L'Astre Tyran

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Figurant parmi les mondes les plus connus de toute la galaxie, Corellia est pour beaucoup synonyme de technologie et de voyage spatial. Pour d'autres cette planète est le symbole des fauteurs de trouble et de tout ce que l'univers compte de hors-la-loi.
Gouvernement : Affinités avec Nouvelle République - Indépendantiste
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By Hayley Curwee
#36077
    La Chasseuse des Ombres



04:30, heure locale
Corellia - Coronet


TV On The Radio - I Was A Lover


    Une silhouette flânait dans les rues du Secteur Bleu malgré l’heure matinale, le soleil n’avait pas encore pointé le bout de son nez dans les rues de la capitale et les ténèbres n’étaient percées à jour que par l’apparition furtive des néons aux ambiances colorées dont le ton flashy égayait étrangement ce qu’il restait de la nuit. Ses heures étaient comptées et pourtant elle continuait à se tenir vent-debout contre sa fin programmée, l’ignorant même complètement malgré la certitude que la fin approchait.

    La silhouette, quant à elle, tourna au coin de la rue, s’approchant d’un de ces vieux bâtiments qui parsemaient le Secteur Bleu, vieux, ce n’était pour autant pas leur caractéristiques historiques qui avaient conduit à leur maintien au fil du temps, mais plutôt un abandon croissant de l’intérêt des autorités pour le maintien d’un quartier qu’on savait de plus en plus en perdition. C’est ainsi que le Secteur Bleu gagna ses lettres de noblesse en tant que quartier le plus mal famé de Coronet, un lieu fréquenté par la racaille en tout genre : mercenaires, contrebandiers, dealers et autres putes. Ici les gangs s’en donnait à coeur joie. Un tableau fort peu réjouissant qui avait fini par trouver un farouche opposant en la personne de Jim Antilles, celui-ci parvenant à faire passer des mesures pour faire de ce Secteur un lieu plus respirable, mesures prises en amont, déjà sous l’époque de la domination impériale. Et c’est notamment en laissant plus de latitudes aux hommes de la CorSec qui connaissait ce coin que bout après bout l’influence des criminels s’effritait pour atteindre son niveau le plus bas dans son histoire, faisant dire à pas mal de politiques que ce combat avait été gagné. Pas tout à fait. Jamais il ne le serait. Toute société avait son Côté Obscur et il était impossible d’éradiquer à jamais la part sombre de tout un chacun qui le poussait à envisager de passer par l’illégalité.

    La silhouette passa la porte d’entrée dans un silence assez assourdissant, la porte se verrouillant automatiquement derrière elle lorsqu’elle la referma. Ses yeux maintenant habitués au noir se posait un peu partout sur le rez-de-chaussée, elle y décelait de la vie du côté des deux appartements qui jouxtaient l’escalier qu’elle prit afin de monter jusqu’au second étage. Elle se déplaçait comme un chat, montant les escaliers avec une douceur accompagnée d’une certaine minutie, s’assurant presque à chaque pas qu’aucun son ne parvenait d’elle. Enfin, arrivée devant la porte, elle enfonça la clé dans la serrure et lorsque le déclic familier se fit, elle poussa la porte, s’accroupissant pour déposer quelque chose au sol. Enfin elle referma derrière elle, verrouillant de nouveau la serrure pour s’adosser contre la porte dans un sourire où l’on sentait une pointe de fatigue.

      - Pfffff…

    Home sweet home, comme on dit. Un miaulement rauque s’éleva du sol, attirant immédiatement le regard de sa maîtresse. Le petit nexu semblait curieux, découvrant un environnement qu’il ne connaissait pas. Il faut dire que ces derniers mois, cela avait été plutôt une habitude, le petit félin avait été transporté d’un bout de la galaxie à l’autre, au gré des pérégrinations de sa maîtresse, il n’avait donc pas eu le temps de s’habituer à quoi que ce soit de fixe et avait passé le plus clair de son temps à suivre sa maîtresse dans un environnement urbain que son espèce connaissait bien peu.

      - Je sens que tu as faim, Harlon.

    A ces mots, elle sortit le sac en papier kraft de sous son long manteau au tissu usé, fouillant dedans dans de grands bruits de papier pour finalement en tirer après une demie minute de lutte acharnée un morceau de viande fraîche. Du bantha.

      - On va t’aménager un petit coin à toi, pour manger. Viens !

    Et ce faisant, elle progressa à grands pas vers la cuisine, ouvrant l’un des placards pour en tirer une assiette qu’elle déposa sur une serviette au sol, laissant choir le morceau de viande sur lequel le nexu s’empressa de se jeter, s’en délectant avec un plaisir évident. Elle avait allumé la lumière, le regardant dévorer le bout de viande sans vraiment y réfléchir, quelques minutes s’écoulèrent pendant lequel un besoin se pressa bien vite aux portes de son esprit, choisissant de céder elle laissa sa main s’aventurer dans l’une des poches intérieures de son long manteau pour en tirer un paquet de cigarettes qu’elle ouvra pour récupérer l’une des clopes qui lui restait. Le fin tube une fois entre ses lèvres, elle approcha celui-ci du gaz tandis qu’elle l’allumait, faisant jaillir quelques flammèches, cramant le bout et lui permettant de tirer sa première bouffée qu’elle savoura avec un plaisir non dissimulée tandis que la fumée ressortait par ses narines. Tant qu’elle y était, elle lança sa cafetière après avoir préparé les graines, laissant la décoction se faire. Sa main gauche s’aventura vers sa nuque, qu’elle frotta délicatement pour y apaiser la douleur sourde qui grondait de s’y développer depuis une bonne heure, accompagnant le geste d’une légère rotation de sa tête vers la gauche puis vers la droite.

    La fatigue commençait à se faire sentir et paradoxalement elle se sentait des plus éveillée. Elle ôta son manteau, le posant sur la petite table de la cuisine tandis qu’elle se dirigeait vers la salle de bain. La rencontre avec son miroir fût un choc, son reflet lui renvoyait l’image d’une femme à la mine terne, jugée par des yeux sévères et légèrement hautain qui contrastait assez fortement avec sa petite taille. Sa peau blanche dont la carnation ne laissait que peu de place à un peu plus de couleur lui donnait presque un air maladif et la longueur de ses cheveux était la preuve vivante qu’elle n’avait pas prit soin de sa capillarité depuis un bon moment quand on constatait le nombre de mèche rebelles qui se baladait ici et là dans le long drap fin que formait ses cheveux. Elle se débarassa de ses vêtements, ne demeurant plus qu’en tenue d’Eve, savourant le froid qu’elle ressentit instantanément sur sa peau, ses poils se hérissant naturellement pour la protéger. C’était la fin de la saison chaude sur Corellia et le froid commençait à revenir peu à peu, mais pas au point d’en souffrir vraiment et puis cette fraîcheur avait le mérite de la vivifier au moins. Un point en particulier retenait son attention maintenant qu’elle s’examinait plus en détail : des rides étaient apparu sous le coin de ses yeux, une caractéristique qu’elle ne s’était jamais representée jusqu’alors, et bien qu’une certaine angoisse la taraudait en constatant tout cela, elle finit par sourire.

      - Si j’avais pensé un jour que je pourrais atteindre un âge qui m’offrirait ça…

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    Elle pouffa de rire, enfilant seulement un peignoir tandis qu’elle quittait la salle de bain pour retourner à la cuisine où le petit nexu continuait à dévorer son morceau de viande. Le café était prêt et elle s’en servit une tasse, trempant ses lèvres au niveau du liquide chaud, se brûlant à moitié. Elle s’empara d’un cendrier qu’elle déposa sur le rebord intérieur de la fenêtre tandis qu’elle s’y installa en position assise, ses jambes à demi arquées, appuyant son coude gauche sur son genou gauche tandis qu’elle tirait sur sa clope. Son regard alla en direction de l’extérieur qu’elle pouvait contempler de sa fenêtre, de là on voyait toutes sorte de bâtiments de cette architecture vieillotte et quelques peu désordonnée qui était si caractéristique au Secteur Bleu, au niveau des rues cela commençait à s’agiter, même si au fond une activité continuait régulièrement la nuit dans ce coin-ci de Coronet.

    Elle ouvrit à moitié la fenêtre, laissant l’air frais pénétrer et se jeter contre sa peau nue mais évacuant dans le même temps une partie de la fumée qu’exhalait la cigarette. Près de six mois avait passé depuis la dernière fois qu’elle était apparue dans les radars, l’Ombre Jedi s’était fondue dans les ombres, traquant les membres d’une organisation criminelle qui s’était étendue dans les limbes de la galaxie et ce, d’une manière beaucoup trop fulgurante pour qu’elle n’y voit pas là le signe d’une main guidée par le Côté Obscur. Il y avait encore des Sith qui, dissimulés, cherchait à nuire aux intérêts Jedi. Mais elle n’avait presque rien trouvés sur eux. Ou plutôt elles. Tout ce qu’elle en savait c’est qu’on les appelait les Harpies. C’est tout ce qu’elle avait pu tirer d’un homme travaillant pour elles qui s’était fait abattre pendant qu’elle l’interrogeait.

    C’était là la raison principal de son retour sur Corellia, elle avait réussi à obtenir une autre information, un gros coup aller se préparer sur la planète, un coup que les Harpies allait mettre en place sans qu’elle sache précisément quoi et c’était bien ce qui l’inquiétait. Elle tira une nouvelle bouffée de cigarette qu’elle arrosa presque aussitôt d’une gorgée de café, mélange aux odeurs combinées proprement dégoûtant mais qui l’aidait à tenir toujours un peu plus en cette matinée. Lorsque Harlon eût terminé son repas, il sautilla et grimpa jusqu’à la Jedi, se frottant contre le bras de celle-ci dans un geste qui semblait réclamer purement et simplement une caresse, ce qu’elle lui accorda.

    Elle songea à Corellia. Une menace planait ici, sur cette planète elle le sentait à travers la Force. Mais elle ne savait pas quoi. Mieux valait rester dissimulée alors, elle savait que c’était le meilleur moyen de ne pas s’embarasser d’un quelconque protocole.

    Et du poids de ses propres responsabilités.
    Personne ne devait savoir.
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By Hayley Curwee
#36164
    Son souffle exhala une dernière bouffée de fumée qui s’évanouissait peu à peu dans l’air frais et matinal de Coronet, après quoi elle laissa sa cigarette choir dans la tasse. Il était bien trop tôt ou bien trop tard pour dormir, alors autant se bouger et tâter le pouls de la ville à un endroit qui était le plus franc sur celui-ci : ce même Secteur où elle se trouvait. Elle s’empara du bébé nexu qu’elle caressa sous la mâchoire avant de le déposer au sol tandis qu’elle se séparait de son peignoir et évoluait nue dans l’appartement. Le temps avait dû passer à vitesse grand V car déjà l’on voyait poindre la lueur du soleil qui mettait à bas petit à petit nuages et ténèbres. Passant devant la chambre, elle lança un regard vers son lit et son corps flancha presque aussitôt, lui signalant qu’elle avait besoin de repos. Un bref moment de réflexion lui suffit à déterminer que dormir un peu ne lui ferait pas de mal, elle avait voyagé tout ce temps pendant six longs mois et n’avait pris aucune pause, mais si elle était un tant soit peu honnête avec elle-même ce n’était pas tant la réflexion qui l’avait conduite à cette conclusion que la fatigue qui venait de poindre. Elle soupira, puis se traîna jusqu’au lit où elle s’effondra sans la moindre grâce, s’enroulant dans la couette pour s’enfermer dans les ténèbres, elle ferma les yeux quelques secondes et puis ce fût le noir.

    Elle n’aurait su dire quelle heure il était lorsqu’elle émergea, mais un coup d’oeil vers la fenêtre éclairée seulement par des lueurs violacées qu’elle présumait venir de néon lui indiqua qu’il était tard. L’espace d’un instant, son coeur rata un battement : avait-elle seulement dormis quelques minutes quand elle pensait avoir dormis presque des heures entières ? Elle se sentait à la fois reposée et fatiguée, sensation étrange et paradoxale qui ne la dérangeait pas plus que ça. On aurait pu croire que ce moment de stress subi au réveil aurait pour avantage de la réveiller au quart de tour mais avec l’âge Hayley avait la fâcheuse tendance à avoir le réveil difficile, caractéristique bien peu séduisante mais dont elle s’accomodait plus que facilement au vue de son célibat qu’une vie d’ascète Jedi (c’est du moins ce qu’elle voulait se persuader d’être) imposait. Après un regard lancé au radio réveil qui trônait sur sa table de chevet elle constata qu’il était 23h, ce qui la fit grimacer. Elle avait peut-être un peu trop dormis. Sûrement, même. Elle passa sa main sur son visage, le frottant plus ou moins énergiquement tandis qu’elle baillait, essayant tant bien que mal d’éveiller son cerveau pour faire face à la réalité d’un sommeil qui n’était plus.

    En sortant de sa chambre, elle alluma la lumière, tombant nez à nez avec Harlon, les deux créatures s’arrêtant net, comme des chats qui venaient d’être surpris dans une position embarrassante. Le nexu était pendu à l’un des pieds de table, toutes griffes dehors, dans l’intention évidente de se faire les griffes, une tâche qu’il avait déjà partiellement accompli si elle en jugeait par l’état du pied de table. Elle esquissa un mouvement, mais le bébé nexu se carapata à toute vitesse hors de son champ de vision, comme s’il avait deviné qu’il avait fait quelque chose de mal. La Jedi pouffa de rire, même si elle était légèrement agacée de ce que le félidé avait fait, elle jugea que c’était sans réelle gravité en fin de compte. C’est ce moment que choisit son ventre pour gronder, le laps de temps la séparant de son dernier repas était trop important. Elle choisit pourtant d’ignorer ce besoin, se contentent d’avaler une tasse de café froid tandis qu’elle se rendait dans la salle de bain, s’emparant de sa brosse à dents, frottant consciencieusement celles-ci tandis qu’elle réfléchissait à la suite. Elle commença à marcher dans son appartement, totalement nue, excessivement distraite par les pensées qui s’agitaient sous son crâne.

    Des sentiments confus et contradictoires s’entremêlaient dans sa tête et son retour sur Corellia n’y était pas étranger. Elle avait disparu pendant tant de temps, dans un exil qui lui avait paru nécessaire pour la sécurité de l’Ordre Vert. Ce faisant, elle avait dû renoncer à beaucoup de chose qu’elle avait aimé ici, à commencer par l’agitation qui régnait dans la capitale corellienne mais qu’elle prisait particulièrement. Bien sûr, ce n’avait pas été la seule raison de son exil, la Jedi ne s’était jamais sentie les épaules d’une meneuse et elle avait toujours eu besoin de reprendre une liberté qu’elle estimait pouvoir mettre entre parenthèses pendant de courtes périodes. Toute cette histoire de création d’un Ordre Jedi Corellien l’avait épuisé, aussi bien physiquement que nerveusement et elle avait très vite ressenti le besoin de fuir pour aller mieux. Et puis, ici, il y avait eu autre chose. Ou plutôt quelqu’un d’autre. Elle balaya aussitôt cette pensée de son esprit, il était hors de question d’y songer, c’était probablement la pire des choses pour entamer son retour ici.

    Alors qu’elle commençait à s’égarer dans ses idées, un bruit sourd lui fit relever la tête. Le temps d’un battement de cil et le bruit sourd était devenu une détonation qui faisait voler sa porte en éclats, laissant pénétrer trois masses imposantes dans son appartement, la dévisageant avec un brin de surprise, visiblement pas préparés à la trouver nue, en train de se brosser les dents. C’était évident, elle avait droit à un comité d’accueil. Et pas le genre à lui offrir des fleurs. D’un geste vif elle envoya voler sa brosse à dents sur le visage de l’un des trois, le faisant reculer sous la douleur, la brosse ayant frappé directement son oeil droit. Le second se jeta sur elle, les mains en avant, resserrant sa prise sur le cou menu de la Jedi, la faisant recracher le dentifrice qu’elle avait encore en bouche là encore sur le visage de son adversaire, l’aveuglant partiellement, elle enchaîna avec un coup de genou directement dans les bijoux de famille de l’homme, le faisant dégager sa prise tandis que lui aussi reculait. Un combat pas très digne, mais qui lui permettait de conserver l’avantage, pour le moment. La Jedi adopta une posture défensive, mettant en avant ses bras, présentant les tranches de ceux-ci, le troisième comparse s’y laissa prendre, tentant de se saisir d’elle sans aucune subtilité, ce qu’elle repoussa sans difficulté, écartant son bras pour décocher un coup de la paume de sa main droite directement dans la gorge de son adversaire, lui coupant la respiration au niveau de la trachée ce qui eût pour effet de le faire reculer en titubant.

      - AAAAAAAAAAH !

    C’est ce moment que choisit l’éborgné pour se jeter sur elle dans un cri de rage, la chargeant pour la cogner contre le mur, celle-ci eût le souffle coupé au moment où son dos heurta violemment le dos de la Jedi qui sentit les larmes poindre sous la douleur. L’homme ne lui laissa pas le temps de réagir, commençant à lentement l’étouffer, ses yeux embués par les larmes et le manque d’oxygène ne voyait qu’une forme brumeuse, celle du second qui se relevait pour rejoindre le premier assaillant. Des tas de pensées contradictoires et confuses parcouraient le crâne de la Jedi, l’une de ces pensées fût pourtant pour quelqu’un qu’elle aurait aimé revoir, mais que la fatalité de son sort l’empêcherait sûrement d’avoir cette occasion. Et tandis qu’elle se débattait tant bien que mal, cette pensée la saisit, l’attristant un peu. Cela n’allait plus être très long à présent car ses mains n’arrivaient pas à desserrer l’étau que formait les pattes de son assaillant. Finalement, peut-être que revenir sur Corellia n’avait pas été une très bonne idée.
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By Hayley Curwee
#36314
    La lumière rosée qui parvenait par la fenêtre éclairait par intermittence son corps d’une pâleur de nacre, la renvoyant parfois aux ténèbres, dissimulant alors avec pudeur cette nudité que la plus radicale des pudibonderies aurait refusé d’admirer. Sa main, serrée, tentait de mobiliser toutes ses forces - ou plutôt ce qu’il en restait - pour essayer d’écarter cet espèce de noeud qui enserrait son cou gracile, un combat qu’elle savait perdu depuis déjà une bonne quinzaine de seconde mais que le shoot d’adrénaline dans son corps ignorait pour tenter de préserver jusqu’à son dernier souffle le désir de survie qui l’animait. Une partie d’elle commençait à se sentir flotter, comme si petit à petit elle se trouvait extérieure à son corps, sensation aussi étrange qu’elle s’en trouvait grisante. Son attention se focalisa alors sur les petits détails, étrangeté qu’elle avait du mal à s’expliquer elle-même. Une seconde, un tatouage noire fait à la va-vite sur l’épais bras de l’homme qui l’étranglait. Ténèbres. Quatre secondes, le bracelet de Nomi à son bras, une longue mèche de cheveu blanc s’y était égaré. Ténèbres. Sept secondes, une forme bougeait non loin d’eux. Ténèbres. Dix secondes, les deux autres ne se relevaient pas, elle avait presque réussi. Ténèbres. Treize secondes, un cri de douleur retentit. Elle sentit la prise se desserrer et sa furieuse envie de vivre lui commanda de se saisir du premier objet pour sauver sa vie. Sa main cherchait rapidement à tâtons dans le noir, trouvant au bout de quelques secondes d’une longueur insoutenable un bout de verre dont elle se saisit pour le planter dans le crâne de son assaillant, le faisant cesser toute lutte contre ce qui l’avait attaqué. Son autre main trouva l’interrupteur, rallumant la lumière pour la laisser contempler une ubuesque scène de carnage au centre duquel trônait Harlon, le petit nexu dont les crocs restaient plantés dans la gorge de l’adversaire qui avait tenté d’étrangler la Jedi il y a quelques secondes à peine.

    Évoluant à travers le chaos qu’elle et ses assaillants avaient provoqués, elle tentait tant bien que mal d’éviter les bouts de verres qui menaçaient ses pieds, relevant sa main gauche au niveau de son cou qu’elle massait délicatement pour essayer d’en réduire la douleur, ce qui était certainement une peine perdue, les marques étaient aussi fraîches que profondes et elle en ressentait la brûlure bien trop vivement pour qu’elle se calme. Son premier réflexe fût de s’approcher des deux autres corps inanimés, s’assurant qu’ils le resterait encore un bon moment par le biais d’une prise d'étouffement non létale de Teräs Käsi. Après quoi elle se réfugia dans sa chambre, enfilant un débardeur, un sweat à capuche et un jean et s’équipant de sa ceinture Jedi contenant la plupart de ses équipements et ses deux sabres lasers ainsi que sa vieille paire de DL-22. Un large blouson de cuir vint compléter le tout, accompagné de bottes de la même matière. Vêtue de la sorte, elle se sentait enfin elle-même, ou plutôt une version d’elle-même proche de la pirate qu’elle avait été et cela la satisfaisait, ce soir on avait pas besoin de la besogne d’une Jedi, mais bien celle d’une vaurienne, ses cibles actuelles étant incapables de lui répondre, il lui faudrait trouver qui savait qu’elle serait ici même alors qu’elle n’avait prévenu personne de son retour et ce qu’on lui voulait. Et elle avait le sentiment que la réponse à cette dernière question finirait par la dépasser, étrangement. Elle s’empara d’une besace dans lequel elle mit son nexu, puis commença à fouiller les hommes qui restaient étendus dans son vestibule. Après une minute, elle mit la main sur la carte d’un endroit familier : le bar Yippee Ki-Yay.

    Voilà qui changeait les perspectives du tout au tout. Ce qui présageait de cette découverte n’était pas pour la rassurer, pas du tout. Elle avait une vague idée de qui se cachait derrière tout ça ce qui la poussait à vouloir en savoir plus, ce qui impliquait de se trouver au coeur de l’action.

    Une minute et demie plus tard, elle se trouvait dehors, le froid l’envahissait. Elle avait laissé son appartement dans un sale état : ravagé avec trois hommes de mains gisant au centre de ce bordel, dont l’un était malheureusement décédé et elle ne doutait pas que le raffût que sa lutte avait provoqué avait réveillé les voisins qui avait déjà contacté la CorSec, sa base de repli était donc compromise mais c’était loin d’être le point qui la préoccupait le plus à l’heure actuelle.

    Les rues du Secteur Bleu offraient un contraste assez intéressant au niveau de l’éclairage, la nuit, des couleurs vives s’imposaient régulièrement dans les ténèbres, une artificialité mise au service de la réclame. Ici un bar, là un un sex-shop, pour certains ce secteur était presque une mini Nar Shaddaa à l’intérieur de l’espace corellien, c’était peut-être exagéré toutefois, la décadence de Nar Shaddaa était assez inégalée. Et dans ses rues sombres aux couleurs vives, elle n’était qu’une ombre, le visage dissimulé, jusqu’à atteindre le quai du tram lev-mag, prenant celui qu’elle se rappelait aller en direction du Yippee Ki-Yay. Elle s’installa sur la banquette défoncée, fuyant le regard des autres passagers pour observer les lumières de la ville par les fenêtres. On quittait le Secteur Bleu pour un coin qui était à califourchon entre le centre industriel et mercantile de Coronet, un endroit judicieusement bien placé qui avait fait du Yippee Ki-Yay une affaire florissante. Toutefois de ce qu’elle en savait le bar était aujourd’hui bien moins fréquenté, un fait qu’elle supposait être dû au fait que l’endroit avait été racheté par un sympathisant de la Ligue Humaine, rendant l’établissement bien moins accueillant, en particulier pour les non-humains.

    Elle fût tirée de ses réflexions par la venue d’un homme qui se posa face à elle, elle ne l’avait pas entendu dans le brouhaha qui peuplait la rame, pas plus qu’elle ne l’avait vu arriver, plongée comme elle l’était dans ses pensées. Par contre ce qu’elle perçut c’était le DL-18 pointée sur elle à travers le manteau qui le dissimulait à peine. L’homme lui lança un regard perçant, sifflant entre ses dents ce qui était un ordre :

      - On ne bouge pas. Et on ne fait rien. Sinon ce laser va brûler ta jolie petite gueule, vu ?

    Elle fit mine de bouger pourtant, déclenchant un déclic venant du pistolet blaster, ainsi qu’une nouvelle menace :

      - Tu ferais mieux de m’écouter, j’ai assez d’explosifs sur moi pour faire sauter ce p#&!n de tram.

    Elle s’immobilisa immédiatement, pas habituel pour elle, pourtant. En général elle ignorait les menaces et agissait assez rapidement pour qu’elle deviennent futiles. Mais en général les menaces ne visaient qu’elles, pas une floppée de badauds qui l’entourait. Une situation pleine de tension qu’elle n’avait pas l’habitude de gérer, du même acabit que les responsabilités qu’elle avait voulu fuir. S’enfonçant dans la banquette défoncée du tram, elle se dit qu’il fallait gagner du temps et pour cela parler semblait la meilleure solution :

      - Qu’est-ce que vous me voulez ?
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