L'Armée des Ombres

Saison XI Cliquez ici pour voir l'intro...

Arkania, dans le système Perave, est une planète au climat inhospitalier. Couverte de toundra et de glaciers, elle abrite cependant de nombreuses mines qui sont sa principale source de revenus. Arkania est également connue pour ses centres d'expérimentation génétique qui furent à l'origine de la création de nouvelles races.
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By Harlon Astellan
#32357
Rien n'avait été très pensé. Harlon avait, pour une fois, laissé la décision à son coeur. Pas à sa tête. Mais rien ne restait incertain, même dans la spontanéité. Il lui restait encore une série de plans pour que son trône ne vacille pas. Les lois contre la discrimination étaient passées sans que le sang ne coule en public. La propagande avait vendu la station Adasca et le cerveau Arkanien. Une espèce considérée comme au moins égale à la leur. Petit à petit, il ferait admettre que l'union avec une Arkanienne était un symbole eugéniste. Les officiers voudraient trahir. Ils se trahiraient eux avant de le trahir lui. Harlon ne faisait pas charcuter des amiraux déchus pour les besoins du paysage. Il s'était constitué une armée de tueurs secrets pour qu'ils agissent un jour. Harlon n'avait pas prémédité ce mariage.

Mais il avait prémédité une série de jokers à utiliser au bout moment. Un bon moment comme celui-ci. Et dans le pire des cas, il lui restait une armée privée que son entreprise finançait intégralement.

Ses moyens étaient légions.

Aussi, pour l'heure, il ne restait qu'un Oui.

Elizabeth...


Il se relevait maintenant. Sous les larmes, un visage rougi au niveau des yeux, mais tentant de reprendre la froide dignité de l'Empereur Astellan. Il voulut la prendre dans ses bras. Il l'entoura doucement, passant sa tête près de la sienne. Dire quelque chose. N'importe quoi. Qu'il n'aura pas pu s'imaginer loin de son bras.

On se devine à peine.
Vous voyez la noirceur d'un long manteau qui traîne...
J'aperçois la blancheur d'une robe d'été.
Moi, je ne suis qu'une ombre... et vous qu'une clarté !
Vous ignorez pour moi ce que sont ces minutes,
Si quelquefois je fus éloquent...


Il n'avait que ça à l'esprit. Un vers d'une pièce lointaine qu'il avait du lire entre deux récits d'espionnage des rayonnages populaires d'une bibliothèque quelconque.

Je t'aime... Eli.


Un temps.

Ma Reine...


Encore un temps.

Mon amour...





L'émotion ne retombait pas, mais il affichait une mine plus... ouverte. Moins tiraillée par l'étendue émotive de tantôt. Il avait voulut boire quelque chose, sa gorge sèche l'empêchant de parler plus avant. Ses yeux perdaient un peu du rouge qui ne lui ressemblait pas, mais il ne se départait pas de son sourire en coin de baroudeur.

Si tu savais ! Ces fleurs poussent au milieu d'un océan d'eau ultra corrosive. Mais on l'a fait ! Maintenant, elle ne se refermera jamais.


Il sirotait un thé chaud trop infusé - comme il les aimait - à base de baies de Gala.

J'ai pris des dispositions avec mes Conseillers. Mon rôle sera moins représentatif et plus axé sur le bon déroulement des opérations. J'envisage d'installer mon bureau de travail sur Nouane.

On pourrait... loger chacun chez l'autre, mois après l'autre. Rester souverains, mais... ensemble.


Il tapota sa tasse.

Notre Union... je ne pense pas que ça posera des inconvénients. A personne.


Pas longtemps, du moins.
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By Elizabeth Civicius
#32405
    Désormais, il avait l’enthousiasme d’un enfant. Émerveillé par la fleur qu’il avait lui-même apporté, et plein d’une énergie révélatrice de ce qui semblait être de l’impatience. Jusqu’à confesser que certaines dispositions avaient déjà été prises. La Reine posait sur lui un regard curieux. Elle s’approcha finalement du cadeau et posa ses petites mains sur le dôme transparent.

      « Alors … tu as pris des risques ? »

    Un léger sourire se dessina sur ses lèvres, elle n’attendait aucune réponse. L’Empereur avait pris ses aises, un thé, et bien que l’Arkanienne l'eût invité à l’asseoir, elle se tenait toujours près de la fleur, détaillant silencieusement le relief délicat de ses feuilles. Les mots d’Harlon lui donnaient à réfléchir.

    Rester souverains …

      « La chose politique requiert un engagement auprès de nos nations, et j’estime, une certaine dose de protectionnisme. Crois-tu que nous pourrions nous unir et continuer chacun de gouverner des nations qui ne sont qu’alliées ? »

    La Reine pivota vers son homologue impérial. Si elle avait été touchée par la demande de son aimé, elle retrouvait désormais sa froide prestance. Tête haute et épaules en arrière, elle toisait l’Humain de sa petite hauteur, ce qui ne durerait pas s’il lui prenait l’envie ne serait-ce que de se lever.

      « Je ne gouverne pas Arkania, je suis cheffe des armées. C’est une nuance qui, somme toute, m’impose un choix. »

    Et malgré sa fière posture, Elizabeth se laissa aller au désarroi.

      « Je ne sais si je devrais démissionner ou investir le Dominion. »

    La confidence était attendue et révélait une question depuis longtemps en suspens pour l’Arkanienne. Le poste de Monarque avait cela de confortable que les affaires intérieures étaient gérées par le Dominion, mais l’inconvénient de voir alors définies certaines limites au pouvoir extérieur et militaire. Dès les premiers mois qui avaient suivis son couronnement, Elizabeth s’était interrogée : après l’Unité, et sa farce de Dominion égalitaire, les plein pouvoirs ?

      « Quitter Arkania est peut-être la seule chose sensée à faire. »
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By Harlon Astellan
#32440
Pris des risques ? Pour un tel effet, non. L'histoire complète devrait être passée sous silence en revanche. Ne pas mentionner le botaniste Bith. L'acide qui puait même derrière les filtres. La cendre qui recouvrait tout. Les bêtes féroces qui pouvaient venir de n'importe où. Les Sith qui rôdaient à proximité.

Mais pour marquer l'esprit de celle qu'on aime, cela comptait-il vraiment ? Par esprit de partage, il avait offert de généreux congés et primes aux Troopers de son escorte.

Pour toi, aucun risque n'est trop grand je présume.


La suite serait moins triviale. Oui, la situation était un peu tendue. Pas spécialement entre eux. Juste... tendue.

    « La chose politique requiert un engagement auprès de nos nations, et j’estime, une certaine dose de protectionnisme. Crois-tu que nous pourrions nous unir et continuer chacun de gouverner des nations qui ne sont qu’alliées ?

    Je ne gouverne pas Arkania, je suis cheffe des armées. C’est une nuance qui, somme toute, m’impose un choix. Je ne sais si je devrais démissionner ou investir le Dominion. Quitter Arkania est peut-être la seule chose sensée à faire.
    »

Harlon manqua se brûler avec son breuvage trop peu refroidi, et du se racler la gorge assez violemment, même s'il fit ce qui fut en son pouvoir pour être le plus discret et élégant possible. Elizabeth se posait des questions. Sur elle, sur lui, sur eux. Un mariage d'amour. Plus compliqué qu'un mariage d'alliance. Harlon avait déjà pesé les implications d'une telle proposition. Son sang non humain lui vaudrait la visite de nombreux surins nocturnes. On voudrait sa mort plus que maintenant. On pourrait compter des révoltes chez les puritains. Les progressistes opprimés pourraient en devenir des soutiens inattendus, même si très restreints et contrits. Impossible de jouer la conquête politique, Arkania était trop petite. Jouer l'envie d'apaisement et de discrédit de la Nouvelle République - épouser une alien sans grande influence galactique comme pied-de-nez aux clichés sur les dirigeants impériaux en somme - serait trop osé.

Assumer l'amour. Mais composer avec les besoins de gouverner. Elizabeth sur Arkania, pour Arkania, Harlon dans l'Empire, pour l'Empire. Mais ne pouvait-on pas gouverner à distance la moitié du temps ? Si Arkania devenait une nation en collaboration étroite, elle sera considérée par défaut comme une sorte de nation sous protectorat. La Reine gouvernerait, mais sous l'oeil de l'Empire.

On pourrait la voir comme la p#&!n d'un dictateur.

Elizabeth... tu devrais renoncer à Arkania autant que je le devrais à l'Empire. Nul n'a à faire ce choix.


Il se réchauffa les mains sur sa tasse, observant Elizabeth près de son présent. Si belle... et si douce au fond. L'illusion des premiers instants avait laissé place au pragmatisme des études politiques dont il était firand malgré lui. Il savait qu'ELizabeth n'était que son penchant féminin dans une mesure approximative. Il la savait capable de tuer s'il le fallait, d'affamer un peuple s'il le fallait, de distribuer les sentences de mort s'il le fallait. Comme lui. Mais ils avaient su se réserver l'un à l'autre des preuves de tendresse ordinaire. Sous les tabliers ensanglantés demeuraient des coeurs meurtris en mal d'amour.

Prendre le contrôle d'Arkania te permettrait d'éviter les critiques. Le Dominion... si tu savais comment l'Empire se porte mieux depuis que la Diète est dissoute.


Dissoute par démission de ses membres, le dernier Triumvirat avait subit une attaque sur ses intérêts dont il avait résulté la gouvernance de paille de l'Empereur Stele. Et quand Harlon avait reprit le pouvoir, il planait la promesse de nouvelles nominations pour la Diète, cette parodie de Sénat Impérial qui se voulait moins fantoche que le Sénat de la République.

Harlon s'était contenté de ne jamais appeler à de nouvelles nominations. Si une voix lui rappelait ce devoir, il annoncerait la dissolution complète de cette Diète imbécile.

Tu n'auras pas à quitter ton peuple. Tu peux nommer des régents. Garder le contrôle mais prendre du recul. Venir avec moi à la frontière tout en gardant les rênes.

Mon rôle aussi va s'appuyer de plus en plus sur la figuration. Garder le pouvoir, mais l'échelonner en partie pour me libérer des contraintes habituelles. Autant de façons de nous laisser du temps libre.


Leia Organa s'était appuyé sur un Conseil complet couvrant la gestion courante, lui permettant des escapades privées et le droit de souffler entre deux séances officielles. Harlon jugeait alors cela irresponsable. Quand il n'avait pas envie de passer son temps aux côtés de quelqu'un qu'il aimait.

Quitter Arkania... non. Il est temps, au contraire, de la saisir complètement. Tu seras... une Impératrice. Il est normal que le pouvoir de ce rang te soit échu.
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By Elizabeth Civicius
#32551
    Une impératrice. Et de quel empire ?

    Un soupir las répondit aux suggestions de l’Humain. Il proposait des solutions à appliquer avec conviction. S’imposer et asseoir pour de bon son pouvoir sur Arkania. Mais à quoi bon. Que de complications pour un si petit rien. Peut-être au fond Elizabeth cherchait-elle une solution facile. Ennuyeuse, mais facile. Être la potiche de l’Empereur pouvait être cette solution, une échappatoire monotone mais extraordinairement confortable. Sans prise de décision, sans autre pouvoir que celui de … L’Arkanienne chassa sa pensée. Arkania lui était chère. Bien qu'elle ne fut pas en mesure d'identifier pourquoi, elle ressentait l'attrait de cette planète où elle avait vu le jour, qu'elle avait fui, puis regagné malgré elle, et qui l'avait rendu malheureuse. Le contrôle partiel qu'elle exerçait cependant sur Arkania lui était précieux.

      « À la frontière ? »

    Cela n’offrait que peu de possibilités. L’Empereur avait tout un Empire pour vaquer. Mais la Reine était enchaînée à Perave. Et elle n'imaginait pas cette vie. Posséder un trône sans s’y asseoir tous les matins. Ordonner à un autre de prendre ses décisions. Constater les dégâts causés par une incompétence et châtier les fautifs sans sourciller … alors que la faute serait entièrement sienne. Arkania était suffisamment petite et avait suffisamment peu d'influence pour qu'un monarque seul put y régner, sans Dominion. Mais la quitter, et la regarder de loin courir son orbite … elle n'était pas certaine d’y parvenir.

    Des réflexions, des idées, défilaient à toute vitesse, ne laissant qu’une discrète empreinte dans l'esprit d’Elizabeth, et alimentaient le flot de sa pensée. Tout ceci, tout ce qu’Harlon lui avait soufflé à l’oreille, prenait sens. Et l’Arkanienne se découvrait par là-même un avis plutôt arrêté.

      « Je ne crois pas le Dominion inutile. Il est … parfois envahissant. Il est surchargé de membres inutiles à la réflexion molle. Mais il tient ses fonctions et ne s'est jamais trouvé en défaut. C'est moi qui le dérange, c'est le Monarque. Il n'a plus besoin de moi. Je lui ai apporté l’Empire et des accords plus que confortables. Le rôle du Monarque n'a plus d'utilité autre que la fonction que j'exerce actuellement. Le Dominion prendra bientôt le relais. »

    Un dernier regard, une dernière caresse sur le dôme transparent, et Elizabeth délaissa le présent pour rejoindre son ami. Elle s'assit dans un fauteuil à une main tendue de celui de l’Humain. La petite main de quatre doigts attrapa celle imposante de l’Impérial. Le temps d’un silence, Elizabeth avait trouvé ses mots.

      « Je pourrais simplement laisser la situation évoluer d’elle-même, et venir avec toi. »

    Économiquement, Arkania avait trouvé une stabilité, et elle comptait désormais une poignée d’alliés fidèles. Elle n’avait pas besoin de s’étendre, pas besoin de conquérir pour subvenir à des besoins imaginaires. Elle ne comptait certes pas parmi les planètes les plus prospères de cette galaxie, mais sa population n’était pas des plus pauvres. Et la conquête, autre que scientifique, n’intéressait pas l’Arkanien moyen. La Station Arkoh Adasca était le trophée témoin de la réussite arkanienne, inconditionnelle partenaire impériale. Nul besoin d’aller chercher plus loin.

      « Plus besoin de chercher du temps libre. »

    L’Arkanienne guettait les réactions de son aimé. L’idée d’abandonner Arkania pouvait déplaire, c’était revoir à la baisse de grandes ambitions formulées en amont. Mais malgré ses craintes, Elizabeth aurait volontiers échangé Arkania contre un peu plus de temps avec Harlon.

      « Tu verrais ça d’un mauvais œil ? »
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By Harlon Astellan
#32559
Être la potiche de l'Empereur comportait des avantages indéniables. Dotée d'un pouvoir officiel aussi élevé qu'un citoyen lambda d'une planète lambda dans une situation lambda. Mais la réalité officieuse de cette position qui la plaçait à la droite directe de l'Empereur en faisait un être capable de décapiter qui bon lui semblait d'un signe du menton. C'était la capacité de paraître à la Cour Impériale, de tutoyer les Conseillers de qui elle se faisait vouvoyer, et qui aurait pu même prendre les rênes de l'Empire sur suggestion de l'Empereur. C'était un pouvoir invisible si réel que la tenue entre l'espace réel et virtuel se déchirait dans un son de tonnerre.

Mais ce n'était pas facile. L'Empereur était un parti certain. Sans héritier, lui en donner un devenait un usage politique. On lui avait parlé de soeurs de généraux et d'amiraux. Comme si la manoeuvre lui échappait. Marier sa soeur à l'Empereur, c'était s'assurer un lien sur le dauphin. Et si l'Empereur mourrait... le dauphin devenait la poupée à faire danser au son d'une baguette de bois souple.

Voir ceci disparaître au profit d'une non-humaine... c'était risqué pour Harlon, mais aussi pour elle. Cela serait difficile, mais pas impossible. Simple, même.

Oui. Enfin, si jamais le devoir m'appelle en mes terres. Nouane n'est pas si loin. Moins d'une journée de voyage. Et si un couloir peut s'ouvrir, le trajet ne serait que de quelques heures. Rien qui empêche la présence de l'un ou de l'autre en ses territoires.


Un linceul gris tombait sur les épaules d'Elizabeth - pouvait-il dire sa femme ? son aimée tout au moins - comme l'ombre portée d'un grand chêne en milieu de forêt. Le drame de ces entrevues résidait dans le potentiel mélancolique de son aimée. D'un tremblement de voix, elle pouvait tomber en décrépitude et afficher une face fermée dont on avait perdu la clef. Un chagrin qu'Harlon se faisait devoir de porter avec elle, au moins en lui tenant la main avec force. Même s'il brûlait d'y mettre fin. D'en tordre l'origine.

    « Je ne crois pas le Dominion inutile. Il est … parfois envahissant. Il est surchargé de membres inutiles à la réflexion molle. Mais il tient ses fonctions et ne s'est jamais trouvé en défaut. C'est moi qui le dérange, c'est le Monarque. Il n'a plus besoin de moi. Je lui ai apporté l’Empire et des accords plus que confortables. Le rôle du Monarque n'a plus d'utilité autre que la fonction que j'exerce actuellement. Le Dominion prendra bientôt le relais. »

Le Dominion. L'organe législatif et partiellement exécutif. Elle en fut membre un jour, elle l'avait toisé à un moment. Et maintenant, elle voulait mettre fin à son bras de fer pour la domination d'une planète en plein dans l'oeil d'un cyclone vaporeux.

    « Je pourrais simplement laisser la situation évoluer d’elle-même, et venir avec toi. Plus besoin de chercher du temps libre.

    Tu verrais ça d’un mauvais œil ?
    »

Harlon lui sourit. ELle ne cessait jamais de l'étonner. Il répondit à l'étreinte de sa main avec chaleur, ses dix doigts calleux, ceints en partie d'une chevalière frappée d'un V, homologue de celle que portait Elizabeth.

Elizabeth... que je ne donne pas de mauvaise impression... rien ne me ferait plus plaisir que de vivre avec toi, tout le temps.


Sourire maintenant ombragé de moitié.

Mais je m'en voudrais de te priver d'Arkania. Sauf si c'est ce que tu souhaites.


Mi-figue, mi-raisin, à cheval entre une ironie taquine et une vérité froide, il ajouta même :

Je pourrais abdiquer, moi.


L'Empire aussi avait un bilan à porter. Economie plus stable, société sur la voie du dépassement de soit, une éducation prometteuse, une armée plus forte que jamais... L'inconvénient, c'était Harlon lui-même. Ce succès portait sa marque, et il avait su s'imposer comme le chef d'état fort dont l'Empire avait besoin. Satisfaire tout le monde, de la droite à la gauche. S'il abdiquait, il prenait le risque de voir l'Empire repartir dans le chaos dont il avait voulu le faire sortir.

Mais pour une femme ? Pour sa femme ? Il le pouvait. Faire fi des risques.
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By Elizabeth Civicius
#32706
    D’un simple geste de la main, l’Arkanienne balaya ce qu’elle ne pouvait considérer que comme une plaisanterie.

      « Abdiquer, non c’est absurde. »

    Dépourvu de sens. Anéantir tant d’efforts pour … ça. Pour eux. Pour elle. Elizabeth ne pouvait donner raison à un tel sacrifice. Du moins, pas encore.

      « Très bien, Nouane n’est pas si loin. »

    Elle esquissa un bref sourire. L’inquiétude, présente bien que discrète, lui soufflait par dizaines les risques d'une telle aventure. Mais plutôt que d’insister dans une direction qui ne provoquerait certainement que la colère de son aimé, elle laissa de côté ses réticences quant à ce projet qu'elle jugeait pour le moment hasardeux. Elle refusait de se laisser aller à déléguer. Peut-être l’étonnant exemple de son futur mari lui donnerait-il l’occasion de changer d'avis.

      « J'aimerais que nous en discutions toute la journée. Toutefois nous avons un programme chargé. »

    L’Arkanienne se leva de nouveau. Elle ne tenait manifestement pas en place et luttait pour camoufler tout signe d’excitation malvenue. Elle revint se poster devant la fleur si rare.

      « Et tu viens de nous priver du bilan de l’année écoulée depuis la signature du traité. »

    Les huit doigts fins se posèrent encore une fois sur le dôme. Difficile de savoir si la Reine s’adressait à l’Empereur ou à sa nouvelle amie. L’Arkanienne se retourna vivement.

      « Harlon. »

    Son sourire avait disparu, et si ses yeux n'avaient pas été légèrement plissés par l’émotion, l’Humain n'aurait eu à contempler que l’habituel masque de glace.

      « Tu me rends heureuse. »

    Il était encore un peu tôt pour parler de bonheur. Cette joie intense, l’enthousiasme après la déclaration, n'était qu'un prémisse au bonheur. Harlon cependant avait guéri bien des maux et chassé bien des tourments. Suffisamment pour laisser entrevoir à Elizabeth un état d’équilibre durable. À cet instant, l’horloge à cristaux laissa entendre une note douce annonciatrice de la mi journée, attirant par la même occasion l’attention sur son élégant cadran hexagonal sculpté, au centre duquel étaient projetés alors les contours de la neuvième heure. La Reine retrouva un peu de consistance.

      « Aujourd'hui nous déjeunons en compagnie de quelques membres du Dominion. Vois cela comme une introduction aux discussions de l’après-midi. »

    Elle marqua une courte pause. Harlon savait tout ceci, le programme n'était pas un secret.

      « Ce soir nous assisterons à une première à l’opéra. Et demain, nous passerons toute la journée sur la station. »

    Ce qui sous-entendait que le temps venait à leur manquer, les tête-à-tête allaient se raréfier. Il était temps de se lever, et de remettre leurs masques officiels. Dans quelques instants, ils seraient de nouveau tous deux éloignés d’une distance trop grande et mutuellement maintenus en respect par une étiquette intransigible.
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By Harlon Astellan
#32710


Absurde... Oh, si elle le disait... Ca devait être vrai. Absurde d'abdiquer d'un trône aussi enviable que celui d'Empereur Galactique. La portée de la fonction ne retentissait plus avec autant de force que le précédent, mais... c'était une position de prestige qui restait convoitée. A sa juste valeur.

Elizabeth ne semblait pas convaincue par tout ça. Secrètement ravie - elle cachait bien son jeu, mais jamais éternellement, il suffisait de bien distinguer les différentes lueurs de ses yeux opalins - mais inquiète. Peut-être un semblant perturbée. Si l'on exceptait sa précédente relation sérieuse, les demandes en clair n'avaient pas du se bousculer outre mesure. Non qu'il pensât qu'Elizabeth ne le méritait pas - aurait-il lui même fait sa demande si elle n'en valait pas la peine ? Si elle ne valait pas tous les sacrifices ? - mais il doutait que les prétendants se soient bousculés. Beau parti pour Arkania, et maintenant Reine, sa réputation avait du jouer dans l'imaginaire collectif et l'établir comme une sorte de Veuve Noire aux dards cachés mais toujours bien huilés. Au grand bonheur de l'Empereur.

Elizabeth se leva, en lui adressant quelques menues remontrances - qu'il devinait autant taquines que sérieuses sur le fond - sur le chamboulement d'un programme typique dont la tâche première officielle venait d'être sévèrement retardée. Pourtant, il n'aurait pas pu offrir meilleur bilan pour l'année écoulée que par sa demande. Elle était bien l'aboutissement d'un an de réflexions et de visites.

    « Harlon. »

Lequel se tourna. Toujours assis, une tasse dans la main, à la regarder dans le blanc des yeux - transformant la métaphore en lapalissade d'un habile coup de petit poète. Elizabeth n'était pas grande, mais trouver Harlon assit avait le mérite de lui laisser l'avantage de la hauteur pour une fois. Elle avait bien droit à un instant de domination subconsciente. Même si, Harlon s'en doutait, elle n'en finirait pas de le mener par le bout du nez. Mais aucune raison ne lui aurait fait changer d'avis malgré ça !

    « Tu me rends heureuse. »

La tasse trembla sur sa soucoupe. Il joua habilement pour ne pas se mettre du thé bouillant plein les doigts et tout lâcher par terre. Il eut le premier réflexe de vouloir boire cul-sec, avant de vouloir la poser... puis reboire cul-sec, avant de finalement la poser. En se levant un peu maladroitement.

Tout sourire, sourire en coin, une mèche de cheveux devant l'oeil gauche, à s'avancer doucement, les mains tendues, réceptacles des petites mains si frêles et si menues de sa future femme.

Et mon bonheur ne sera jamais que d'assurer le tien.


Il se trouvait niais. Tout le monde l'aurait trouvé d'ailleurs. Il en aurait levé les yeux au ciel s'il avait entendu cela de quelqu'un d'autre. Mais... ça semblait si naturel de le dire quand on le pensait. Peut-^petre que c'était ça aussi, l'amour véritable. Ne pas avoir peur du ridicule qui pointait dans les formes de ses messages. Les haineux n'avaient qu'à haïr. Quand viendraient leur tour, ils se rendraient compte de leur grande méprise. Et si l'instant n'arrivait jamais, ils n'auraient donc jamais finis que comme vieillards aigris, pétris de haine et de tristesse. Des sacs d'os ambulants tout juste bon à radoter et à secrètement envier cette niaiserie qui n'était que la preuve de quelque chose de plus fort. Et de tellement moins niais que ça.

Il prit les mains d'Elizabeth et les embrassa. Il éprouva même le besoin de les passer sur sa joue, sans pour autant les lâcher.

* DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. DONG. *

Oh. Les journées étaient courtes sur Arkania. Les endroits glacés avaient des journées ou plus longues ou plus courtes qu'ailleurs. Jamais aucun équilibre. Il se demandait d'un coup comment les gens dormaient convenablement. Il avait l'habitude des 24 heures de révolution. Un tiers à dormir, deux tiers à vivre. Vivaient-ils aussi en deux tiers - un tiers, mais donc en raccourcissant les durées ? Ou dormaient-ils bien 8 heures et vivaient 16 heures, mais en alternant le rythme de vie ? Peut-être cela expliquait les échoppes ouvertes tard dans la Nuit, comme lors de sa dernière visite officielle. Oui, ça devait être ça.

Oui. Le programme sera chargé.


Il lui caressa un peu la joue.

J'ose espérer que nous passerons nos soirées loin des obligations de nos états.


Des soirées à eux. Rien qu'à eux.

J'attendrai ces moments en me consolant avec l'idée que ces journées, aussi protocolaires soient-elles, seront partagées avec toi.


Même si le programme exigeait un masque en plâtre, il aurait la compagnie d'Elizabeth lors de ces visites. Deux chefs d'état visitant les symboles de leur Union internationales. C'était une petite victoire, même s'ils devaient donner le change.

Bien bien. Ne les faisons pas attendre. Tu es prête ?
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By Elizabeth Civicius
#32859
    L’Empereur avait des mots pour toutes les circonstances. Pour les occasions joyeuses, les plus tristes, et même les plus barbantes. Comme ce déjeuner. Assis autour d'une table avec le gratin arkanien, qui forcerait la jovialité pour voir s'éloigner sa juste réputation, et à qui donnerait la réplique une brochette de belles figures impériales, avertie de l’incontournable caractère dédaigneux de leurs hôtes. La représentation avant l’heure. Il n'y avait rien à espérer de cette rencontre, et l’après-midi qui suivrait n’apporterait guère plus.

    Une caresse sur la joue amena le sourire enfantin d’Elizabeth. Elle conforta le geste de son ami, posant délicatement sa main sur la sienne.

      « Tu as toutes mes soirées. »

    Le retour à la réalité et la rupture du contact déclenchèrent une moue résignée qui disparut aussitôt, comme chassée par la brève inspiration de l’Arkanienne.

      « Je suis prête. »

    Encore un coup d'oeil à sa précieuse Alparas. Elle l'aimait tant.

      « Allons-y. »

    Un dernier regard amoureux, et le masque de glace tomba. La Reine ouvrit la porte de son bureau, les deux dirigeants purent sortir côte à côte. Dans le couloir, à quelques mètres de là, se tenait un droïde à la coque cuivrée. On l’imaginait être un droïde protocolaire d'une récente génération. D’un mouvement fluide et bien huilé, il s’approcha à distance respectable du duo. Sa voix métallique, aux intonations féminines, salua.

      « Votre Impériale Majesté. »

    La double articulation en partie médiane de l'axe dorsal ne suffit pas à rendre gracieuse la révérence. Elizabeth ne donna pas l’occasion au ridicule de prendre racine.

      « I-sys, emmène cette fleur dans mes appartements. »

    Une ligne à ajouter au programme. L’ordre devint une tâche prioritaire qui passait par exemple avant la réception de la tenue de la Reine.

      « Entendu. »

    L’Humain et l’Arkanienne s’éloignèrent en direction du sas devant la porte duquel attendait la garde. Le droïde, lui, disparut dans le bureau.

    * * *


    Quand il avait été question d’organiser la venue de l’Empereur, n’avaient été choisis que des lieux dont la mise en sécurité s’avérait efficace. Le Muséum d’Histoire Naturelle avait été sélectionné pour ses capacités de cloisonnement, ainsi que pour sa splendide salle de réception. S’y préparait le déjeuner diplomatique du premier jour. En raison de la présence de l’Empereur, le bâtiment était fermé depuis une semaine et la garde avait pris possession des lieux. Tout le premier étage était condamné, réservé à la sécurité immédiate et aux interventions d’urgence. Les entrées du rez-de-chaussée, pour certaines étaient condamnées et surveillées, les autres soumises à un contrôle minutieux.

    Le personnel, qu’il fut en cuisine ou derrière un fusil blaster, avait été soumis au nouveau protocole d’identification par ADN. Les invités de seconde zone, tout ce qui n’était ni Monarque ni Empereur, était passé par là également, bien que l’accueil fastueux eut camouflé les excès de zèle du service de sécurité. On aurait pu penser que les Arkaniens en faisait trop, mais de leur point de vue, ce n’était jamais assez pour l’Empereur ; et jamais ils n’auraient laissé échapper l’occasion de jouer un peu avec le matériel dernier cri imposé par le nouvel arrêté du service des douanes.

    Le speeder des deux dirigeants s’arrêta en bas des quelques marches de calcaire blanc ciré. Le parvis - et le quartier autour - avait été nettoyé des passants quotidiens. Seuls la garde et un photographe nommé pour l’occasion assistaient à l’arrivée des chefs d’État. Bien plus loin, on devinait l’agitation des journalistes, coincés entre une rangée de barrières d’acier et deux immeubles de grès, maintenus dans un calme tout relatif par le regard sévère des autorités. Aucun d'eux n'auraient la satisfaction de capturer une image, même de médiocre qualité, des deux couronnes.

    Dans le hall du Muséum, patientaient les autres convives. L’on distribua respects et révérences avec grand soin. Du côté arkanien, quelques visages connus, et certainement oubliés, de l’Empereur. Notamment le Seigneur Aenar Essani, qui avait assisté, participé, aux négociations de Télos. Le Seigneur Tirk Velora, autre figure influente du Dominion. Dame Elena Aurora Adasca, l’Héritière disait-on. Et, une surprise qui ne pouvait ravir les yeux, la Première Ministre Amivielle Temera de Yaka.

      « Empereur Astellan. »

    Temera pétillait d’admiration.

      « C'est un honneur immense que de vous rencontrer. Ami d’Arkania, comptez Yaka parmi vos amis. »

    Les Yakas avaient ce défaut de parfois se montrer directs, le processeur cérébral exprimant souvent ses désirs binaires.

    Quand chacun eut finalement exprimé son ravissement quant à cette rencontre, l’on invita le groupe à se diriger en direction de la salle de réception, située dans l'aile dédiée aux événements de tous genres. La galerie qu'ils empruntèrent était bordée de chaque côté par des vitrines aux éclairages ponctuels. Tandis que sur la droite était exposé l’un des plus gros saphirs bruts extraits du sous-sol arkanien, sur la gauche trônait le crâne d'une terreur souterraine, quelque dragon de petite taille éteint depuis bien des années avant sa découverte. Autres pierres et trouvailles venaient compléter le tableau.

    Après le passage d'une porte massive, le décor changea pour un style plus sobre bien que toujours élégant. Les vitrines avaient disparu et l’on appréciait l’architecture intérieure pour ce qu'elle était. La salle, qui accueillait en son centre la table rectangulaire dressée pour un repas qui s’annonçait fastueux, devait son succès à l’étonnante composition de ses murs. En effet, ceux-ci étaient recouverts d’un marbre viridien prélevé au coeur d'une excavation du Sud, et donnaient à la pièce des airs surréalistes.

    Avec tact et discrétion, le maître d’hôtel plaça les invités. Un dirigeant à chaque extrémité de la table. Puis le menu fut annoncé, quelques spécialités arkaniennes choisies avec soin pour ne pas gêner les palais humains tout en préservant une part d’exotisme. Puis les apéritifs gagnèrent la table. Après un premier toast attendu mais efficace, l’on abandonnait les politesses habituelles pour quelque sujet plus sérieux.

      « Bien que la question devrait être effleurée dans le courant de l’après-midi, je me demandais si l’Empire envisageait le développement d’un commerce accru entre nos nations. La Station est un véritable tremplin qui n'est que trop légèrement exploité. Certainement que l'absence de voie hyperspatiale dans les environs directs restreint l'accès à cette partie du quadran. »

    Velora, bien que légèrement tourné vers l’Empereur, semblait tout aussi bien s’adresser au Monarque.
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By Harlon Astellan
#32881
I-Sys, prononcée Isis ( tu l'as fait exprès avoue ? ) de programmation féminine s'empressa de son petit pas de mannequin de transporter la fleur à l'endroit indiqué. A la sortie, les gens ne seraient plus nombreux. Quelques téméraires allaient faire le planton-reporter à proximité du cordon de sécurité, généralement des amateurs de tabloïds, ayant l'espoir de titrer n'importe quoi avec n'importe quel cliché 3D à destination des bobos fortunés. Ils ne resteraient de la procession initiale que des Gardes des deux parties. Plus les fameux plantons qui n'avaient pas suivi le prochain scoop planétaire.

Au sortir, il ne restait plus que le service habituel. L'agenda prévoyait un dîner au Muséum d'Histoire Naturelle - original comme restaurant, peut-être après allaient-ils inspecter l'histoire arkanienne au Café du Centre - d'ici 20 minutes.

Au sortir, au grand vent frais, Harlon respira intensément. Il se sentait nouveau. Il ferma les yeux. La brise, les flocons qui tombaient... tout avait reprit un sens soudain. Plus naturel. Harlon Astellan se sentait enfin libre.

Libre de lever le bras pour proposer à la Dame de la soutenir. Qu'ils restent un temps discrets, soit. Mais il voulait l'afficher. Hurler à la face de tous qu'il ne souffrirait aucune remarque. Aucune haine à croiser sur sa route. Aussi voulait-il rester discret, mais afficher sa passion. Et pour cela, il leva simplement le bras. Pour que la dame le prenne. Pose sa main dessus. Ou le croise.

Et ainsi seulement accepterait-il d'aller jusqu'au véhicule blindé de transport protocolaire.




Harlon avait été mauvaise langue avec sa remarque cynique. Le Muséum avait un cadre parfait d'exotisme pour un repas protocolaire. Le squelette ferré d'un Dragon des Glaces Arkanien, de diverses créatures, natives ou importées, les plantes préservées perce-neige et les fresques rupestres donnaient un cachet certain au décor style Beaux-Arts de l'endroit. La sécurité avait subit un renforcement draconien depuis le Praxeum. La paranoïa des services de sécurité - les seuls qui s'autorisaient parfois à dire "non" aux Chefs d'Etat - qui faisait souvent fi de la règle qui voulait que la foudre ne tombât jamais deux fois au même endroit entraînait des déboires sécuritaires qui rendaient les procédures affreusement longues et ennuyeusement pointilleuses. Harlon avait déjà entendu dire que le double d'efforts en sécurité ne donnait pas une sécurité deux fois meilleure, aussi avait-il laissé ses services organiser cela au mieux. Les procédures le concernant avaient une optimisation qui alliait sécurité et temps gagné. Tout le monde y gagnait.

Les Arkaniens étaient rigoureux et professionnels. Bien formés et très sérieux, les gardes firent un travail excellent qui n'avait rien à jalouser de personne. Mais Harlon n'était pas fâché de quitter un peu ce professionnalisme pour aller à la rencontre des autres dignitaires présents. Accompagné de deux Conseillers Impériaux aussi puissants dans l'Empire qu'ils étaient taciturnes - et les deux pauvres ne décrochaient aucun mot à personne - l'Empereur fini par aller seul à la réception dînatoire. Il montrait à tous qu'il gérerait seul des pourparlers. Et son poids politique suffisait à tous les surclasser bien que tous réunis. Il représentait seul un million de monde. Ils en représentaient deux à eux tous. Qu'ils ne se fourvoient pas sur l'immense honneur qu'ils avaient d'accueillir l'Empereur Astellan.

Après une distribution de révérences adaptées à chacun et chacune, Harlon fini par tomber sur des têtes qu'il reconnaissait. Le seigneur Essani, bien sûr. Boba Fett avait refusé un contrat porté sur sa tête et sur... Lehasani, ou quelque chose comme ça. Adasca lui évoqua simplement la station. La personne en elle-même ne lui évoquait rien. La dernière figure faillit lui soulever le coeur.

Première Ministre Temera.


Il s'inclina. Les Yakas, heureusement, n'étaient pas nombreux dans l'Empire. Physiquement, ils évoquaient des humains gonflés comme des ballons, plastifiés et boulonnés au niveau des muscles. Plus grands, plus forts, et plus intelligents - quoique non, ils avaient juste une capacité cognitive améliorée, mais l'intelligence en elle-même se mesurait mal chez ce qui était tout au plus des ordinateurs avec quelques émotions qui faisaient défaut aux droïdes - ils avaient un aspect que beaucoup trouvaient repoussant. Dont Harlon. Mais en plus de 20 ans de politique, il avait apprit à distribuer des apparences à qui mieux-mieux à qui il voulait. Il ne ferait pas exception, surtout devant un compliment qui avait la rareté de ne pas sonner comme une ironie politicienne.

Vous me flattez en me disant cela. Sachez que la réciproque vous est tout autant acquise... les amis d'Arkania sont ceux de l'Empire également.


Quelques flirts de la haute, quelques bons mots bien sentis et quelques compliments exagérés plus tard et ils partirent vers la salle de réception. Les Gardes Rouges seraient collés au piquet durant le dîner. Ils devaient éviter d'effrayer les convives, et ils devaient montrer le respect à leurs hôtes en ne jetant pas le discrédit sur les gardes locaux, dont le sérieux aurait été remis en question par l'import d'une garde extérieure.

A table même, Harlon fut placé en face d'Elizabeth. Si loin, et si proche. Il avait ses yeux rien que pour lui pour la durée du repas. Même s'il savait qu'il aurait à zieuter de tribord et bâbord pour sauver la face.

Le dîner avançait. Essani n'était pas à proximité. La première Ministre, nouvelle tête devant l'Empereur, était à sa gauche. A sa droite, une inconnue dont il avait au moins retenu le nom et le titre. Il avait amorcé divers sujets qui semblaient pendre aux oreilles de la Yaka et de l'inconnue, notamment l'épisode fugace des Camps d'Internement. Mais il fallait bien égrainer un peu de sérieux dans un discours impérialo-centré. Elle vint de Velora, qui profitait de la fin des entrées - excellentes en passant, bien que moins de sel aurait été parfait. L'Empereur fut sans détour.

Seigneur Velora, votre perspicacité est à mettre à votre crédit. Il se trouve que j'ai déjà prit quelques arrangements personnels avec certains ingénieurs impériaux dans la modernisation d'une technologie qui permettrait l'établissement de voies hyperspatiales rapidement, le temps de permettre au Bureau Impérial de la Cartographie d'établir une ligne sûre qui relierait Arkania à la Route Commerciale Perlémienne.


L'Empereur goûta un peu de vin local. Bleu, comme la glace en bloc des pôles. Intéressant. Au goût aussi.

Nous envisagions de faire de Nouane la planète jumelée avec les prototypes donnant lieu à une voie artificielle de déploiement immédiat.
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By Elizabeth Civicius
#32938
    Velora pinça les lèvres, leva un sourcil et adressa un regard curieux au Monarque, qui regardait l’Empereur. L’Arkanien revint alors à Astellan. Nouane. La planète n’était pas bien loin, mais il fallait compter le détour des grandes voies et le hors piste. Comme mentionné, la difficulté résidait en l’ouverture des routes vers les grands axes. Velora ne pensait rien de Nouane, c’était un monde comme tant d’autres, à ceci près qu’il n’était pas crasseux, l’Empereur était sérieux.

      « Je serai curieux d’en apprendre plus sur cette technologie. »

    Il balaya l’air devant lui d’un geste de la main.

      « C’est le genre d’outil qu’on rêve de voir à l’œuvre en direct. »

    Un sourire franc illumina son visage.

      « La machine impériale est incroyable. »

    Puis sur un ton plus grave auquel se mêlait une pointe de cynisme, s’adressant apparemment surtout au coin de table de l’Empereur.

      « Savez-vous que la Fédération d’Eskyrt a fait cartographier ses nouvelles routes par les Jedi ? »

    Tandis que Temera hochait négativement la tête, le Monarque apaisa l’Arkanien mécontent.

      « Vous ne devriez pas vous lancer sur cette question, Seigneur Velora, qui a déjà plusieurs fois fait trembler les murs du Dominion. »

    C’est Essani qui reprit de plus belle, avec un rictus colérique.

      « La Fédération s’est moquée d’Arkania et nous a fait perdre notre temps. »

    Il se tourna vers Astellan, avec la ferme intention de clarifier la situation auprès de l’Empereur, bien qu’il ne fût pas concerné.

      « La plupart des imports céréaliers d’Arkania viennent de la Fédération. Leurs prix sont imbattables, et …
      Nous envisageons de rompre nos accords avec la Fédération d’Eskyrt. »

    Par ‘nous’, la Reine voulait dire ‘je’, car le Dominion n’était pas tout à fait à jour en termes de diplomatie.

      « Si cela devait arriver nous serions contraints de trouver très rapidement un accord commercial équivalent. Arkania ne peut se passer de ces imports. »

    Adasca gigota sur son siège.

      « À plus long terme il serait peut-être judicieux d’investir dans le hors sol. Ou dans un génome acclimaté à nos sols. »

    Que cette conversation était ennuyante. Elizabeth se consolait, verre à la main, en dévorant des yeux son futur époux. Il était entouré d’Arkaniens aigris et grognons mais trouvait malgré tout la patience de répondre et de converser sur un ton des plus agréables. Il devait savoir ces quatre là absolument conquis par le nouvel essor donné à l’Empire, et l’importance qu’il accordait à Arkania, bien que les raisons de cet attrait demeuraient mystérieuses.
L'empereur de fer et la reine des neiges

Il avait bien fallut qu'elle bloque la porte.[…]

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