L'Armée des Ombres

Saison XI Cliquez ici pour voir l'intro...

Arkania, dans le système Perave, est une planète au climat inhospitalier. Couverte de toundra et de glaciers, elle abrite cependant de nombreuses mines qui sont sa principale source de revenus. Arkania est également connue pour ses centres d'expérimentation génétique qui furent à l'origine de la création de nouvelles races.
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By Harlon Astellan
#34678
Tout projettait le moment dans l'embarras. Ce qui devait durer un instant commençait de s'éterniser. L'homme pivota sur un pied enraciné, pour figurer à demi dans l'endroit attenant au couloir. « Ma mie, n'auriez-vous point aperçu Harlon ? » La mie, mère des trois enfants Astellan, lisait en silence dans la bibliothèque privée de la famille de son alliance. Les réunions de ces messieurs, de ceux que fréquentait avec assiduité l'homme du clan Astellan, se faisaient sans l'embarras qu'occasionnaient les conjointes, ces godiches. C'était donc avec un soupir, et sans fixer le mari, qu'elle répondit, la voix basse et le ton bas. « Non mon ami, je n'ai pas vu Harlon depuis deux heures. » Le père en pesta de toutes ses forces, tempêtant contre sa femme, elle qui était là devant lui. « Mais ça ne va pas ! Il devrait déjà être là ! Il doit rencontrer trois de leurs héritières ! » L'agacement naissant laissa place à l'inquiétude du temps allant s'amenuisant. Il lui fallait vite tirer son fils d'une quelconque occupation pour le présenter à ses convives, après avoir vilipendé avec dignité celui qui s'était engagé à se présenter à l'heure au salon. Les jeunes filles avaient gravité un temps autour de leurs pères avant de vaquer à de plus triviales occupations, visitant le domaine à leur guise, admirant les dorures inutiles et autres peintures à l'huile pendantes au murs. Sa chambre ! Il devait être à réviser. À 13 ans, il préparait déjà sa fin de licence universitaire. D'un pas preste, il couvrit la distance en de folles enjambées, avant de se trouver face au mur de bois qu'Harlon avait pour porte. Entrant en force, le père commença de débiter. « Harlon, enfin, vous êtes... » La suite se coinça en travers de sa gorge, tandis que son fils comprenait qu'il n'avait pas verrouillé la porte. Mais c'était surtout son effort pour reboutonner son pantalon, que sa rotation ne soit pas indécente. « Père, vous pourriez frapper... » Harlon, le fils central, le porteur d'espoirs... En retard pour une rencontre avec des héritières... au profit d'une rencontre avec une héritière. La fille Phalinar, de la famille la plus en vue dans le domaine de la chirurgie esthétique, se relevait de sur ses genoux, empressée de se cacher dans un trou de souris, se couvrant la bouche, et dans une moindre mesure, les yeux. « C'est... Harlon ! » Vociférant, le père perdit tout sens commun et brandit les poings au ciel, dans une posture de sculpture d'inspiration divine. « C'est dégoûtant ! Immonde, et indigne ! Vous étiez destiné à choisir une épouse, pas à soulever des jupes ! Avez-vous pensé à l'honneur de cette jeune femme ? A la honte pour son père ? »

Le discours sur la honte, sur la nécessité de se marier avant de "profiter", tout finit par mourir devant le stoïcisme d'Harlon, qui attendait, bras croisés, sans un mot. S'il n'avait pas de barbe, ni d'épaules larges, il possédait déjà sa tignasse qu'aimaient les filles, d'un brun qui tirait sur des nuances désaturées, et ce regard d'acier qui semblait faire des ravages chez la gente féminine. Personne n'ignorait le pouvoir attractif qui était le sien. Mais en profiter ainsi, à cet âge, en cet instant, ce n'était pas juste. Quand le père, impuissant, s'épuisa dans le regard assuré de son engeance, il s'aperçut que l'héritière de presque cent cliniques partout dans la galaxie s'était éclipsée. « Si vous avez fini, vous pouvez dire à ces messieurs de repartir. Je n'épouserai personne que je n'ai pas choisi. » Le fils, toujours aussi assuré de sa suprématie, agita un index prophétique sous le nez de son père, qui se sentait maintenant minuscule, bien qu'avantagé sur le poids, la taille, et l'expérience. « Si c'est pour avoir un mariage aussi réussi que le vôtre avec mère, vous vous trompez de pièce maritale. Tout passe par la communion sexuelle, père. Sans ça, il ne reste que l'esprit. »

Il termina son regard dur. « Et l'esprit se fane plus vite que le corps. »




Le précepteur parti, il y avait un créneau de deux heures pour elle seule. Trois heures durant lesquelles le mari attendait de rentrer du travail. Arcturus Astellan, dans sa droiture exemplaire, était connu pour donner des cours particuliers après la fin des cours réglementaires. A trois élèves maximum, ces cours apportaient une somme d'argent qui, bien qu'importante vu de l'extérieur, semblait dérisoire aux yeux de leur richesse actuelle. La génitrice des héritiers Astellan se savait aussi cocufiée depuis longtemps. De ces cours se tirait souvent une relation éphémère avec un étudiant de constitution frêle, comme leur père les aimait. Le couple ne s'aimait pas, ne s'était jamais aimé ; se voir déshonorée valait le prix de deux heures seule avec ses enfants. De ses idées nouvelles, voire populaires, elle mettait en pratique le fait de passer du temps avec eux. A les faire jouer, à leur raconter des histoires, à leur enseigner des choses. Des fois, en tête à tête. Son enfant favori était Nova, la fille douce qui promettait d'être comme elle, mais à qui elle voulait offrir autre chose qu'un mariage arrangé comme le sien. À sa fille, elle offrait des moments de lecture, des leçons de coquetterie et des histoires de princesses. À Milo, elle offrait du jardinage, en compagnie de leur intendant qui gérait leur jardin intérieur, et qui était un des amants de la dame. À Harlon, elle offrait des leçons de musique au piano, mais aussi des cours de séduction. À 7 ans, elle avait entrepris d'en faire l'inverse de ce que son père était. « Regarde ton ancêtre... » Elle lui montrait souvent ce portrait. Celui de Gavin Astellan, un éminent séducteur, qui avait engendré la vanité masculine de la famille. « Lui, c'était un homme, un vrai... Regarde-le. Vois sa façon de fixer ! » Le peintre lui-même avait du être séduit. Le regard de l'ancêtre avait un magnétisme inégalable. De ce portrait, la mère d'Harlon avait tiré une photo sur papier spécial et lui avait glissé à la poche. Et quelques fois, avant le piano, elle l'emmenait devant un miroir, et lui faisait travailler son regard, qu'il soit semblable à celui de son ancêtre illustré. « Durci ton regard. » Harlon s'y efforcait. Jour après jour néanmoins, il remarquait la facilité qu'il avait de le faire, jusqu'à l'enregistrer au naturel. « Avec ce regard, tu feras souffrir les femmes. »





Devait-il renoncer à tout, sous prétexte d'une histoire qui lui remontait à la gorge ? Il avait trois bonnes raisons de ne pas l'ouvrir, fût-ce pour respirer, pendant ce récit. Le premier était sa promesse, de se consacrer, une heure durant. La deuxième, son envie d'en savoir plus. La troisième venait de son ventre. Comme une boule qui noue l'estomac devant un repas à venir qu'on sait avarié, ou de faire une annonce lourde de conséquences. Le trac théâtral, mais amplifié au décuple. C'était une histoire... si sordide, si absurde, si impossible. Celui d'un père empoisonnant sa fille, la faire souffrir de la maladie de la mélancolie. Lui interdire le droit au plaisir. L'égoïsme partait de l'équation. Il ne pensait pas à ce dont il allait se priver, mais simplement à ce dont on avait privé Elizabeth. Interdiction de prendre du plaisir à... De son propre père. Pour une histoire d'honneur. Comme si son propre père l'avait fait castrer en douce après un accident, qui avait conduit à un micro-coma une fois à l'hôpital, pour se venger des occasions manquées avec de riches héritières... Quelle honte, oui ! La honte pour le père. Une honte pour la famille, mais avec un coupable bien différent. Compatir à ce résultat, c'était s'avouer en faiblesses, et se fermer les portes de ce qu'il considérait, lui, comme un plaisir qui contribuait à son bien-être. Mais ne pas compatir à ces douleurs, c'était renier le peu d'humanité récemment retrouvée auprès d'une non-humaine qu'il lui restait. La gorge nouée, la mâchoire réduite à un tremblement compulsif, il chercha à dire quelque chose. Il ne trouva rien qui veuille bien sortir. Il se prit la tête dans les mains, tourna sur lui-même, et fini par s'écrouler sur la première chose à peu près en face du fauteuil où Elizabeth attendait, impérieuse, sa posture respirant une colère contenue. Contre lui, contre son père, contre son passé, contre les trois ? A quelles proportions pour les uns et les autres ? « Je suis... désolé... de toute ce que tu as eu à subir. » Il n'allait pas s'étendre. S'il condamnait le père, il pouvait mettre le doigt là où il ne fallait surtout pas toucher. C'était risquer d'enfoncer une porte ouverte, ou de se faire couvrir d'injures. Son honnêteté l'avait frappé, mais pour autant, il voulait juste comprendre un peu, ne serait-ce qu'en parlant à voix haute, à mesure qu'il analysait les paragraphes. « Quand je t'ai vue la première fois, c'était... tu paraissais si timide, si réservée. C'est petit à petit que je me suis aperçu de tout. Que j'aimais être avec toi. Comme avec personne auparavant. » Il regardait ses ongles avec insistance. Les jmabes croisées envoyaient un message fort de maîtrise d'une situation pour une femme. En ce moment, elle était l'Impératrice, et lui un petit Monarque. Et le Monarque se devait de baisser les yeux face à sa supérieure. « En fait, je n'ai remarqué ton physique que plus tard. Après... certaines certitudes. Je t'ai désiré d'autant plus à ce moment. » Mais des fois, il fallait toiser son supérieur pour gagner son respect. « C'est vrai, je te désire. Mais pas comme j'ai pu désirer d'autres femmes. Je ne veux que porter mon affect au plan corporel. Communier, comme tu dis. En passant l'ultime frontière. » Il remarqua alors être à cheval sur une petite table à surface de verre. Il s'en leva, se rapprochant, avec plus de raideur dans les jambes, plus près d'Elizabeth. « Mais je t'aime aussi. N'en doute pas. J'aime t'avoir près de moi, j'aime t'avoir dans mes bras. Je peux faire avec. » Pour autant, elle n'avait pas tort. Il l'avait porté pendant deux ans, mais l'infidélité avait joué à équilibrer la sensation. Il ne s'était pas gêné pour penser à elle pendant ses actes de grande bassesse. S'il jurait fidélité, il devrait abandonner une activité qui le vidait de son énergie, et renvoyait son esprit à un renouveau temporaire. Sans ça, il savait qu'il deviendrait désagréable. Surtout envers elle. Il ne tiendrait pas indéfiniment. « Tu dois me prendre pour un porc, à dire ça... Me dire que je ne serai pas heureux de rester au stade spirituel... » Il siffla brièvement. « Mais je te l'accorde... j'aurais dans l'idée que quelque chose reste inachevé... » Peut-être avait-on là une différence entre leurs deux cultures également.

« Tu dis avoir crée GENOME pour cela... » Il réfléchissait à ça maintenant. « Mais c'est antérieur à notre première rencontre, sur Télos. » Enfin "sur" Télos... « Tu voulais guérir avant... nous, si je ne trompes pas. » Il devait bien le dire aussi. « Je pense que tu veux guérir. Que tu veux retrouver un peu de plaisir, qui ne passe pas par l'opéra, ou une danse dans les bas-fonds. » C'était il y a longtemps maintenant, deux ans presque, mais il s'en souvenait encore. Une soirée vite interrompue, il ne savait plus trop pourquoi, mais au déroulement mémorable. Il espérait qu'elle-même s'en souvienne aussi. « Tu y as droit. Sans penser à moi... Personne ne devrait nier à autrui le droit au plaisir. » Il s'était finalement résolu à condamner l'acte typique de l'amour paternel, à mi-mot, implicitement, mais sans détour. « Si tu le veux, si tu le veux pour toi, on trouvera une solution. Je suis là pour toi... » Il crut bon de s'approcher. « Et pas que pour une heure. Si tu m'épouses, c'est jusqu'à la mort. » Il s'accroupit devant elle, posant une main sur le genou supérieur. « Laissons la chair de côté, si c'est ce que tu veux. Mais ne te sens pas ridicule. Tu ne l'es pas. Sinon je ne t'épouserais pas... » Ah là là, il fallait vraiment tout rappeler ici. « Et puis, on aura tout le temps de consommer le mariage plus tard... » Et pour appuyer sa tentative de dérider la situation, il lui adressa son premier regard lubrique... de ses yeux qui pétillent d'excitation, où sont lovés les choses qui allient dégradation et vice primal, où l'on lit la lie des plus vils actes. « Mais, tu m'as demandé une heure. Il te reste 50 minutes au-dessus de l'Empereur. » La main sur le genou, il pouvait s'inviter d'une poussée de main, mais la première tentative ayant eu l'effet mentionné plus tôt, il ne s'y risquerait pas. Il pouvait lui faire offrande de la chair et de l'esprit en faisant glisser sa main sous ses pièces de vêtements en parlant d'autre chose... ou faire une partie d'échecs. Harlon n'avait rien contre aucune option.
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By Elizabeth Civicius
#34776
    L’égoïsme et la prétention de Stefan Civicius avaient été sans limite. De son vivant, il avait été un monstre narcissique et jaloux. Et sa fille était son œuvre. Il l’avait voulue telle qu’elle était aujourd’hui. Parfaite.

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    Les tenants et les aboutissants de ce projet insensé demeuraient cependant incertains. On s’était interrogé, dans le cercle privé, bien qu’ignorant tout de cette dernière révélation intime, de l’intérêt de dénaturer ainsi son enfant. D’autant que les fils avaient été épargnés. Des rumeurs, plus sordides encore que cette histoire de mutilation, couraient chez Civicius. Et l’on prétendait que la jalousie de la mère avait eu son rôle à jouer.

    Pour Elizabeth, ses huit doigts de naissance étaient certainement la chose qui la fit le moins souffrir.

    Il y avait bien eu des envies de vengeance. Contre son père, contre sa mère, contre son frère. Tous étaient responsables. Malheureusement, le père était mort trop tôt. Quant au frère et à la mère, leur utilité les avait préservés jusque-là. Kadmo avait eu sa punition, il était le moins coupable des trois. Elizabeth ignorait, comme tout un chacun, les circonstances de la mort de son père. On ne lui avait jamais raconté. Le seul en capacité de le faire s’était toujours tu, au péril de son intégrité physique.

    La Reine observait maintenant le malaise de son aimé. Après tout ce qu’il avait entendu, il ne savait pas lequel de ses mots serait le moins maladroit, lequel de ses regards serait le plus compatissant. On lisait sur son visage tous les maux de son cœur.

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      « Tu dois me prendre pour un porc, à dire ça... Me dire que je ne serai pas heureux de rester au stade spirituel... Mais je te l'accorde... j'aurais dans l'idée que quelque chose reste inachevé... »

    Un porc, oui. Ils étaient tous des porcs. Celui-ci avait de plus que les autres une couronne splendide. Il n’en restait pas moins un homme. Nombre de femmes se laissaient également conduire par leur bas ventre, mais il fallait reconnaître que la palme était décernée à la gente masculine. Et quoi de plus naturel que cet acte répugnant. Aurait-on au moins la décence de le taire ? Dans ce domaine, le grand Empereur ne valait pas mieux que le petit serveur blond de Yaka. Il n’existait qu’une sorte de laisse pour ce genre d’animal.

    Elizabeth ne répondit pas. Elle avait une grande maîtrise de ses muscles mimétiques, n’offrant au souffrant qu’une expression calme et sereine.

    Elle imaginait qu’il l’eût déjà trompée. Elle se demandait s’il était de ceux qui ont des besoins. La Reine avait en horreur cette catégorie de mâles qui considéraient qu’on ne pouvait tromper que sa femme, et que les soirs de migraines ne comptaient pas. Elle ne tolérait aucun écart. Avait-elle besoin de demander ? Oui. Le fit-elle ? Non.

      « Cela fait longtemps que je m’interroge sur mes capacités de guérison. Mais la motivation n’est pas question de plaisir ou de désir. C’est simplement que je voudrais être complète. »

    Comme un puzzle avec toutes ses pièces.

      « C’est comme s’il me manquait une jambe ou un bras. »

    Il vint près d’elle, à genoux. Il se voulait rassurant, mais aucun mot ne pouvait atteindre le pessimisme trentenaire de l’Arkanienne. Comme une récompense, elle passa ses doigts fins dans la barbe de l’Empereur, du menton jusqu’à la mâchoire. Et se pencha vers lui afin de déposer sur son front un baiser léger. Elizabeth n’en vit rien, mais Harlon en revanche put constater qu’il n’était pas aussi doué que le droïde compagnon en matière de laçage et de corset. Le premier n’étant pas aussi serré qu’il aurait dû, laissant l’occasion au second de bâiller avec élégance.

    Du fauteuil, la Reine glissa au plus près de l’Empereur, au sol, pour l’embrasser de nouveau, unissant ses lèvres aux siennes.
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By Harlon Astellan
#34780
Si Harlon s'était douté, un instant seulement, qu'il épouserait une femen, loin de se complaire à ces délires nés du néo-libéralisme républicain, il aurait plutôt abaissé son action à ce qu'il s'était prit à faire une fois qu'il était saoul. Une claque forte, suivie d'un serrage lent et méthodique du cou. De sa vie passée, il avait tué trois femmes, des femmes qui l'avaient ennuyé avec une opinion stupide et mal amenée, ou qui avaient eu la bonne idée de le contrarier une fois de trop. Etranglée. Egorgée. Fracassée. Ses poings de soldat lui avaient conféré le pouvoir de casser des os quand sa colère se canalisait de trop. Comment aurait-il pu tuer Elizabeth ? La pendre ? L'écraser sous un verrin hydraulique ? Non, à y réfléchir, il la respectait trop pour que cela fut trop sale. A choisir de ces maux, il aurait choisi la douce voix de la noyade. Un somnifère léger, et à l'heure où la Lune s'élevait pour de bon, toisant le soleil disparu derrière la planète qu'ils se partageaient, la plonger dans un lac, et la voir s'enfoncer dans l'eau, les cheveux filant, comme suspendus dans l'espace. Le corsage resserré, dans une dernière manifestation de chasteté. Un cadavre, blanc comme neige, de peau et d'habits, flottant un temps, avant de filer vers une abîme où une part de la mémoire de l'Empereur sommeillerait toujours.

Qu'elle s'en trouve à le traiter de porc, une fois seulement. L'amour basculait pour si peu. Pas son empreinte. Mais ce qu'il en découlait prenait tant de formes. Noyer cette femme, qui aurait tenu de tels propos, aurait été la plus aboutie des preuves de son amour. Lui offrir le repos, le silence éternel, c'était revêtir ses sottes pensées corruptrices d'un linge blanc brillant comme l'argent. Car ces pensées étaient une émanation d'un mal plus nouveau, moins authentique que ceux que la galaxie avaient connu. C'était un mal de paix universelle. Un point de vue qu'on portait quand son monde n'avait pas subi d'attaque terroriste de Sith de Sang Purs depuis des millénaires. Quand tout allait si bien que le seul remède à l'ennui résidait dans la création artificielle de problèmes. Compartimenter une société unie pour qu'elle se divise de nouveau. En l'ayant comprit ainsi, l'Empereur s'élevait bien au-dessus du petit serveur blond de Yaka. Elizabeth le comprendrait un jour. Il n'assouvissait rien par besoin, mais par envie. Pourquoi en avoir honte ? Sa première visite en pharmacie avait été lourde de ce qu'il pensait de tout cela. A faire la file, s'apprêtant à demander des préservatifs, "mais pour un copain". Il avait fallut une étudiante avant lui pour lui ouvrir les yeux. « Donnez-moi la pilule. J'ai envie de baiser. » Et après tout, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas assumer ses envies ? Se justifiait-on d'un envie de jouer aux échecs ? De manger du fromage ? D'aller se balader en forêt au matin estival ? D'écouter un disque de l'Opéra Galaxie ? Fini, les préservatifs pour les copains. « Donnez-moi des capotes. J'ai envie de la baiser. » Il avait courut après cette fille et l'avait invité chez lui. Ils avaient fait l'amour tranquillement, et elle était repartie au matin, sans un mot, et sans qu'il la revoit jamais. Aucun des deux n'en avait jamais eu honte. Ils avaient envie de ça. Point.

« ... la motivation n'est pas question de plaisir ou de désir... c'est comme s'il me manquait une jambe ou un bras. » L'Empereur dut se l'avouer. A partir de là, il se forçait. Cette situation allait commencer à l'ennuyer. Il pouvait composer avec sa mélancolie. Il pouvait vivre avec sa chasteté. Il pouvait supporter ses coups de poing, lancés par des mots sur sa condition et son passé. Il pouvait entendre qu'elle voulait juste se marier, s'asseoir sur son trône, et ne jamais payer son achat, tout en exigeant qu'elle reste sa seule cliente. En revanche, à part cette tentative de l'amadouer en défaisant son corset, il semblait clair qu'elle ne s'embarrasserait plus de faux-semblant. Sans synapse du plaisir, impossible de guérir. Mais surtout, aucun intérêt à la guérison. Il s'engageait avec une femme froide. Qui avait mit deux ans à lui accorder un sourire. Combien d'années pour qu'elle se dise qu'elle pouvait s'allonger à côté de lui sans faire la grimace ? Cinquante ? EN se penchant vers lui, il laissa voir l'intérieur du corset, présentant un téton froid et endormi, qui pendait là, complètement inutile à qui que ce soit. Tout juste à galber une Monarque qui voulait juste parler musique avec son mari. Elle se glissa devant lui, les mains sur les cuisses, les lèvres avancées pour l'y retrouver.

Avait-il des besoins ? Personne n'en avait. Mais du désir... Les lèvres, fraîches et sèches de la femme posée face à lui injectèrent un frisson glacé qui lui courut dans le creux du dos. Électrisé de cette brûlure glacée, Harlon commença mollement à lui rendre ce qui lui avait été donné. C'est par ce contact, par cette froideur dans sa vie, par cette image fugace d'un corps qui tombe dans la vase qu'il le voulut pour de bon. Il commença d'insister ; pas question qu'elle s'échappe de ce contact. Et c'est en connaissance de cause qu'il avança ses mains sur ses épaules. Les fit glisser par-delà ses aisselles. Le corset se voulait volage. Il agrippa les côtés de ses doigts, et le fit glisser vers le bas. Le lacet détacha sa structure. Ses mains filaient de nouveau sur la peau Arkanienne, neige où elle devait être couleur bronze, lisse comme un lingot d'or tout juste frappé. Il déploya ses mains, et fit courir ses doigts autour de la poitrine sans défaut de la Monarque. Entourant les deux fâcheux atours, chargés d'orgueil et d'envie, glissant ses pouces sur les pointes durcies par le froid et la gêne, et ce alors qu'il ne lâchait pas le contact avec une paire de lèvres réchauffées. Serrant les mains, pour redonner des formes aux seins de sa future femme, il envisagea un temps de la renverser, de glisser avec sauvagerie une main dans son bas, de la prendre comme un animal à même le sol, comme pour narguer un paternel trop sûr de ses expériences malsaines sur sa propre enfant. Pouvait-il autant appeler ça de l'amour ? Il le savait : de ce qu'elle avait dit, et du résultat unilatéral d'un tel acte, il serait abaissé au rang de violeur d'état. Un porc, un vrai, en définitive. Aussi s'arrêtait-il aux îlots des deux sommets, à leur doux massage, et à la bête masturbation mentale à laquelle il se livrait une brève fois. Sans aller jusqu'à prendre ce qu'elle-même n'avait pas offert une minute avant. Il découvrait, petit à petit, avec une douceur lente et mesurée, mais assurée par une fermeté trop péremptoire, le corps d'Elizabeth, et ce qu'il avait à offrir quand l'esprit ne suffisait plus. C'était comme faire l'amour, mais sans avoir besoin de s'adonner au bas instinct. « Dis-moi si tu veux que j'arrête... » S'arrêter, un instant, de l'embrasser pour lui souffler ce droit, celui de se rétracter, de refuser quelque chose qui pouvait la dégoûter. Le droit de se couvrir la poitrine malmenée. De se fermer à une stimulation qui pouvait plus la guérir qu'un millier de médecins.

Celle d'empêcher Harlon de glisser ses lèvres jusqu'à son mamelon...
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By Elizabeth Civicius
#34785
    La possibilité d’un rejet brutal n’était pas à exclure. La situation dérivait avec douceur vers un face à face gênant. Des frissons déjà couraient sous la peau de l’Arkanienne. Une réaction épidermique à ce contact nouveau qui commença par lui donner froid. L’Empereur lui offrit la permission de se soustraire à son emprise. Convaincue de devoir le laisser continuer, elle s’approcha du mieux qu’elle put. Lui à genoux, elle aussi, mais en extension, pour passer ses deux petites mains derrière la nuque de l’Humain. Une occasion pour Harlon de lâcher ses lèvres afin d’embrasser son cou, son torse, ses seins. Il trouva ancrage là où ses pouces s’étaient tant attardés. Elizabeth retenait déjà sa respiration, partagée entre espoir et appréhension. La douce morsure provoqua un frisson intense et généralisé, davantage assimilé à une décharge. Le dos de l’Arkanienne s’arqua légèrement tandis que son front venait presque toucher les cheveux sombres de l’Empereur.

    Pour l’heure, le pont détruit entre ventre et tête était rétabli. L’on savait tout cela artificiel et temporaire, mais on ne s’en souciait pas. Le fait était que la solution de fortune remplissait son office. Harlon sortait vainqueur de cette première épreuve, son aimée l’avait laissé approcher. Était-ce l’effet du médicament ? Ou bien parce qu’il l’épousait ? Qui sut dire ce qui motivait l’Arkanienne. Elle ne se laissait que rarement aller à la confidence.

    À peine se fut-elle habituée aux caresses honorant son sein gauche que l’Humain s’en prit au droit, provoquant une seconde décharge cette fois-ci plus diffuse, mais achevant de tendre les derniers muscles encore au repos. Depuis la pointe des pieds, une multitude d’infimes picotements remontèrent aux mollets, puis aux cuisses, amenant avec eux une sensation de chaleur presque surnaturelle. Harlon avait juré de servir Elizabeth pendant toute l’heure suivante. Mais il s’y appliquait tant et si bien qu’il avait repris un contrôle total sur le corps de sa compagne, et de fait sur sa pensée. L’univers de la Monarque se trouvait alors réduit à sa seule enveloppe charnelle, encore bien trop surprise pour envisager un mouvement.

    Il fallut encore de longues secondes aux huit doigts pour se délier et glisser jusqu’au col de l’uniforme. Ils défirent les boutons un à un, aussi vite que possible mais sans précipitation. La veste puis la chemise. Alors que les mains humaines maintenaient l’équilibre de l’Arkanienne, ses consœurs exploraient le torse de l’Empereur, son ventre, dégageant une chaleur attirante. L’une d’elle tomba aussi bas qu’elle le put, dans un geste timide, à la recherche de l’objet de sa curiosité, et de son désir. Il n’y eut qu’un contact superficiel, une pression légère, atténuée par la toile du pantalon. Comme une vérification nécessaire. L’autre main était remontée, réclamant qu’Harlon relevât la tête.

    Ce devait être perturbant de croiser le regard de ces yeux blancs dans un moment pareil. Elizabeth n’en était pas moins expressive, il ne lui manquait qu’un trait, celui des pupilles, pourtant cher aux Humains. Elle s’assit, puis se laissa aller en arrière, invitant Harlon à se pencher au-dessus d’elle, une paume sur sa joue, l’autre refermée sur le bord de sa veste. Ils s’allongèrent tous les deux, par terre, sur la moquette lessivée à l’excès. Lui dominant, elle dénouant la boucle de son impériale ceinture pour libérer le chemin et glisser une main au contact de sa chair.

    Il ne s’était écoulé qu’une poignée de minutes, qui paraissaient des heures.
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By Harlon Astellan
#34791
ImageLe voyage commençait en eaux calmes. Il laissait à sa femme le loisir de le stopper. Pour autant, à elle qui avait demandé cette heure, l'offrande d'elle-même sonnait comme une volonté cette fois. Sortie de terre par la force des choses, non des expressions mortelles. Quitter le rivage de sa bouche grise, pour filer le long de son cou... au creux de sa gorge, posant avec avidité sa marque entre ses omoplates, déplacer son cortège jusqu'au sternum. Sa tête, enfouie sous un menton inquisiteur, surveillant tout, les mains autour du cou, prêtes à serrer le coeur ou le cou, de ce que son souffle allait dicter à l'Empereur, qui tentait de reconstruire les pièces égarées d'un puzzle trop ancien. C'est quand elle souffla d'un coup, presque en un gémissement, chauffant son cou qu'elle agrippa après l'avoir mis en cage, qu'il s'autorisa un repos mental. Il avait gagné. Ou plutôt, non, ils avaient gagné. Tous les deux. Le menton arkanien, plongé dans les cheveux d'Harlon, laissait maintenant libre de leur besogne les membres humains, si inférieurs, en position et en génétique. Il avait senti ce frisson. Il en sentait un semblable lui monter de ses extrémités. Le corset pendait entre eux, tombé au creux de leurs jambes retroussées, tenu dans le dos par le dernier lacet, déroulé de toute sa longueur le long des oeillets... Avant qu'il ne l'assaille, il lâcha de lui-même, comme si son destin scellé l'avait encouragé à faciliter un peu la tâche handicapante de le faire disparaître.

Honorant toujours la marque haute de la féminité, il mit un temps à réaliser que la petite araignée à quatre doigts, douce et accueillie, se glissait le long de son dos, pour revenir sur son col. Par les enfers, était-il serré ce col. Si cette chaleur ne s'en va pas, je m'en devrais refroidir l'espace. A son tour, il avait laissé les organes saillants d'Elizabeth, pour croiser les mains derrière elle. Ils goûtaient maintenant l'ironie de leur soumission mutuelle, partagée avec une domination de part égale. Le froid pénétra dans son torse, et la main chaude de celle qui le tenait dans ses rets fini par lui imposer l'humilité. Elle lui avait enserré les cheveux avec douceur, et commençait de les tirer. Allait-elle lui glisser un doigt sous l'oreille ? Non. Sa tête relevée, sa gorge prête à éclater par la pomme d'Adam, elle lui prit le menton et le força à la regarder. Au-dessus de lui, les yeux ardents. Totalement maîtresse de la situation. Pouvait-on l'envisager ? Lui, en bas d'une femme, observant et attendant la permission ? La main lui tenait le menton, tandis que l'autre constatait l'apparition sanguine au bas du ventre impérial. Il aurait pu ironiser, prétendre devoir dégager son sabre laser. Mais son esprit n'était pas au cynisme. Il était au bas d'Elizabeth, un nain face à une géante. Un péon face à une Déesse. Pas un seul instant cela ne lui parut insultant.

Et de cette divinité d'albâtre vint la permission. De déesse de l'Hiver, elle se forma en entité de la luxure la plus fatidique. Dans son regard, on lisait tout ce qu'ils pouvaient partager à un pareil moment. Il la sentait comme elle aurait du être, sans cette tragédie qui l'avait laissée incomplète. L'acceptation de ce qu'Harlon pouvait offrir de plus grotesque, l'attrait presque. On y lisait un passage vers la communion qu'ils voulaient tous les deux. Il n'y avait plus besoin de pupille... Harlon comprit tout d'un coup. Ce qu'on pouvait lire dans le regard d'Elizabeth, comment l'y lire, comment y répondre. Bougeant de peu, le dos en arrière, elle plaça ses jambes derrière lui, leur masse se tournant pour faire dos au fauteuil, lui-même ayant toujours sa cage manuelle pour la retenir. La fine ligne qui partait de la pointe de son menton pour filer à son nombril s'allongea. Harlon avait déjà observé la ligne des contours de la Monarque. Un soir, alors que cette ligne s'était recroquevillée sous un jet d'eau brûlante. Son oeil avait survolé la sculpture. Il pouvait l'admirer pleinement aujourd'hui... la toile sans grain qui se tendait sur un corps qui frôlait la perfection artistique. On ne l'avait laissée ni trop grasse, ni trop maigre. On lui avait donné ce qu'il fallait pour devenir le modèle des tableaux géants, de ceux qui filaient dans les âges, immortalisant des figures énigmatiques, à faire chavirer les coeurs et les têtes, de leur beauté frappante et de leur expression chargée de mystères.

Elle le tira en arrière, posant son dos nu sur le sol. Elle pouvait le pousser, le coucher sur le dos. Son don à elle, c'était de le voir au-dessus. Douce illusion, empreinte de respect et d'ironie, mais il acceptait cette idée. Elle déléguant sa force et sa volonté, sans pour autant oublier de laisser sa marque sur ce droit. Lissant la toile de coton de son pantalon, la Reine commença de défaire le ceinturon, celui de cuir noir de Rancor, de ceux dont se parent les riches et les flambeurs, avant de plonger dans une abysse qui coupa le souffle de l'Empereur. Toujours au-dessus d'elle, il était maintenant à sa merci. Ainsi positionné, il ne lui restait plus qu'à faire glisser le dessous royal le long des jambes allongées, jusqu'aux pieds qui pourraient expulser son habit, devenu un corps étranger. La Reine le tenait... mais alors que faire ici, allongée, comme résignée ? Il glissa ses bras derrière elle, et l'attira contre lui. Comme dans un tango passionné, il colla leur corps, sans rai de lumière entre eux, le temps que la main de la Reine disparaisse du bas de son ventre. En l'embrassant, il lui inspira la communion. En l'embrassant, il laissa la Reine diriger le sens de l'action. En l'embrassant, il lui offrit un peu de tendresse retrouvée. Mais il ne le faisait pas au-dessus. Il choisissait de le faire face à face. Lier ses yeux alors qu'il lui proposait ce qu'il avait semblé mendier. Chacun pouvait s'offrir à l'autre maintenant. « Oh, ma reine... » Tout n'était plus qu'une succession de soupirs maintenant... Comme une brise estivale qui s'élevait des sols pour caresser les herbes folles d'une rosée encore fraîche. « Mon amour... »

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L'heure allait toucher à sa fin. La fidélité de ses actes avaient prit un tournant. Lui qui, d'ordinaire, se poussait de côté, ou expulsait les parasites féminins de son nid de luxure après ses actes, s'était prit à revirer et à offrir une nouveauté, de sa vie mouvementée. De son corps nu et allongé, il veillait sur Elizabeth, dont il explorait toujours les courbes de ses yeux curieux. Sa main parfois suivait les dunes formées par ses hanches et son torse, l'index posé comme un skieur qui dévalait les pentes offertes aux quatre vents. Il veillait sur le somme de sa future femme. Sa sauvagerie troquée contre un échange d'esprits comme de corps, son impulsivité laissée de bord au profit d'une caresse. Harlon s'était trouvé gentil, respectueux, et en phase avec sa partenaire. Maintenant, il gisait à son flanc, attendant qu'elle revienne à elle. Et il se sentait bien.

Mieux que jamais.
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By Elizabeth Civicius
#34808
    Jouant pointes sur talons, l’Arkanienne avait jeté loin d’elle ses chaussures, l’Empereur pouvait ainsi l’alléger de son pantalon de soie. Et elle, l’avait débarrassé de sa veste d’un geste machinal qu’il avait instinctivement accompagné. Les bras humains ainsi libérés se glissèrent sous elle, l’un contre les omoplates, l’autre dans le creux des reins. Pour un peu, elle ne touchait plus terre. Elle ne s’en rendit pas compte, encore concentrée à satisfaire sa curiosité, à prendre la mesure des qualités de son futur époux. Un échange peau à peau source de nombreux frissons. Elizabeth rendit à Harlon son souffle coupé afin de repousser le dernier obstacle, fait d’une toile de coton, à leur rencontre parfaite.

    Ils ne pouvaient être plus près l’un de l’autre. La brûlure du corps nu de l’Humain pétrifia d’appréhension la Monarque. Il la rassura d’un baiser. Il lui dédiait tout son amour. Et tandis qu’il l’embrassait, elle ramena ses pieds le long des cuisses de son aimé afin d’enrouler autour ses jambes. La manoeuvre s’acheva en une prise ferme et initia le dernier acte de leur ballet. Harlon l’honorait de sa passion. Un cadeau chargé d’une émotion irradiante qu’elle n’aurait su contrôler, et qui à l’inverse se jouait d’elle. Elizabeth se trouvait hors du temps, le coeur à l’arrêt, les synapses submergés d’une information impossible à traiter. Le souffle court, alors presque inexistant, elle suppliait qu’il arrêtât autant qu’elle ordonnait qu’il continuât, sans un mot, rien qu’un murmure mélodieux.


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    Étendue à même le sol, l’Arkanienne avait fermé les yeux. Sa pensée s’était tu, sa seule mémoire corporelle occupait les méandres de son esprit. Tandis que son rythme cardiaque retournait à la normale, quatre de ses doigts couraient le long de sa cicatrice ventrale. Retrouvant un semblant de présence, elle se jura de la faire gommer au laser dès la fin du séjour de l'Empereur. Demain ils montaient visiter la station. Elle ouvrit les yeux, tourna simplement la tête vers lui, et allongea le bras dans sa direction, en quête d'un contact. Elle le trouva rayonnant, satisfait.

    Le regard de la Monarque se porta au devant de l'aiguille de l’horloge déréglée. Combien de temps pouvait-on espérer négocier un accord sur le libre échange ? Elle n'avait pas imaginé que les choses se dérouleraient ainsi, sur le tapis d'une salle de réunion. Depuis une paire de semaines, elle imaginait un lit, peut-être celui d'un hôtel, trop grand pour deux, une suite chic au dernier étage d'un building vertigineux. Quelque chose de romantique. Dans le décor. Le tapis n’avait rien de la romance rêvée, mais la douceur et la prévenance de son partenaire, elles, valaient toutes les suites cinq étoiles de ce monde. Alors, tout ceci n'avait rien d'une mise en scène ? Non. Elle avait eu envie, soudain, au détour d'un ennui, d'être proche de lui, si proche qu'on eut pu les confondre. Tandis que les uns et les autres achevaient leur fade repas, la Monarque, dissimulée derrière le voile neigeux de ses yeux, observait et imaginait l'Empereur. La suite lui était connue.

    Finalement, la Reine, du bout des doigts, attrapa le coin de sa veste, restée tout ce temps sur le dossier d'une chaise et la tira à elle. S'aidant de ses bras pour se redresser et s'asseoir, elle passa enfin le vêtement pourpre, sans avoir pris la peine de boucler à nouveau son corset. Elle estimait ne pas avoir besoin de dire à Harlon ce qu'elle avait pensé de lui, tout comme elle n’avait pas envie de le questionner sur son propre sentiment. Elle se contenta d'un sourire et d'un …

      « Je t'aime. »

    Elle ramenait à elle ses vêtements, les enfilant un à un, jusqu’à ses chaussures. Tandis qu'elle boutonnait ensemble les deux pans de sa veste sur ses seins nus, elle constata que l’Humain procédait de même de son côté. Elle le rejoignit d'une foulée.

      « Tu ne trouverais pas cela étrange de vouloir que tu le gardes ? »

    Elle tenait entre ses mains le corset à seize baleines en soie et dentelle fine.

    Quelle que fut la réponse, Elizabeth se serra contre Harlon. Elle aimait sentir ses mains dans son dos, prisonnière de cette cage protectrice. Elle aimait savoir qu'il l’aimait, et qu'il la désirait.

      « Je suis comme une enfant, sans envie de travailler, j'aimerais rentrer. »

    Un peu honteuse, elle se cacha dans les bras de son aimé, enfouissant son visage contre le torse de l'Humain.
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By Harlon Astellan
#34850
Farfouillant l'épiderme blanchi, étendu face à lui, nus comme deux vers, Harlon commença de fermer de les yeux, pour retourner en somnolence passagère, avant qu'un bras ne se tende en arrière, pour lui percuter le pectoral gauche. Prenant la main à son bout, il guida le membre jusqu'à sa bouche, en veillant à ne pas disloquer le bras par un faux mouvement, ce qui aurait pu se produire dans le feu de l'action. Il embrassa les fines phalanges saillantes, qui pointaient hors de cette main trop fine pour être celle de la vraie noblesse. Une main de voleuse. De coeur plutôt que de bijoux, même si, dans le passé immédiat... Se tournant vers lui, il arrangea un peu ses cheveux en bataille, chassant des mèches anarchiques en arrière, et profitant de ce regard nouveau qu'il lisait pleinement pour une fois. Des yeux rieurs qui se départaient de leur mélancolie, le temps d'une soirée. Ou, du moins, une après-midi. La soirée était encore loin. Le temps de régler les affaires qui les séparaient d'un repas, et de la période nocturne, les heures allaient compter triple. « Ça va ? » C'était une question conne, mais il se sentait de la poser. Si ça allait. Naturellement, sortie comme ça, comme par inquiétude et satisfaction. Lui aussi avait imaginé tout un tas d'endroits. Des qu'ils avaient visité, des qu'il avait visité seul, des qu'il fantasmait même... En haute montagne, à la lueur d'un feu de bois ; dérivant dans le vide spatial à bord d'une sphère vitrée en apesanteur ; sur cette place où ils avaient dansé lors de leur première nuit ; dans la cave de son logis familial ; et même sur un champ de bataille, à juste lui arracher la coque, lui-même harnaché de son armure de combat, le sang en tâches sur son visage, ses lèvres coupées par les shrapnels, et elle, puant la sueur et la cendre, les cheveux attachés, le ventre posé contre un cadavre de rebelle... Une fertilité qui augurait un avenir tranquille, pour peu qu'elle fût soignée de son mal intérieur.

Mais surtout, le simple tapis d'une simple pièce de son simple logis suffisait. Il était avec la bonne compagnie pour ce moment. Le lieu, les circonstances, tout cela passaient au loin. Elle bougea un peu, tira la veste jetée sur le fauteuil à elle. Se relevant, son mamelon chatouilla le nez d'Harlon, qui dut se gratter devant le titillement imprévu. Il finit par se convaincre qu'il valait mieux se rhabiller. Son pantalon glissé au-loin, enfilé d'un coup sec, avant de passer les bottes, de se ceinturer avant de repasser la tunique sombre. Son dos, constellé de coupures artificielles, laissait apparaître une force musculaire qui aurait pu broyer la Monarque. La chair roula sous la peau tendue tendit qu'il remettait en place son attirail d'apparat. Il avait chaud maintenant. Trop chaud. Le chauffage par le sol les avait maintenu en confort constant, ramollissant leurs chairs et stimulant leur sang. La physique élémentaire pouvait contribuer à expliquer cette fusion particulière. « Je t'aime. » Ralentissant ses mouvements, jusqu'à les figer dans l'espace, il se retourna et lui offrit un mince sourire qui susurrait son propre sentiment. « Moi aussi. » glissa-t-il malgré tout. La lecture thermique arkanienne les privait de l'élémentaire lecture faciale, et ce genre de déclaration méritait une phrase limpide. A la voir se rhabiller, à voir la peau pâle sans sous-vêtement qui apparaissait encore en clair sous la veste pourpre, Harlon eut une nouvelle bouffée d'air, et eut envie d'elle. Les contours parfaits à hauteur de torse lui inspiraient une montée sanguine du bas ventre qu'il ne contrôla qu'en se retournant vivement, et en se mordant l'intérieur de la joue avec force. Tant de force qu'il laissa couler un goût de cuivre au fond de sa gorge pour calmer ses ardeurs.

« Tu... » Interrompant sa séance de masochisme sanglant, il se retourna, l'air curieux le couvrant pour une rare fois, tandis qu'il boutonnait son col. « ... ne trouverais pas cela étrange de vouloir que tu le gardes ? » Etrange ? Si, plutôt. Il imaginait mal ce qu'il pouvait faire avec un corset. C'est quand il aperçut l'éclat du collier kyber qu'il comprit le principe. « Non, pas du tout. » Il le prit de ses deux mains, l'admirant sous ses coutures, avant de le poser sur la table centrale. « Par contre, qu'on se le dise... il est trop petit pour moi, je vais étouffer. » Si elle n'avait pas apprécié la plaisanterie - ou peut-être que si - elle se jeta dans ses bras. Il se donna l'envie de la prendre aussi, de la serrer fort, fort... Jusqu'à se souvenir de la fragilité osseuse des femmes, et de se contenter de l'emprisonner avec fermeté. Il l'aimait et la désirait. Il pensait qu'elle l'aimait, et que, même si elle avait expliqué pourquoi la chose était impossible, qu'elle le désirait aussi. Pas de la même façon, pas pour les mêmes raisons. Mais un jour, l'héritage Civicius serait gommé. Ils pourraient se désirer mutuellement, sans l'ombre d'un père ou d'une mère pour les en empêcher. « Je suis comme une enfant, sans envie de travailler, j'aimerais rentrer. » Et alors qu'elle se cachait la tête dans son sternum, il essaya de comprendre cette déclaration. Si l'on enlevait la première virgule, et qu'on remplaçait la seconde par un point, tout était clair. Tel quel, il se repassait la phrase sans y trouver de sens. Il se décida finalement à s'arrêter sur le plus important. « On va rentrer. On va rentrer... » Berçant sa future épouse, avec l'image de ce que tout impliquait dans cette déclaration. « On va rentrer... chez nous. Bientôt. Chez nous. » Chez nous. A nous deux. Rien qu'à nous deux.




Embrassades, baisers rallongés, caresses à la joue... autant d'intermèdes qui ponctuèrent une longue séance de rhabillage. Harlon remisa le corset, ne sachant trop comment l'emporter discrètement avec lui. Ils ne se cachaient plus de leur relation, mais il tenait tout de même à préserver l'honneur de sa Dame. Venir en public, corset à la main, allait donner une image tellement... gourgandine à la Monarque. Ses affaires remises en place, il consulta son comlink, et constata qu'on avait cherché à le joindre... quarante-quatre fois ! Un seul interlocuteur... Oh, il savait qui. A quoi bon. « Il te reste une bonne minute... » Il soupira. « Si seulement... si seulement on pouvait la prolonger... Rester là, avec toi... t'avoir dans mes bras, à écouter une musique douce venue d'un pays lointain... ces imbéciles cognant à la porte, auxquels nous resterions sourd jusqu'à l'effondrement de nos civilisations... Ces mêmes imbéciles qui attendent que nous sortions pour nous annoncer la bouche en coeur qu'un accord a été trouvé, chacun tentant de se faire mousser de son chef devant celui des autres. » Un oeil à sa propre montre lui indiqua qu'ils devaient déjà être attendus. « Et si on les faisait attendre ? Et si je te donnais une heure de plus à te consacrer ? Loin de l'Empire, loin d'Arkania, de la politique... juste nous, sur un divan, à profiter l'un de l'autre... »
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