule. Sans quoi, la Reine ne viendrait pas. Ils étaient comme un garde fou qui préviendrait des fins trop tragiques et qui tiendrait compagnie à l'Arkanienne quand sa colère envers Harlon aurait atteint des sommets.

    On se mit en route.

    Pendant le trajet, Elizabeth s'entêta auprès de son ami à faire passer certains messages qui se devaient d'être compris.

      « Libre à toi de t'obstiner avec cette histoire, mais j'aimerais, si tu me le permets, te rappeler que les membres du Dominion sont mes égaux. »

    Et Varan était membre du Dominion. Il y avait une toute petite place, mais cela compterait néanmoins auprès des plus grands. Essani avait fermé les yeux sur cette affaire pour l'instant. Il en attendait simplement le dénouement pour rendre son verdict. Elizabeth était loin de le craindre, mais elle préférait néanmoins se tenir à distance des intrigues de l'hémicycle. A bon entendeur …

    L'endroit choisi par l'Empereur était comme annoncé, reculé. Et à cette heure, les rayons d’Olim n'avaient pas encore franchi la barre rocheuse qui surplombait le plateau, plongeant ainsi le lieu du rendez-vous dans l'ombre. Y attendait les Impériaux, discrets, et un autre speeder, à l'écart. Rien ne bougea avant qu'un agent arkanien ne se dirigeât vers ce dernier véhicule. Et après un court échange avec ses occupants, et un signe de la main de l'agent, chacun quitta son poste. Harlon et Elizabeth, les Impériaux et les Arkaniens, Varan et trois de ses hommes. Oberan se porta aussitôt au devant de la Reine.

      « Ce ne sont pas les miliciens de Varan. Ceux-là sont de la garde de Naghin'Ter. »

    Il fallait le voir pour le croire. Le premier, celui qui se tenait à la hauteur de l'Arkant dueliste portait l'insigne royal, la marque du précédent Monarque. Un lâche qui vivait terré chez lui depuis des mois et dont le seul nom n'inspirait à Elizabeth que du dédain. Il avait prêté à son ami Varan un bien maigre soutien, plus un message qu’une sécurité.

    Oberan reprit ses distances.

    L'Arkanienne ne glissa que quelques mots à son amant.

      « Essaie de ne pas le tuer. Et ne meurs pas. »

    Avant de le laisser poursuivre seul vers Varan, seul également, les trois autres demeurant en retrait. Elizabeth réalisa alors qu'elle aurait souhaité lui dire plus. Méfie toi, c'est un Arkant, il est optimisé. Il pourrait tricher. Fais attention. Je t'aime. Mais c'était trop tard désormais. Elle n'allait pas lui courir après comme une gamine apeurée. Aussi avait-elle plaqué sur son visage son immuable masque de glace. Derrière elle, le Capitaine se tenait droit, une main à la ceinture, et surveillait tous les protagonistes.

    Alors qu'Astellan toisait Varan, la Monarque s'interrogeait. Pourquoi Naghin'Ter. Que voulait-il encore. Pour sûr c'était un message. Mais lequel. Un avertissement. Il ne siégeait plus au Dominion. Et depuis la mort en cellule du lieutenant de Red ICE, toute activité avait cessé, et Elizabeth, convaincue d'un lien entre le Monarque et les terroristes, avait bien été contrainte de faire stopper les opérations. A cause de l'inactivité de l'opposition sauvage, mais également en raison de la bien connue séparation des pouvoirs. Et faire intervenir les forces armées arkaniennes en territoire arkanien avait déclenché de l'urticaire à la plupart des ministres. Suite à quoi on avait consigné l'armée à la défense et la police à la sécurité.

    Soupir nerveux.

    La Reine, sans le voir, sentait Oberan présent et impliqué. Au moins, en cas de problème, Impériaux et Arkaniens, de concert, supprimeraient proprement les miliciens, et … Des Arkants. Il n'y avait que des Arkants. Varan, le porteur de l'insigne, les deux autres.

    Ne le tue pas … ne meurs pas … ne le tue pas … ne meurs pas …

Re: Apoastre

MessagePosté :dim. 14 oct. 2018 21:09
par Harlon Astellan
« Toutefois, concernant mon état actuel... » commençait-elle, en le fixant de haut, selon la roublardise propre aux femmes, « Je gagerais davantage sur l'aspect un rien traumatisant des événements récents. » Harlon devait admettre que son propre traumatisme, vécu à bord de l'Executor en petit commité, avait eu besoin d'un regain de morale par le biais de Pelleaon, qui avait douché à froid l'Empereur comme personne d'autre ne se le serait jamais permis. « Je suis touchée que tu t'en inquiètes, mais j'aimerais que tu ne me pose plus ce genre de question. » L'ordre - parce que c'en était un - était clair. Elle ne lui en parlerait que si elle le voulait bien. Quand elle le voudrait bien. En retour, elle devrait composer avec la probabilité que l'Empereur ne soit pas disposé à vouloir l'entendre. Par colère d'un moment, mais surtout par désintérêt. Il allait aux gens une fois, certainement pas deux. On ne rouvrait pas la main pour qui l'avait mordu la première fois. « J'ai compris. » Pas "Je comprends". Juste "J'ai compris". Harlon ne s'embarrasserait que de ce dont il voudrait bien s'embarrasser.

Et maintenant bonne nuit.




L'Empereur leva les yeux aux cieux. « Oui, je me doute que son témoin aura tôt fait de le rappeler à ses devoirs, » rétorqua-t-il sur le ton paternaliste d'un enseignant qui rappelle une évidence, « Mais à supposer qu'il soit trop couard pour écouter même la personnification de son honneur en la personne de son témoin, il convient de lui forcer la main d'une façon plus... humaine. » Elle désigna ensuite son escorte fidèle, incluant, comme d'ordinaire, son capitaine Oberon - ou était-ce Oberan ? - qui suivait la Monarque comme on se faisait suivre par sa deuxième ombre sur Tatooine. « Je viens accompagnée, c'est préférable. - Cela va de soit, mes services n'ont aucune habilitation pour vous protéger. » Il laissait tomber le tutoiement, comme elle choisissait d'ignorer sciemment ce qu'il avait dit plus tôt, à propos de ne plus sa cacher. Si elle préférait le tenir à distance, il ne voyait aucune raison de la considérer autrement que comme une cheffe d'Etat comme les autres. Vouvoiement inclut. « Souffrez que nous y allions maintenant. Je n'aimerais pas être en retard à mon rendez-vous. D'autant qu'il s'agit de vous y représenter. » Des fois qu'elle oublie que c'était pour sauver son honneur à elle qu'il avait provoqué un duel.

Les messages semblaient clairs eux-aussi. « Libre à toi de t'obstiner avec cette histoire, mais j'aimerais, si tu me le permets, te rappeler que les membres du Dominion sont mes égaux. » Rien ne pouvait plus l'agacer que d'entendre ça. Il lui fallut se mordre l'intérieur de la joue pour rester en contrôle et parler d'une voix douce. « Si vous êtes à ce point attachée à l'intégrité politique du Dominion, vous devriez peut-être le faire vous-même, ce duel. Cela resterait entre personnes du Dominion, en parfaite égalité représentative... » ironisa-t-il, son regard ne trahissant pourtant aucune forme de plaisanterie. « Et, permettez-moi également... Si vous étiez son égale, je n'aurais pas pris la peine de provoquer un duel dont le but est de rétablir l'honneur à sa place la plus élémentaire, pour vous laissez profiter de ce qui ne serait qu'une querelle entre deux homologues. Vous êtes Monarque, il ne l'est pas. Vous êtes Cheffe d'Etat, il ne l'est pas. Vous avez négocié notre traité bilatéral, il ne l'a pas fait. Vous m'avez accueilli, il ne l'a pas fait. Vous portez une couronne, pas lui. Vous représentez Arkania dans la Galaxie, pas lui. Vous avez un avenir, pas lui... » termina-t-il, « Autant de raisons, parmi d'autres, qui font de lui un inférieur à votre condition. VOus n'êtes pas son égale, vous êtes plus. Vous le savez aussi bien que moi. Tâchez de ne plus prétendre le contraire. »

Harlon ne se laisserait pas guider par une femme. C'était son rôle de rappeler où elles se situaient. Et leurs places étaient simples : en haut ou en bas. Si Elizabeth ne se pensaient pas en haut, il ne lui restait qu'une place disponible. Harlon ne traînait pas avec les chattes de gouttières. Il les voulait racées.




Le voyage n'aurait pas été plus glacial si le speeder blindé s'en était trouvé être décapotable. Il en avait pensé le plus grand bien de cet instant, le voyant avec amusement et enthousiasme, l'occasion de passer un message clair et rapide, tout en assouvissant une sempiternelle envie de faire couler le sang. Mais la gaieté était retombée, faisant se relever le traditionnel ennui, qui inspire les roulements d'yeux et les épaules basses. Encore un meurtre payant à commettre. Rien de très palpitant. Il commençait même à douter que cela ait le moindre impact. Juste de quoi renforcer les rumeurs les plus salaces, peut-être. Lui et elle, ensemble, main dans la main, et sous une même couverture le soir venu, à consommer le fruit défendu. Les folliculaires s'en égosilleraient avec enthousiasme, mais c'était bien le dernier problème d'Harlon. Et finalement, celui d'Elizabeth aussi, il le voyait bien. Les rumeurs n'étaient qu'à un pas - qui menaçait de devenir un fossé, allant en s'élargissant - de la vérité, et quand bien même, il avait bien dit ne pas avoir honte de la courtiser. Mais comme elle ne répondait pas à ce sujet, il se sentait d'humeur à le mettre de côté jusqu'à ce qu'IL ait envie d'en reparler. Peut-être les gémissements prévus de Varan occasionneraient-ils un regain d'intérêt pour les instincts primaires du soldat qui sommeillait dans l'Empereur. « Voilà le Capitaine de ma Garde. Nous sommes arrivés. » Il ouvrit la porte, fit sortir Elizabeth, et la laissa rejoindre sa garde. L'Empereur se dirigea vers la sienne, murmurant et se faisant murmurer ce qui se savait et ce qui allait se faire. « Ils attendent depuis cinq minutes. Allons-y. » La volée de marches se couvrit rapidement, bien que la neige qui reformait une couche verglaçante rendît le gros sel déposé inutile en peu de temps, jusqu'au promontoire des pèlerins large d'une vingtaine de mètres. Il ne perçut pas les mots d'Oberan chuchotés à la Monarque, mais les déclara mentalement sans intérêt. Il savait tout ce qu'il fallait savoir. Kanos avait fait état de son témoin. Un gorille résiduel de l'ancien Monarque. Une sorte d'ultra-libéral qui n'avait pas su garder le cap conservateur de sa population. Un règne éphémère et sans intensité, ni saveur d'ailleurs. Harlon l'avait survolé comme on survole les fades dirigeants des régions secondaires.

« C'est votre témoin ? » demande-t-il d'emblée, quand il fut à portée de voix de Varan. Les témoins avaient la tâche capitale de vérifier la régularité du duel, et de constater que les blessures - même mortelles - avaient été portées dans les règles, sans triche, et donc avec l'honneur rétabli de la partie gagnante. « Essaie de ne pas le tuer. Et ne meurs pas. - Bien sûr que non ! » balança-t-il, sans qu'il précise à laquelle il répondait. Même si on se doutait de la portée de sa réponse. « Voici mon témoin. Capitaine Kanos, de la Garde Impériale. » Pas Elizabeth, non, mais pas par mesquinerie. Elle était l'objet du duel. La demander en témoin serait malvenu. « J'ai apporté les armes. » déclara-t-il. Un agent des Services Secrets de l'Empereur en complet-veston noir et plongé sous un chapeau à bords larges présenta un coffret en aluminium brossé dans lequel on présentait deux pistolets X-8 sans lunette. « Prenez celle de votre choix. » lâcha-t-il, la voix dure et tranchante comme de l'acier chantant. « Astellan, en tant que représentant d'Arkania, je vous propose une dernière fois de concéder votre défaite en vous retirant de ce duel... - Peu me chaux de vos propositions, Varan. Pour une fois dans votre vie sans relief, vous allez affronter les conséquences de vos actes. » Varan soupira et prit une arme selon sa préférence. Les deux être se collèrent dos à dos, et le porteur de l'insigne ex-royal débita son laïus apprit avec sincérité et mépris. « A mon signal, vous avancerez de dix pas, à l'issue desquels vous ferez demi-tour. Je compterai jusqu'à trois, et alors vous aurez droit à un tir et un seul. Si les deux parties souhaitent s'adonner à un second tir, je prononcerai le nouveau décompte de tir. Messieurs... Allez. »




Varan, en définitive, ne le prenait pas à la lâcheté. Son regard était dur, son assurance palpable. Il semblait persuadé d'en finir vainqueur. La gravité des blessures prévaudrait dans ce qui s'annonçait comme non létal. L'Arkant qu'il était devait posséder une part de technologie dans son corps, assurant son pied et sa main, et donc sa visée. Mais de ce qu'il avait apprit, il ne semblait pas entraîné au maniement des armes. Jamais d'armée ni de police pour l'individu, simplement politicien par ses relations familiales. Harlon, lui, compensait son manque d'augmentations par une rigueur et un entraînement qui le rendait supérieur à n'importe quel humain lambda. Leur niveau, à des facteurs incomparables, se valait certainement. Mais il fallait ruser. Penser, l'espace de dix pas, à ce que Varan penserait faire de mieux. Risquer de tuer l'Empereur ? Il pouvait légalement, mais il n'en ferait rien. La peur des conséquences pour lui. Le toucher pour un coup mortel à retardement ? Nenni. Se laisser battre ? Non plus. Il ne restait que la neutralisation d'Harlon. Il avait déjà du y recourir lui-même en tirant dans la main. La ruse allait fonctionner s'il s'y prenait bien. Portant son blaster de sa main droite, au moment de se retourner, il dut aller vite : laisser tomber son blaster alors que son bras s'abaissait, le rattraper au vol de sa main gauche, et le brandir comme si de rien n'était, que l'échange n'avait pas eu lieu. Se mettre en semblant de position de tir.

De loin, la neige raréfiée entre eux, Harlon sentait le malaise de l'Arkant. Quelque chose avait changé, une donnée mal calculée. Mais laquelle ? Sa préparation semblait mise à mal. Les deux êtres avaient une vue dégagée sur celui d'en face, prêts à en découdre pour de bon. « Trois... Deux... » C'était l'instant de vérité. « ... Un. » Harlon n'essaya pas de tirer. Il se cramponna de toutes ses forces à son blaster, ses phalanges blanchissant sous ses gants sous l'effort titanesque. Quand le "un" tomba, Harlon sut qu'il avait visé juste : Varan tira dans ses doigts en face de lui à la milliseconde près. Bon tireur à n'en pas douter ! Mais peu imaginatif. La douleur balaya un moment la fierté d'Harlon, qui dut serrer des dents pour ne pas se laisser aller. Il plia les genoux sur place, résistant pour ne pas laisser tomber son arme, ce qui aurait compté comme un tir de sa part. Ce qui l'aurait fait perdre. Tremblant comme une feuille, soufflant douloureusement, il tint bon son arme. Sans jamais tirer. « Bien, il me semble que le vainqueur est... - Je n'ai pas encore tiré. Taisez-vous. » Le gorille s'interrompit, agacé. L'issue lui semblait claire. C'est alors qu'Harlon laissa tomber son arme, la rattrapa de sa main valide et assurée, pivota son torse, et tira à son tour, oubliant déjà sa main en souffrance. Le sang coulé se payait au prix fort. Il visa le front. Varan s'écroula, déjà mort avant de percuter le sol. Le témoin en fit les gros yeux, et se précipita vers son poulain. Les deux autres accompagnant l'imitèrent aussitôt. « C'est le prix à payer pour la grossièreté ! » grinça l'Empereur au témoin. « Les mauvaises moeurs meurent ici avec lui ! Le respect des valeurs et de la chaîne de commandement doit être instauré de nouveau ! Dites-le bien à votre maître, laquais ! Ce saint-patron des imbécile servait d'étendard à votre cause futile, » désignant sans ménagement l'opposition, « Alors transmettez bien ce message. Ce corps m'en est témoin... votre allégeance va à votre Monarque, pas à vous-même. »

Ce n'est qu'après qu'Harlon s'autorisa à demander du bacta après qu'on ait récupéré le blaster. Les gens partirent, comme si rien ne s'était vraiment passé. On oublierait vite l'épisode chez les impériaux. Les arkaniens verraient d'un oeil torve l'import de telles méthodes sur leur territoire souverain sur la personne d'un memebre du Dominion. Les témoins de Varan seraient choqués et outrés à la fois, et s'attelleraient à préparer leur vengeance malgré la menace limpide de l'Empereur Galactique. La presse impériale n'en parlerait pas, parce que ce n'était pas important et tenait de la vie privée de l'Empereur, en plus d'être simplement un fait non rapporté. La presse arkanienne s'insurgerait dans les colonnes tournées vers l'intérieur, louerait l'acte dans les colonnes tournées vers l'extérieur. Les conservateurs, majoritaires, demanderaient des excuses colériques qui ne seraient jamais satisfaites. Les progressistes demanderaient simplement l'abolition de la pratique des duels d'honneurs. Les franges extrémistes proches du pouvoir salueraient l'intervention de l'Empereur comme preuve d'amitié sincère, les extrémistes de l'opposition réclameraient un jugement pénal et civil de l'Empereur, qui n'était après tout qu'un étranger. Le plus imprévisible restait Elizabeth. Elle serait en colère, lui rappellerait que le tuer allait provoquer ce qu'il prophétisait depuis un instant, qu'il la mettait dans l'embarras, qu'il les mettait tous les deux dans l'embarras, qu'elle allait devoir gérer une crise interne, et affronter une opposition qui n'attendait que ce genre d'occasion pour la couvrir du chef d'accusation d'assassinat politique déguisé - ce qui était ce qu'avait prévu Harlon au détour de l'honneur, en y réfléchissant à froid - alors que lui-même s'en tirerait par son immunité double - diplomatique et militaire. Une part d'elle néanmoins, qu'elle ne prétende pas l'inverse, serait soulagée voire heureuse de voir ce cloporte revenu aux cendres. Il ne lui laissait même pas le temps d'un regard noir pour se justifier. « C'était fini pour lui ! Dès lors qu'il me ciblait la main ! Que faire selon toi ? Le laisser partir avec une blessure à la hanche et une paire d'insultes ? Cet homme a manqué de respect à sa Monarque ! Son acte devait se payer par un tribut que les suivants auraient trop peur de verser ! Que ses sales rumeurs prennent consistance d'une façon qu'ils n'envisageaient pas ! Qu'ils pavanent dans leurs palais en insultant leur cheffe, à l'abri derrière les farandoles de masques à plumes dorées de leur bourgeoisie sans morale ! Devant moi, ils apprendront que traiter de p#&!n leur Monarque est un acte que l'Empereur ne tolérera pas au nom de nos traités communs ! Ou au nom de la couche que soi-disant nous partageons ! Qu'il en soit ainsi ! »

Re: Apoastre

MessagePosté :lun. 15 oct. 2018 13:19
par Elizabeth Civicius
    De son index, il initia la communication, mais c’est l’autre qui parla en premier. Il écouta, soupira, parla à son tour.

      « Alors il est mort ? C’est regrettable. »

    Encore quelques mots de l’autre côté.

      « Oui, ramenez-le chez lui. Et revenez. »

    Varan mort. Un membre du Dominion abattu par l’Empereur. Un sourire narquois naquit sur les lèvres du Monarque. Il ne pourrait pas empêcher la suite, et son successeur non plus. Civicius n’y ferait rien.

    * * *


    Il n’y eut pas de regard noir. En fait, rien ne transparut sur le visage de la Reine. Elle était de marbre. Tout ce que l’Empereur avait eu à dire avait été entendu, et en guise de réponse, Elizabeth lui adressa un sourire sans émotion. Le ton de sa voix pourtant, trahissait son soulagement.

      « Rentrons. »

    Elle lui tendit simplement la main. Et s’il le permettait, sur le trajet du retour elle poserait sa tête sur son épaule.

    Au détour d’une congère, une question lui vint. Elle tira alors la main humaine blessée à elle.

      « À quel point c’est douloureux ? »

    Peu avant l’arrivée en périphérie de Novania, le comlink de l’Arkanienne réclama une attention qu’il n’obtint pas. Pire, elle finit par l’éteindre tant il l’agaçait. Ce n’est qu’à l’arrêt du véhicule qu’elle jeta un oeil désintéressé à l’appareil. Ses conseillers s’inquiétaient. Elizabeth se tourna vers Harlon, elle paraissait désolée désormais.

      « Je vais avoir une matinée chargée. Est-ce que tu voudrais me rejoindre à Adascopolis cet après-midi ? Pour que nous retournions, seulement quelques heures, au Praxeum. S’il te plait ? »

    Elle devait malheureusement le laisser là, pour le retrouver plus tard. Mais avant de repartir, elle l'interpella une dernière fois.

      « Harlon ? Ne nous cachons pas. »

    Un genre de réponse à sa belle déclaration du matin, qu’elle accompagna d’un sourire encore un peu timide. Toute émotion était confinée dans une petite boîte méticuleusement verrouillée dans laquelle il fallait aller fouiller longtemps pour parvenir à en extraire les réactions presque naturelles et affectives de la Reine. Il était peut-être trop tard, du point de vue de l’Empereur, mais pour Elizabeth, cela n’avait pas d’importance. Ce qui comptait pour elle, c’était de le lui dire, trois minutes, trois heures, ou même trois jours après.

    L’Arkanienne remonta à bord du speeder qui la conduirait directement au Dominion.

    * * *


    Sanaro avait accompagné sa Reine comme si elle était une enfant perdue jusqu’au bureau d’Essani. Le cyborg était stressé et ne le cachait. Et pire encore, l’absence totale de réaction de Civicius l’angoissait. Il dut pourtant bien se faire une raison et retourner s’asseoir dans le couloir tandis que la porte du bureau se refermait derrière l’Arkanienne.

    Le vieil Essani proposa un siège que la Monarque accepta sans mot dire. Face à l’air sombre de son homologue, elle se tenait tête haute.

      « J’avoue ne pas comprendre pourquoi vous avez laissé faire ça. »

    Pas de question, pas de réponse.

      « Enfin, ça n’a pas d’importance. C’est tout ce que nous attendions après la débâcle du Praxeum. »

    De sa main cuivrée, il lui tendit une liasse reliée.

    Statuts - Monarque - Avenant Contractuel


      « Vous saviez que ce document existait. »

    Pourquoi du papier ?

      « Où est la version officielle ?
      Elizabeth … Tout ce qui concerne le Conseil Militaire reviendra au Dominion … Et ça ne vous laissera qu’un an … »

    Il fronça les sourcils. Elle ouvrit le document à la dernière page. Lui, crut bon de commenter.

      « La majorité a signé en faveur de l’avenant. Même Adasca … »

    Et la chose semblait le réjouir.

      « Vous n’avez pas perdu de temps. Permettez-moi d'apposer également ma signature.
      Bien entendu, mais … il est encore possible de …
      Ma signature. »

    Essani lâcha un soupir résigné et présenta la version numérique de l’avenant au Monarque qui s’empressa de le signer, côté favorable. La négociation était impossible avec Civicius, il le savait. Il avait essayé, tant pis. Toutefois, l’avenant prendrait effet plus tard, et aucune communication sur le sujet ne serait faite d’ici là.

    Le rendez-vous prit fin à peine vingt minutes après son commencement. À la sortie du Monarque, Sanaro se précipita à sa rencontre. Elle le fit taire et gagna le Praxeum pour y attendre l’Empereur.

    * * *


    Après l’attaque, le bâtiment était resté vide d’occupants. La Monarque était revenue plusieurs fois sur place, pour assister à certains éléments d’enquête, mais également simplement pour faire acte de présence. Et il lui semblait nécessaire que l’Empereur participe à cette image que l’on devait se faire de l’après Praxeum.

    Ils étaient là pour qu’on les voit là. Une façon de balayer l’événement du matin, qui serait minimisé dans la presse locale par les services arkaniens, et de balayer le souvenir de l’attentat. Il était important de dire quelques mots à Arkania après ce traumatisme. Bien qu’en réalité les Arkaniens avaient déjà fait leur deuil et poursuivaient leur quotidien sans inquiétude névrotique.

    Quand l’Empereur arriva sur place, Elizabeth l’accueillit en privé dans un premier temps.

      « Pardon de t’avoir laissé. La mort de Varan a agité le Dominion. Ce n’est pas très important. »

    L’Arkanienne inspira brièvement.

      « C’est étrange à dire. Tu n’as pas besoin de mon approbation, mais je pense qu’il faut le dire. Tu n’as pas mal fait. »

    Et sur un ton moins émotif …

      « Nous avons la possibilité, d’ici heure, de réunir une poignée de journalistes pour une conférence de presse, ici au Praxeum, à propos de l’attentat. Reste à savoir si ça te semble nécessaire, ou non. Sinon, je voudrais simplement que nous allions saluer les équipes qui travaillent ici jour et nuit depuis un peu moins d’une semaine. »

    Mais si les conseillers avaient bien fait leur travail, tout ceci avait dû être envoyé à l'Empereur avant même son départ de Novania.

    Et s’il ne voulait pas, Elizabeth avait encore une proposition à lui faire.

Re: Apoastre

MessagePosté :lun. 22 oct. 2018 21:30
par Harlon Astellan
L'Empereur semblait tenir un brin de fournaise sur le dos de ses doigts en ce moment. La douleur de lors avait reflué sous l'assaut de l'adrénaline et de la colère qu'il dosait avec parcimonie pour s'accorder de l'assurance et de la hargne. L'émotion retombée, il ne restait plus qu'un cercle de chairs brûlées, de fibres de cuir et de soie rentrées et soudées dans sa chair, sa peau roussie autour et un tremblement compulsif de ses doigts touchés en plein. La passion qui lui avait inspiré son venin de serpent à destination du représentant de l'ex-Monarque s'inclinait maintenant devant le calme olympien de l'actuelle Monarque. Pas de regard de travers ni de remontrance. Elle savait ce qui allait se passer, et elle savait qu'il en savait aussi bien. « Rentrons » fut sa seule invective. Comme pour l'inciter à obéir de plein gré, elle lui tendit la main. Il la prit et la serra, peut-être un peu fort. Il détendit sa poigne et reprit la volée de marches, dans un sens inversé. La neige retombait de nouveau.

Le blizzard se levait. Le corps de Varan serait recouvert en un rien de temps si personne ne le transportait. « Je vais faire mander votre médecin, Sire, » lui rappela Kanos, « On va vous appliquer une solution kolto-bacta. » Des bandes en tulle aseptisée et couverte d'un fluide gras sentant bon les fleurs sauvages lui fut appliqué sur la main. Le froid lui piqua les chairs, mais il se sentit vite soulagé. Il ajouterait cette cicatrice à sa collection. « Allez. Venez. » Il ne savait pas encore trop quoi penser. Quand Elizabeth posa nonchalamment sa tête sur lui, il eut envie de la repousser. Il ne sût trop pourquoi il la laissa faire, ni pourquoi il se permit de poser la sienne dans ses cheveux. Il respirait un parfum doux de fleur d'oranger et d'écorce de sang-dragon, sans que ça ne lui déplaise de trop. « A quel point c'est douloureux ? » demanda-t-elle, le tirant d'une torpeur naissante. Les yeux fatigués, de tout à l'instant, il mit un temps à enregistrer la question, trouver de quoi la traiter, et répondre calmement. « Sur l'instant... on sent juste une grande brûlure. Comme si on te jetait un tison sur la main. Ca passe vite dans le feu de l'action. Mais après, ça lance fortement... Mais la pommade soulage vite aussi. Dans dix minutes, je n'aurais plus mal du tout. Et d'ici deux jours, il ne restera même plus de cicatrice. » Sa main gauche ne l'empêchait pas de la ramener à lui. « Rien d'insurmontable. Pas dans ce contexte. Pas contre lui. Pas pour ça. Pas pour toi. » Il profita un peu du voyage retour. Pendant un temps seulement. « Je vais avoir une matinée chargée. Est-ce que tu voudrais me rejoindre à Adascopolis cet après-midi ? Pour que nous retournions, seulement quelques heures, au Praxeum. S’il te plaît ? » Les besoins de se justifier viendraient tôt ou tard cette fois. Inutile d'y échapper, il ne se le permettrait pas. Il devait simplement se résoudre à utiliser ses talents pour préparer un angle d'attaque millimétré. « Bien sûr, je viendrai. As-tu une heure à me donner ? » rajouta-t-il, avant que le véhicule ne s'immobilise devant un bâtiment froid, aux volées de marches à n'en plus finir. La portière s'ouvrit, un humain en uniforme austère et sans insigne lui tenant la porte, l'invitant avec élégance et discrétion à se laisser aider à la descente. « Harlon ? Ne nous cachons pas. »

Le coeur de l'interpellé fit un tour complet sur lui-même, ne le laissant plus qu'à déglutir. Il se reprit néanmoins et lui offrit un baiser silencieux. Le diable emporterait la discrétion. Il lui fit signe qu'il la reverrait bientôt, et la porte se referma. Comme si une coque de métal plié à froid allait les séparer aussi facilement. « A l'Ambassade, Sire ? - Non, pas maintenant... » s'entendit-il répondre, « Passez d'abord devant le domicile de Raessen Nag'Ther... - Raessën Naghin'Ter je crois. - N'importe, quel que soit son nom, conduisez-moi devant son parvis. » Le chauffeur ne remit pas la machine en route de suite. Il fallait que son GPS soit configuré pour une nouvelle adresse. Les résidences des anciens Monarques s'en trouvaient classiques mais surveillées. Il fallait étudier les routes pour que le speeder impérial soit le moins exposé possible. « En route » furent les seuls mots du chauffeur. Discret et efficace, comme depuis le début de son service. Un homme discret qui n'en manquait pas une, et avait un état de service irréprochable. Pour l'anniversaire d'Harlon, il avait une fois eu le cran d'offrir des boutons de manchettes avant de le faire monter dans son véhicule. Depuis, Harlon s'était penché personnellement sur le personnage : anniversaire, famille, problèmes personnels. « Au fait, Ady, » y repensait-il d'un coup, « Votre fille se porte mieux ? - Oui. C'était une rougeole un peu compliquée, mais on a put s'offrir de bons soins. Elle sera rétablie rapidement, et sans séquelles d'ici une semaine. - Pas d'inquiétude, vous serez de retour à temps pour la voir sur pieds et profiter un peu. - Merci, Sire. »




La villa de Naghin'Ter avait de quoi rendre jaloux quelques richesses impériales. Mais sans plus. L'homme ne semblait pas emprunt de bon goût, surtout concernant le choix de la forme de l'édifice, ni sa situation. En plein Adascopolis... quel mauvais goût. Une villa se construisait à minima en périphérie. Harlon ne prit qu'une seconde, et mit à profit ses habits pour se camoufler sous une capuche épaisse. La neige tambourinant le speeder aiderait à le rendre anonyme le temps qu'il faudrait. Il ouvrit la porte en trombe.




La majordome s'aperçut du véhicule suspect un temps seulement après son arrivée. Garé devant la villa, comme porteur d'un escadron mafieux venu régler ses comptes à l'ancienne. Le véhicule repartit aussitôt, mais on distinguait bien un bruit de quelque chose qui tombe sur le sol marbré. Il ouvrit la porte et regarda ce que le véhicule, déjà disparu, avait jeté depuis sa fenêtre.

C'est un pistolet blaster modèle X-8.




Dans l'ambassade régnait un silence de mort. Chacun avait une tâche précise, sans rien demander en terme de confirmations, directives et autres. L'équipe personnelle de l'Empereur se passait de stagiaires. On demandait des têtes d'affiche, ou à tout le moins des graines d'espoir particulières dans les professions représentées. Il fallait laisser leur chance aux jeunes !

Harlon enchaîna la signature de quelques directives galactiques - ou tiers-galactiques selon les béotiens - des réunions en hologramme avec deux Grand-Moff, un Amiral et un représentant syndical du SP2ON - le Syndicat de Protection des Ouvriers de l'Ordre Nouveau - sur les conditions de travail au sein du secteur primaire. Hausse des salaires hors de question pour l'Empereur, qui tenait à ce que les emplois sans qualification restent moins bien payés que des emplois diplômés. D'accord en revanche pour l'augmentation des durées de pause et l'accès obligatoire sur les chantiers à un repas chaud par jour, ainsi qu'à des commodités. A signer les détails avec le Conseiller Impérial à l'Emploi. Son équipe chargée des relations avec les médias lui fit un rapport sur la vie de la presse, lui donnant les pièces parlant de lui et de sa politique, et lui transmettant également des éléments de dossiers de la presse écrite qui pouvaient requérir son droit de réponse. Il ne l'exerça qu'une fois, et signa un accord d'interview pour son magazine préféré, celui publié par la Fédération Impériale Professionnelle des Echecs. Les médias étaient en bonne santé selon lui. On le critiquait violemment pour ensuite contrebalancer en avançant ses qualités. Les organes pro-Ordre Nouveau louaient ses louanges, avant de contrebalancer leurs propos en tamisant son bilan par l'égrainage de quelques échecs significatifs. La loi sur la neutralité et la pluralité offrait ce qui manquait à toute nation galactique : le sens critique. Une mission accomplie avec succès. Une dictature obligeant ses habitants à réfléchir posément et à retourner les situations sous tous ses angles ne pouvait qu'offrir un cadre intellectuel inégalable. Loin de l'argent massif sorti des mines de la CSU ou du progressisme rampant de la Nouvelle-République, l'Empire promettait la stabilité et le dépassement intellectuel, promettant de former une nouvelle génération de gens neutres et tournés vers le succès personnel au milieu du succès collectif, se passant de la valeur fluide de l'argent comme maître des situations, pour le poser comme un simple vecteur, sans valeur morale définitive. La réussite se mesure par son argent gagné, oui. Mais définir le bonheur par cet argent n'aurait plus de sens : c'était ce qu'on faisait pour le dépenser qui serait important pour tous. Pas comme dans la CSU. Ni comme dans la NR.




A l'heure donnée par Elizabeth, Harlon se présenta, sous une lourde escorte. Vêtu de ses vêtements déjà vus les jours précédents, il continuait d'imposer sa présence aux natifs comme aux invités. Les merdeux des médias tentaient toujours de tirer une image interdite en lançant leurs caméras volantes à fond, pour se voir affecté une facture de remplacement pour l'engin après qu'un Commando l'ait pulvérisé d'un coup de latte bien placé. Les téméraires qui tentaient une approche plus physique pouvaient même repartir avec des coquards. L'immunité de l'Empereur n'était pas abusée au sens premier du terme : tenir une personne inconnue ou un objet pouvant servir d'explosif ou d'appareil à destination létale était une atteinte à l'intégrité impériale toute entière. Mesures de protection en pagaille aidant à justifier qu'on houspille en règle la presse locale à sensations. On devait tenir ses distances ou payer le prix d'une visite chez le médecin de famille pour soigner les plaies tuméfiées. L'escorte de l'Empereur y perdrait en réputation, et l'Empereur avec elle, mais c'était sans compter sur un fait percutant : les deux s'en moquaient complètement. La presse proche du pouvoir Arkanien restait dans la poche. Et au fond, personne n'aimait les représentants des tabloïds et de la presse crasse. Celle-là même qui avait donné du grain à moudre à un certain Varan, si jamais ils connaissaient...

Voir Elizabeth lui tira un instant de répit, de deux façons différentes. Inutile de deviner le premier. Le deuxième indiquait que la proximité de la Monarque le mettait à l'abri des cordons journalistiques. « Dieu, ce que je hais la presse... » grinça-t-il en les lorgnant d'un oeil chargé de mépris. « Agité le Dominion... c'était à prévoir. Ou plutôt non, c'était prévu. Qu'en disent les partis majoritaires ? » Mais en définitive, elle voulait surtout le rassurer, non de ce qu'il pensait lui, mais de ce qu'elle pensait elle. Elle lui donnait son approbation, mais peut-être venait-elle quémander son assentiment. Qu'il lui dise qu'il assumait tout, qu'elle n'aurait rien à craindre, et que non, rien de mal n'avait été fait, sinon par Varan. Et n'était-ce pas la vérité finalement ? « Non, je n'en ai pas besoin... mais je préfère que tu me dises ce que tu en penses. C'est important pour moi. » Puis, un oeil sur les journalistes en embuscade. « Ceux-là ne sont même pas invités tu veux dire ? Fichtre. Un service de presse composé de gens un peu plus décents me suivent toujours au cas où. Tu pourrais demander à tes gens de faire venir des gens propres sur eux. Des ténors des médias sérieux. On leur doit bien quelques réponses ! » Et bien sûr d'ajouter : « Oui, remarquable en effet. On ne croirait pas qu'il s'est passé... ce qu'il s'y est passé. »

Il ne lui en avait jamais vraiment parlé, autrement qu'en s'excusant de son entrée. Mais la prise d'otages ? Avait-il seulement expliqué ce qu'il avait pu ressentir, lui, d'être sur la scène, manipulé comme une poupée de chiffons ? Soupçonné de connivence avec eux ? A quoi bon. Harlon remarqua l'utilisation assez faible de droïdes porte-charges et ménagers pour la tâche, dévolue en majeure partie à des classes sociales inférieures. La lutte des classes continuait sur Arkania sous le couvert de la lutte des espèces. Impressionnant. Harlon et Elizabeth se baladaient dans l'édifice, serrant des mains, lançant quelques formules creuses aux bons moments, tandis qu'une estrade pour la presse se dressait près de l'entrée. Des nettoyeurs déblayaient les gravats restant, des architectes étalaient des plans pour faire la réfection, des contre-maîtres supervisaient les équipes mi-humanoïdes mi-machines, des membres de la police scientifique arkanienne veillaient à ce que les gravats ne soient bien que des gravats. « Tout sera remis en ordre dans combien de temps ? » demanda-t-il à un architecte quelconque. « Le plus urgent sera fait d'ici une semaine. La totalité sera remise à neuf d'ici deux mois. » Harlon hocha la tête et passa à autre chose. Il se demandait en parallèle si Elizabeth s'en fichait de toute la logistique. C'était admirable, mais ça passait au-dessus de leurs têtes. Même dans l'Empire, le détail l'intéressait peu : il voulait un résultat. Pas le briefing de début de projet. « Excuse-moi, mon comlink... » expliqua-t-il en sortant un comlink excité de sa poche. « Oui ? » Sa voix était calme et posée. Il marmonna et termina vite. « Entendu. » Il finit la communication et remit l'objet dans sa poche. « La presse est là. On y va ? »




Harlon avait toujours détesté le contact avec le public. Mais l'exercice était nécessaire à intervalles réguliers. Deux pupitres dressés sur une estrades indiquaient les positions des deux chefs d'état, qui allaient donner une conférence conjointe, comme l'Empire n'en avait encore jamais faite. Une première pour l'Empire depuis sa création, inaugurée avec Arkania, sous les yeux de la Nouvelle-République et des autres Nations invitées au fiasco du Praxeum, qui elles, n'avaient envoyées personne depuis. L'Empereur serait sur la droite, la Monarque sur la gauche. Le drapeau impérial, la crête à six rayons noire sur rond blanc et fond rouge rayé de noir sur le côté gauche, le drapeau aux armoiries d'Arkania sur la droite. Les deux langues de l'Empire étaient marquées en clair sur les écriteaux, le Haut-Galactique et l'Aurebesh, avec en sus l'écriture traditionnelle d'Arkania, tombée en désuétude mais encore revendiquée. Des micros discrets placés au-devant d'une foule de sièges confortables, avec dedans des hommes, des femmes et des hybrides des deux, chacun accompagné de dictaphones, de caméras volantes et d'un badge d'agrégation de presse. Une crème qui se composait de deux assemblées : la presse impériale, moins nombreuses, ancrée dans les nouvelles lois sur la neutralité étendue : au lieu d'une opinion fixe exprimée avec emphase ( sous Palpatine ) l'on voyait une presse forcée d'un ton neutre sur le sujet de son choix. Le cap à franchir serait long, mais d'ici à dix ans, il porterait ses fruits. Parce qu'Harlon avait l'intention ferme de les vivre, ces dix ans.

Et de l'autre, une presse Arkanienne, contrôlée de façon stricte, et avec un soupçon de lest. Comme un chien à qui l'on mettait un collier à décharges : oui, vas-y, fais le foufou et court à vau l'eau, mais rappelle-toi qui commande. Le virage autoritaire d'Arkania promettait une presse de moins en moins libre, mais qu'importait. Harlon n'était pas là pour juger.

« Messieurs-dames de la Presse de tous les horizons, La Monarque d'Arkania Elizabeth Civicius, et l'Empereur Galactique Harlon Astellan. » On se leva, sans applaudir, et on se rabaissa quand les deux dirigeants eurent fait un geste les y invitant. Pas de prompteur. Un Arkanien officiel chargé des relations avec la presse avait fait ce qu'il fallait pour prévenir du déroulement de la conférence. Cela laissait Harlon et Elizabeth libres de répondre à ce qu'il fallait. Elizabeth devait commencer, puisque dirigeante ici.

Il ne fallut pas attendre longtemps avant que les mains se lèvent pour poser les questions. Les dirigeants attendaient sagement qu'on leur serve les questions qui iraient du pertinent au déplacé, par deux greffiers chargés des relations avec la Presse. L'Empire s'était séparé d'un ministère de la propagande au profit d'un chargé de com', d'un service de presse et d'un porte-parole officiel. Une sacrée économie budgétaire.

« Dahr Kadour, du Nouvel Impérial. Suite à ces attentats relativement inattendus, et mettant en avant un certain nombre de failles dans la sécurité conjointe de plusieurs Nations invitées... quels sont les objectifs de l'Empire et d'Arkania à la suite de cette attaque surprise ? » La question venant d'un Impérial, Harlon se permit de prendre le relais. « La Monarque vous le confirmera certainement, mais j'ai décidé de partager toutes les ressources disponibles de nos services de Renseignement, archives et agents, afin de faire avancer cette affaire au mieux. Cela concerne ce qui a été découvert au Praxeum sur nos adversaires, recoupé avec des éléments d'archives du Secteur Plexus. »

« Monarque Civicius, ici le magazine PARITE, pour Police, Armée, Renseignements, Innovations, Technologies et Economie. Ce rapprochement va-t-il bénéficier à vos services de renseignements et à vos forces armées ? » Harlon savait déjà que la réponse était oui. Arkania avait de bons moyens, mais ils restaient à la mesure d'une planète seule. Les services globaux d'un état transgalactique surpassaient ceux d'une planète seule. Et le Secteur Plexus n'était jamais que la deuxième plus grande compilation d'archives de toute la Galaxie... maudite Obroa-Skai.

« Empereur Astellan, Imperial Holovision. Que représente le rapprochement entre Arkania et l'Empire ? Pourquoi cette planète et non une autre pour bénéficier d'accords scientifiques et commerciaux privilégiés ? » La question avait une légitimité certaine. Beaucoup de planètes et de secteurs plus riches auraient rêvés d'un tel rapprochement, non pour le plaisir de côtoyer un Empire expansif, mais pour celui d'un partage de ressources qui était amplement profitable à la partie minimale, comme Arkania ici présente, qui se rendait tout à coup solvable par la force financière de l'Empire. « Très bonne question. Il est vrai que l'Empire s'en trouve des atomes crochus avec nombre de civilisations de par la Galaxie, mais il nous a parut évident qu'Arkania, de par son passé et sa culture qui semble en tout point similaire à celle, plus large, de l'Empire, aux points de la technologie et de la gestion interne figurait comme un partenaire privilégié. Il ne nous reste plus qu'à espérer que cette histoire d'amitié inspirera d'autres nations à nous rejoindre, au vu du succès d'une telle collaboration. »

« Bonjour, une question de la Planète Blanche. Ma Reine, ne pensez vous pas qu'il soit plus sage peut-être de rester neutre dans la Guerre avec la République ? » De quoi faire grincer des dents. Avec le contexte Sith, de l'Union et de l'Ouverture, une "Guerre" se faisait plus rare dans les esprits. Mais on ne pouvait exclure l'idée que les Républicains reprendraient leur folie meurtrière dès que possible, alors que l'Empire tentait tout pour tenir les peuples à l'abri de la destruction.

« Empereur Astellan, de L'Arkanité. Nous avons appris ce matin que Varan n'avait pas survécu à son duel contre vous. Vous laissez donc son épouse et ses deux enfants en études sans père. Qu'avez-vous à répondre à la veuve et aux enfants de l'homme que vous avez abattu froidement ? » Ah, la première question poubelle. Il fallait s'y attendre. « Je dirais simplement qu'il est regrettable pour sa famille que Varan se soit comporté aussi lâchement. Il a jeté le déshonneur sur son nom avec un langage vulgaire qu'on n'attendait guère d'un représentant d'Arkania, surtout envers sa Monarque. Je regrette simplement qu'il lui soit incombé de servir d'exemple. » Le message était passé, vu la lividité - ou était-ce juste la peau naturelle de tous les arkaniens après tout ? - du journaliste.

« Monarque, une question du Fakir Arkant. Même si l'on accorde une certaine vulgarité aux propos rapportés de Varan, ne trouvez-vous pas qu'un duel à mort, aussi légal soit-il, ne représente une abomination pour des États civilisés ? » L'éternel débat de la soit-disante barbarie des duels d'honneur. Harlon ne leva pas les yeux au ciel malgré son envie manifeste de la faire, pour laisser Elizabeth statuer à ce sujet.

« Honorable Empereur, pour l'Empire Libre, quel va être le statut d'Arkania par rapport à l'Empire ? Elle va être intégrée ? Alliée ? Pensez-vous la défendre si elle est attaquée par des flottes Républicaines que l'ont dit fort nombreuses dans le secteur ? - Nous souhaitons éviter autant que possible tout acte belliqueux avec la Nouvelle-République, pour le bien-être des populations de nos deux factions. Je tiens à rajouter également que l'Empire n'a pas vocation à répudier la neutralité d'Arkania, ni la soustraire à son droit de commercer et dialoguer librement avec n'importe quel protagoniste galactique. Mais nos deux nations étant liées à un traité d'assistance mutuelle, oui, je vous confirme la possibilité d'une mise en état de défense du secteur Arkanien par des forces impériales en cas de nécessité absolue. » Dialogue clair mais ne laissant place à aucune interprétation.

« Pour la Monarque, pour le Arkanian Times. Le fait que la victime d'un duel impliquant la Monarque et l'Empereur soit un membre influent de l'Opposition du Dominion n'est-il pas très commode ? » Harlon seconderait Elizabeth s'il le fallait. Après tout, ils n'avaient pas poussé Varan à se conduire comme un enculé.

« Harlon Astellan, ici Jean-Jacques Bouquin, pour C'est quoi encore ce truc ?. Comptez-vous défier en duel tous ceux qui critiqueraient la Reine ? - Dès lors que la critique est constructive, non. La critique est le signe d'une bonne santé démocratique. Toutefois, il me viendrait certainement à l'esprit d'offrir un châtiment exemplaire à ceux qui se croient permis d'insulter et de déshonorer, plutôt que de critiquer. »

« Elizabeth Civicius, encore Jean-Jacques Bouquin. Ce rapprochement avec l'Empire n'est-il pas une nouvelle étape dans votre tentative d'obtenir le pouvoir absolu sur tout Arkania ? » Harlon se fit la réflexion que Jean-Jacques Bouquin était un gros con.

« Une question pour Sciences sans Frontières. La Station Arkoh Adasca semble offrir un avenir particulier aux échanges scientifiques entre le génie éclectique impérial et le savoir millénaire arkanien... Allons-nous vers une hybridation de la science de nos cultures respectives, et si oui, au profit de qui ou de quoi ? » Harlon laissait Elizabeth le monopole de cette réponse, n'intervenant que pour étayer ou réfuter.

« Daily Adascopolis. Des rumeurs font état d'une liaison entre vous, Monarque d'Arkania, et l'Empereur Astellan ici présent. Pouvez-vous confirmer ces rumeurs ? » Une question pour Elizabeth, à n'en pas douter. Il se tourna discrètement vers elle. Il était, lui aussi, curieux de savoir ce qu'elle dirait. Mais quoi qu'elle en dise, il fallait qu'il place une petite leçon : « Je comprends l'empressement que vous avez tous à remplir les colonnes juteuses de vos tabloïds, mais si nous pouvions nous contenir aux affaires concernant l'attaque du Praxeum et sur les Sith, si vous le voulez bien... » exigea-t-il, sachant bien que c'était peine perdue. Les Sith faisaient pâle figure à côté d'une liaison entre deux dirigeants, d'un duel mortel et de scandales politiques liés au-dit duel mortel.

« Bonjour... ici Kadwin, journaliste-reporter pour le quotidien Est-Empire. Cette relation qui semble acquise est-elle une façon pour vous d'assouvir le besoin politique vital d'avoir des Héritiers pour la succession ? » La question énerva franchement Harlon, qui s'énerva d'autant plus que son énervement serait perceptible des Arkaniens. « Ceci ne serait donc qu'une histoire de hanches pour vous ? - Non non, Votre Majesté ! Mais il y a certainement des héritières ou des monarques bien plus intéressantes au regard de l'Etat, non ? - Mes motivations ne regardent que moi, et ma compagne. A l'avenir vous serez assez aimable de ne pas reposer une telle question en ma présence. »


Merci à Hayley, Kurt, Amertume et Ariès ( dans l'ordre de sollicitation ) pour m'avoir soufflé les questions de la presse, afin que je puisse y répondre sans les avoir inventé.

Re: Apoastre

MessagePosté :mar. 6 nov. 2018 12:31
par Elizabeth Civicius
    Le majordome laissa échapper un soupir las. Et puis quoi encore ? Portant le museau à son comlink, il grogna quelques ordres, et aussitôt, l’un des limiers vint ramasser l’arme jetée au bas des marches et la rangea avec précautions. L’Arkant remonta sous le perron, lança un dernier regard à la rue, et toujours aussi aigri, réclama l’enregistrement des caméras de surveillance. Dans un second temps, il s’isola afin de prendre contact avec son maître. Et la réponse qu’il obtint le fit grincer des dents.

      « Je me fous de qui l’envoie et de ce que cela peut bien vouloir dire. Contente-toi de consigner cette arme avec le reste. Ça ne fait qu’une menace de plus à mon compteur.
      Bien, bien. Mais quand rentrez-vous ?
      Tiens la maison, et ne t’inquiète pas de ça. »

    Le majordome acquiesça mais personne ne l’écoutait plus. Son maître était devenu acariâtre avec le temps. Il ne l’avait pas vu depuis des mois, mais percevait toujours un salaire confortable agrémenté de primes régulières, ce qui l’encourageait à bien faire son travail.





    Adasca haussa les sourcils et s’autorisa une moue contrariée.

      « Alors elle a signé ?
      Elle a insisté pour signer. »

    Essani se laissa aller en arrière, relâchant un rien la tension accumulée pendant son précédent entretien. En face, son homologue se tenait le dos droit et mains jointes sur les genoux.

      « Elle s’y attendait, bien évidemment.
      Seigneur Essani … votre hâte ne nous a t-elle pas fait perdre un argument solide dans la négociation avec la Monarque ? »

    L’Arkanien inspira brièvement.

      « Eh bien, oui, c’est une façon de voir la chose. Ce que je constate surtout c’est que nous n’aurons bientôt plus de Monarque. Et c’est bien là le but de la manoeuvre, alors … voyons cet incident comme un genre de bénédiction. »

    Adasca n’avait rien à ajouter. Elle délaissa le vieil Essani, et tandis qu’elle descendait les marches du parvis du Dominion, son comlink appela.

      « Oui ?
      On a retrouvé sa trace. »





      « Messieurs-dames de la Presse de tous les horizons, La Monarque d'Arkania Elizabeth Civicius, et l'Empereur Galactique Harlon Astellan. »

    Ils se tenaient là tous les deux, drapés de leur fierté, face à l’assemblée de journalistes. Le regard de la Monarque courait entre les rangées de sièges. Du côté arkanien, il n’y avait pratiquement que des visages connus, ceux-là même dont le nom figurait sur la liste de diffusion officielle. Le haut du panier, les plus méritants, qui avaient gagné leur droit de poser des questions creuses lors de ce genre de rassemblement.

      « Merci à vous d’être présents pour cette conférence de presse consacrée à l’attentat survenu lors de la réunion du Comité de Coordination et à l’action de défense conjointe que mèneront l’Empire Galactique et Arkania. »

    Il était bien question de défense, et non de sécurité. C’était une attaque, et la procédure sécuritaire était impeccable.

      « Nous tâcherons d’apporter à vos questions les réponses qu’elles méritent. »

    Et d’un geste de la main, Elizabeth invita donna la parole à l’assemblée de journalistes. Une main fut choisie dans le bosquet de poignets qui s’était subitement dressé.

      « Dita Nefeim, pour Global Olim, un grand nombre de nations ont assisté à la réunion du Comité. Où sont-elles aujourd’hui ? Monarque Civicius, on dit que vous ne les avez même pas contacté après ce qu’il s’est passé. Pourquoi ?
      Nous avons maintenu le dialogue avec les nations qui ont manifesté leur soutien et apporté leur aide à Arkania. Une très petite minorité des nations en présence a évoqué la nécessité d’une enquête commune sur cette affaire. Si les autres ne se sentent pas concernées par ce qui est arrivé ici, je ne leur forcerai pas la main. »

    Une première question qu’on pouvait juger légitime. Une question que Elizabeth s’était elle-même posée dernièrement. Ils n’avaient pas été nombreux à se presser pour proposer leur aide, considérant la principale victime en la personne de la Présidente.

      « Dahr Kadour, du Nouvel Impérial. Suite à ces attentats relativement inattendus, et mettant en avant un certain nombre de failles dans la sécurité conjointe de plusieurs Nations invitées... quels sont les objectifs de l'Empire et d'Arkania à la suite de cette attaque surprise ?
      La Monarque vous le confirmera certainement, mais j'ai décidé de partager toutes les ressources disponibles de nos services de Renseignement, archives et agents, afin de faire avancer cette affaire au mieux. Cela concerne ce qui a été découvert au Praxeum sur nos adversaires, recoupé avec des éléments d'archives du Secteur Plexus. »

    Confirmation faite d’un hochement de tête.

      « Monarque Civicius, ici le magazine PARITE, pour Police, Armée, Renseignements, Innovations, Technologies et Economie. Ce rapprochement va-t-il bénéficier à vos services de renseignements et à vos forces armées ?
      Ce rapprochement ne bénéficie qu’à la bonne progression de l’enquête conjointe que nous menons. Nos services respectifs mettent à disposition leurs moyens à hauteur de leur potentiel. »

    À vrai dire, la question était creuse. Parlait-on de bénéfice alors qu’il était question de meurtre ? La Monarque ne désirait que trouver la piste des terroristes, et comprendre. Comprendre comment ils avaient pu s’introduire dans l’arrière scène, sans issue, vide au commencement de la conférence.

      « Empereur Astellan, Imperial Holovision. Que représente le rapprochement entre Arkania et l'Empire ? Pourquoi cette planète et non une autre pour bénéficier d'accords scientifiques et commerciaux privilégiés ?
      Très bonne question. Il est vrai que l'Empire s'en trouve des atomes crochus avec nombre de civilisations de par la Galaxie, mais il nous a parut évident qu'Arkania, de par son passé et sa culture qui semble en tout point similaire à celle, plus large, de l'Empire, aux points de la technologie et de la gestion interne figurait comme un partenaire privilégié. Il ne nous reste plus qu'à espérer que cette histoire d'amitié inspirera d'autres nations à nous rejoindre, au vu du succès d'une telle collaboration. »

    On s’en était donné du mal pour retrouver l’Empire, avec tous ces démocrates idiots qui ne juraient que par la République.

      « Bonjour, une question de la Planète Blanche. Ma Reine, ne pensez vous pas qu'il soit plus sage peut-être de rester neutre dans la Guerre avec la République ?
      L’Histoire a fait que les négociations avec l’Empire ont abouti, tandis que les tentatives de dialogue avec la Nouvelle République, non. Toutefois, la signature d’un traité diplomatique avec l’une des deux parties ne remet pas en cause la neutralité avérée d’Arkania. Nous ne prenons pas part à ce conflit. »

    Arkania, et pas seulement la Reine, avait à quelques reprises tenté d’établir un dialogue avec ses autres voisins, la Nouvelle République, les Colonies. Le résultat avait été décevant. Depuis le fameux ultimatum impérial, la petite planète s’était concentrée sur l’Empire, et sur le Grand Moff Astellan, tout à fait disposé à s’entendre avec elle, et à la faire briller. Certains disaient que le traité avait signé dans la peur de voir s’abattre la sanction de l’Empereur, une rumeur qui circulait au début. Au Dominion, on percevait plutôt cela comme une opportunité saisie.

      « Empereur Astellan, de L'Arkanité. Nous avons appris ce matin que Varan n'avait pas survécu à son duel contre vous. Vous laissez donc son épouse et ses deux enfants en études sans père. Qu'avez-vous à répondre à la veuve et aux enfants de l'homme que vous avez abattu froidement ?
      Je dirais simplement qu'il est regrettable pour sa famille que Varan se soit comporté aussi lâchement. Il a jeté le déshonneur sur son nom avec un langage vulgaire qu'on n'attendait guère d'un représentant d'Arkania, surtout envers sa Monarque. Je regrette simplement qu'il lui soit incombé de servir d'exemple. »

    On y était, l’affaire arrivait sur le devant de la scène. Elizabeth n’avait pas l’intention d’en parler outre mesure, elle espérait que l’Empereur ne perdrait pas son temps avec ça.

      « Monarque, une question du Fakir Arkant. Même si l'on accorde une certaine vulgarité aux propos rapportés de Varan, ne trouvez-vous pas qu'un duel à mort, aussi légal soit-il, ne représente une abomination pour des États civilisés ?
      La question est hors de propos. L’honneur du Clan Varan est préservé. L’attitude du Seigneur Varan, en possession d’une arme, aurait dû lui valoir d’être abattu sur place à l’opéra par le service de sécurité. »

    Et un Varan troué d’une balle dans la tempe par le Capitaine de la Garde, ça salissait la réputation d’un clan.

      « Honorable Empereur, pour l'Empire Libre, quel va être le statut d'Arkania par rapport à l'Empire ? Elle va être intégrée ? Alliée ? Pensez-vous la défendre si elle est attaquée par des flottes Républicaines que l'ont dit fort nombreuses dans le secteur ?
      Nous souhaitons éviter autant que possible tout acte belliqueux avec la Nouvelle-République, pour le bien-être des populations de nos deux factions. Je tiens à rajouter également que l'Empire n'a pas vocation à répudier la neutralité d'Arkania, ni la soustraire à son droit de commercer et dialoguer librement avec n'importe quel protagoniste galactique. Mais nos deux nations étant liées à un traité d'assistance mutuelle, oui, je vous confirme la possibilité d'une mise en état de défense du secteur Arkanien par des forces impériales en cas de nécessité absolue. »

    Intégrée ? Certainement pas ! Si l’Empire voulait Arkania, il devrait la prendre de force. Certes, il en avait les moyens, et alors ?

      « Pour la Monarque, pour le Arkanian Times. Le fait que la victime d'un duel impliquant la Monarque et l'Empereur soit un membre influent de l'Opposition du Dominion n'est-il pas très commode ?
      Le Seigneur Varan était assis au 73ème siège du Dominion et bénéficiait de tous les avantages de l’Unité soutenue par la famille Civicius. Son épouse, Dame Varan, hérite de son titre et de sa place au Dominion. L’influence et l’opposition du Clan Varan sont saufes. »

    Varan n’était ni influent, ni partie de l’opposition. Il soutenait Naghin’Ter, bien, ça ne lui donnait aucun pouvoir dans l’hémicycle, aucune voix. Varan n’avait jamais contesté les décisions du Monarque. On pensait à tort que les partisans de la Nouvelle République constituaient l’opposition. Hélas, il n’était pas question que d’Empire et de République sur Arkania. Naghin’Ter jouait, à l’écart, distribuant les remarques cyniques à qui voulait bien les entendre sur la direction que prenait la planète. Lui était contre ce traité, contre cet Empire. Mais Varan … il ne siégeait au Dominion que grâce à l’Empire, qui avait soutenu l’Unité. Assez de sottises, le plus grand rival de Civicius était Essani, la plus grande opposition au Monarque était le Dominion. Renseignez-vous.

      « Harlon Astellan, ici Jean-Jacques Bouquin, pour C'est quoi encore ce truc ?. Comptez-vous défier en duel tous ceux qui critiqueraient la Reine ?
      Dès lors que la critique est constructive, non. La critique est le signe d'une bonne santé démocratique. Toutefois, il me viendrait certainement à l'esprit d'offrir un châtiment exemplaire à ceux qui se croient permis d'insulter et de déshonorer, plutôt que de critiquer. »

      « Elizabeth Civicius, encore Jean-Jacques Bouquin. Ce rapprochement avec l'Empire n'est-il pas une nouvelle étape dans votre tentative d'obtenir le pouvoir absolu sur tout Arkania ?
      Le Monarque est Membre d’Honneur du Dominion détaché pour mission spéciale et lié au Dominion par contrat. Adressez votre question aux membres du Dominion concernés. »

    Hors de question de parler de ça. La question était idiote. Le journaliste était idiot. Qui avait fait venir ce type ?

      « Une question pour Sciences sans Frontières. La Station Arkoh Adasca semble offrir un avenir particulier aux échanges scientifiques entre le génie éclectique impérial et le savoir millénaire arkanien... Allons-nous vers une hybridation de la science de nos cultures respectives, et si oui, au profit de qui ou de quoi ?
      La Station Arkoh Adasca développe les projets communs aux deux nations, dont le résultat profite aussi bien à l’Empire qu’à Arkania, et faisant intervenir aussi bien le génie impérial que le génie arkanien. Ce n’est pas le premier programme de développement conjoint qui voit le jour sur Arkania, c’est simplement le plus gros. L’Excellence Arkanienne, dont les centres GENOME et GEMARK sont les garants, est indépendante des projets de la Station. »

    Il ne fallait pas oublier que l’Arkanien était fier, et soucieux de voir le fruit de son travail dérobé par quiconque. L’Empire, ici, avait le rôle du voleur, il prendrait le savoir d’Arkania, l’utiliserait pour son seul profit, sans payer le moindre sou de reconnaissance scientifique. L’Arkanien craignait de perdre son mérite.

      « Daily Adascopolis. Des rumeurs font état d'une liaison entre vous, Monarque d'Arkania, et l'Empereur Astellan ici présent. Pouvez-vous confirmer ces rumeurs ?
      Tout comme le cas Varan, le sujet n’est pas l’objet de cette conférence de presse. Recentrez vos questions, je vous prie.
      Je comprends l'empressement que vous avez tous à remplir les colonnes juteuses de vos tabloïds, mais si nous pouvions nous contenir aux affaires concernant l'attaque du Praxeum et sur les Sith, si vous le voulez bien... »

    Ils n’allaient pas s’arrêter là.

      « Bonjour... ici Kadwin, journaliste-reporter pour le quotidien Est-Empire. Cette relation qui semble acquise est-elle une façon pour vous d'assouvir le besoin politique vital d'avoir des Héritiers pour la succession ?
      Ceci ne serait donc qu'une histoire de hanches pour vous ?
      Non non, Votre Majesté ! Mais il y a certainement des héritières ou des monarques bien plus intéressantes au regard de l'Etat, non ?
      Mes motivations ne regardent que moi, et ma compagne. A l'avenir vous serez assez aimable de ne pas reposer une telle question en ma présence. »

    Ça dégénérait. L’Empereur perdait patience, pas besoin d’un regard arkanien pour le constater. Aussi Elizabeth arrêta t-elle le geste du préposé à la distribution de parole qui allait autoriser une autre question.

      « Constatant que la liste des questions rigoureusement pertinentes est épuisée, nous allons clore cette conférence de presse. »

    Il y eut une vague de contestations. Tous n’avaient pas pu poser leurs questions. Mais compte-tenu du contenu des dernières interventions, la Monarque n’avait pas envie de donner encore une chance à l’un de ces vautours. Les deux dirigeants quittèrent l’estrade et gagnèrent les étages du Praxeum, d’une aile qui n’avaient pas subi de dégâts. Au bout d’un de ces couloirs, derrière l’une de ces portes, le bureau sans vie du Monarque. Les affaires, les dossiers, les données avaient été transférés ailleurs, restaient les meubles, la décoration.

    Elizabeth également se sentait en colère. Ils étaient tous idiots, abrutis par leur morbide curiosité. De nouveau seule avec Harlon, elle s’approcha de lui, tendant les mains pour prendre les siennes.

      « Ça va ? »

    Elle hésita un instant.

      « Que peut-on faire d’autre, maintenant ? Il faut attendre le rapport des agents envoyés à la recherche du plaxacier. »

    Un soupir. La Reine réflechissait.

      « Je croyais les Sith morts … ou disparus … »

    Elle levait vers l’Humain un regard empreint d’inquiétude que seuls trahissaient ses sourcils légèrement arqués.

      « Je me demande si on pourrait dater les cellules des corps … »

    Elle parlait presque pour elle-même.

      « … avec leurs dents peut-être, ou leurs os ... »


Re: Apoastre

MessagePosté :sam. 10 nov. 2018 00:38
par Harlon Astellan
« Ça va ? »

L'oeil Arkanien était une merveille de la nature. Là où l'humain, à l'instar de nombreuses autres espèces, brillait de par sa complexité de façade, par sa simplicité biologique conjuguée à une beauté irradiante qui trahissait une nuance infinie de couleurs, des plus claires aux plus foncées, des plus neutres au plus saturées, l'oeil de l'Arkanien se lissait d'albâtre, désespérément simple et sans beauté, au profit d'un trésor enfoui, tapi sur sa cornée. Cônes et bâtonnets en pagailles étendait leur spectre visible à ce qui n'était accessible que par machine pour des yeux d'humanoïdes plus conventionnels. Cette merveille de biologie donnait surtout lieu à l'interprétation des poches de chaleur, y compris à travers les masses de vêtements que chacun portait. Existait-il sûrement une atténuation de cette divine perception, compte tenu du collant thermo-isolant de l'Empereur, mais la poche se dégageait encore assez convenablement pour que la question soit purement rhétorique : non, ça n'allait pas bien. Ne refusant aucun contact, il accepta les mains tendues, pudeur envolée pour l'instant, mais tempêta malgré tout. « Ca va ? Je ne sais pas pour toi, » commençait-il, calme, détaché, mais toujours bouillant, « Mais si une question de plus était sortie, il aurait pu y avoir un mort de plus. Ces gens... Ces gens ! Ah j'ai légiféré sur le traitement des questions, mais pas les questions elles-même, et ils en sont conscients ! C'est le problème de la presse... avant elle aimait à développer les idées, la pertinence, pour convaincre et forcer l'adhésion par l'admiration. Et regarde-les aujourd'hui... tout est fait pour quoi ? Pour l'argent ! Pour les tirages ! Parce que les questions juteuses ne les intéressent pas, mais elles rapportent ! Le premier à sortir les poubelles sera le premier à se les faire fouiller ! Il y a eu une attaque terroriste, et ce qui les intéresse, dit vulgairement, c'est qui baise qui ! » finit-il, fâché contre eux, contre les Sith, contre Varan, contre lui, contre elle, contre ses parents, contre l'Empire, contre les impériaux, contre les arkaniens... « Je t'ai dit que je ne voulais pas me cacher, et je le pense fort... mais là, devant eux, je n'en ai pas été capable... et tu sais pourquoi ? Pas par honte, oh non ! Mais parce qu'il était hors de question qu'ils le sachent ! Pas comme ça ! Pas pour que ça fasse vendre ! Que ça ne satisfasse leurs envies de potins ! Parce que ce qui aurait du être un moment de fierté serait devenu une révélation amère, donnant lieu à tout un tas de questionnements qui donnent une odeur âcre aux meilleurs parfums ! Je les hais ! Tous ! » finit-il tout à coup. Il n'eut plus rien à dire par la suite sur le sujet. Y avait-il une chose à rajouter de toute façon ?

« Que peut-on faire d’autre, maintenant ? Il faut attendre le rapport des agents envoyés à la recherche du plaxacier. - Pour cette piste, maintenant rien n'est perdu pour les autres. Mes bureaux sont tous orientés sur ces sujets. » asséna-t-il, péremptoire comme à son habitude. « Je ne sais pas si dater leurs corps servirait à grand chose. En stase depuis mille ans, ou nés la veille, l'important est d'anéantir leurs foyers. » Inutile de s'attarder sur un génocide fantasmé. L'Empire rêvait de pendre les tripes d'un tripoté de Sith aux portes de ses astroports, d'offrir l'horreur au peuple Sith et de pratiquer un génocide qui les ferait pâlir de jalousie. Mais fallait-il attraper assez d'enfants Sith et d'innocents travaillant pour eux pour faire un exemple de cruauté bien rendue. « Les autopsies ne donnent rien ? Il serait peut-être de bon ton de vérifier ce qui n'augure rien de bon... comme des traces de clonage. Mais j'imagine qu'on l'aurait su depuis. Les clones n'ont jamais de nombril. Le genre de détail qui n'échappe pas aux médecins légistes. »

Il soupira, un peu las. « Peux-tu m'en dire plus sur le Dominion ? Qui tire quelles cartes en ce moment ? » L'Empire, en réalité, n'avait pas vraiment de lobby au sein du Dominion. Elizabeth n'était pas considérée comme telle. Elle servait Arkania, et voyait un intérêt à travailler avec l'Empire. Il fallait à Harlon un Arkanien qui avait à coeur les intérêts... de l'Empire, au sein d'Arkania pour assurer un horizon à la station Adasca. Quelqu'un pour lui rapporter les dernières manoeuvres en cours, histoire d'activer les leviers qu'il fallait. Injecter de l'argent dans les entreprises Arkaniennes n'avait pas fait basculer certains entrepreneurs dans sa coupe. Il fallait un traître en puissance, un opportuniste qui misait sur l'Empire pour l'avenir Arkanien, un larron aux dents longues ou simplement un vénal. Et qui sait, pourquoi pas tout ça, et au féminin. C'était important de montrer que les femmes pouvaient elles aussi être de sacrées connasses en politique. A ceci près qu'Harlon s'en méfiait. Les femmes avaient tendance à vite tomber pour corruption et conflits d'intérêts. Jamais pour d'habiles manoeuvres qui n'avaient pas payées. « Des fois, j'en viens à penser que la meilleure chose que Palpatine ait jamais fait soit d'abolir les partis politiques. » Le Dominion n'avait pas de partis définis, mais des tendances marquées. Les Clans s'organisaient autour de figures plus que d'idéaux, idéaux portés par les figures en question. « Tu sais ce qu'il te faudrait ? C'est peut-être nous retourner l'honneur et venir visiter l'Empire quand le temps le permettra. Tu pourrais te ressourcer un peu en-dehors d'Arkania, profiter de temps à travailler au loin avec moi... et laisser Essani intriguer avec ses laquais. » proposa-t-il, sur un ton presque désinvolte. Loin des yeux des caméras, Harlon avait proposé une marche vers une sortie quelconque, mais en tenant encore la main d'Elizabeth. Il se sentait parfois faible de telles manifestations, mais il se consolait en se racontant des histoires, sur le fait de se moquer de ce genre de message corporel qui ne valait que pour ses détracteurs.

Il fallait ces instants de faiblesse pour que pointent les idées affreuses. Contre-nature. « Et... le génie génétique Arkanien ne pourrait-il pas les... cloner ? Faire végéter des soldats sensitifs ? » Il marqua un temps. « Imagine le potentiel d'un escadron composé de sensitifs à... » Il s'interrompit, conscient du terrain glissant un instant trop avant. « ... à traquer plus efficacement les Sith. » Il reprit son souffle. « Les dents et les os permettraient d'atteindre un tel résultat. »




« Mon séjour s'amenuise... journées longues, soirées courtes, à mon inverse envie ! Il s'en trouve encore des soirées à te consacrer néanmoins. Qu'est-ce qui te ferais plaisir ? Valser dans le sein des salles de bals interdites ? Partir encapuchonnée dans les endroits où le sang ne se mesure pas par le nom mais par sa façon de le garder en soit ? Lieux de noblesse ou de coquins, je ne peux t'offrir plus grand frisson... A moins que tu ne veuilles une soirée plus consensuelle. Un dîner dans un endroit chic, exotique, panoramique, atypique ? Partir escalader les montagnes, témoins géantes de notre aventure matinale ? » Peut-être voulait-elle juste aller dormir, seule ou à deux, pour refouler la journée. Ou décharger son énergie furieusement sur lui, d'une façon ou d'une autre.

Re: Apoastre

MessagePosté :mer. 14 nov. 2018 10:44
par Elizabeth Civicius
    L’Empereur exprimait sa colère, les journalistes l’avaient mis hors de lui. Elizabeth aussi, mais elle se contenait, ils n’allaient pas se mettre à hurler tous les deux. Harlon avait-il changé d’avis ? Fallait-il, en fin de compte, se cacher ? La Reine ferait selon son bon vouloir, il était l’Empereur. Sa relation avec la Monarque d’Arkania pouvait avoir ce côté péjoratif exprimé par on ne savait plus quel idiot tout à l’heure ; pour Elizabeth, c’était plutôt gratifiant. Alors à lui de décider que faire. Se montrer, se cacher. Quelles conséquences pour Harlon au sein de son grand Empire. Elizabeth ne pouvait que compatir.

      « N’y pense plus, nous ne sommes pas obligés de répondre à ces questions. »

    Ils passèrent à d’autres choses, toutes aussi préoccupantes.

    Selon l’Humain, dater les corps ne servait à rien, à l’inverse, la Reine y trouvait un intérêt. En donnant un âge à ces chairs, on en savait un peu plus sur l’ennemi. On pouvait savoir s’il venait du passé, ou était bien ancré dans le présent, s’il n’était qu’une armée de guerriers sanguinaires, ou bien intrigueur membre d’une société cachée. Pour Elizabeth, tout ceci avait du sens, et les réponses pouvaient s’avérer rassurantes.

      « Je donnerai de nouvelles instructions pour l’examen des corps. »

    L’Arkanienne songeait encore à ce qui était arrivé. Elle se demandait comment les Sith avaient pu entrer au Praxeum, où tout était fermé, contrôlé. Ils s’étaient introduits là entre la dernière vérification, une minute avant l’ouverture des sas, et leur entrée en scène. Ça avait quelque chose de surnaturel, elle peinait à réfléchir sur le propos tant cela lui paraissait impossible. Sur ces sujets, elle appréhendait la réponse d’Harlon, et ne lui en fit donc part. Elle ne voulait pas l’entendre parler de ces failles dans la sécurité, il n’y en avait pas eu.

    La suite surprit la Reine. Le Dominion, pourquoi une telle question ? Elizabeth songea rapidement à la situation politique actuelle, il y avait peu à dire sur le Dominion, du moins pour l’instant. Le réforme de l’Unité avait bousculé toute l’organisation politique de la planète, car beaucoup de clans avaient ainsi eu accès au cercle privilégié du Dominion, et avaient gagné une voix. La seule constante qui avait permis de ne pas voir s’effondrer le Dominion était les Membres d’Honneur, ceux-là ne changeaient jamais, immuables, assis au sommet. Dans cette histoire, le Monarque avait servi d’écran de fumée. La politique extérieure, par ses actions, avait fait oublier la débâcle intérieure passagère.

      « Il y a deux castes actuellement au sein du Dominion. Les Membres d’Honneur, et les autres. Ce sont les Membres d’Honneur qui tirent les ficelles et agissent en priorité pour leurs intérêts. Ils se maintiennent au sommet et utilisent les clans plus modestes pour avoir un contrôle global.

      Parmi les membres les plus influents on peut compter Essani, tu l’as rencontré sur Telos, il a soutenu auprès du Dominion mon implication dans les négociations et a fait voter les clans en masse pour mon élection. C’est le mastodonte du Dominion

      Velora, qui sait rester très discret mais qui fait partie des plus gros concepteurs et fabricants d’armes de la planète ; il a la main mise sur beaucoup de mines et d’usines appartenant à de petits clans, ce qui le rend très puissant. Loin d’être un ennemi d’Essani, il fait néanmoins souvent figure d’opposition, par principe.

      Latessa, dont je ne saurais dire grand chose tant elle est aveuglée par les directives d’Essani. Le clan est néanmoins prédominant en termes de génie génétique et investit énormément dans les laboratoires privés arkaniens. Elle est vénale, et déloyale, elle ne soutient Essani que par intérêt.

      Adasca, depuis sa nomination au poste de Directrice du centre GENOME, a également gagné en influence et le clan est en plein essor. Le frère et la soeur sont tous deux très ambitieux. Je crois savoir que leur projet est de racheter Adascorp.

      Moasan, leader arkanien de l’extraction minière, qui a quand même le mérite de tenir tête à Velora, et qui possède véritablement les principales mines de cristaux ; et dont le laboratoire GEMARK fait partie du réseau Excellence Arkanienne, au même titre que GENOME. Moasan est assez indépendant, c’est quelqu’un de droit.

      Des plus petits qui ont encore leur mot à dire : Naghin, Civicius, Virina, Drequia, Aconi. Ils sont souvent très impliqués dans les décisions du Dominion, soit en essayant de faire entendre leur voix propre, soit en se ralliant à un clan plus important pour faire basculer les votes d’un côté ou de l’autre.
      »

    Un petit tour d’horizon du paysage politique arkanien. Les cartes maintenant.

      « Le Dominion s’est trouvé soulagé du départ de Naghin’Ter. Il avait bien de plus pouvoir sur Arkania que je n’en ai et l’un de ses objectifs était de dissoudre totalement le Dominion au profit d’une Assemblée plus démocratique. Quand il a démissionné et que l’Empereur a demandé des comptes à Arkania, il ne restait que ses conseillers pour négocier avec l’Empire. Civicius et Essani ont profité de la menace impériale pour neutraliser les conseillers. Du clan Civicius il ne reste pas grand chose, mais Essani s’est arrangé pour avoir un maximum de soutiens au Dominion qui est désormais politiquement plus homogène. »

    Peut-être que tout ceci n’avait pas d’intérêt pour l’Empereur.

      « L’objectif du Dominion, ou d’Essani si tu préfères, c’est de gommer les conséquences de la réforme de l’Unité, ils ne veulent pas reconnaître le mérite des clans comme Varan, par exemple. Je le soupçonne de vouloir réduire le nombre de sièges, ou du moins le nombre de clans représentés. À long terme, je pense qu’il proposera une réforme pour réintégrer les pouvoirs du Monarque au Dominion. »

    C’était fatiguant, Elizabeth paraissait fatiguée. Elle se doutait que la question n’était pas anodine, Harlon posait rarement des questions inutilement. Peut-être trouverait-il son bonheur en la réponse apportée, peut-être pas. La Reine ne pouvait rien ajouter. Pour ce qui était du conflit qui l’opposait à Essani, elle se tairait encore un moment, ne voulant voir personne s’en mêler. Et pour ce qui était de ses projets à elle, elle craignait que les initiatives de l’Empereur mis au courant ne la desservent. La route était toute tracée.

    Puis l’Empereur suggéra un nouvel échange, une visite d’Arkania sur le territoire impérial. Cela allait de soi. Elizabeth y songeait également, elle ne put qu’acquiescer, plus pour l’aspect diplomatique que ressourçant.

      « C’est une bonne idée. Et c’est nécessaire. J’attendrai que mes appartements soient retransférés ici, et je viendrai. »

    C’était une promesse. Ce dont elle ne se doutait pas, c’était que l’Empereur reviendrait sur Arkania bientôt, bien avant de pouvoir envisager ce fameux voyage.

    La suite prenait une tournure moins positive, on revenait sur des sujets plus sombres. Les Sith. Les … cloner ? Oh ce n’était pas contre-nature pour un Arkanien. C’était simplement de la science. Quel chromosome portait un tel gène que celui de la sensibilité à la Force ? Pouvait-on cloner un sensitif ? En faire une armée ? Qui ne s’était pas posé de telles questions ? Qui n’avait pas rêvé d’une armée de Jedi lobotomisés ?

      « Tu fais bien d’en parler. Il y a un programme en cours à ce propos sur Arkania. Je pensais faire transférer le projet à la Station Adasca. Qu’en penses-tu ? »

    Et voilà comment on en venait à cultiver in vitro des cellules réputées sensitives, comment on tenterait de mesurer la sensibilité, etc.

      « Nous connaissons désormais l’identité ADN des Sith, il est donc possible de les identifier rapidement, et Arkania utilisera cette information à l’avenir. Le contrôle ADN va devenir systématique ici. C’est nouveau pour Arkania, mais peut-être que l’Empire procédait déjà ainsi et avait déjà dans ses bases de données l’ADN sith.

      Nous voulons également étudier le caractère sensitif, des Sith bien sûr, mais plus généralement d’autres sujets identifiés comme sensitifs sur Arkania … en partie grâce à l’Ordre Gris.
      »

    Inutile de s’étendre sur le pourquoi du comment, et sur le fait qu’Oberan était là où il était pour ce qu’il était et le service qu’il avait rendu au Monarque.

    Harlon trouvait le sujet délicat, Elizabeth l’évoquait sans sourciller. On était ici au pays de l’optimisation génétique.





    La journée avait été riche en émotions, et après une conférence de presse écourtée par la stupidité journalistique, on songeait déjà à se faire oublier un assassinat légal et une colère plus que justifiée par une soirée légère.

    Oh, pas d’opéra, par pitié …

    On aimait l’opéra. Mais on en avait trop vu, trop entendu. On aimait les promenades en montagne, et c’était si facile à organiser, sans danger, c’était calme. Mais la proposition d’Harlon avait quelque chose d’inédit. Et la Reine hésitait.

      « Où irions-nous ? Ici, à Adascopolis, tu connais ce genre d’endroits ? »

    Elle ne les connaissait pas. Cela ne l’avait jamais intéressée. Pourtant l’Empereur avait piqué sa curiosité.

      « Montre-moi. »

    Ils n’en avaient pas eu assez de leur escapade nocturne.

      « Et comment faut-il s’habiller ? »

    Essentiel.

Re: Apoastre

MessagePosté :sam. 17 nov. 2018 21:33
par Harlon Astellan
« Non, nous n'y sommes guère obligés, » laissa-t-il finalement tomber comme un couperet rouillé, « Mais j'aimerais pouvoir le faire dans un contexte qui me laisse l'exprimer avec joie. De celui qu'on ponctue d'un baiser sincère... au lieu de quoi, il en aurait été d'un instant qui se solde par un nez écrasé rageusement ! Parbleu. » Il ne parla en revanche pas de se cacher. Il avait déjà exprimé son opinion sur le sujet : ne pas se cacher. Il n'allait point y revenir dessus, et peu lui en chalait de cette horde d'imbéciles, de grossistes de potins ! « Cela aura eu le mérite de me présenter une réalité trop ancrée... j'ai mal légiféré sur le secteur de l'information. Il faudra encadrer la pertinence des interviews et des questions, et ne pas se contenter d'un cadre de traitement... parbleu, pour un peu, ces idiots des villages m'en feraient regretter la propagande d'état, seule détentrice du droit d'informer ! » maugréa-t-il finalement, avant de s'apaiser à vue d'yeux. « J'espère que tu n'as pas été blessée par leur manque de prévention et de tact. » Sinon...

Le Dominion était un problème à prendre en compte. Monarque, elle était cheffe des armées. Avec un intriguant comme Essani, vieux coucou s'il en était, il y avait fort à parier que l'armée serait déléguée d'une façon moins expéditive. De plus, une assemblée pourrait s'opposer à une implantation impériale plus durable. C'était dans l'intérêt scientifique impérial qu'Elizabeth ait le plus de pouvoirs possibles. Mais elle devait déjà s'en douter, Harlon ne la prenait pas pour une perdrix de l'année. « Bien, cela me semble plus clair. » Il n'avait pas lu les centaines de pages de rapports du Bureau sur le sujet. Et il n'avait pas demandé de réunion d'information non plus. « Essani semble le plus... dangereux, s'il en est. Comment le qualifierait-on... de conservateur réactionnaire ? Conservateur, assurément. L'Unité est une gêne pour la vieille garde, mais la nouvelle ? » On pensait le contraire compte tenu des évolutions sociales, mais les jeunes générations avaient souvent tendance à justifier les anciennes mentalités - conservatrices, extrêmes, violentes même - plus qu'on ne le pensait. La faute à une période troublée, sur fond de terrorisme et de globalisme malsain. « Excuse-moi de demander, mais tu as dis à plusieurs reprises Civicius, jamais mon clan ou même mon frère. Et je me fais la réflexion que je ne l'ai encore jamais rencontré. Pourrait-il m'être présenté ? J'aimerais connaître la raison de vos divergences. » Divergences pour ne pas dire "Mésentente" ou simplement "Reniement". « Et également, » rajouta-t-il sur un ton léger, sans faire transparaître de panique, « Peux-tu m'expliquer le sens de la phrase réintégrer les pouvoirs du Monarque au Dominion ? A t'entendre, tu les aurais perdus ce matin. » Il lui tenait toujours la main, et n'envisageait pas de la lui rendre. Il aurait fallut qu'elle consente à se déchirer les tendons, et qu'elle ne garde qu'un os humide de sang au niveau du poignet pour s'en libérer. « Arrête-moi si je me trompes. Tu es dans une procédure qui va te faire perdre tes pouvoirs de Monarque. Possiblement jusqu'à la suppression du titre, ou du moins pour le garder comme figure représentative uniquement. Essani en est à l'initiative, jusqu'à ce qu'il réduise effectivement les sièges du Dominion, en supprimant judicisuement les sièges lui étant opposés. Une fois une majorité écrasante obtenue, il s'arroge le titre de Monarque, et convainc ses roquets de faire voter la reprise des pleines pouvoirs du Monarque, en faisant passer cela sur le compte de leur indépendance politique. En s'appuyant, pourquoi pas, sur un attentat, quel qu'en soit l'auteur. » Il s'attendait peu à être interrompu. Classique, mais efficace. La simplicité résidait dans le résumé, certes pas dans les détails ! « Elizabeth... veux-tu être Monarque ? Veux-tu le pouvoir Arkanien ? » Il l'arrêta cette fois. Il lui reprit l'autre main. « Je peux être tout pour toi. Allié y compris. Sans la force des armes, l'Empire reste un allié de poids en terre étrangère. Je peux t'aider avec le Dominion. Je veux t'aider avec le Dominion. Mais je dois savoir ce que tu veux. Si tu n'es plus Monarque, si tu es libre de tes obligations, tu sais que je te demanderai de venir me rejoindre en terres d'Empire. Tu sais que je le demanderai. Que je voudrai de toi à mes côtés. Faire de toi plus qu'une Monarque. » Une couronne plus pesante dans la chevelure argentée, mais moins pesante sur le coeur. De plus, rien ne l'obligeait à ne pas devenir quelqu'un dans l'Empire. lui donner des responsabilités. Un poste de Conseillère aux affaires étrangères. La nommer Ambassadrice peut-être - même si son crédit en serait entaché.

« Un programme en cours ? Les hommes du Muun seraient aux anges d'étudier ce projet. » Il ne dit rien sur cette cachotterie. Les scientifiques en parleraient entre eux, sur un ton plus sec et impérieux en temps voulu. « Autrement, je pense t'avoir tout donné. Les Sith pullulaient sous l'Empire de Palpatine et Delaviel, » commença-t-il, « Mais leur identité de Sith était méconnue. Seuls les plus malins et les intimes en avaient l'information. De fait, l'ADN type devait être restreinte à des services auxquels même moi je n'ai pas accès. Le Bureau et les Services Secrets avaient des sous-bureaux inconnus des autres pendant longtemps, pour éviter d'avoir des comptes à rendre à d'éventuels successeurs. » Lui aussi était à l'aise sur la Force. Il l'était moins sur les expérimentations à huis-clos sur la question. Cela finissait toujours très - très - mal.




« Où irions-nous ? Ici, à Adascopolis, tu connais ce genre d’endroits ? - Dieu m'en soit témoin, non ! » s'en amusa-t-il, « Si j'en connais une dizaine de par la Galaxie entière, cela constituerait en soit un exploit. Non, mais je connais des gens qui peuvent les connaître d'ici une heure à peine. Mais je ne peux décemment te proposer de lieux trop mal fréquentés. Non que je nous pense vulnérables... mais je doute que nous soyons amusés au sein d'un milieu qui ne doit tirer un frisson que par ceux qui s'y trouvent par nécessité ou par habitude. » Harlon en avait fréquenté deux ou trois, des endroits insolites. Un lieu d'artistes où chacun devait se dénuder, se jeter dans des peintures, et se rouler au sol, pour faire naître les fresques les plus psychédéliques... des scènes de combat en sous-sols où le vainqueur était celui qui restait en vie, contre des adversaires de chair et d'os, contre des droïdes gladiateurs, ou parfois contre des animaux. Et parfois, même, des endroits plus... sombres. Légaux, mais tabous. Une fois aussi, une vente aux enchères, elle, totalement illégale. Les produits, les thèmes... On y vendait aux enchères des services. Il se souvenait de ce qui avait été présenté. Une fille, pauvrement vêtue, présentée aux enchères. Le service : une séance de torture illimitée d'une heure complète. Pour 75.000 crédits, un sadique au visage cassé l'avait transformée en fakir ratée.

« Je vais me renseigner. Mais je dois savoir si tu n'es pas du genre... » il fallait choisir le mot avec soin... « ... prude. » S'ils devaient peindre une fresque de leur corps, elle devrait accepter de se montrer aux yeux de gens spéciaux. Pas de journalistes, pas de gens qui s'intéressent à elle comme Monarque... en fait, la probabilité que quelqu'un la connaisse était minime. Il crut bon de le préciser d'ailleurs. En bas, il n'y avait plus de noblesse, ou de pudeur. Chacun é&tait à nu, ramené à son essence de molécules intègres. « Viens-y habillée simplement. Rien de marque, rien de visible. Un pantalon en toile denim, une chemise en coton, une veste de cuir, des chaussures montantes en toile doublée. Au sortir, tu dois devenir une classe moyenne, voire une classe basse. Une Arkante dans l'esprit. Une squatteuse même. » Sa crainte alors était de la mettre en crainte. Abandonner une image bourgeoise, faire tomber ses privilèges, côtoyer les puent-la-sueur, les babanarchistes, les punks et autres marginaux inoffensifs pouvait en rebuter plus d'un. « Enfin, ça ou... l'opéra. »