L'Armée des Ombres

Saison XI Cliquez ici pour voir l'intro...

Arkania, dans le système Perave, est une planète au climat inhospitalier. Couverte de toundra et de glaciers, elle abrite cependant de nombreuses mines qui sont sa principale source de revenus. Arkania est également connue pour ses centres d'expérimentation génétique qui furent à l'origine de la création de nouvelles races.
Avatar de l’utilisateur
By Elizabeth Civicius
#33995
    Ça ne s’était pas si mal passé en fin de compte. Quoique. Elizabeth fit le choix de ne plus rien ajouter sur le sujet. C’était gênant, premièrement. Et visiblement, son interlocuteur n’avait rien à en dire non plus. Lèvres pincées, elle se laissa guider.

    L’Arkanienne défit finalement son colis, déposé par Harlon sur une commode de la chambre. La pensée confuse, elle empila les quelques ensembles qu’elle avait fait préparer. Elle se jugeait idiote, et la situation la mettait mal à l’aise. Vraiment mal à l’aise. Les choses prenaient une tournure ridicule. Si bien que le regard de nacre ne décollait plus de la commode. Quand la question tomba, elle releva à peine le nez.

      « Autre chose ? Non, non, merci. »

    Et elle alla se changer. Et elle en avait marre. Au moins cette fois, ce fut vite fait. Elle revint vêtue d’une tunique ivoire de textile souple et d’un pantalon du même acabit qu’on pouvait considérer comme un ensemble de nuit. Elle avait attaché ses cheveux de la manière la plus simpliste possible. Elle se planta au pied du lit, osant malgré tout poser sur Harlon un regard timide.

      « Je dors là ? »

    Elle désigna ce qui semblait être ‘son’ côté du lit. C’était si étrange. Elizabeth aimait dormir seule, et prendre toute la place. Elle n’en était pas fière, mais elle avait pris cette habitude d’occuper tout l’espace à sa disposition, la nuit du moins. Ce soir il convenait de partager, et cette idée la contrariait. Après toutes ces aventures, elle aurait voulu n’avoir personne dans son espace vital, et surtout pas si elle devait céder au sommeil.

    Cependant, Harlon lui avait expressément demandé de lui tenir compagnie, et elle avait accepté. Elle se sentait piégée, enfermée dans une petite boîte. Elle s’installa néanmoins, gardant une distance respectueuse avec son ami, il ne ferait sans doute rien ce soir pour la mettre à l’aise, et c’était compréhensible. Mais tandis qu’il se concentrer sur une lecture quelconque, Elizabeth ramena à elle ses genoux pliés et posa une question des plus anodines.

      « Quelle est la plus belle planète que tu ais visité ? »

    Elle regardait les deux petites bosses que formaient ses pieds sous les couvertures. Elle se tenait au bord du lit, le plus au bord possible.

      « Je n’ai pas beaucoup voyagé … »

    Un sourire vague restait ancré sur ses lèvres.

    * * *


    La rigueur voulait que le travail reprit dès le lendemain. La Reine n’évoqua pas la soirée passée, ni la nuit qui avait suivi. Elle avait mal dormi, mais n’en dit rien. Quand ils furent tous deux fin prêts pour la journée, Elizabeth parée d’une robe fluide rouge comme le sang, la question Sith fut de nouveau mise sur la table.

      « On peut travailler ici ? Le comité d’enquête a reçu les dossiers que tu m’avais promis. »

    Promis ? Vraiment, c’était exagéré, mais en l'absence de signature ...

      « Mais comme je te l’ai dit, nous ne pouvons rien en faire, et tout dépend de toi, et de ton Empire … »

    Car Arkania n’avait pas de longs bras comme ceux de l’Empire. On pouvait même peut-être dire qu’Arkania n’avait pas de bras du tout, juste une main, de quatre doigts, pour serrer celle de ses amis.

    Elle s’approcha de lui.

      « Tu penses qu’on pourra tracer la production d’acier ? Et pour la Nouvelle République ? »

    Elle lui prit les mains. Elizabeth n’avait pas vraiment envie de travailler sur ce dossier-ci. Pourtant, c’était la principale raison de la venue de l’Empereur. Mais depuis qu’il était là, près d’elle, le problème sith était une énigme lointaine qu’elle aurait voulu simplement oublier.

    La journée passa sur une succession propos modérés autour de la menace à laquelle il convenait de faire face rapidement.

    * * *


    Le soir venu, chacun chez soi. Il ne fallait pas éveiller les soupçons, la fin de soirée précédente avait déjà fait mauvaise impression auprès de la noblesse arkanienne. La Reine avait donc regagné son logement temporaire. Hyon attendait, il l’interrogea d’un regard. Ils étaient seuls.

      « Tu as fait la mise à jour que je t’ai demandé de faire ? »

    Le cyborg acquiesça.

      « J’ai changé d’avis. »

    Haussement de sourcil du côté du Yaka.

      « Je voudrais que tu ailles ‘la’ voir.
      Vous vous passerez de moi pendant ce temps ? Et votre frère ?
      Ce sont des détails. Ta mission est plus importante. N’échoue pas. »

    Hyon quitta Arkania dans la nuit et en secret, selon une procédure vieille de dix années.

    Elizabeth s’installa face à son bureau. De l’index, elle déclencha la communication.

      « Tu ne renonceras pas à ce duel, Harlon ? »

    Elle n’était pas vraiment inquiète, à dire vrai. Varan était un couard, il avait simplement trop bu à l’opéra. Tout ceci était ridicule.

    * * *


    Au petit matin, Elizabeth avait rejoint Harlon. Drapée dans un épais manteau dont la couleur rappelait celle bleuté de la neige, elle posait sur lui un regard sombre.

      « Où a lieu votre petite escarmouche ? »

    Ils étaient encore seuls, attendant devant l’ambassade les véhicules qui les mèneraient à ce stupide duel.

      « Et s’il ne vient pas ? »
Avatar de l’utilisateur
By Harlon Astellan
#34080
La marche sur la colonie d'oeufs rares ne portait qu'un fruit à l'amertume palpable. Le pire émotionnel semblait évité, mais l'Empereur ne savait que trop quel genre d'explosif avait enclenché sa minuterie dans le ventre d'Eli. Il aurait pu choisir de passer outre, comme il en faisait une habitude, mais pour autant, il se sentait une soudaine obligation de tenir compte de ce qui pouvait retourner l'esprit de l'Arkanienne. Il ne mettait aucun compte de cet échec éphémère sur celui de sa propre virilité, mais sur celui d'une manifestation trop classique de la pudeur féminine dont on parlait comme d'une légende. L'incident passé, il fallait maintenant se comporter en adultes responsables, ce qu'ils étaient même lors de tout acte d'expression purement physique par ailleurs. Pourquoi, alors, ce malaise si présent ? Qu'est-ce qu'une décharge de testostérone, qu'une coulée de sueur dans le creux des reins pouvait occasionner qui justifie une douche brûlante ?

« Je m'en prenais à repenser à tout un tas de choses... » commença-t-il, critique et peu amène. Son ton tranchait l'air avec l'assurance portée par ceux qui n'attendent aucune protestation - « Et il m'en vint à penser... tu n'as jamais songé à une thérapie ? » Mais la dernière chose de son souhait étant de paraître plus brusque qu'il n'acceptait de l'être, il rajouta doucement : « Non pas que je te pense en phase requérant des soins psychiques... mais tu sembles porter sur tes épaules un poids que nul, pas même moi, ne semble digne de l'écouter de ta part. Peut-être qu'un individu dont le métier est d'être détaché et analytique pourrait t'aider à aller mieux. Et accepter ce qui t'inspires une telle auto-flagellation. »

Il s'en sentirait incompris. On l'y penserait capricieux que cela n'aurait rien de particulièrement étonnant. Mais concevait-on son envie de voir son amie aller mieux ? Que s'il suggérait une thérapie, c'était moins pour lui que pour elle ? Non, on ne le concevrait pas. Comme à l'accoutumée. Et cela-lui importait-il vraiment, ce que les gens en pensaient ? Mais la prendre à ce genre de question ciblée après son habillage avait le mérite d'offrir un spectacle particulier. La texture satinée d'un pyjama blanc qui épousait à la perfection son corps svelte et taillé par un grand maître inspira à l'Empereur une nouvelle vague de désir primal, lui donnant envie d'elle. Ne sois pas une bête voyons !

« Je dors là ? » lui demanda-t-elle, comme si la question semblait ouverte.

L'Empereur la savait à double sens. Il n'aurait pas suffit d'un cerveau apte à la prise de contrôle sans effusion de sang d'un gouvernement galactique - ou, à en croire des gens sans notion de géopolitique, "demi-galactique" ou "tiers-galactique" puisque l'intitulé devait mentionner moins l'étendue des obédiences que la superficie relative - pour en savoir le sens. Désignant le lit d'un menton baissé, dans cette posture d'animal battu, elle désignait tout aussi bien les quatre murs qui fermaient leur cercle au monde froid et neigeux d'Arkania.

« Et bien, s'il le faut je peux envisager de dormir sur le canapé... » rétorqua-t-il, un brin pince-sans-rire, « Mais nous sommes deux adultes. On peut fort bien dormir ensemble sans avoir à se comporter indécemment l'un envers l'autre. »

Elizabeth prit l'initiative de désigner son côté de leur nid de non-amour, mettant à mal une tradition vieille comme l'existence des couples. L'Empereur était lui aussi maintenant en tenue de nuit, une chemise cintrée en coton noir uni peigné, ainsi que d'un pantalon assorti. L'ensemble ne portait aucune marque mais respirait le luxe et les frais sans justification. Le sommeil aussi avait des différences manifestes entre celui des riches et des pauvres. Cela tenait parfois dans ce dans quoi l'on se laissait aller pour dormir.

A s'installer, Harlon décida de laisser les rapports pour une nuit. Il aurait pu passer une nuit à observer les mimiques et autres psycho-manifestations du chat sauvage qu'il avait prit au collet juste à l'opposé de sa literie. Le menton plongé dans les genoux ramenés à elle, dans son ensemble satin-ivoire, on aurait pu la confondre avec une petite fille en pleine crise de mélancolie propre aux jeunes filles entrant petit à petit dans une réalité qui n'incluait aucun prince charmant. Tu fais mine d'être là songeait-il. Mais si je te touchais, tu sursauterais comme un lapin en plein repas. La présence de l'Empereur, si elle intimidait le commun des mortels et une majorité non négligeable de ses propres ouailles, n'avait jamais porté atteinte au bien-être de celles qui avaient partagé sa couche, fût-ce le temps d'une soirée.

« Quelle est la plus belle planète que tu aies visitée ? Je n'ai pas beaucoup voyagé... » finit-elle par placer, brisant un silence qui menaçait de durer trop longtemps, avant qu'il ne se contraigne à le briser. « Oh, je ne saurais dire... » enchaînait-il, essayant de rassembler assez de souvenir pour donner une réponse décente. « Peut-être... tu trouveras ça ironique... Mais je garde un bon souvenir d'un voyage universitaire sur Alderaan. Le temps d'un semestre pour l'histoire diplomatique moderne. » Ironique en effet. « J'ai voyagé, mais je n'ai jamais pleinement profité de mes voyages. C'était toujours pour quelque chose que je m'y rendais... Études, club d'échecs, diplomatie, et maintenant tournées d'inspection... Ne ferais-tu pas mieux de revenir vers le centre du lit ? Tu vas en tomber à te jucher sur l'arête ! » ria-t-il en tapotant le lit à côté de lui. « Tu as voyagé où, toi-même ? Reste-t-il une destination que tu fantasmes ? Planète ou climat ? L'Empire est riche de décors pour ses habitants et ceux qui en désirent les visiter. »

La bête sauvage à portée d'yeux avait un besoin urgent de se dérider. Si le malaise grandissait à l'idée de dormir aux côtés d'un homme, il serait toujours temps de lui souhaiter bonne chance pour la suite avec sa planète. De la patience, l'Empereur en avait, mais pas pour tout non plus. Il vivrait avec les caprices qui passaient, pas ceux pour lesquels elle pourrait à son tour faire des concessions.

« Viens là. » Il la tira à lui d'un geste doux, passant son bras par-dessus son épaule. « Connais-tu ce livre ?.. Non ? Rien d'étonnant. Et pourtant, il mériterait de l'être. » Il posa le livre sur son torse, le tenant d'une main. « Souffre d'en écouter un passage. »

Il tourna une page et commença. « L'homme acquiert ses connaissances et choisit ses actes par la pensée, un processus qui ne lui est pas donné par la nature. L'homme a donc le pouvoir de se détruire par ses actes. Ce qu'il a fait au cours de la plus grande partie de son histoire. Un être vivant qui considérerait ses moyens de survie comme mauvais ne survivrait pas. Une plante qui s'acharnerait à détruire ses racines, un oiseau qui se rognerait les ailes ne survivraient pas longtemps... »




Les réveils de l'Empereur se faisaient sous l'augure d'une sonnerie qui allait crescendo. Pratiquement décibel par décibel, que le bruit soit progressif. D'insonore à perceptible en plus d'une minute, son médecin lui avait prescrit cette technique pour éviter que son sommeil ne stoppe brutalement. Un maître horloger, commissionné à prix d'or par le secrétariat de l'Empereur, avait refusé la construction d'un appareil personnalisé. Son retrait du marché et son remplacement par son plus talentueux apprenti, plus jeune de corps de 40 ans mais plus jeune d'expérience d'à peine 10 ans avait fourni dans les délais cet appareil sans égal dans la Galaxie entière. Les réveils brutaux avaient affecté son humeur, et il sursautait parfois de peur devant les bruits trop soudains, prêt à bondir et à dégainer son arme sur la menace la plus proche. Une forme allégée de syndrome Post-Traumatique lui avait-t-on dit. Ca passerait sûrement loin des combats. Renatasia, son seul combat, était déjà loin. Mais son souvenir lui restait collé aux bottes. Ankylosé, la nuque engourdie et lourde, il s'assit sur le bord du lit avant d'éteindre le réveil d'un coup sec. Le bouton d'arrêt avait une inspiration des horloges de maîtres des échecs, et supportait les coups mêmes violents et énervés. Un bref coup d'oeil derrière lui montrait une reine endormie, sans une position totalement improbable. Contrairement à lui, la vie à deux dans un lit n'était pas une sérieuse habitude. Elle avait asticoté Harlon toute la nuit, se tordant dans tous les sens possibles, en bonne pratiquante du lit double pour une personne. Sa jambe avait parfois percuté le nez de l'Empereur sans qu'il ne comprenne comment c'était physiquement possible. Même la bouche entre-ouverte dans l'obscurité, les cheveux en bataille, les bras et les jambes étendus comme pour former un swastika ne la rendaient pas moins désirable. Mais c'était encore trop tôt pour tout ça. Au pied du lit, l'Empereur se leva, tendit les bras, et se laissa tomber pour commencer ses exercices.

Il réceptionnait le petit-déjeuner quand la Reine se réveilla. « Bien dormi, Majestée ? » demanda-t-il, un brin taquin. « Je n'aurais su penser que tu étais une telle furie le sommeil venu. Après cette dépense, tu dois avoir faim. » Le plateau était d'une triste banalité, avec une technologie anti-grav qui le faisait flotter au-dessus du lit, des gyroscopes microscopiques assurant l'absence de possibilité qu'il se renverse. « Mange ! Ce n'est pas engageant... » désignant les aliments dispersés, comme issus d'une ration de soldat, « Mais c'est bon et nourrissant. Peut-être un peu trop salé pour toi, si jamais dis-le moi, je te ferai mener autre chose. » Il resta avec elle le temps qu'ils mangent. Personne n'évoqua plus avant la soirée passée ni la nuit. Qu'y avait-il à évoquer ? Il ne regrettait rien. Et, il s'en persuadait, elle non plus.

Il fila ensuite à la douche, reprenant son cycle de douche froide, rapide et tout ce qu'il y avait d'efficace. Prendre du temps sous un jet brûlant n'était pas son quotidien. S'habillant ensuite d'une chemise noire, d'un pantalon ample en lin doublé en soie naturelle, de ses bottes et d'une ceinture large, il se contenta d'un gorgerin d'apparat en mailles dorées, inspiré de ses décorations autrefois gagnées par l'effort et les larmes. La matinée serait couverte par le travail.

Et il s'en révélerait bien plus formidable en si belle compagnie. Troquant l'ivoire si austère, Elizabeth était passé à un registre plus affirmé, sous l'aube d'une robe sanguine qui épousait formes et envie d'écraser l'assemblée. « Elizabeth... tu es ravissante en rouge. » Il s'en voulait mortellement sérieux. Si le rouge semblait dépeindre sur un ciel gris parcheminé de sa planète, elle n'en serait que plus authentique encore. C'était l'Elizabeth telle qu'il voulait la voir. « Non, pas ravissante... Sublime. » Il se fit même la réflexion qu'il n'avait jamais connu plus belle femme qu'à cet instant précis. « Nous pouvons travailler ici. Les services m'ont notifié la transmission du dossier. »

Harlon n'avait suivi que de loin la lutte d'influence auprès de ce dossier. Les Renseignements exigeaient le dossier en raison de son caractère doublement extérieur : attentat en terre étrangère, de la part d'agents étrangers. Le Bureau, lui, revendiquait la partie intérieure, en arguant que l'attaque avait ciblé des intérêts impériaux de premier ordre. Harlon avait fini par joindre le dossier aux Renseignements. Le Bureau était trop fanatisé pour être efficace dans ce contexte, et les informateurs des Renseignements étaient plus étendus, mieux implantés et mieux formés à l'infiltration et au recrutement de sources tierces.

« Ils doivent me faire un rapport ce matin » crut-il bon d'ajouter. « J'espère qu'ils auront quelque chose à nous présenter. Mais je gage qu'ils auront fourni un travail irréprochable. Sens-toi libre d'intervenir et de poser des questions. » rajouta-t-il, sans mentionner que les hommes à voir devraient d'abord recevoir un discret assentiment de sa part, des fois que la question soit classée Secret-Défense.

Le datapad n'en était pas un. L'écran était large de presque un mètre, un pied le reliait à la table basse, et trois caméras frontales rendraient une image en couleur en relief criante dans une salle de réunion des Renseignements. Harlon entra son code digital à 10 chiffres, passa son doigt dans l'angle inférieur droit de l'écran, et la connexion commença. Elizabeth pouvait voir la mécanique interne de l'Empire marcher en direct. Liaison qui se sécurisait en direct. les équipes impériales dans les pièces en bas lançaient une série de protocoles sévères qui rendrait la ligne quasi inviolable. Aucun pare-feu n'était éternellement à l'abri d'un pirate avec de la patience et du talent. Mais les contre-mesures rendaient la ligne impossible à pirater en moins de 10 minutes. Ce que ne durait jamais aucun entrevue de ce genre.

Finalement, l'image, à quelques grésillements au début, finit par se stabiliser.

Image


« Empereur Astellan. - Asseyez-vous messieurs. » Chacun s'était levé pour saluer l'Empereur, mais maintenant se rasseyaient. Trois hommes d'âge mûr regardaient l'Empereur, chacun avec un écran loin derrière l'holoprojection d'Harlon, pour bien se souvenir des points à aborder, à défaut d'avoir des datapad à proximité. Tout appareil électronique était prohibé dans cette pièce.

« Je vous présente la Monarque d'Arkania, Elizabeth Civicius. » La présenter semblait ridicule. Ces hommes étaient aux Renseignements. « Monarque Civicius, voici les directeurs du Secteur Plexus, le directeur du Bureau des Analyses, et le directeur du Bureau des Opérations. » les présenta-t-il un par un. Un Triumvirat qui tenait l'ensemble des savoirs internes et externes concernant ou impliquant l'Empire. La somme cumulée de pouvoirs aurait donné le vertige à une majorité de parlementaires en mal d'influence. « Allez-y messieurs. - Merci votre Majestée. L'acier fournit, connu sous le nom d'alliage Plaxacier hybridé avec divers composants ferreux trouve son origine dans trois entreprises productrices. - Le Bureau des Analyses a repéré des investissements massifs dans l'une de ces entreprises, Hoersh Kessel Drive, après qu'un changement ultra-majoritaire de Conseil d'Administration. - Un rachat par les Sith ? - Nous enquêtons sur cette possibilité. » conclut le troisième. « Des agents sont envoyés dans ces entreprises pour y être embauchés à divers échelons, au minimum à N-3 par rapport à la direction. Les légendes sont toutes prêtes. - Nous avons envoyé une notification aux Services Arkaniens et au Septième Bureau pour qu'ils gèrent la situation de leur côté. - Bonne initiative. Nos deux agences doivent travailler ensemble plus souvent. Quoi d'autre ? - Malheureusement, c'est bien tout pour l'instant, votre Majestée. Tant que nos agents envoyés sur place n'ont pas fait leur rapport définitif... » s'excusa-t-il, comme s'il pouvait brusquer les astres pour que le temps accélère à la demande de l'Empereur. « Inutile de vous excuser, messieurs. Vous avez fait un excellent travail. Monarque ? Avez-vous quelque chose à rajouter ?.. Messieurs, l'Empire est fier de vous. Longue vie à l'Empire ! » s'exclama-t-il, reprit par ses hommes, avant de couper la communication.

L'Empereur semblait perplexe. « C'est peu, mais dans ce laps de temps, c'est plus que ce que j'espérais. Qu'en penses-tu ? »




Et, le soir venu, les deux êtres s'étaient séparés, avec la promesse tacite d'un retour prochain. S'adaptant au travail, il trouva de quoi s'occuper toute une soirée avec des directives impériales du plus faible niveau, jusqu'aux affaires classés secrets d'Etat. A son stade, tout semblait toujours revêtir une importance confidentielle. Quand il faisait imprimer un dossier concernant les règles de pêche en milieu sain, les dossiers portaient l'exact même macaron "CLASSE SECRET-DEFENSE" qu'un dossier sur les derniers groupes terroristes agissant sur Yaga Minor. La nature des dossiers avait moins à voir sur leur classification que la personne à qui ils étaient destinés, mais au final on se croyait devant trop de choses sans importances, mais classées comme telles. Cela désacralisait un peu le caractère relativement secret et capital de certains dossiers.

« Proposez un partage des dossiers sur les affaires terroristes apolitiques au Septième Bureau, Directeur, » déclama-t-il devant son terminal sécurisé. « Les groupes religieux extrémistes semblent connaître un regain d'activité, et ils ne doivent pas y être étrangers. Evitez de mentionner les positions géographiques en revanche, ils doivent éviter de deviner qui sont nos agents infiltrés... Oui... Evitez, évitez, nous devons garder la main haute avant de savoir s'ils sont honnêtes... Oui... Bien. Ca sera tout Directeur. Longue Vie à l'Empire ! »

Presque aussitôt, c'était Elizabeth qui le contactait. Il s'autorisa son premier sourire de la journée. « Elizabeth ! Je suis content de te voir, même si je te trouve encore trop éloignée de moi. » ironisa-t-il. Elle le prendrait sûrement pour ce que ce n'était pas. « Non, je n'y renoncerai pas... Est-ce cela qui te tracasse ? J'ai déjà disputé de nombreux duels à l'arme de poing tu sais. Et au sabre également. Je ne pense pas que cet asticot soit d'une grande menace. » Il marqua une pause le temps d'argumenter. « On ne peut pas salir l'honneur de quelqu'un comme ça, surtout pas toi, surtout pas devant moi. Tu comprends ? On s'en fiche de Varan. C'est un imbécile. Mais il t'a manqué de respect, et si je ne sais rien d'une éventuelle première fois pour cela, c'était bien la dernière. Des représentants qui ne respectent par leurs chefs ne sont que des parasites qui gravitent autour du pouvoir pour son simple attrait. Je sais que tu comprends. C'est personnel, sans pour autant être personnel. C'est juste une question de principe. »




Sans prendre Varan au sérieux, il avait prit le duel très au sérieux. Viser, il savait faire. Dégainer, il devait s'entraîner en permanence. Brandir, tirer le premier. Un blaster neutralisé lui lui servait de maître d'instruction, le tempo réglé par un métronome de musicien qui exigeait d'Harlon un tir régulier à chaque "tac" qui passait. Entraînement musculaire, visée instinctive, et surtout les postures. De trois quarts, tourné vers l'extérieur, le bras tendu, coeur en retrait. Il devait limiter le risque de coup fatal. Il demeurait toujours un risque. Quand il avait fini de faire des sans-faute à ses exercices, il s'autorisait à se rendormir. Il faisait ce genre de théorie avant 4 heures du matin, une heure durant, directement sans élément lui offrant un réveil en douceur. Sa fatigue constituait son ennemi principal, et la réussite dans des conditions précaires rendraient les meilleures performances le moment venu.

Quand il se réveillait pour de bon, le travail l'appelait. Travail avec les officiels Arkaniens, cérémonies à l'ambassade suivant la décoration de l'Architecte, et diverses réceptions et visites - sans accroc cette fois, rien qui ne nécessite l'intervention des services de propagande - en public et en privé. L'Empereur était là pour sceller une amitié entre les peuples, et il devait montrer son amitié envers les peuples. Les visites des entreprises qui avaient reçu les investissements impériaux coulèrent tranquillement. L'hostilité était ou trop bien dissimulée ou tarie par des échanges cordiaux évidents. « La fierté de l'espèce humaine, oui, peut-être » disait-il à ses conseillers, « Mais à observer leur civilisation, il paraît évident qu'ils affichent une supériorité civilisationnelle, et un penchant à la xénophobie qui les rend entièrement compatibles avec les préceptes de l'Ordre Nouveau ! » assénait-il, sans qu'on ne trouve rien à lui renvoyer à ce moment-là. Science et peur du xenos. Avancement de soit par l'Ordre et la docilité des citoyens, hiérarchisés par race. Tout semblait en effet s'accorder.

Le matin vint où le duel devait se tenir. Bien qu'il ne s'y attendait en définitive pas, il ne fut guère surpris de voir Elizabeth le rejoindre à l'ambassade, prête à partir avec eux. Il lui accorda une accolade traditionnelle, au vu de tous, sans honte ni gêne. « Je trouve malsain de nous cacher » annonça-t-il sans autre forme de procès, même s'il baissait la voix pour rester inaudible des oreilles tierces. « Si tu tiens à la clandestinité, je me conformerai à tes souhaits. Mais je n'en souhaite rien. Je ne couvre nulle honte à te courtiser, et ce serait rendre honneur à qui tu es que de le faire ouvertement. Je suis fier de ce que je ressens pour toi. Je pense immoral de devoir le confiner au secret. » Ce n'est qu'après avoir vidé son sac qu'il daigna répondre à la question d'origine. « Sur un ancien plateau rituel aux premiers cercles d'une montagne. Semble-t-il un lieu de repos temporaire sur un chemin de pèlerins en route vers les sommets d'une cime religieuse. Large, à l'abri du vent... et éloigné. » avait-il décrit, baissant le ton à mesure qu'il parlait, jusqu'à ce que sa phrase semble mourir comme un murmure. « Mais il viendra. Pas par honneur, mais par obligation. J'ai envoyé des hommes à moi le chercher. En civil bien sûr » ajouta-t-il, malicieux, « Je ne tiens pas à ce qu'on m'accuse de forcer un natif à faire quoique ce soit. Il se présentera à ce duel de gré ou de force. Mais enfin, où ais-je la tête ! Tu dois être gelée... Viens, mon véhicule nous conduit directement au lieu du duel. A moins que tu ne veuilles pas y assister... je comprendrais. Même s'il te concerne directement... »
Avatar de l’utilisateur
By Elizabeth Civicius
#34081
      « Et il m'en vint à penser... tu n'as jamais songé à une thérapie ? »

    La question, comme tombée du ciel, laissa l’Arkanienne un instant interdite. Elle la trouva aussitôt intrusive et songea à s’en offusquer. Il lui fallut lutter pour formuler une réponse aussi douce que possible.

      « Oui, j’y ai songé, il y a longtemps. »

    Une brève inspiration.

      « Toutefois, concernant mon état actuel, je gagerais davantage sur l’aspect un rien traumatisant des événements récents. »

    Elle n’allait pas lui faire un dessin, ils l’avaient vécu tous les deux. Et d’ailleurs … elle réalisait seulement que l’Empereur ne parlait pas de ce qui s’était passé. Il avait pourtant été aux premières loges, à genoux devant l’ennemi, à sa merci. Et il n’évoquait pas le besoin d’en parler. Peut-être n’avait-il pas besoin d’en parler. Ceci avait sans doute été accepté dans l’heure suivant le drame. Il avait dû balayer cela d’un revers de main. Lui, l’Empereur, même en privé, demeurait inébranlable. Elle avait du mal à le croire, mais pas la force de batailler encore ce soir.

      « Je suis touchée que tu t’en inquiètes, mais j’aimerais que tu ne me pose plus ce genre de question. »




    La Reine se montrait peu joviale en ce début de matinée qui n’avait rien pour la ravir.

      « Tu n'aurais pas dû envoyer quelqu'un le chercher. M'est avis que tu ne seras pas seul sur le coup. »

    Il y avait en effet fort à parier que d'autres se seraient déjà chargés de cette déplaisante commission. Et les hommes de l'Empereur ne trouveraient plus Varan chez lui quand ils arriveraient. Le bougre s'étant déjà mis en route, et en bonne compagnie. De gré ou de force, en revanche, on ne savait l’affirmer.

    Le véhicule se présenta aux deux chefs d'État. Avant de monter à son bord, Elizabeth précisa la liste des invités.

      « Je viens accompagnée, c'est préférable. »

    Elle désigna, plus loin, les trois agents qui constituaient sa garde et qui se tenaient pour l'instant à l'écart. Ils suivraient dans un second véhicule. Sans quoi, la Reine ne viendrait pas. Ils étaient comme un garde fou qui préviendrait des fins trop tragiques et qui tiendrait compagnie à l'Arkanienne quand sa colère envers Harlon aurait atteint des sommets.

    On se mit en route.

    Pendant le trajet, Elizabeth s'entêta auprès de son ami à faire passer certains messages qui se devaient d'être compris.

      « Libre à toi de t'obstiner avec cette histoire, mais j'aimerais, si tu me le permets, te rappeler que les membres du Dominion sont mes égaux. »

    Et Varan était membre du Dominion. Il y avait une toute petite place, mais cela compterait néanmoins auprès des plus grands. Essani avait fermé les yeux sur cette affaire pour l'instant. Il en attendait simplement le dénouement pour rendre son verdict. Elizabeth était loin de le craindre, mais elle préférait néanmoins se tenir à distance des intrigues de l'hémicycle. A bon entendeur …

    L'endroit choisi par l'Empereur était comme annoncé, reculé. Et à cette heure, les rayons d’Olim n'avaient pas encore franchi la barre rocheuse qui surplombait le plateau, plongeant ainsi le lieu du rendez-vous dans l'ombre. Y attendait les Impériaux, discrets, et un autre speeder, à l'écart. Rien ne bougea avant qu'un agent arkanien ne se dirigeât vers ce dernier véhicule. Et après un court échange avec ses occupants, et un signe de la main de l'agent, chacun quitta son poste. Harlon et Elizabeth, les Impériaux et les Arkaniens, Varan et trois de ses hommes. Oberan se porta aussitôt au devant de la Reine.

      « Ce ne sont pas les miliciens de Varan. Ceux-là sont de la garde de Naghin'Ter. »

    Il fallait le voir pour le croire. Le premier, celui qui se tenait à la hauteur de l'Arkant dueliste portait l'insigne royal, la marque du précédent Monarque. Un lâche qui vivait terré chez lui depuis des mois et dont le seul nom n'inspirait à Elizabeth que du dédain. Il avait prêté à son ami Varan un bien maigre soutien, plus un message qu’une sécurité.

    Oberan reprit ses distances.

    L'Arkanienne ne glissa que quelques mots à son amant.

      « Essaie de ne pas le tuer. Et ne meurs pas. »

    Avant de le laisser poursuivre seul vers Varan, seul également, les trois autres demeurant en retrait. Elizabeth réalisa alors qu'elle aurait souhaité lui dire plus. Méfie toi, c'est un Arkant, il est optimisé. Il pourrait tricher. Fais attention. Je t'aime. Mais c'était trop tard désormais. Elle n'allait pas lui courir après comme une gamine apeurée. Aussi avait-elle plaqué sur son visage son immuable masque de glace. Derrière elle, le Capitaine se tenait droit, une main à la ceinture, et surveillait tous les protagonistes.

    Alors qu'Astellan toisait Varan, la Monarque s'interrogeait. Pourquoi Naghin'Ter. Que voulait-il encore. Pour sûr c'était un message. Mais lequel. Un avertissement. Il ne siégeait plus au Dominion. Et depuis la mort en cellule du lieutenant de Red ICE, toute activité avait cessé, et Elizabeth, convaincue d'un lien entre le Monarque et les terroristes, avait bien été contrainte de faire stopper les opérations. A cause de l'inactivité de l'opposition sauvage, mais également en raison de la bien connue séparation des pouvoirs. Et faire intervenir les forces armées arkaniennes en territoire arkanien avait déclenché de l'urticaire à la plupart des ministres. Suite à quoi on avait consigné l'armée à la défense et la police à la sécurité.

    Soupir nerveux.

    La Reine, sans le voir, sentait Oberan présent et impliqué. Au moins, en cas de problème, Impériaux et Arkaniens, de concert, supprimeraient proprement les miliciens, et … Des Arkants. Il n'y avait que des Arkants. Varan, le porteur de l'insigne, les deux autres.

    Ne le tue pas … ne meurs pas … ne le tue pas … ne meurs pas …
Avatar de l’utilisateur
By Harlon Astellan
#34089
« Toutefois, concernant mon état actuel... » commençait-elle, en le fixant de haut, selon la roublardise propre aux femmes, « Je gagerais davantage sur l'aspect un rien traumatisant des événements récents. » Harlon devait admettre que son propre traumatisme, vécu à bord de l'Executor en petit commité, avait eu besoin d'un regain de morale par le biais de Pelleaon, qui avait douché à froid l'Empereur comme personne d'autre ne se le serait jamais permis. « Je suis touchée que tu t'en inquiètes, mais j'aimerais que tu ne me pose plus ce genre de question. » L'ordre - parce que c'en était un - était clair. Elle ne lui en parlerait que si elle le voulait bien. Quand elle le voudrait bien. En retour, elle devrait composer avec la probabilité que l'Empereur ne soit pas disposé à vouloir l'entendre. Par colère d'un moment, mais surtout par désintérêt. Il allait aux gens une fois, certainement pas deux. On ne rouvrait pas la main pour qui l'avait mordu la première fois. « J'ai compris. » Pas "Je comprends". Juste "J'ai compris". Harlon ne s'embarrasserait que de ce dont il voudrait bien s'embarrasser.

Et maintenant bonne nuit.




L'Empereur leva les yeux aux cieux. « Oui, je me doute que son témoin aura tôt fait de le rappeler à ses devoirs, » rétorqua-t-il sur le ton paternaliste d'un enseignant qui rappelle une évidence, « Mais à supposer qu'il soit trop couard pour écouter même la personnification de son honneur en la personne de son témoin, il convient de lui forcer la main d'une façon plus... humaine. » Elle désigna ensuite son escorte fidèle, incluant, comme d'ordinaire, son capitaine Oberon - ou était-ce Oberan ? - qui suivait la Monarque comme on se faisait suivre par sa deuxième ombre sur Tatooine. « Je viens accompagnée, c'est préférable. - Cela va de soit, mes services n'ont aucune habilitation pour vous protéger. » Il laissait tomber le tutoiement, comme elle choisissait d'ignorer sciemment ce qu'il avait dit plus tôt, à propos de ne plus sa cacher. Si elle préférait le tenir à distance, il ne voyait aucune raison de la considérer autrement que comme une cheffe d'Etat comme les autres. Vouvoiement inclut. « Souffrez que nous y allions maintenant. Je n'aimerais pas être en retard à mon rendez-vous. D'autant qu'il s'agit de vous y représenter. » Des fois qu'elle oublie que c'était pour sauver son honneur à elle qu'il avait provoqué un duel.

Les messages semblaient clairs eux-aussi. « Libre à toi de t'obstiner avec cette histoire, mais j'aimerais, si tu me le permets, te rappeler que les membres du Dominion sont mes égaux. » Rien ne pouvait plus l'agacer que d'entendre ça. Il lui fallut se mordre l'intérieur de la joue pour rester en contrôle et parler d'une voix douce. « Si vous êtes à ce point attachée à l'intégrité politique du Dominion, vous devriez peut-être le faire vous-même, ce duel. Cela resterait entre personnes du Dominion, en parfaite égalité représentative... » ironisa-t-il, son regard ne trahissant pourtant aucune forme de plaisanterie. « Et, permettez-moi également... Si vous étiez son égale, je n'aurais pas pris la peine de provoquer un duel dont le but est de rétablir l'honneur à sa place la plus élémentaire, pour vous laissez profiter de ce qui ne serait qu'une querelle entre deux homologues. Vous êtes Monarque, il ne l'est pas. Vous êtes Cheffe d'Etat, il ne l'est pas. Vous avez négocié notre traité bilatéral, il ne l'a pas fait. Vous m'avez accueilli, il ne l'a pas fait. Vous portez une couronne, pas lui. Vous représentez Arkania dans la Galaxie, pas lui. Vous avez un avenir, pas lui... » termina-t-il, « Autant de raisons, parmi d'autres, qui font de lui un inférieur à votre condition. VOus n'êtes pas son égale, vous êtes plus. Vous le savez aussi bien que moi. Tâchez de ne plus prétendre le contraire. »

Harlon ne se laisserait pas guider par une femme. C'était son rôle de rappeler où elles se situaient. Et leurs places étaient simples : en haut ou en bas. Si Elizabeth ne se pensaient pas en haut, il ne lui restait qu'une place disponible. Harlon ne traînait pas avec les chattes de gouttières. Il les voulait racées.




Le voyage n'aurait pas été plus glacial si le speeder blindé s'en était trouvé être décapotable. Il en avait pensé le plus grand bien de cet instant, le voyant avec amusement et enthousiasme, l'occasion de passer un message clair et rapide, tout en assouvissant une sempiternelle envie de faire couler le sang. Mais la gaieté était retombée, faisant se relever le traditionnel ennui, qui inspire les roulements d'yeux et les épaules basses. Encore un meurtre payant à commettre. Rien de très palpitant. Il commençait même à douter que cela ait le moindre impact. Juste de quoi renforcer les rumeurs les plus salaces, peut-être. Lui et elle, ensemble, main dans la main, et sous une même couverture le soir venu, à consommer le fruit défendu. Les folliculaires s'en égosilleraient avec enthousiasme, mais c'était bien le dernier problème d'Harlon. Et finalement, celui d'Elizabeth aussi, il le voyait bien. Les rumeurs n'étaient qu'à un pas - qui menaçait de devenir un fossé, allant en s'élargissant - de la vérité, et quand bien même, il avait bien dit ne pas avoir honte de la courtiser. Mais comme elle ne répondait pas à ce sujet, il se sentait d'humeur à le mettre de côté jusqu'à ce qu'IL ait envie d'en reparler. Peut-être les gémissements prévus de Varan occasionneraient-ils un regain d'intérêt pour les instincts primaires du soldat qui sommeillait dans l'Empereur. « Voilà le Capitaine de ma Garde. Nous sommes arrivés. » Il ouvrit la porte, fit sortir Elizabeth, et la laissa rejoindre sa garde. L'Empereur se dirigea vers la sienne, murmurant et se faisant murmurer ce qui se savait et ce qui allait se faire. « Ils attendent depuis cinq minutes. Allons-y. » La volée de marches se couvrit rapidement, bien que la neige qui reformait une couche verglaçante rendît le gros sel déposé inutile en peu de temps, jusqu'au promontoire des pèlerins large d'une vingtaine de mètres. Il ne perçut pas les mots d'Oberan chuchotés à la Monarque, mais les déclara mentalement sans intérêt. Il savait tout ce qu'il fallait savoir. Kanos avait fait état de son témoin. Un gorille résiduel de l'ancien Monarque. Une sorte d'ultra-libéral qui n'avait pas su garder le cap conservateur de sa population. Un règne éphémère et sans intensité, ni saveur d'ailleurs. Harlon l'avait survolé comme on survole les fades dirigeants des régions secondaires.

« C'est votre témoin ? » demande-t-il d'emblée, quand il fut à portée de voix de Varan. Les témoins avaient la tâche capitale de vérifier la régularité du duel, et de constater que les blessures - même mortelles - avaient été portées dans les règles, sans triche, et donc avec l'honneur rétabli de la partie gagnante. « Essaie de ne pas le tuer. Et ne meurs pas. - Bien sûr que non ! » balança-t-il, sans qu'il précise à laquelle il répondait. Même si on se doutait de la portée de sa réponse. « Voici mon témoin. Capitaine Kanos, de la Garde Impériale. » Pas Elizabeth, non, mais pas par mesquinerie. Elle était l'objet du duel. La demander en témoin serait malvenu. « J'ai apporté les armes. » déclara-t-il. Un agent des Services Secrets de l'Empereur en complet-veston noir et plongé sous un chapeau à bords larges présenta un coffret en aluminium brossé dans lequel on présentait deux pistolets X-8 sans lunette. « Prenez celle de votre choix. » lâcha-t-il, la voix dure et tranchante comme de l'acier chantant. « Astellan, en tant que représentant d'Arkania, je vous propose une dernière fois de concéder votre défaite en vous retirant de ce duel... - Peu me chaux de vos propositions, Varan. Pour une fois dans votre vie sans relief, vous allez affronter les conséquences de vos actes. » Varan soupira et prit une arme selon sa préférence. Les deux être se collèrent dos à dos, et le porteur de l'insigne ex-royal débita son laïus apprit avec sincérité et mépris. « A mon signal, vous avancerez de dix pas, à l'issue desquels vous ferez demi-tour. Je compterai jusqu'à trois, et alors vous aurez droit à un tir et un seul. Si les deux parties souhaitent s'adonner à un second tir, je prononcerai le nouveau décompte de tir. Messieurs... Allez. »




Varan, en définitive, ne le prenait pas à la lâcheté. Son regard était dur, son assurance palpable. Il semblait persuadé d'en finir vainqueur. La gravité des blessures prévaudrait dans ce qui s'annonçait comme non létal. L'Arkant qu'il était devait posséder une part de technologie dans son corps, assurant son pied et sa main, et donc sa visée. Mais de ce qu'il avait apprit, il ne semblait pas entraîné au maniement des armes. Jamais d'armée ni de police pour l'individu, simplement politicien par ses relations familiales. Harlon, lui, compensait son manque d'augmentations par une rigueur et un entraînement qui le rendait supérieur à n'importe quel humain lambda. Leur niveau, à des facteurs incomparables, se valait certainement. Mais il fallait ruser. Penser, l'espace de dix pas, à ce que Varan penserait faire de mieux. Risquer de tuer l'Empereur ? Il pouvait légalement, mais il n'en ferait rien. La peur des conséquences pour lui. Le toucher pour un coup mortel à retardement ? Nenni. Se laisser battre ? Non plus. Il ne restait que la neutralisation d'Harlon. Il avait déjà du y recourir lui-même en tirant dans la main. La ruse allait fonctionner s'il s'y prenait bien. Portant son blaster de sa main droite, au moment de se retourner, il dut aller vite : laisser tomber son blaster alors que son bras s'abaissait, le rattraper au vol de sa main gauche, et le brandir comme si de rien n'était, que l'échange n'avait pas eu lieu. Se mettre en semblant de position de tir.

De loin, la neige raréfiée entre eux, Harlon sentait le malaise de l'Arkant. Quelque chose avait changé, une donnée mal calculée. Mais laquelle ? Sa préparation semblait mise à mal. Les deux êtres avaient une vue dégagée sur celui d'en face, prêts à en découdre pour de bon. « Trois... Deux... » C'était l'instant de vérité. « ... Un. » Harlon n'essaya pas de tirer. Il se cramponna de toutes ses forces à son blaster, ses phalanges blanchissant sous ses gants sous l'effort titanesque. Quand le "un" tomba, Harlon sut qu'il avait visé juste : Varan tira dans ses doigts en face de lui à la milliseconde près. Bon tireur à n'en pas douter ! Mais peu imaginatif. La douleur balaya un moment la fierté d'Harlon, qui dut serrer des dents pour ne pas se laisser aller. Il plia les genoux sur place, résistant pour ne pas laisser tomber son arme, ce qui aurait compté comme un tir de sa part. Ce qui l'aurait fait perdre. Tremblant comme une feuille, soufflant douloureusement, il tint bon son arme. Sans jamais tirer. « Bien, il me semble que le vainqueur est... - Je n'ai pas encore tiré. Taisez-vous. » Le gorille s'interrompit, agacé. L'issue lui semblait claire. C'est alors qu'Harlon laissa tomber son arme, la rattrapa de sa main valide et assurée, pivota son torse, et tira à son tour, oubliant déjà sa main en souffrance. Le sang coulé se payait au prix fort. Il visa le front. Varan s'écroula, déjà mort avant de percuter le sol. Le témoin en fit les gros yeux, et se précipita vers son poulain. Les deux autres accompagnant l'imitèrent aussitôt. « C'est le prix à payer pour la grossièreté ! » grinça l'Empereur au témoin. « Les mauvaises moeurs meurent ici avec lui ! Le respect des valeurs et de la chaîne de commandement doit être instauré de nouveau ! Dites-le bien à votre maître, laquais ! Ce saint-patron des imbécile servait d'étendard à votre cause futile, » désignant sans ménagement l'opposition, « Alors transmettez bien ce message. Ce corps m'en est témoin... votre allégeance va à votre Monarque, pas à vous-même. »

Ce n'est qu'après qu'Harlon s'autorisa à demander du bacta après qu'on ait récupéré le blaster. Les gens partirent, comme si rien ne s'était vraiment passé. On oublierait vite l'épisode chez les impériaux. Les arkaniens verraient d'un oeil torve l'import de telles méthodes sur leur territoire souverain sur la personne d'un memebre du Dominion. Les témoins de Varan seraient choqués et outrés à la fois, et s'attelleraient à préparer leur vengeance malgré la menace limpide de l'Empereur Galactique. La presse impériale n'en parlerait pas, parce que ce n'était pas important et tenait de la vie privée de l'Empereur, en plus d'être simplement un fait non rapporté. La presse arkanienne s'insurgerait dans les colonnes tournées vers l'intérieur, louerait l'acte dans les colonnes tournées vers l'extérieur. Les conservateurs, majoritaires, demanderaient des excuses colériques qui ne seraient jamais satisfaites. Les progressistes demanderaient simplement l'abolition de la pratique des duels d'honneurs. Les franges extrémistes proches du pouvoir salueraient l'intervention de l'Empereur comme preuve d'amitié sincère, les extrémistes de l'opposition réclameraient un jugement pénal et civil de l'Empereur, qui n'était après tout qu'un étranger. Le plus imprévisible restait Elizabeth. Elle serait en colère, lui rappellerait que le tuer allait provoquer ce qu'il prophétisait depuis un instant, qu'il la mettait dans l'embarras, qu'il les mettait tous les deux dans l'embarras, qu'elle allait devoir gérer une crise interne, et affronter une opposition qui n'attendait que ce genre d'occasion pour la couvrir du chef d'accusation d'assassinat politique déguisé - ce qui était ce qu'avait prévu Harlon au détour de l'honneur, en y réfléchissant à froid - alors que lui-même s'en tirerait par son immunité double - diplomatique et militaire. Une part d'elle néanmoins, qu'elle ne prétende pas l'inverse, serait soulagée voire heureuse de voir ce cloporte revenu aux cendres. Il ne lui laissait même pas le temps d'un regard noir pour se justifier. « C'était fini pour lui ! Dès lors qu'il me ciblait la main ! Que faire selon toi ? Le laisser partir avec une blessure à la hanche et une paire d'insultes ? Cet homme a manqué de respect à sa Monarque ! Son acte devait se payer par un tribut que les suivants auraient trop peur de verser ! Que ses sales rumeurs prennent consistance d'une façon qu'ils n'envisageaient pas ! Qu'ils pavanent dans leurs palais en insultant leur cheffe, à l'abri derrière les farandoles de masques à plumes dorées de leur bourgeoisie sans morale ! Devant moi, ils apprendront que traiter de p#&!n leur Monarque est un acte que l'Empereur ne tolérera pas au nom de nos traités communs ! Ou au nom de la couche que soi-disant nous partageons ! Qu'il en soit ainsi ! »
Avatar de l’utilisateur
By Elizabeth Civicius
#34091
    De son index, il initia la communication, mais c’est l’autre qui parla en premier. Il écouta, soupira, parla à son tour.

      « Alors il est mort ? C’est regrettable. »

    Encore quelques mots de l’autre côté.

      « Oui, ramenez-le chez lui. Et revenez. »

    Varan mort. Un membre du Dominion abattu par l’Empereur. Un sourire narquois naquit sur les lèvres du Monarque. Il ne pourrait pas empêcher la suite, et son successeur non plus. Civicius n’y ferait rien.

    * * *


    Il n’y eut pas de regard noir. En fait, rien ne transparut sur le visage de la Reine. Elle était de marbre. Tout ce que l’Empereur avait eu à dire avait été entendu, et en guise de réponse, Elizabeth lui adressa un sourire sans émotion. Le ton de sa voix pourtant, trahissait son soulagement.

      « Rentrons. »

    Elle lui tendit simplement la main. Et s’il le permettait, sur le trajet du retour elle poserait sa tête sur son épaule.

    Au détour d’une congère, une question lui vint. Elle tira alors la main humaine blessée à elle.

      « À quel point c’est douloureux ? »

    Peu avant l’arrivée en périphérie de Novania, le comlink de l’Arkanienne réclama une attention qu’il n’obtint pas. Pire, elle finit par l’éteindre tant il l’agaçait. Ce n’est qu’à l’arrêt du véhicule qu’elle jeta un oeil désintéressé à l’appareil. Ses conseillers s’inquiétaient. Elizabeth se tourna vers Harlon, elle paraissait désolée désormais.

      « Je vais avoir une matinée chargée. Est-ce que tu voudrais me rejoindre à Adascopolis cet après-midi ? Pour que nous retournions, seulement quelques heures, au Praxeum. S’il te plait ? »

    Elle devait malheureusement le laisser là, pour le retrouver plus tard. Mais avant de repartir, elle l'interpella une dernière fois.

      « Harlon ? Ne nous cachons pas. »

    Un genre de réponse à sa belle déclaration du matin, qu’elle accompagna d’un sourire encore un peu timide. Toute émotion était confinée dans une petite boîte méticuleusement verrouillée dans laquelle il fallait aller fouiller longtemps pour parvenir à en extraire les réactions presque naturelles et affectives de la Reine. Il était peut-être trop tard, du point de vue de l’Empereur, mais pour Elizabeth, cela n’avait pas d’importance. Ce qui comptait pour elle, c’était de le lui dire, trois minutes, trois heures, ou même trois jours après.

    L’Arkanienne remonta à bord du speeder qui la conduirait directement au Dominion.

    * * *


    Sanaro avait accompagné sa Reine comme si elle était une enfant perdue jusqu’au bureau d’Essani. Le cyborg était stressé et ne le cachait. Et pire encore, l’absence totale de réaction de Civicius l’angoissait. Il dut pourtant bien se faire une raison et retourner s’asseoir dans le couloir tandis que la porte du bureau se refermait derrière l’Arkanienne.

    Le vieil Essani proposa un siège que la Monarque accepta sans mot dire. Face à l’air sombre de son homologue, elle se tenait tête haute.

      « J’avoue ne pas comprendre pourquoi vous avez laissé faire ça. »

    Pas de question, pas de réponse.

      « Enfin, ça n’a pas d’importance. C’est tout ce que nous attendions après la débâcle du Praxeum. »

    De sa main cuivrée, il lui tendit une liasse reliée.

    Statuts - Monarque - Avenant Contractuel


      « Vous saviez que ce document existait. »

    Pourquoi du papier ?

      « Où est la version officielle ?
      Elizabeth … Tout ce qui concerne le Conseil Militaire reviendra au Dominion … Et ça ne vous laissera qu’un an … »

    Il fronça les sourcils. Elle ouvrit le document à la dernière page. Lui, crut bon de commenter.

      « La majorité a signé en faveur de l’avenant. Même Adasca … »

    Et la chose semblait le réjouir.

      « Vous n’avez pas perdu de temps. Permettez-moi d'apposer également ma signature.
      Bien entendu, mais … il est encore possible de …
      Ma signature. »

    Essani lâcha un soupir résigné et présenta la version numérique de l’avenant au Monarque qui s’empressa de le signer, côté favorable. La négociation était impossible avec Civicius, il le savait. Il avait essayé, tant pis. Toutefois, l’avenant prendrait effet plus tard, et aucune communication sur le sujet ne serait faite d’ici là.

    Le rendez-vous prit fin à peine vingt minutes après son commencement. À la sortie du Monarque, Sanaro se précipita à sa rencontre. Elle le fit taire et gagna le Praxeum pour y attendre l’Empereur.

    * * *


    Après l’attaque, le bâtiment était resté vide d’occupants. La Monarque était revenue plusieurs fois sur place, pour assister à certains éléments d’enquête, mais également simplement pour faire acte de présence. Et il lui semblait nécessaire que l’Empereur participe à cette image que l’on devait se faire de l’après Praxeum.

    Ils étaient là pour qu’on les voit là. Une façon de balayer l’événement du matin, qui serait minimisé dans la presse locale par les services arkaniens, et de balayer le souvenir de l’attentat. Il était important de dire quelques mots à Arkania après ce traumatisme. Bien qu’en réalité les Arkaniens avaient déjà fait leur deuil et poursuivaient leur quotidien sans inquiétude névrotique.

    Quand l’Empereur arriva sur place, Elizabeth l’accueillit en privé dans un premier temps.

      « Pardon de t’avoir laissé. La mort de Varan a agité le Dominion. Ce n’est pas très important. »

    L’Arkanienne inspira brièvement.

      « C’est étrange à dire. Tu n’as pas besoin de mon approbation, mais je pense qu’il faut le dire. Tu n’as pas mal fait. »

    Et sur un ton moins émotif …

      « Nous avons la possibilité, d’ici heure, de réunir une poignée de journalistes pour une conférence de presse, ici au Praxeum, à propos de l’attentat. Reste à savoir si ça te semble nécessaire, ou non. Sinon, je voudrais simplement que nous allions saluer les équipes qui travaillent ici jour et nuit depuis un peu moins d’une semaine. »

    Mais si les conseillers avaient bien fait leur travail, tout ceci avait dû être envoyé à l'Empereur avant même son départ de Novania.

    Et s’il ne voulait pas, Elizabeth avait encore une proposition à lui faire.
L'ombre et la lumière

Alayna était persuadée de ce qu’elle avançait, nu[…]

Peut-on sortir d'un trou noir ?

Salut à tous ! Je propose, à ceux qui s'int[…]

5.1. [Machination] Mise en place

Chaz et Vinz suivirent Edge et son petit pote da[…]

La Couronne

Un mois s’était écoulé depuis la disparition de l[…]