L'Armée des Ombres

Saison XI Cliquez ici pour voir l'intro...

Ce vaste complexe d’un luxe inouï, réservé aux grandes fortunes et aux hommes de pouvoirs, fut bâti sur les eaux d’un lac aux pieds d’une chaîne montagneuse, aux confins des grandes plaines de Malastare. De forme circulaire, en son centre trône le Grand Palais, gigantesque structure en degrés abritant, tout au long de ses huit plus hauts étages, le centre névralgique des activités de Griba le Hutt. Les privilégiés possédant les moyens de s’offrir un séjour dans cette cité de rêve y trouveront de quoi s’adonner à leurs plaisirs les plus raffinés.
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    La mélodie des réceptions perpétuelles disparait à mesure qu’Il se retire. Ménageant Ses convives et leur si précieuse susceptibilité, Il emprunte un ascenseur secondaire, près des alcôves désertées de la grande salle. Deux autres le suivent, en silence. L’un perplexe, anxieux, l’autre outrageusement détendu, une éternelle cigarette aux lèvres. Lui ne peut que sourire, pleinement satisfait de ces derniers jours.

    L’inauguration fut un succès absolu. Prévue pour une durée de deux semaines, le Grand Palais ne désemplit toujours pas, les quelques tristes quittant Malastare étant irrémédiablement remplacés par de nouveaux arrivants, guidés par les conseils avisés de leurs amis en retraite sur Ses terres. Cette effervescence, issue d’une séduction orchestrée de longue date, allait faire du Mont Evona la plus grande destination des bien nés et des parvenus de toute la Galaxie. Et tous ces pions, trop occupés à dépenser leurs fortunes pour quelques frissons bien méprisables, allaient œuvrer, bien malgré eux, à leur domination prochaine.

      « Zieb ? Assurez-vous que personne ne nous dérangera. »

    Le ton est ferme, malgré Sa joie intérieure.

      « Bien, Seigneur Griba.

      - J’insiste ! Absolument personne. Nous devons parler. Et c’est important... »

    Le petit gran n’a pas idée de ce qui commence à se jouer autour de lui. Il ne sait rien de son maître, de Ses projets, de Son ambition. Pour l’heure, tout lui a été caché. Il ne travail que pour un magna du luxe fortuné ayant pris sa retraite – pour autant que l’on puisse qualifier ainsi cette entreprise – sur un monde éloigné du Noyau, dont le seul but est de divertir Ses puissants amis. Et lui, privilégié parmi les siens, a l’honneur de veiller à ce qu’absolument tout soit parfait. Une salle de bain défectueuse ? Un lit ayant cédé sous la passion de trop vigoureux amants ? Un écoulement des réserves de whisky de la réserve de Whyren ? Une suite considérée comme trop modeste par ses nouveaux locataires ? Il lui incombe de réparer, corriger et faire oublier tous ces désagréments. C’est ainsi que lui, le fils cadet d’un modeste restaurateur de la capitale, s’est retrouvé à côtoyer les plus grands mondains de l’espace républicain, buvant à leurs tables et riant de leurs boutades qu’il apprit à goûter. Nul ici, à par son maître et son étrange associé, ne connaît son passé si commun. Il lui est alors facile, avec l’aide et les moyens offerts par son maître, de se glisser dans ce grand bain d’opulence, vierge de tout passé jugée ici infamante.

    Mais il lui faut maintenant apprendre. Ses compétences et sa fidélité doivent être testées, séance tenante, pour le bien de Ses affaires. Pour l’heure Zieb n’est guère important, mais bien utile. Griba méprise Ses amis festoyant quelques centaines de mètres plus bas, ce misérable troupeau de portefeuilles. Il ne les connaît pas, pour la très vaste majorité, et ne le désire pas. Il y a des outils pour cela. Comme Ka Zieb. Oui, il va bien falloir qu’il comprenne le monde dans lequel il est entré en travaillant pour Lui.



    Le silence règne dans Son bureau. Au plus haut de Ses appartements, du Grand Palais même, les trois, installés autour de Son immense bureau, gardent le silence. Bjasuv fume et boit, comme à son habitude, et le Gran, ne sachant trop où se situer et ignorant la raison de sa présence ici, fixe avec obstination le sol. Lui, un étrange rictus fixé à Son visage, scrute de Ses deux grand yeux le malheureux employé. Il est désormais temps…

      « Alors, Monsieur Zieb ? Comment vous sentez-vous ? Satisfait de vos nouvelles fonctions ? L’inauguration ne vous as pas causé trop de soucis j’espère ? »

    Il ne sait rien de Lui. Sa présence sur Malastare est récente, Ses employés n’ont pas eu le loisir d’apprendre à le connaître, pas même leur superviseur.

      « Tout à fait, Seigneur. Je tiens encore une fois à vous remercier pour la confiance que vous avez placée en moi et…

      - Mais c’est tout naturel. Je vous prie de croire que je suis très attachez à votre épanouissement. Comme à celui de tous mes employés, cela va de soi, mais le vôtre m’est plus cher encore. Bien que nous ne nous connaissions que fort peu, je… »

    Un soufflement d’exaspération le coupe.

      « Alors... Les ronds d’jambe, d’accord, mais… Disons que ça ne vous pas très bien, Monsieur. Enfin… Sans vous manquer de respect… Seulement... ‘pouvez pas juste lui donner vos ordres, que je retourne en bas ? Enfin… Si ça ne vous dérange pas trop… »

    Fixant Son serviteur, Il se prend à penser à l’arkanien qui le mit au monde. Peut-être aurait-Il dû exiger une bête machine. Un être incapable de ce genre d’irrespect….

      « Mmh… Oui. Peut-être… Bien ! Monsieur Zieb… »

    Il se détourne, fixant les majestés de son domaine.

      « …J’ai d’autres projets voyez-vous, fort éloignés de toutes les futilités proposées ici. Des projets… Qui peuvent m’être préjudiciables. Fortement préjudiciables, si, d'aventure, ils se trouvaient révélés. Me comprenez-vous ? »

    Pas le commencement d’une réponse.

      « Parfait. J’ai donc besoin d’alliés. Vous imaginez que les plus puissants se trouvent en bas… C’est ici que vous entrez en jeu. J’ai besoin de vous pour m’aider à trouver la perle rare. Celui qui aura l’honneur, tout comme vous, de travailler pour moi. Mais, comme vous pouvez vous en douter, tout ceci doit rester secret, je ne puis donc pas faire une allocution publique, sous peine de me condamner dans un futur proche. Je veux donc que vous retourniez en bas et que, usant de votre charme et de vos capacités à discuter avec ces gens, vous m’organisiez une entrevue, ici même, et le plus vite possible. Disons… Étant donné l’état général de mes convives… Dans trois jours. Oui, trois jours... »

    La réponse tarde, mais une voix faible, gênée, presque triste, finit par se faire entendre.

      « Mons… Seigneur Griba… Je… Euh… Je veux dire… Permettez-moi de parler franchement mais… Je suis pour le moins surpris par ce que vous venez de me dire. Nous… Enfin… Vous êtes très connu au sein de la Nouvelle République, même des gens modestes et… Et bien… Vous, tout comme votre père… Euh… Êtes connus comme étant des individus… Euh… Pour ainsi dire uniques au sein de votre… Espèce… Oui… Et donc… Vous imaginez ma surprise quant à ce que je semble comprendre de vos futurs… Projets ?... Enfin… »

    Un simple frémissement.

      « Tu ne sais rien de moi, petit gran… »

    Il se retourne, l’air sévère, et se penche par-dessus le bureau.

      « Absolument rien ! »

    Ka Zieb semble ne plus respirer. Il ne bouge plus, apparemment conscient de sa situation pour le moins délicate.

      « Hmm… Dites-moi, vous les grans êtes… Très attachés aux vôtres, non ? »

    Son imposant regard se tourne vers Bjasuv.

      « A la capitale, de l’autre côté des plaines, pas très loin du spatioport. Tu vois ? Il y a une vieille boutique, un restaurant j’crois bien. Ce serait pas de ta famille tout ça ? Me semble même que ce sont tes parents, non ? Et tout l’reste de la p’tite famille aussi j’crois bien. C’est beau d’ailleurs, de tous vivre sous le même toit comme ça. Et puis… Bon… C’plus pratique pour moi. »

    Un gémissement ignoble traverse la pièce. Des tremblements s’emparent du malheureux.

      « Ohohoh... Allons, Monsieur Zieb. Ne vous en faites pas. Il ne leur est rien arrivé. Je ne suis pas aussi cruel. Je veux juste m’assurer de votre totale loyauté et vous montrer par la même occasion l’étendue des… Garanties que je peux prendre. »

    Le pauvre ne sait plus que faire, ni que dire. Il reste là, la bouche ouverte, les oreilles basses, fixant son maître. Il finit par hocher la tête. La soumission est enfin actée.

      « Parfait… Parfait… Allons, Bjasuv, sert lui un verre. Et quelque chose de fort ! Il le mérite je crois. Ohohoh… Nous allons accomplir de grandes choses ensemble, Monsieur Zieb, j’en suis persuadé. »

    C’est faux. Le gran ne compte pas. C’est un outil, un pion ; comme tous les autres, certes, mais aisément sacrifiable. Ils trinquent à cette nouvelle alliance.



    La fête bat toujours son plein. Ka Zieb, remit de ses émotions, rejoint la masse des invités. Ils ne seront bientôt plus que des clients, mais l’heure est encore aux festivités de l’inauguration. Qu’importe, il a une mission. Après tout, la réputation des Hutts est connue d’un bout à l’autre de la Galaxie ; l’échec n’est pas permis, et la victoire généreusement récompensée.

    Du reste, il n'a guère le choix.
Modifié en dernier par Griba Orvonn Sulla le mer. 10 oct. 2018 23:35, modifié 1 fois.
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By Amertume
#34078
L'avantage quand on travaille avec une menace de mort au-dessus de la tête qui nous touche non seulement nous-même mais en plus toute la famille en sachant qu'il n'y a aucun moyen de la protéger des foudres du patron, c'est que ça motive sacrément beaucoup pour satisfaire le patron. Sinon c'est un coup à ce qu'on retrouve jamais les corps. Ou en plusieurs morceaux. Ou juste une partie et le reste disparu. Quand il s'agit de montrer que ça ne rigole pas, les Hutts ont une imagination débordante après tout c'est bien connu. Sacrés eux !

Le pauvre employé de Son Excellence Griba le Sérénissime et Excellentissime suait abondamment malgré ses efforts pour le cacher. Et en dépit de ses efforts, il n'arrivait pas à se persuader que c'était parce qu'il devait faire chaud dans le casino. Cela faisait déjà 2 jours qu'il travaillait intensément sur la tâche qui lui avait été confiée, à savoir repérer et isoler quelques candidats potentiels pour devenir les pig... Partenaires, pardon, de Sa Gracieuseté. Plus facile à dire qu'à faire comme on s'en doute. Le bougre ne dormait quasiment plus et mangeait et buvait très peu au point qu'il avait failli défaillir sous la déshydratation ce matin même.

Il ne restait plus qu'un jour. 26h standard pour apporter satisfaction au maître avant qu'il ne décide de lâcher son chien fou furieux sur sa pauvre famille innocente qui n'avait rien demandé. Mais pourquoi avait-il accepté ce poste ? Qu'est-ce qui lui avait pris ? Ses vieux parents le lui avaient pourtant bien dit des années plus tôt. "Fiston, ne fait jamais confiance à un Hutt, ça te mènera à la tombe." Excellent conseil papa, dommage qu'il n'ait pas été suivi sinon il n'en serait pas là.

Bref.

Zieb broyait du noir dans son bureau et commençait à songer sérieusement à, au choix, se tirer une balle ou tenter de prendre la fuite avec toute sa famille, nonobstant le fait qu'il y avait fort à parier que cette dernière était sous étroite surveillance en attendant qu'on ordonne que le couperet tombe. Alors que tout semblait perdu, le destin, la Force, la chance, appelez ça comme vous voulez, se manifesta soudainement pour sauver la tête - et pas que la sienne - du gran. Cela se manifesta d'abord par un appel prioritaire sur sa ligne. Il aurait voulu ne pas répondre pour continuer de réfléchir mais il n'avait aucune excuse crédible pour fuir son travail, aussi accepta-t-il, se résignant bon gré mal gré. Bien lui en prit comme on va le voir par la suite.

Monsieur ? J'ai ici un client qui souhaiterait parler à un responsable.
C'est à quel sujet ?
Il affirme être très important et qu'il n'apprécie pas de ne pas pouvoir profiter de tout les services qu'il exige en tant que VIP.
Vous avez son nom ?
Briar Cudgeon.
Un instant, faites-le patienter quelques minutes.

Alors alors, Cudgeon Cudgeon Cudgeon... Qui c'est celui-là, jamais entendu parler, peut-être un simple imbécile vantard exigeant ce qu'il n'avait même pas l'argent et le prestige nécessaires pour avoir. Ou peut-être un gros bonnet. La chance la plus insolente venait-elle de frapper à la porte de Zieb ? Alors qu'il consultait ses fichiers et l'holonet pour trouver des informations sur l'individu, il s'aperçut que sa main tremblait un peu. Il fronça les sourcils puis se contrôla avant de reporter son attention sur l'holo-écran. Et là... Une bombe atomique juste sous ses yeux.

Employé de la TaggeCo, directeur de la division marketing. TaggeCo : entreprise autrefois une puissante mégacorporation, aujourd'hui sur le déclin depuis une sale affaire ayant conduit au sabotage de la majorité des usines existantes dans tout le territoire républicain, sans compter la perte d'un anneau planétaire sur une des lunes de Coruscant rien que ça. Un gros poisson à ferrer et au bout de la ligne, une entreprise qui, bien que n'étant plus que l'ombre d'elle-même, dispose d'assez de soutiens, de prestige et de renommée pour convenir au glorieux Griba.

Oui. Oui oui oui oui. OUI. OUI !

Des ordres furent immédiatement donnés pour ouvrir au bon Cudgeon un accès au Grand Palais et une suite VIP ainsi que, bien évidemment, tout les plaisirs et services disponibles. Dans le même temps, tout excité, le bon Zieb s'empressa de prévenir le grand patron. Il avait bien travaillé là. Pas vrai ?
#34121

    Il est une vérité observable dans tous les recoins de la Galaxie : les puissants ne seront jamais comblés. La fortune entraine le désire qui se révèle d’une énergie folle, exponentielle, et insatiable, comme une divinité capricieuse jamais satisfaite des sacrifices et des efforts de ses fidèles. D’une certaine manière, un individu de cette race si friande des plaisirs de la richesse ressemblera au plus respecté des Hutts ; la mesure leur est à tous deux inconnue, et chacun se gave plus que nécessaire. Et pour qui sait jouer de cette soif inextinguible et de cet aveuglement, l’avenir lui sera glorieux.

    Griba attend, plongé dans Ses comptes. Le bon Ka Zieb avait accompli ce qu’Il avait considéré impossible. La peur a ceci d’extraordinaire qu’elle peut permettre un exploit, comme saper toutes les forces vives de l’individu ; tout est question de tempérament. Zieb Lui avait semblé particulièrement faible et malléable, d’où sa présence à ce poste important et prédestiné à cette tâche si difficile ; un lâche n’aurait jamais pu dévoiler quoi que ce soit aussi rapidement, et le traumatisme de la sanction aurait calmé ses potentielles ardeurs. Mais le petit gran avait réussi. Une réussite doublement heureuse, puisque Bjasuv était parti à la capitale le matin même.

    Un sourire. Une prime ainsi que doublement de salaire sont enregistrés au profil de Zieb. Après tout, peut-être sera-t-il plus précieux qu’escompté. Pour l’heure, Il attend patiemment le retour de son bras droit. Zieb n’est pas encore assez digne de confiance pour les choses les plus sérieuses.



    La fumée de la cigarette se mêle aux effluves et aux vapeurs embaumant l’air de la discothèque. La lumière tamisée offre un regard nouveau sur cette prétendue élite ; à la lumière du jour, là où tous peuvent distinctement les observer, ils se couvrent d’un voile de vertu, jouant aux justes grandes âmes mais, une fois l’obscurité atteinte, fusse-t-elle partielle, leur bassesse se manifeste et l’observateur attentif peut alors remarquer que les méprisables caractères de leurs inférieurs, qu’ils se plaisent à juger si férocement et à condamner, ne leur sont pas aussi étrangers qu’ils le proclament. Il lui suffit de tourner la tête pour découvrir toute une série de portraits que la presse à scandale paierait une fortune.

    Là, un ambassadeur d’âge mûr couché sur le côté, une pipe dans les mains, accédant aux paradis artificiels ; ici, un industriel ivre expliquant son attirance pour les jeunes enfants, indifféremment de l’espèce ; dans un coin, plus à l’abris encore, une journaliste de renom cajole l’intimité d’un serveur qui, de toute évidence, ne succombe à ses charmes que par intérêt ou dépit ; au centre, toute une troupe d’hommes et de femmes lançant des fortunes aux danseuses dans l’espoir d’un apothéose particulier, si possible à l’écart, comme dans l’intimité d’une suite.

    Son maître a raison. Ils sont tous pitoyables. Le seul intérêt de leur côtoiement réside dans les sommes d’argents inépuisables qui les suivent, comme la vermine une carcasse. Toujours est-il que le cyborg a un rôle à jouer dans cette galerie de la décadence. Le Maître a besoin d’alliés pour ses projets, l’esclave lui en a trouvé un et lui, son serviteur le plus dévoué, est chargé de le débusquer et de livrer. Le système de vidéosurveillance l’a conduit jusqu’ici. Il ne reste plus qu’à trouver ce Briar Cudgeon. Les ordres sont clairs : la jouer fine. Aucune violence ni menace.

    Les informations du gran indiquent un homme fier de sa position et de ce qu’il est ; il est plus que probable que la discrétion n’est pas son principal atout. Errant entre les visages connus de tous, Bjasuv finit par remarquer un attroupement bruyant à une table. Un grossissement plus tard, la mine rougie de Cudgeon lui apparait, se vantant de ce qu’il imagine être et jugeant riant de ses voisins nécessairement inférieurs. La traque peut enfin commencer.



      « Messieurs ! Permettez… »

    L’approche est rude, ne laissant place à aucune négociation. Les proies les plus grosses, parce que plus dangereuses, nécessitent une détermination confinant à la barbarie. C’est un inintéressant qui lui répond.

      « Mais ! Qui vous a permis vous ? Vous ne pouvez pas vous inviter comme ça à notre table ! Savez-vous qui nous so…

      - Je suis venu parler à Monsieur Cudgeon, de la part de la direction. Si ces gentlemans pouvaient nous laisser… »

    Ils s’exécutent, non sans lui jeter des regards à la colère appuyée.

      « J’espère que vous avez une bonne raison de me chasser mes amis.

      - Oui. Je suis envoyé par le patron, Monsieur Griba. Il a entendu dire que vous vous étiez senti… Outragé ? C’est comme ça que vous dites dans votre milieu, non ? En tout cas, il tient à s’excuser pour cette erreur. Et en gage de sa bonne volonté, vous invite ce soir dans ses appartements, au sommet du Grand Palais.

      - Ha ! Et qu’est-ce qui peut lui laisser croire que je vais accepter ? D’abord ses employés me refusent le traitement qui m’est dû, puis son larbin vient me déranger, sans invitation, et chasse mes amis. Vous devriez lui conseiller de revoir ses méthodes…

      - Et vous en savez quelque chose, hein ? Directeur du service marketing de la TaggeCo ; avec ça vous devez savoir tout vendre, et bien lisser dans le sens du poil ceux qui vous intéressent. Enfin… En gage de sa bonne foi, vous avez un accès libre à tout ce qui se trouve au Mont. Votre séjour vous serra offert, ainsi que tous les suivants. Et, afin de "contenter les sens de Monsieur Cudgeon", ce sont ses mots, vous trouverez dans votre suite les plus prestigieux mets et spiritueux disponibles. »


    Il s’allume une cigarette, affichant son sourire le plus insupportable.

      « Monsieur Griba vous attendra pour dîner. »

#35326
      « Sleemo ! Une heure de retard ! Tu aurais dû lui casser le nez à cet enfant de… Ha ! »

    Des objets volent. Pour la plupart anciens, leur destruction, conduite ici par une colère ordinairement pardonnable aux seuls enfants, achèverait les quelques conservateurs et historiens des arts constituant Sa clientèle. En d’autres lieux, ou dans une autre vie, même Ses trésoriers auraient exigé une explication pour un tel carnage, sans aucun doute consternés par le saccage de tant d’efforts de recherches, de négociations, de corruption et, surtout, de cette chose peu élégante mais fort profitable que les ventres-mous des grandes compagnies médiatiques et des universités nommèrent « optimisation fiscale ». Fort heureusement pour eux, jamais un Hutt, fusse-t-il honnête comme Griba, ne toléra de telles remontrances.

    Bjasuv restait de marbre, évitant parfois avec son flegme habituel les projectiles rageurs de son maître, visiblement amusé du spectacle des droides domestiques courant d’un coin à l’autre de la pièce dans une tentative désespérée de maintenir un semblant d’ordre et de propreté dans ce qui ressemblait de plus en plus à l’antre d’une troupe de mercenaires trandoshans. Son Excellence ne parvenait pas à savoir si cette arrogante nonchalance face à un spectacle qui pousserait à la rupture le cœur de n’importe lequel de Ses employés était causée par la part plus qu’importante d’altérations cybernétiques qu’Il offrit à Son protégé, ou si cet humain était simplement prédestiné à l’agacer en toute circonstance. Visiblement de telle considérations le n’atteignaient guère.

    Finalement, le calme retombe sur la cime du Mont. Il s’écroule presque, non de fatigue, mais de lassitude.

      « Mon bon Bjasuv… Quelle entreprise fastidieuse que la nôtre… Et déjà ! Pourquoi ne puis-je pas tout simplement régner sur un monde de machines ? En plus, je parie que le retard de ce guignol vient de ma générosité. Combien de bouteilles descendues depuis mon invitation à ton avis ? Deux ? Trois ? Mmh… Il va falloir le discipliner lui aussi. Enfin ! au moins les négociations en seront-elles plus simples…

      - Oh mais pour ça je vous fais confiance. Le petit chien abois fort, mais il n’a pas de dents. Il serait plutôt du genre facile à domestiquer si l’os est assez gros. Par contre… »

    Une sonnerie retentie, suivie de la face bleuie de l’hologramme d’un Ka Zieb manifestement remit et ouvertement heureux d’avoir contenté son maître.

      « Seigneur ? Monsieur Cudgeon vient d’arriver.

      - Pas trop tôt… Bien. J’y vais seul Bjasuv.

      - Quoi ? Vous me priveriez d’un si beau spectacle ? Moi qui faisais une joie de vous voir le briser…

      - Comme si tu n’allais pas user de tes privilèges de chef de la sécurité et te précipiter devant les holos de surveillance… »



    Le diner commença par un long silence. Tout fut minutieusement préparé, comme à l’attention d’un prince ; les meilleurs plats et les plus grands crus, le service le plus raffiné, le tout sous la surveillance du maître hôtelier qui prit soin de consulter les données du Mont afin de cerner les goûts de cet impoli retardataire. Aussi Griba laissa-t-Il la pesanteur s’installer, ne disant mot, pas même celui de bienvenue, pourtant dicté par la bienséance en de tels cas, se contentant de fixer Son hôte en pétunant.

    La tâche fut pourtant plus difficile que prévu tant la mise de Cudgeon, impeccable, luxueuse et révélatrice d’un goût très sûr, contrastait avec sa mine fatiguée ; en résulta un tableau des plus comiques, très proche de ces caricatures de la bourgeoisie galactique. La face encore rouge, les yeux hagards, les cheveux maladroitement coiffés en une figure que la géométrie la plus complexe ne saurait qualifier, ce marketeux ne Lui suscitât rien de plus que du mépris. La curée serait plus simple qu’escomptée.

      « Achuta, Monsieur Cudgeon. Enchanté. Je devine avec plaisir que vous profitez à votre aise des plaisirs que renferment le Mont. J’espère que les désagréments causés par l’ignorance de mon personnel ne compromettent ni votre délassement, ni vos prochains séjours parmi-nous… »

    Le misérable ne sait quoi répondre, encore embrumé par ses excès des heures précédentes.

      « Quoi qu’il en soit, je suis ravi de vous recevoir à ma table. C’est un véritable honneur que de diner en compagnie d’un des hommes les plus puissants de la TaggeCo. Directeur du service marketing tout de même. Quel pouvoir ! Mais quelle responsabilité pour votre jeune âge ! L’image d’une des plus grandes corporations galactiques repose entre vos mains. Comment en êtes-vous arrivé à une position si importante ? Je suis sûr que votre histoire est des plus édifiantes... »

    Visiblement flatté qu’un magnat du luxe aussi important que Lui s’intéresse à sa personne, l’humain finit par dissiper les lourdeurs de son esprit et, feignant la modestie, commence l’étalage de ses hauts faits de la façon la plus convenue qui soit.

      « Oh… Vous savez, tout ça, c’est du travail. Et beaucoup de discipline. J’ai eu la chance de fréquenter les meilleures écoles de Coruscant. Partant de là, il m’a suffi de faire mes preuves pour rejoindre les rangs de la famille Tagge. Finalement, je leur dois beaucoup. Je leur suis reconnaissant de m’avoir fait confiance si vite. Et je crois, en toute modestie, qu’ils eurent raison de me confier ce poste si prestigieux. Jamais… Enfin… Cela fait longtemps que la TaggeCo n’avait pas eu si bonne réputation. »

      *Tu parles… Ça fait longtemps que ta boîte n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a été. Et ce ne sont pas tes campagnes de pubs avec des seins de zeltronnes pour attirer et faire grimper le pognon qui vont arranger les choses. Comment ces culs-serrés de Tagge peuvent accepter que l’on vende leurs swoop avec des filles à moitié à poils ?*

      « Certes, les Tagge ont là un atout de taille. Ce qui ne doit pas manquer d'attirer l’attention de la concurrence, non ? Je ne doute pas qu’un jeune homme aussi doué et raffiné que vous fut souvent approchés par les chasseurs de têtes des autres conglomérats…

      - Ahah ! Vous n’avez pas idée ! Bien-sûr, oui. Mais étrangement, malgré les… Difficultés que rencontrent la compagnie depuis quelques temps, aucun ne me fit une offre suffisamment intéressante pour que je vole vers d’autres horizons. »

      *Peut être parce que tout le monde se fiche de toi ? Le but, pauvre imbécile, c’est de plumer la TaggeCo. Ils ne vont pas dépenser des millions pour un proxénète déguisé…*

    Il fait un signe aux serviteurs droides, lançant le service.

      « Voyez-vous ça… Surprenant, en effet. Mais je vous en prie, mangez. Je crois savoir que le reek farci à la serennéenne est votre péché mignon. Cette recette fut améliorée, rendue unique, par le chef du Mont, originaire de Serenno. Vous m’en direz des nouvelles. »



    Le repas finit, Griba et son invité se retirèrent sur la terrasse, savourant un cognac bleu face aux majestés du Mont alors sublimées par la lumière du crépuscule. Bien plus endurant que Son hôte, Il demeure en possession de tous ses moyens tandis que Cudgeon, manifestement victime de cet alcoolisme mondain si cher aux gens de sa condition, renoue avec les brumes de l’ivresse.

      « Que voyez-vous en me regardant, Monsieur Cudgeon ?

      - Ha ! Facile celle-là ! Un homme riche et puissant, doublé d’un hôte délicieux… Houlà… Un hôte délicieux donc, auquel je lève mon verre ! »

    Une épaisse fumée inonde son visage, chassée par les vents de la face placide du hutt.

      « Un hutt. Voilà ce que vous voyez... Ce qui me pousse à te poser une seconde question : pourquoi mon peuple devint connu de tous dans cette galaxie ? »

    Le tutoiement soudain semble déstabiliser l’humain qui, malgré l’euphorie ordinaire de son état, se met à bredouiller.

      « Je… Je ne suis pas sûr de bien comprendre. Tu… Vous… Oui, enfin, vous êtes assez différent de vos semblables. Vous êtes…

      - Le profit. C’est tout. Et si possible sans rien devoir à personne, ni aux gouvernements, ni aux administrations, ni même à leurs semblables. Et avant que tu ne recommences à bredouiller, non, je n’échappe à la règle. Le vieux Sotto, lui, a su s’affranchir de cette loi de l’espèce. Moi, je crains de ne pas avoir sa vertu. »

    Pas de réponse. Le crâne déjà rouge de Cudgeon fonce un peu plus, ses yeux s’agrandissent. La proie devine maintenant le piège qui lui a été tendu.

      « Mais pour tout ça, je vais avoir besoin d’alliés. Toi, en l’occurrence. Directeur d’un des plus puissants services de la TaggeCo, tu peux m’être très précieux, comme couverture d’abord pour mes entreprises futures. Aussi t’ai-je fait venir pour cet entretien d'embauche.

      - Mais… Enfin… Je… Non ! Je ne peux pas vous aider ! Je ne suis que directeur du marketing ! Je n’ai accès à aucun fond conséquent… Et puis je suis un homme honnête moi ! Alors oublions tout ça, je ne parlerais à personne de ce vous me proposez, je retourne m’amuser et tout le monde sera content !

      - Ohohoh ! Un homme honnête, toi ? C’est pour ça que les zeltronnes de tes publicités sont des esclaves achetées dans la Bordure Extérieure ? Habile cela dit… La TaggeCo se casse la gueule depuis un moment déjà, et il n’y a pas de petites économies. C’est vrai, après tout, pourquoi payer un salaire régulier quand un seul suffit à posséder une employée toute sa vie ? Et puis elles ne peuvent rien dire, ça permet de s’amuser… Je crois d’ailleurs que c’est surtout ça. Je ne serais pas surpris d’apprendre que ton armée d’égéries soit en réalité une armée de putes que tu offres généreusement à tes amis de Coruscant lors de tes réceptions. Remarque que je ne juge ni ne condamne. Simple constat... »

    Il tremble désormais. Et comprend. Un tel lieu, regroupant tout le gratin galactique, ne pouvait qu’apporter à celui qui en est le maître une source inépuisable d’informations. Et tous ici ont quelque chose à cacher.

      « Ohohoh… Toutes mes félicitations, Monsieur Cudgeon. Vous êtes embauché. Nous verrons plus tard comment un "simple directeur de marketing" pourra m’être utile.

      - Emb… Oui… Non… Enfin, laissez-moi quelques jours. Je dois… Réfléchir à ce que nous pourrions faire…

      - Bien sûr, bien sûr… Ce que "nous" pourrions faire...Ohohoh... »

    Avec une lenteur calculée, Il se rend au bar, prend une bouteille des deux meilleures cuvées disponibles et, tout aussi lentement, se glisse dans le dos de cette bête aux abois, déposant les flacons dans ses bras inertes avant de lui enserrer les épaules.

      « Mais n’oublie pas que le messager qui t'a mené jusqu'à moi peu très bien devenir un porte-flingue. A très bientôt, petit Briard. Tu as une semaine… »
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