L'Armée des Ombres

Saison XI Cliquez ici pour voir l'intro...

Arkania, dans le système Perave, est une planète au climat inhospitalier. Couverte de toundra et de glaciers, elle abrite cependant de nombreuses mines qui sont sa principale source de revenus. Arkania est également connue pour ses centres d'expérimentation génétique qui furent à l'origine de la création de nouvelles races.
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By Harlon Astellan
#31455
Tout commençait à se stabiliser petit à petit. La menace Sith devenait nébuleuse dans la galaxie, et l'Empire jouait habilement sur son déploiement de forces armées de plus en plus conséquent et proche des citoyens pour l'y lier le soudain climat de sécurité. Les Sith devenaient silencieux, et on laissait penser que tout était du fait des impôts dépensés dans des corps d'armée toujours plus garnis. A ceci près que les impôts n'avaient jamais augmenté, un point à mettre sur le bilan de la paix sociale. Achetée au prix de réformes qui allégeaient même les portefeuilles des ménages.

Dans ce climat stabilisé, Harlon avait pu stabiliser également son train de vie de Chef d'Etat. Et songeait à commencer une tournée diplomatique dans les régions mitoyennes de son Empire. Entretenir les bonnes relations. Il souhaitait commencer par une région qui allait de soi.

A : Secrétariat Royal d'Arkania
CC :
De : Empereur Harlon Astellan
Objet : Visite Diplomatique

A Sa Majestée Elizabeth Civicius, Reine d'Arkania,

L'Empereur Astellan, dans son envie d'entretenir les bonnes relations entre nos deux Etats, souhaite rendre une visite diplomatique officielle.

Incluant :
- Visite d'affaires avec la Reine Civicius
- Négociations Commerciales sur les principes de Libre-Echange
- Négociations sur le principe de non-concurrence industriel
- Traité de Sécurité et de Protection Souveraine des Frontières
- Visite de l'installation Arkano-Impériale Arkoh Adasca et bilan des premiers mois de fonctionnement
- Discussion sur projet humanitaire conjoint "Energie Propre"

Compte tenu de la sensibilité de l'Empereur Astellan, une escorte militaire de catégorie 3 ( Catégories 1 à 4 : allant de Force de Patrouille à Force d'Invasion ) serait nécessaire pour le déplacement engagé.

[Formules diplomatiques de fermeture]

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Secrétariat de l'Empereur Harlon Astellan
Régent Suprême de l'Empire Galactique
Croix Gouvernementale Impériale


Harlon voulait bien sûr parler de projets communs. Mais aussi parler en privé à Elizabeth. Si elle daignait lui répondre favorablement.
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By Elizabeth Civicius
#31459
    Le Dominion avait depuis l’Unité regagné ses locaux d'origine. Le confortable amphithéâtre qui accueillait les réunions quotidiennes était bordé d’un large couloir dont le marbre résonnait à heures fixes sous les talons des ministres. Aujourd'hui, quelques minutes avant la séance du matin, un Latessa s'était trouvé à saluer un Essani. Tous deux marchaient désormais côte à côte, vers la porte à double battant qui donnait sur l’allée centrale de l’amphithéâtre. La conversation allait bon train.

      « Depuis quand se fait elle appeler Reine ?
      Quelques mois maintenant. Déjà avant le déboire du Praxeum je crois.
      Vraiment ? C'est surprenant. Je n'y avais pas prêté attention.
      Je n'arrive pas à savoir si c'est une histoire de pouvoir ou de publicité.
      Quoi qu'il en soit, c'est inexact.
      Je le signalerai. »

    Un sourire entendu, une salutation cordiale, et chacun gagna sa place.




    Cela faisait des mois que la situation était ainsi bloquée. On constatait toujours de nouvelles pertes. On rapportait sans cesse des disparitions. Malgré l’ampleur du problème, le Dominion repoussait l’échéance, comme on remet au lendemain une tâche ménagère disgracieuse. Bien qu'il fut hors de sa compétence, il se permettait d’interférer avec les affaires extérieures. Et ce n'était pas une chose aisée pour le secrétaire de la Reine, que d'annoncer le retour de ce genre de dossier. Ce matin là, le troisième refus déclencha la colère d’Elizabeth. Sa patience était à bout. Le Dominion utilisait son veto dès qu'il était question de franchir les frontières arkaniennes. L’armée était consignée à la proche périphérie d’Olim. On n'était jamais trop prudent. En conséquences, la situation demeurait bloquée.

    Il était alors question d’outrepasser les directives intérieures. Une solution évidente était déjà toute trouvée. Mais la Reine s’y refusait. L’intervention d'une flotte étrangère n'était pas à prendre à la légère, et on taxerait Arkania de nation incapable et impotente. Elizabeth achevait un calcul simple, une bête addition, quand le secrétaire transféra un communiqué important. Une réponse facile au problème en cours. Les quelques lignes protocolaires arrachèrent un sourire à l’Arkanienne.

    Le secrétaire fut chargé de trouver une date pour la visite impériale. Il immobilisa dix jours de l’agenda royal. Il s’enquit de savoir si la Reine avait rédigé une réponse qu'il incorpora à un communiqué retour des plus officiels. Puis il prit le temps de déclencher toutes les procédures adéquates auprès de l’Ambassade Impériale, du Praxeum, de l’astroport d’Adascopolis et des forces de l’ordre. Pour une telle visite, on prévoyait l’immobilisation complète d’un terminal du spatioport, la mise sous sécurité constante des quartiers de l’Ambassade et du Praxeum. Arkania prenait très à cœur la visite de son allié, aucune fausse note ne serait tolérée.

    Dans la journée, le secrétariat de l’Empereur Astellan reçut la réponse positive de la Reine et toutes les formalités annexes, dates, programme, logement, événements connexes, et bien d'autres.
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By Harlon Astellan
#31527
Monarque. Reine. Impératrice si on voulait. Mais le secrétaire qui s'était chargé de la missive avait commis un impair. En brandissant un titre qui n'était qu'informel, l'Empire venait de commettre une erreur diplomatique et protocolaire qui mit Harlon dans une colère froide, qu'ils distribuaient avec une parcimonie frisant la radinerie. Sans coup férir, une autre missive, contenant excuses officielles et ré-ajustement du titre appliqué fut envoyée dans un délais respectable, le temps de se rendre compte de la bourde. Harlon vira le secrétaire, le fit arrêter à la sortie de sa tour de résidence, avant qu'il ne finisse dans un camp pénitentiaire sur la mythique colonie de Kessel, à casser des rochers et récolter de la drogue naturelle.

La chose réglée, il fit préparer son escorte au complet, quand la réponse positive fut reçue. Le secrétariat royal ne lambinait pas. Une telle visite devait en général se négocier des mois durant. Mais les cachotteries semblaient taries entre les deux nations. Elizabeth, si elle avait eu son mot à dire sur la réponse, avait du déceler la proposition sous-jacente. La flotte d'Harlon était capable de se défendre des agressions, mais aussi d'en commettre. Une flotte entière n'aurait pas pu résister. Si les petits vaisseaux manquaient, rien ne faisait le point face à 60 croiseurs, 10 frégates et 2 destroyers de nouvelle génération. Le problème de piraterie n'était pas oublié. Et si Harlon se faisait agresser en station, il n'aurait pas d'autre choix que de se défendre. Sous-jacent.

La préparation prévue donna un peu de baume au coeur aux impériaux sur place, dont le baume fut envoyé par colis Holonet à l'escorte qui se mobilisait. Arkania, finalement, se débrouillait bien pour une planète de non-humains. (La Relation Diplomatique avec Arkania passe de Bon Ami à Allié)




En aménageant ses quartiers à bord de son vaisseau, Harlon avait fait installer, en pied de son lit deux places, une curieuse boîte hermétique à toute lumière, qui attirait une curiosité silencieuse de quelques intimes qui avaient le loisir de monter la garde devant sa porte. Il effectua de nombreux déplacements entre ses appartements privés et le pont, s'enquérir de la santé du vaisseau, de l'équipage, du commandement. Il n'apporta aucun diplomate ni aucune figure renommée avec lui, profitant de l'occasion pour une mission en solo. Il apprenait aussi à plus déléguer, et à se produire comme figure d'état plutôt que comme despote. Bien que la chose fût claire : il gouvernait, et pas pour de faux.

Mais il souhaitait penser à autre chose cette fois.

Et tandis que les étoiles discouraient autour de lui, c'était le visage d'Elizabeth qui se découpait sur la toile de photons accumulés.




L'arrivée en petite fanfare de la flotte de défense lourde, put déclencher l'ire des puritains qui réclamaient un peu de soleil résiduel, déjà entaché par l'apparition soudaine d'une station flottante qui déclinait des projets dont on ne leur parlait qu'à moitié. Et souvent pour dire ce qu'on pouvait déduire, pour peu qu'on soit un peu malin. Les profils des destroyers, s'ils ne toisaient que de loin celui, précédent leur arrivée de quelques mois, de l'Executor, n'en demeuraient pas moins suffisamment imposants pour projeter le traditionnel mélange de peur et de sécurité. Et de sécurité par la peur. Arkania et son peuple n'avaient rien à craindre. Mais l'on pouvait s'accorder un frisson de compassion à qui devrait en subir le courroux, dans un temps relativement proche.

Destroyer Stellaire Secator. J'embarque à mon bord l'Empereur Harlon Astellan. Demande autorisation de dépêcher une navette à la surface. A vous.
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By Elizabeth Civicius
#31535
    À l’annonce de l'arrivée de la flotte impériale par le premier radar en haute atmosphère, l'activité des spatioports arkaniens fut ralentie. Celle d’Adscopolis fut stoppée. Le Secteur 1, de la Surface jusqu'en Orbite, fut gelé. Les chasseurs décollèrent dans le même temps, eux seuls désormais, occupaient le ciel d’Adscopolis. Et au-dessus, l’escorte de l’Empereur.

      « Contrôle orbital à Destroyer Stellaire Secator. Autorisation à navette d’atterrir en Secteur Surface 1. Transmission du vecteur d’approche. Autorisation à flotte de stationner en Secteur Orbital 1. Transmission des coordonnées orbitales. »

    La manoeuvre impériale débuta. La navette avait le champ libre, on lui avait ouvert un boulevard jusqu'au Terminal 4. Ne s’affichaient sur ses radars que les appareils militaires arkaniens qui tournoyaient lentement dans l’espace sécurisé défini. Elle put descendre jusqu’à la surface sans s’inquiéter de la présence de curieux ou de gêneurs, bien qu’ils furent nombreux à essayer de s’approcher de l’événement : l’Empereur. Mais tout le périmètre avait été bouclé, hors de question de laisser approcher quiconque. Les vautours durent se contenter de filmer les barrages routiers et aériens qui leur faisaient obstacle. Rien de bien intéressant, pourtant, les media en polluèrent l’holonet local.

    La navette se posa en douceur sur le quai central du Terminal 4. C’était un haut bâtiment, une annexe à l’astroport construite bien après les trois autres terminaux principaux pour décharger ces derniers de l’afflux sans cesse croissant de passagers allant et venant. La structure - les murs, la toiture - était indépendante de celle de l’astroport premièrement bâti. Ainsi, tout incident structurel survenant de l’autre côté, ne pouvait avoir d’impact sur l’édifice actuellement en charge de voir atterrir l’Empereur. Et tout le Terminal 4 avait été vidé des vaisseaux et passagers en transit. Demeurait le comité d’accueil. Des soldats, dont le nombre n’était connu que de l’organisatrice principale, Elizabeth Civicius. Des ministres, une poignée sélectionnée par le Dominion. Un conseiller, assistant du Monarque, chargé de prendre des notes et de régler les détails insignifiants. Les Gardes Royaux.

    Au bas de la rampe de la navette impériale, était formée une haie d’honneur de soldats arkaniens en uniformes de cérémonie. Ils se tenaient à bonne distance des hôtes impériaux et n’étaient pas armés. Simple politesse, car les soldats en surplomb postés au niveau des coursives suspendues étaient armés, eux, et de blasters longue portée, capables d’abattre aussi bien l’Empereur, son escorte, ou tout individu au comportement suspect. Ils avaient ordre de tirer sans hésiter sur tout ressortissant arkanien hors programme. Ordre d’attendre confirmation avant de tirer sur tout impérial hors programme. Et ordre de ne tirer en aucun cas en direction de l’Empereur Astellan.

    Au bout de la haie d’honneur, se tenait le Monarque d’Arkania. Coiffée de sa couronne d’argent, tête haute, elle arborait un ensemble cendré - tunique de soie épaisse, pantalon huilé, bottes élégantes - habillé d’un lourd manteau pourpre, cintré à la taille et dont la longueur tombait juste au-dessus des chevilles. Derrière elle, sur la gauche, était posté un conseiller, un Yaka qu’on voyait peu à l’oeuvre, mais auquel Elizabeth réservait les tâches les plus ardues. De part son processeur cérébral, il était capable de prouesses intellectuelles brillantes et indispensables. Puis, l’on apercevait, toujours derrière et de chaque côté de la Reine, deux membres du Dominion, qui représentaient leur collège et avaient pour consigne de se taire. Enfin, sur la droite, au garde à vous, le Capitaine Oberan, dans un uniforme gris, portant l’insigne royal, chargé d’assurer la sécurité de proximité du Monarque. Tout ce petit monde faisait bonne figure.

    Quand l’Empereur fut à portée de salutations, la voix d’Elizabeth porta jusqu’à lui.

      « Empereur Astellan. »

    La petite délégation salua avec respect, la courbette était basse pour les quatre du deuxième rang. La Reine, elle, se contenta d’une légère révérence. Puis ses mains jointes s’ouvrirent en signe d’accueil discret.

      « Soyez le bienvenu sur Arkania. »

    Sur un ton moins formel, mais tout aussi officiel, vint ensuite la traditionnelle question.

      « Avez-vous fait bon voyage ? »

    Et tout en la posant, la Reine pivota vers la sortie, accompagnant le mouvement d’un geste de la main afin d’inviter l’Humain à l’accompagner. Les quatre bonnes figures, derrière elle, s’écartèrent pour laisser libre le chemin. Dehors, c’était place nette, attendaient les véhicules officiels qui les mèneraient au Praxeum. Jusqu’à leur destination, ils ne croiseraient pas un rat, seulement des soldats assignés à la sécurité du périmètre.
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By Harlon Astellan
#31569
C'est une tare, pensa tard Harlon, qu'ils ne disposent point d'une piste dédiée aux émissaires et aux figures étrangères de haut rang. Si la situation voulait qu'on gela un astroport au complet n'extirpait aucune once de culpabilité citoyenne d'Harlon, la raison pratique et économique impliquaient un commentaire judicieusement passé sous silence pour sur la nécessité de ne pas engourdir un trafic lucratif au profit d'une figure qui ponctionnait assez de crédits comme cela pour une simple visite. Cette leçon vaut bien un hommage, sans doute.

Faites mander ma garde, et les techniciens. Pas de faux accord. Alignez les violons sur les percussions.


La métaphore musicale sembla passer au-dessus du Capitaine de la Garde, un homme au visage parée d'une entaille vilaine et cautérisée à vif, qui partageait avec Harlon un sentiment d'admiration sans borne pour qui avait été Palpatine. Il avait servi avec déférence les Empereurs successifs, estimant que si le nom mourrait, la fonction, elle, demeurait toujours vivace. Mais il n'avait choisi ceci qu'au nom des idéaux du Premier Empereur. Il n'avait encore prêté aucune allégeance à Harlon en tant que tel. Et on ne pouvait l'en blâmer. Un serment engageait son honneur et sa vie.

La navette, comme toutes les navettes qui composaient les services d'escorte des têtes maîtresses d'un Empire de moins en moins moribond, était flanquée d'un escadron complet d'Intercepteurs TIE, aux lignes droites et tranchantes, figurant dans l'appareillage royal des vaisseaux aux motifs évocateurs des destructions à répandre. Mais, plus encore que leur forme d'yeux coiffés de couteaux à double tranchant, étaient présentes une peinture rafraîchie pour l'occasion, marquant un signe distinctif qu'Harlon avait choisit d'appliquer sur un escadron dont il voulait célébrer la composition et l'absence de fausse note guerrière. Des filigranes bleus couraient sur les coques grises, signant là d'une lettre marine les couleurs du légendaire 181ème escadron. L'équipe au complet du Baron Soontir Fel, légende corellienne du pilotage. Si l'on se trompait ardemment en prétendant que tous les corelliens eurent choisis de houspiller et décrier l'Empire, constatait-on qu'une vaste majorité des grands noms de l'Histoire Militaire Galactique s'affublait de l'agaçante nationalité du Noyau. Enfin. Au moins étaient-ils partageurs et offraient leurs talents à qui le méritaient.

Arrivée sur site dans M moins un.


Bien. Derniers ajustements. La surcape de cuir bouilli bien remise en place. La cape qui battait les chevilles et flottait derrière lui, traînant sous elle les particules qui rencontraient son auguste tranche de cotton noir, le tout sous une tunique en cuir doublé, de solides bottes noir lustrées, des gants cérémoniels qu'on avait pensé pour le froid mordant qui couvait Arkania toute l'année durant, avec, caché sous l'ensemble des attaches qui serraient son cou et comprimaient ses épaules, une médaille qui accusait un âge légèrement avancé, la Croix Gouvernementale dont il tirait une fierté amplement méritée.

Le bruit des répulseurs, la fin de la poussée, tout indiqua à Harlon que l'engin venait de se poser sur un tarmac plat, dans une chorégraphie impeccablement visitée et répétée, effectuée par des pilotes dont la vie tournait autour du paraître et des nécessités gracieuses inhérentes au protocole. La rampe s'abaissa doucement, et commença à déverser un équipage qui allait former une haie d'honneur secondaire, en jonction d'une double ligne déjà formée. Là où commençait la ligne des Arkaniens, on allait voir se rajouter avec malice quelques StormTroopers, qui allaient faire la jonction idéale entre le début de la procession et la navette du nouvel arrivant. Mise en place, la haie bicolore, harmonieuse et ordonnée, laissa place à quelques figures anonymes drapées d'un rouge carmin éclatant, qui coupèrent aussitôt le tableau blanchi par les armures locales et étrangères. Suivi, enfin, talonné d'autres robes de combat, celui qu'on nommait Empereur Astellan.

Devant lui patientait un tapis rouge ceint d'attaches de laiton dorées qui marquait le chemin vers le seul objet véritable de sa visite. Puis, alors qu'il avançait, deux techniciens, au physique droit en anguleux, deux jeunes hommes rasés de près et propres sur eux, firent glisser un petit chariot, surmonté d'un coffret de fer brossé bombé sur le haut. Sur un petit chariot conçu pour l'esthétisme de l'instant, il avançait dix pas derrière l'Empereur, à son même rythme, et cerné de deux Gardes Rouge qui figuraient là comme une enceinte inviolable. Dans l'espoir que la présence intrigante de cet office ne parût point comme faisant partie extérieure du programme.

Coupant la distance entre lui et elle d'un pas assuré mais où ne transpirait aucun empressement, il se porta au-devant d'une délégation composée de deux officiers, l'un de maison et l'autre de sa garde, suivis de près par un duo de membres gouvernements quelconques. Autant les visages des suivants auraient pu constituer une façade interchangeable sans que nul ne pût y trouver de différence manifeste, autant celui, plus radieux que jamais à ses yeux, d'Elizabeth, était unique. Aurait-ce été mensonge de prétendre qu'il n'avait prétexté ce voyage que pour la voir en cet instant ? Oui, et non. Oui, car tout aurait été bon pour chercher à la revoir. Et non, en ce qu'il avait, un jour, fait une promesse. Et qu'il venait, en ce jour, honorer sa parole.

Honorer ses paroles.

    « Empereur Astellan. »
Votre Majestée.


Au milieu de sa horde Royale carmin, il plaça une main sur son coeur, pencha de peu son corps, et ferma les yeux en inclinant son menton, presque au contact de son torse surchargé de colifichets impériaux. Mais il était un protocole qu'il avait inculqué à l'ensemble de sa suite. Aussi, chacun de ses Gardes imita son geste quand il en eût fini. Comme articulés et rejoints entre eux par des triques d'acier soudés à leurs jointures osseuses, les Gardes s'exécutèrent d'un geste fluide et minutieusement calculé. Même les deux techniciens effectuèrent la révérence, à l'indifférence de l'assemblée de diplomates venu accueillir un dignitaire de l'Empire qui sommeillait au Nord.

    « Soyez le bienvenu sur Arkania. »

A quoi l'on répondit d'un hochement imperceptible de la tête. Bien. Il se sentait navré de ne rien dire en retour, mais ainsi était faite la nature des rencontres qui, sous des dehors pompeux, devaient s'en rester neutres et teintées de latente hypocrisie.

    « Avez-vous fait bon voyage ? »

Le hochement de tête, cette fois, s'appuya quelques instants. La question s'appuyait sur une nécessité d'éphéméride, s'enquérir de la qualité du voyage relevant de tout-venant, façon de combler et d'être polie, moins que par réel intérêt. Ce qui comptait était le voyage lors de déplacements aussi banals que ceux-ci. L'on affirmait souvent que le voyage comptait pour équivalent à la destination. Peut-être. Quand le voyage se faisait sous les hospices d'une initiation didactique. Mais quel leçon tirer d'un halo bleu qui tourbillonne pendant un voyage hyperspatial ?

Le voyage s'est bien déroulé, Votre Majestée. Mais l'attente fut longue, et il me tarde à présent de commencer le travail.


Sempiternelle excuse, le "Nous sommes fatigués" paraissait un peu lourd compte tenu du manque de devoirs physiques ayant occupé Harlon durant son voyage, autres que ses exercices physiques quotidiens. Mais devait-il admettre qu'il perdait en sommeil depuis un temps non négligeable, et que son travail de colosse ne lui permettait pas de prendre du repos avant une heure indécente. Pour se lever à une heure où le sommeil paradoxal n'avait pas terminé son ouvrage.

Harlon jeta un signe de la main à sa Garde, signe que maintenant, ils ne pourraient l'accompagner que jusqu'où la Monarque le désirerait. Pas de ligne à franchir si l'on en traçait la ligne claire. Exception faite de deux individus, les techniciens, à qui Harlon offrit une main tendue et un regard de biais.

En guise d'amitié entre nos peuples, j'ai pris la liberté de vous apporter ceci. Un présent diplomatique dont la portée symbolique vous ravira, à n'en point douter.


L'invitation se poursuivrait plus loin. Dans le Praxeum. Harlon ne désirait certainement pas montrer ce qu'il se trouvait là devant cette colonies de globules blancs, fixant son apport et lui tour à tour, se demandant si cela revêtait d'une blague ou d'un symbole hors de leur portée. Ou les aurait transporté devant la singularité de la chose. Assentiment de la Reine donné, quatre Gardes se détachèrent, flanquèrent les traces de pas d'Harlon jusqu'aux abords logiques du Praxeum, à l'issue de laquelle ils patientèrent tandis que se déformait en harmonie les haies d'honneur et le faste cérémoniel. Les deux techniciens, aux pieds accordés comme deux violons jumeaux, avançaient sans un bruit et sans jeter un seul regard vers le reste, jusqu'à ce que la Reine et lui se retrouvent enfin seuls.

Bien, laissez cela ici. Et remportez le chariot... ... Merci messieurs. Vous pouvez disposer.


Protocolairement, un genou à terre, puis ils se redressent, portent la main sur le coeur et saluent la Reine, avant de partir comme autant de courant d'air. Les portes massives se fermèrent, et Harlon put souffler un peu. Le dome de fer couvait sur une table haute faite pour accueillir une plante qui n'existait pas... ou peut-être même un vase. Un vase qui s'en trouvait sûrement brisé maintenant. Mais qu'importait pour le moment. Seul avec elle. Il retira ses gants, et lui offrit un sourire, en s'approchant d'elle. Ne sachant trop comment s'exprimer, il choisit de rester sobre dans sa présentation. Il lui prit les mains, les enserra doucement, réchauffant la huigtaine doigtée de sa dizaine bien tassée, manquant d'y déposer un baiser à défaut d'un baise-main. A défaut de paraître rustre, il l'embrassa du regard. Le geste se passait du geste. Son intention se partageait d'un clignement d'oeil.

Je suis si heureux de te revoir.
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By Elizabeth Civicius
#31662
    Du coin de l’oeil, la Reine surveillait les deux techniciens qui filaient le train de l’Empereur. Ces deux-là attiraient l’attention. Plus d’un tiquèrent à leur passage, constatant leur proximité outrageuse en comparaison à la distance qu’observait habituellement le personnel de ce genre. Ils furent congédiés cependant, au même titre que les autres. Et alors que le Monarque remerciait son conseiller, la porte du bureau fut close. Au dehors, une partie des barrages étaient levés et l’astroport retrouvait une activité proche de la normale. Les charognards en mal de scoops se ruèrent sur la voie royale, pour s’y filmer, expliquant à toute la planète que nul n’avait pu apercevoir l’Empereur, mais qu’il était passé là. Et l’holonet populaire relayait en boucle l’information.

    Au Praxeum, à l’abri de toute agitation médiatique, Harlon faisait face à Elizabeth. Il avait abandonné un instant sa couronne, troquant le protocole pour un contact fugace. Il était osé, en ces lieux, de franchir la limite. Bien que la pièce leur appartînt, l’endroit n’était en rien anonyme, et tout écart, même mineur, pouvait donner lieu à une catastrophe. L’Empereur semblait ne pas l’appréhender ainsi. Ou bien s’en moquait-il et assumait par là même les conséquences de la mort de leur secret. Aussi Elizabeth rendit-elle un sourire quelque peu gêné. Cette gêne typiquement arkanienne, à mi chemin entre la contrariété et le rejet glacial. Cela cependant ne l’empêcha pas de rendre en retour une délicate pression de mains.

      « Je le suis tout autant. »

    L’Empereur s’aventurait dans un registre avec lequel il ne serait pas aisé de s’accorder. Des ‘tu’ en privé, des ‘vous’ en public. Quand viendrait l’heure de négocier des accords, le ferait-il avec cette même émotion ? C’était déplaisant. La Reine pourtant n’avait guère l’envie de lui battre froid. Peut-être lui en parlerait-elle plus tard dans la journée, ou ce soir si le programme leur accordait une entrevue privée.

    Les mains se lâchèrent, Elizabeth sembla vouloir les retenir un peu, chacun reprit un pas de distance. Il était temps de se mettre au travail, d’autant plus qu’un mystère s’était immiscé en l’escorte impériale.

      « Un présent diplomatique, n’est-ce-pas ? »

    Pas un geste, pas une moue, les mains jointes devant elle, il était évident que le Monarque faisait allusion à ce dôme.

      « M’expliqueras-tu ? »
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By Harlon Astellan
#31707
Jongler subtilement des deuxièmes personnes du singulier et du pluriel avaient tout d'un exercice d'équilibriste, il était vrai, mais marcher en droite ligne sur un fil de pêche sans regarder en contrebas n'était pas une tâche dont il était avare. Pour peu qu'on lui posa la question, il s'en serait même estimé friand. Pour autant, on n'était jamais à l'abri d'un lapsus. Mais il avait confiance en son entraînement. Avec un esprit toujours en ébullition, pas de risque de fauter sur quelque chose d'aussi... banal, qu'un emploi de pronom personnel.

Mais Elizabeth semblait s'en trouver gênée de la situation. Qu'elle se rassure. Pour signer un accord, il aurait sa conscience de travail. C'en devenait presque ennuyeux chez lui, cette capacité à pouvoir scinder son cerveau en ses deux hémisphères. A croire que lors de ses relations, il atrophiait le droit, et au moment de remplir ses fonctions, il en atrophiait le gauche.

Oui, un présent diplomatique. Enfin... non. Pas du tout.


Harlon garda une main d'Elizabeth avec la sienne, pour l'emmener à sa suite près de ce dôme d'acier brossé. Un objet très... en dôme. Assez massif, moins d'un mètre de haut pour une demi-douzaine de centimètres de large. Un objet un peu massif.

Je ne sais pas si c'est une bonne idée que de présenter cela avant une séance de travail. Mais pour autant, j'y tiens. Avant qu'il ne soit trop tard.


Pour ce cadeau, Harlon avait mobilisé une flotte. S'était glissé près de Sith enragés. Avait fait descendre trois navettes sur un monde toxique, pourri de radiations naturelles, et emplie de bêtes volantes carnivores. Et avait fait couler le sang sur une mer radioactive pour étouffer un secret.

Ce n'est pas un cadeau... diplomatique. Mais c'est en effet un présent.

De moi à toi.

Sais-tu quel jour nous sommes ?


Le quatorzième jour du deuxième mois de l'année. Centaxa 14 Kelona 30, 14:2:30 en écriture courte. Un jour très particulier dans les cultures humaines.

En ce jour, ce 14 de Kelona... c'est le jour où les humains célèbrent une tradition. Une journée où l'être aimé se voit offrir un symbole fort de passion... une métamorphose physique du sentiment amoureux. Porté, en général, par un bouquet de roses rouges.

Mais j'ai décidé de voir au-delà des roses...


Prenant à bout de doigts le dôme d'acier, Harlon tira doucement dessus. Dévoilant l'image d'une fleur singulière.

Image


Cette fleur se nomme... Alparas. Elle ne se trouve que sur la planète Durace, dans les Régions Inconnues. La planète est cendreuse et couverte de particules radioactives particulièrement voraces... au milieu d'un océan toxique qui détruit la terre au fil des saisons, pousse cette fleur, qui ne fleurit qu'une fois tous les cent ans, au passage d'une comète rouge qui manque de peu de s'écraser à chaque fois.


Il lui laissa admirer le résultat.

J'ai épluché des livres entiers pour trouver la date de floraison, mobiliser mes troupes, et me suis enquit d'un botaniste émérite pour aller la cueillir moi-même, au milieu d'un océan d'acide. Pour t'apporter ce présent. Personnel. De moi, à toi. Au nom de la tradition que partagent les amants.


Un oeil rivé sur la fleur. L'Empereur, tout à coup, semble un peu perdu. Son palpitant bat à tout rompre, serre son torse, tort son ventre, vitrifie ses yeux. L'assurance le quitte, et laisse place à un homme un peu troublé, qui se place avec grand peine sur l'échiquier marbré qui dessine un sol, qui par chance arrive à le retenir. Il soupire un peu, beaucoup. Il veut dire quelque chose... il va le dire.

Avant... cette soirée, en plein fort de l'Hiver... Je me surprenais, parfois, à penser à toi. Cette soirée, je me suis pris à penser tout le temps à toi. Et depuis que je suis de retour, confiné dans le Nord... je me surprends, encore, à penser à toi. Quand il le faut, et quand il ne le faut pas.


Avec une assurance prêtée, il posa une main sur le dôme imparfait, recommençant à soupirer. Pour une raison qu'il gardait pour lui, il ne se sentait pas d'affronter le regard de sa Dame. Il devait garder son esprit orienté vers ses mots préparés. S'il croisait un instant son regard, il éprouvait le risque d'y voir rejet, moquerie, dédain... il ne voulait rien affronter avant d'avoir tout dit.

Je suis... une figure, qui doit rester conforme aux idéaux... racialistes... d'une nation qui ne tourne pas les bonnes pages. Mais ça m'est égal désormais. Je suis sûr maintenant... que jamais mon destin n'aurait été d'endosser une cape et un titre, pour siéger sur un trône froid et fantasque. Mon destin, depuis toujours, était de pouvoir te croiser sur ma route. De m'arrêter sur la chaussée. De partager la route avec toi. Et de faire en sorte que...

que...


De syllabes détachées, le son qui sortit devint un borborygme inepte dont l'élégance toisait celle des ronthos de Tatooine. Déglutissant non sans peine - qu'il aurait aimé un verre d'eau - il se força à poursuivre néanmoins.

... que je ne peux pas... vivre... en te sachant loin de moi. Et... si jamais, tu devais penser la même chose pour moi...


Glissant du dôme, sa main percuta sa cuisse, alors que, tête baissée, dans une humilité teintée d'humiliation auto-infligée, il redressa de nouveau la tête. Elizabeth... elle pouvait le voir. Lui, le fier EMpereur des cimes septentrionales.

L'Empereur pleurait. Et mettait genou à terre.

Elizabeth... Je t'aime.

Et... je voudrais... que tu sois ma femme.
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By Elizabeth Civicius
#31805
    Le jour ? Oui. Et ? Quelle importance ? La semaine entière était gelée pour la venue de l’Empereur. Mais Harlon semblait vouloir souligner autre chose, une chose qui n’avait pas cours en ce lieu aujourd'hui. Elizabeth écouta attentivement. Il y avait bien, sur Arkania, une tradition similaire. Mais elle ne prenait pas place en ce jour, et ne faisait intervenir aucun type de roses. Une fleur si fragile, sur Arkania ? La Reine préféra taire l’information inutile, bien qu'elle eut certainement intéressé l’érudit. Ce dernier en vint au présent, annonçant son estimée valeur, bien plus qu’un bouquet de roses. Bien qu’une telle preuve d’affection n'aurait pas déplu à la Dame, il en fallait plus pour l’impressionner. L’Empereur avait dû s'en douter. Il souleva le dôme et l’écarta dévoilant son secret par la même occasion.

    Trônant sur son présentoir, le cadeau était une plante aux feuilles pourpres scindées d'un liseré doré. Au sommet de la tige, s’épanouissait la fleur qu'on aurait dit taillée dans le saphir. Un instant, Elizabeth crut à une sculpture aux finitions micrométriques. Sans un mot, elle fit un pas vers le terrarium, pour mieux admirer son hôte et en constater la nature organique. L’Arkanienne observait en ses moindres détails la mystérieuse plante dont Harlon contait la conquête. À l'évocation des jours de recherche acharnée, de la visite d'une planète hostile, du danger couru par son aimé, la jeune femme se tourna vers lui, sa main, et elle ne s'en était pas rendu compte, posée sur le cœur. Elle contenait ainsi son émotion.

    Mais la Reine n'était pas au bout de ses surprises. Alors qu'elle cherchait un mot pour saluer la richesse de ce présent, l’Humain laissa échapper un soupir. Puis quelques confessions émouvantes. La Reine les partageait. Elle voulut s'approcher pour le rassurer, mais il n’en avait pas fini. Le discours, à mesure qu'il s’étalait, s’avérait de plus en plus saccadé. Harlon en vint cependant à bout, submergé d’émotion. Des larmes. De joie ? De peine ? Malgré toute l'indiscrétion du regard arkanien, Elizabeth ne put arrêter son avis. Ce spectre là était confus, variant à fréquence élevée.

      « Harlon … »

    Il ne l'entendit pas, ou choisit de l’ignorer.

    Elizabeth... Je t'aime.

    Et... je voudrais... que tu sois ma femme.


    La déclaration frappa la jeune femme comme la foudre un arbre isolé. Son coeur manqua un battement. La pièce entière se figea. La surprise était effrayante. Elizabeth crut un instant perdre pieds. Elle se tenait, en vérité, droite et immobile, posant sur Harlon son regard vide.




      Il avait dû travailler tard ce soir là. Si tard qu'il n’avait pas pu rejoindre Ellie à sa sortie. Elle était rentrée seule, et avait attendu son retour, partageant son temps entre lecture et ennui. Elle s'était assoupie depuis déjà un moment, blottie dans le large fauteuil du salon, quand enfin il avait franchi le pas de la porte. Et malgré tous ses efforts pour se montrer discret, le taquet du placard l'avait réveillée. Confus, il s’était agenouillé au pied du fauteuil, demandant pardon pour l'attente. Une petite main pâle, munie de ses quatre doigts, s'en vint réconforter l’Humain d'une caresse sur la joue. Un sourire accueillit ses excuses.

        « Ça s'est bien passé ? »

      Un hochement de tête en guise de réponse.

        « Qu’est-ce-qu’il y a ? »

      Le pauvre homme semblait accablé d’émotion. Cela parut d'abord être de la fatigue. Mais quand il prit aux creux de ses mains celles de l’Arkanienne, elle sut que le manque de sommeil n’avait rien à voir avec tout ça.

        « Je m'en voudrais d'attendre encore… je sais depuis longtemps que je veux passer ma vie près de toi…
        Alors, Ellie, voudrais-tu devenir ma femme ?
        »

      Il avait eu raison de ne pas tarder davantage, car le jour suivant lui ôta toute éventualité de lendemain. Il mourut sur le coup, serrant contre lui son amante. Il ne put, en revanche, protéger son enfant.




      Le dossier médical d’Elizabeth était comme un diaporama que le chirurgien faisait défiler à grand renfort de commentaires dépourvus d’affect. Il avait commencé par exposer les dégâts de manière sommaire, puis était revenu précisément sur chaque lésion afin de justifier les interventions qu'il avait orchestrées.

        « La jonction entre peau et greffe peut être sensible les premiers mois. Elle est encore un peu rouge mais c'est tout à fait normal. Bientôt la distinction sera impossible à faire. »

      Du bout du doigt il passa à la suite.

        « Ah oui. Le traitement pour votre peau prend fin cette semaine, nous avons placé la dernière séance demain avec la ferme intention d'obtenir la teinte définitive désirée. »

      La photo parlait d’elle-même. De naissance, Elizabeth était plus pâle que ses congénères, à la peau mate. Mais le Seigneur Civicius avait profité de l’occasion pour forcer un peu ce caractère exclusif. Sa fille désormais, était comparable à une poupée de porcelaine.

        « Concernant la mandible et le zygomatique fêlés, vous aurez une visite de contrôle à effectuer d'ici une paire de mois. Les autres os se sont parfaitement remis. »

      L’exposé était décousu, l’Arkanienne peinait à s’intéresser aux détails. Une nouvelle page.

        « Bon, là. Tous les organes endommagés ont été soignés. Toutefois une sensation de picotements peut perdurer, et c'est normal. À propos des deux ablations, il est impératif d'y aller en douceur. Vous avez un régime alimentaire spécifique imposé. Et évitez de faire de l’exercice. Tout type d’exercice. »

      Du doigt, le chirurgien pointait ici et là des zones colorées sur le croquis détaillé de l’anatomie arkanienne. Et enfin …

        « Cette partie ne me concerne pas mais sachez qu'un suivi psychologique vous est prescrit. Nous pouvons vous proposer un médecin rattaché à l’hôpital, mais si vous préférez choisir vous-même, libre à vous. »

      La main de Calena se posa sur l’épaule de sa fille et la pressa doucement. D'ici quelques jours, elle rentrerait à la maison, encore endeuillée par la soudaine disparition du Seigneur Civicius, et obtiendrait tout le soutien dont elle aurait besoin. Elizabeth avait désormais toutes les cartes en main pour se concentrer sur les choses vraiment importantes.




    Quelques secondes avaient suffi pour donner la nausée à la jeune femme. Le passage à vide, pour l’Empereur, put ressembler au choc de la surprise. Mille questions, en sus des regrets et des peurs, se pressaient en la pensée d’Elizabeth. Sa femme ? En secret ? En public ? Et Arkania ? Impériale ? Savait-il qui il épousait ?

      « Harlon … »

    Il lui fallut forcer l’accalmie pour exprimer ce qui était vraiment important.

      « Rien ne me rendrait plus heureuse que de devenir ta femme. »

    Et c’était, en vérité, tout ce qui devait compter. L'Arkanienne offrit à Harlon un sourire timide.
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By Harlon Astellan
#31841
Son nom. Son prénom. Son identité, sa conscience, entendue, murmurée. Il avait entendu de milliers de façons son prénom. Ironiquement, paternellement, maternellement, péremptoire, interdisant, autoritaire. Parfois, mais il n'en parlerait pas de suite avec Elizabeth, langoureusement - il n'oubliait que depuis récemment son passé d'homme à femmes. Mais il y avait une seule occasion où son prénom s'était échappé de cette façon. D'une manière qui hurlait tour à tour et en même temps Tais-toi ! et Continue... Elizabeth n'était pas née de la dernière nuit. Voir l'Empereur s'agenouiller - était-ce déjà la seconde fois devant elle ? - en gaspillant l'eau des corps indiquait la suite. Elle savait ce qu'il allait dire. Son prénom, ce souffle humain, c'était une main qui cherchait à s'agripper au garde-fou. Quand bien même serait-il positionné par un rejet, il ne pouvait penser qu'Elizabeth y serait resté insensible, en bien ou en mal. Lui-même avait vu au-delà de son habituelle froideur. Pouvait-il envisager qu'elle ne l'accueille que d'un haussement de sourcils, avant qu'elle ne lui dise Merci pour les fleurs ?

Il ne l'avait pas imaginé. N'avait pas voulu l'imaginer. Il doutait, pour une fois dans sa vie, pouvoir se remettre de ce rejet. Il s'en serait levé, aurait bredouillé quelques mots, tenté d'attraper un rebord... se serait appuyé bêtement sur le dôme de verre, l'aurait fait tomber, serait tombé à son tour, s'évanouissant du choc de son crâne contre le sol froid du palais arkanien. La chose l'aurait laissé pour mort.

    « Harlon … »

Mais tout s'arrêtait. Ses yeux, plantés sur le centre des pieds de la Dame. Incapables de regarder en haut. Hérésie. Il ne se sentait pas de légitimité à affronter le regard de celle dont il demandait la main si... fébrilement. Presque trop faible, trop secoué pour formuler des phrases qui ne subissaient pas de coupure. Bafouilleur et maladroit. Plonger son regard en ses yeux de nacre aurait consisté à défier le Soleil en personne. Se croire apte à contempler l'Astre tout-puissant. Ici, il se voulait à elle. Pas maître, mais serviteur. Il s'offrait à elle, et en tant que tel, sa place restait ici, à admirer les sols.

Pour autant, il trouva en lui l'audace qu'il fallût pour mettre fin à cette servitude. Assumer son acte. Faire face aux billes qui devaient le hacher en fines pièces fumantes. Un regard de haine, pour lui, et sa stupidité de proposer pareille chose.

Mais pourtant. Rien de tel. Choquée, certes, mais incrédule. Apeurée, légèrement. Pour elle, mais aussi pour lui.

    « Rien ne me rendrait plus heureuse que de devenir ta femme. »




Image


Ainsi revenait-il ici. Cet endroit qui ne tombait sur lui qu'à ces infimes moments. Retrouvés en pleine ascension émotionnelle, les convives d'une tablée complète où gisaient des cohortes de faisans cuits, une longueur léchée d'un côté par une cheminée ardente aux flammes vivaces, un bout de table occupé de part et d'autres, la deuxième longueur par laquelle il arrivait vide. On ne voyait aucun mur en cet endroit maudit. Pourtant, les ombres projetées par les feux d'enfer dansaient dans les esprits et dans le ventre d'un Harlon qui soudain, ne s'en trouvait plus très rassuré. Pour autant, jamais il ne faisait étalage de cette crainte de se présenter ici. Digne comme jamais, menton haut, mains jointes dans le dos, lui-même droit, il affrontait la scène d'un oeil hautain et arrogant. Son oeil se posait sur chacun des convives qui, tour à tour, le fixaient, fixaient son assiette, prenaient une bouchée de viande grasse et de légumes frits, dans des plats qui semblaient ne jamais se tarir.

Il t'aura fallut du temps, mon ami.


C'était celui au centre de la table qui s'exprimait toujours le premier. Il savait qui il était. Il connaissait chacun d'eux. Le couard, qui se recroquevillait dans sa chaise et ne touchait qu'à grand peine sa pitance, le plus plongé dans l'ombre possible. Le tempétueux, qui s'agitait et faisait entendre à tout-va son avis sur tout, mais surtout sur rien, le clairvoyant, presque baigné de toute la lumière du feu, mains en pyramide à fixer l'inquisitionné. Et bien sûr, lui, drapé de sa cape de feu et couvert de cette teinte orange de ceux qui, loin de se contenter d'apprivoiser le feu, se faisait une affaire de communier et de fusionner avec ce dernier.

Chacun, ici, était une part de lui. Eux tous étaient Harlon Astellan.

Cette initiative, tu la prends sans notre consentement.

Nul besoin de votre consentement, tant que le mien suffit.

Le tien est le nôtre, mon ami. Tu te dois à nous, comme nous nous devons à toi. Même cet idiot a voix au chapitre.


Cet idiot, le couard, était le plus invisible de tous. Fût un temps où il siégeait en maître à cette assemblée. Il n'était aujourd'hui qu'un rebus relégué au bout de table, qui, loin de l'honorer, ne faisait que le marginaliser. Assis en face de l'ignorant, ils formaient une paire de secondaires. De défauts oubliés.

Le cap se brise. Et avec la cohérence que tu formais avec toi-même se brise aussi. N'entends pas les casiers s'effondrer ? Ta raison s'en va avec le temps. Et tu te surprends maintenant à éprouver des sentiments marginaux. Regarde-toi. Regarde-toi et oses me dire que tu éprouves quoi que ce fût pour... elle.


Et en effet, Harlon eut un regard vers lui. Son amour, baigné de ténèbres, se tenait trop à gauche de lui pour qu'on l'eût discerné avec certitude. Cette position fut pointée du couteau à bout rond par l'homme central. Le politicien.

Vois. Vois comme ton amour est faible. Tu n'as jamais aimé personne. Tu ne peux même pas t'aimer, toi.


S'il allait répliquer, il s'en abstint. Comme un tambour qui résonne, des fragments de passé vinrent lui vriller les tympans un instant.

Tu m'avais promis... tu m'avais promis !

Mais... je croyais que... que nous, c'était...

Tu m'abandonnerais ? Tu abandonnerais ton enfant ?

Tu es un salaud, Harlon.


On lui offrait trois sourires. De sa droite et sa gauche, le politicien dominait toute la table. Avec le calculateur et le tueur, il jouait des coudes et tenait encore à distance l'honorable et le citoyen. Ces deux derniers n'avaient qu'une occasion à saisir pour s'emparer des fauteuils annexes au trône suprême.

Abandonne cette entreprise. Elle ne t'apportera que de la peine. Ne sais-tu pas qui tu épouses ?

Je sais parfaitement qui j'épouse.

Penses-tu ? Tu t'es refusé à faire des recherches sur son passé. N'est-ce pas intriguant ? Souhaiter la connaître par elle-même. Mais as-tu conscience de ce qu'elle peut te cacher ? Songes-tu à ses propres secrets, qui doivent sûrement dépasser les tiens ? Tiens-tu donc tant à te lancer à l'aveugle ?


L'interrogation subtile. Mais Harlon laissait s'agiter l'indécis et le tatillon dans leur fauteuil. Parce que d'une part, il ne voulait que s'en aller. D'autre part, parce qu'il avait parfaitement raison. Il ne pouvait pas être sûr de qui était vraiment Elizabeth. Peut-être était-ce là ce qui lui plaisait tant chez elle. Mais s'il découvrait tout... que resterait-il ? Le politicien sourit à cette pensée. Harlon commençait à comprendre ce qu'il voulait se dire.

Mais ce sourire dura peu de temps. Harlon avait une dernière pique à lancer. Une carte piège face cachée, activée au moment propice.

Mais tu oublies une chose, mon ami... c'est que l'amour est aveugle. Et si tu es moi, et que je suis toi, aussi n'aura-tu pas remarqué ceci...


Harlon pointa la gauche du politicien, qui jeta son oeil sur la place. l'amour, la bouche en coeur, ne touchant pas sa nourriture, le regard béa et la bouche en coeur chevauchait son accoudoir avec un manque d'attention évident. Le tueur se trouvait à bouder, baigné de petites ombres, mais encore visible. Le politicien grimaça et tourna son oeil las vers Harlon.

Sur un jeu de mots... vraiment ?

Que veux-tu. J'use des armes qu'on me donne, et cette fois-ci, mon arme fût un simple proverbe populaire.

Certes. Semble-t-il que même moi, je ne peux pas me battre.


Le politicien fit un geste vague de la main et retourna à son éternel repas de viande grasse.

Soit. File donc filer ton idylle fantasmé. Mais tôt ou tard tu reviendras ici, fût-ce pour me dire que je me l'avais bien dit.


Harlon, aussi, s'en alla. L'amour avait trouvé sa place sur les bancs du Roi. Mais ce dernier n'en fut pas inquiété. Pour autant qu'il en jugeait, il trônait encore en maître.

Avec, à sa droite, le calculateur, qui se chargerait de ne pas faire oublier à Harlon qui il était, vraiment.





Il se leva doucement, le visage encore embué. Il frotta ses yeux rougis d'un revers de la main puissant. Elle répondait à une question. Mais rien ne tenait en promesse. Les lèvres secouées d'émotion, il peinait à s'exprimer. Dire la suite. Les yeux hagards, fuyants, mus de volonté propre.

Veux-tu... Veux-tu ? Veux-tu m'épouser... partager mon existence ? M'épouser... en public ? Aux yeux... aux yeux de tous... Veux-tu... que je sois... sois tiens... t'appartenir... Me glisser. me glisser peines et joies à mon oreille... veux-tu ? Veux-tu... ne pas juste... vouloir l'être... mais l'être, juste ? Être ? Avec moi...

Nous deux... Je ne veux plus vivre sans... Comment pourrais-je vivre sans...
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By Elizabeth Civicius
#32284
    L'attente. La longue attente. Puis enfin, la question. L’unique question qu’il était désormais de rigueur de poser. Veux-tu ?

        Je veux.

      Comme toi, je veux que nous soyons unis. Mais avant cela, j'ai tellement de questions à te poser. Tellement de questions que je ne peux plus poser maintenant. Maintenant que tu nous places au pied du mur.

        Ne vois-tu pas ce qui se profile ?

      Que veux-tu réellement ? Que nous traversions ensemble cette rude épreuve qu'est la vie. Mais que feras-tu de moi ? Serai-je ton Impératrice ? Tu ne peux quitter le pouvoir. Et je ne peux te laisser faire un tel sacrifice. Alors, quel temps auras-tu à m’accorder ? Comment empêcheras-tu l’ennui de détruire la joie que me procurera ce mariage ? Quelques livres et belles oeuvres ne suffiront jamais à combler mon manque. Où trouverai-je une place auprès de toi ?

      Et puis, réalises-tu que tu feras de moi une cible pour tous tes détracteurs ? Comment me protégeras-tu ? Avec une armée ? En me privant de toute liberté ? Comment peux-tu espérer chérir ta femme tout en dirigeant ton puissant empire ? Il y a un choix à faire. Le vois-tu ? Je voudrais que tu le vois. Est-ce enfantin que de te réclamer l’exclusivité ? Je te veux tout à moi. Ton amour, ton attention, tes pensées, sont à moi. Mais assis sur le trône, tu seras trop occupé. Pourtant, démissionnaire, ce sera ma culpabilité qui nous rongera.

        Maintenant, nous sommes piégés. Tu nous as piégés. Ne vois-tu pas … que la distance qui nous sépare est peut-être salutaire ?

    Il suppliait, genou à terre, de se lier à l’Arkanienne pour un malheur certain. Le congédier aurait été une réaction raisonnable. Ils ne pouvaient pas. Ils le voulaient, mais ils ne pouvaient pas être ensemble. Il n'était pas question d’Arkania et des fonctions d’Elizabeth, mais bien de ce trône impérial sur lequel Harlon était assis. Aux yeux de tous. C'était la chose la plus insensée qu'il n'eut jamais prononcée. Aux yeux de tous, marié à une alien. La chose était limpide pour la Reine. Et elle ne pouvait croire que tout ceci n'avait pas effleuré l'esprit de son aimé. C'était impensable.

    Le doute n'avait que trop longtemps torturé l’Arkanienne. Les regrets du passé. Les hésitations pour le futur. Malgré une ligne de conduite qu'elle espérait impeccable, le doute ne l'avait jamais quittée. Malgré lui, elle s'était tenue tête haute et avait poursuivi vers son objectif. Tous ces doutes, aujourd'hui, n'avaient pas lieu d’être. Elizabeth ne désirait qu’une chose. Cette chose se trouvait maintenant à sa portée. Elle avait qu'à tendre la main. Elle la tendit vers Harlon. Ses certitudes, les réponses malheureuses à ses questions muettes, devinrent des promesses. Mais rien ne pouvait aller contre son désir.

        Je n'ai pas peur. Loin de là. Je suis ravie.

      Peut-être ne sais-tu pas à quel point tu me manques chaque jour. Nos échanges, si réguliers soient-ils, ne remplacent pas ta présence. Ta voix, lorsqu’elle est transmise depuis le nord lointain par une chaîne interminable de satellites, est vide d'émotion. Ta seule proximité rend grâce à ton humanité.

        Alors …

      « Oui. »

    Ce simple mot, trois petites lettres, contenait tant de joie, et paradoxalement tant de peine. Il était une fin en soi, tout autant que le début d'une histoire nouvelle. C'était un aveu libérateur prononcé en un murmure. La conclusion d'une longue et hasardeuse péripétie. À la fois point final du chapitre précédent et première majuscule du suivant, ce mot suffisait à transfigurer la relation passionnée mais pourtant si instable en une promesse pour la vie. Et même s'ils ne se mariaient finalement pas, même s'ils continuaient tout compte fait à se cacher, ils s’étaient promis, un jour, de donner à leur amour ce caractère exclusif qui n'était pas l’attribut des amourettes volages bien que fidèles.

    Les questions alors pouvaient attendre. Il n'était pas encore temps d’y répondre. Elles s’imposeraient cependant de nouveau, et l’Empereur ne pourrait alors pas y échapper.

Chaz l'avait mauvaise. Il ne pouvait pas le […]

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