L'Astre Tyran

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By Ranath
#35549
      « Tiens plus fermement la poignée du sabre, tu as dû remarquer combien c'est incroyablement léger en main. »

    Darth Varadesh apparut brusquement dans l’encadrement de la porte. Isabo sursauta, son coeur fit un bond dans sa poitrine, et elle se tourna brusquement vers l’entrée. Au moins cette fois, elle n’avait pas crié. De ses grands yeux ahuris, elle dévisageait son instructrice.

      « D’a … d’accord. »

    Crispant les épaules, rentrant légèrement la tête entre elles, l’Humaine raffermit la prise sur la poignée du sabre. Voilà désormais qu’elle était toute raide et n’osait plus bouger. Seuls ses yeux, suivaient la progression de l’Apprentie. Isabo se méfiait de Sabina autant que de Ranath. Elle les savait toutes deux retorses et empreintes d’une certaine cruauté, même envers les amis fidèles.

    Les oreilles grandes ouvertes, la rouquine prenait sa leçon.

    Son regard sauta sur la pointe de la lame améthyste. Redresser. Brandir. Comme ça ? Non … Une extension de la volonté ? Ne plus y songer ?! La panique s'immisçait doucement dans l’esprit de la novice. Trop d’informations. Depuis le sursaut, son coeur se maintenait à haute fréquence cardiaque, et l’anxiété tendait à tétaniser le reste du corps. Si bien qu’Isabo corrigeait sa position lentement, guettant du coin de l’oeil l’approbation ou la désapprobation de la Pantoran.

      « Isabo, relève la tête quand je te parle. Je ne vais pas te manger, tu n'as rien à craindre de moi. Sauf si tu n'y mets pas du tien bien sûr, je déteste les gens qui ne font aucun effort. »

    Explosion d’adrénaline, stress maximal. Si ça continuait comme ça, elle allait prendre une raclée, elle le sentait venir. Se détendre, relever le nez, souffler. Penser à autre chose ? Non, surtout pas !

      « Ok … »

    Jouant un peu des épaules, mais tenant toujours son sabre comme la pire des débutantes, la jeune Humaine trouva un moyen de se décrisper. Le chant de la lame de l’instructrice annula tout effort en ce sens cependant. À la vue de l’arme, la rouquine ouvrit de grands yeux. Un combat ? Oui, Ranath lui avait bien appris quelques trucs … quelques … trucs …

    L’Humaine se mit en garde, la garde du Shii Cho. Elle était sans défaut. Le Maître lui avait montré comment aligner pieds, hanches et épaules pour tenir la ligne. Mais ça, c’était à l’état immobile. En mouvement, c’était une autre affaire. Tenant son sabre devant elle, à deux mains, elle lança la première attaque. Lente au regard des standards, imprécise, et mal assurée. L’Apprentie la renvoya aussitôt à sa garde avec une grande facilité. Isabo se mit de nouveau en place, et recommença. Même scénario, même dénouement. Elle revint plus vite cette fois, s’essayant à une septine mal maîtrisée, mais néanmoins vite rattrapée. Pour Varadesh, c’était facile. Pour Isabo, c’était un genre nouveau de torture. Elle montrait ce qu’elle savait faire, sans imprudence, mais sans assurance.

    À mesure que les échanges défilaient, accéléraient parfois sous l’invective du professeur, la concentration de la rouquine croissait. Et comme dans toute activité sociale, dès lors qu’on pouvait considérer la pratique du sabre comme une activité sociale, la Comtesse liait sa pensée à celle de son interlocuteur. C’était une manie, la mauvaise habitude d’une gamine muette obligée d’impliquer son esprit pour s’exprimer. Sans vraiment s’en rendre compte, son esprit avait gagné les limites des sens de la Pantoran.

    Quand Varadesh jugea son élève prête à passer au niveau supérieur, elle entreprit de feinter, de lui inculquer les rudiments de la ruse armée. Isabo s’y essaya sans rechigner, de plus en plus à l’aise, bien que toujours prudence. Mais le dernier coup se trouva être de trop pour son équilibre instable, et prise de panique, tentant d’éviter l’estoc, elle trébucha pour tomber en arrière et lâcher son arme.





#35555
Vkoh s’était déplacée dès lors que la femme à la peau bleue avait quitté son antre. Lentement, silencieusement, elle avait fait le tour du vaisseau dans la solitude la plus extrême. C’était finalement ce qui lui plaisait le plus désormais. Déambuler sans parler à personne, sans demander quoi que ce soit. Elle obéissait à des ordres dont elle ne comprenait pas toujours les aboutissants, ni même ne cherchait à les questionner. Une sorte de fantôme, autant dans sa vie, dans ses relations, dans son existence et son physique. Depuis ce jour où elle avait perdu son identité, elle avait réellement l’impression de s’être rapprochée de la mort, au point d’en avoir touché l’essence. Ce qu’elle y avait perçu avait été différent de ce que le côté obscure avait promis. Froid, douloureux, brûlant … Il n’y avait rien de la rage et de la colère promis par les Sith. Il n’y avait tout simplement rien. Cela lui avait fait prendre conscience de son évidente fragilité, et de remettre en question sa quête. D’une certaine manière, elle en était probablement ressortie grandit, mais à quel prix ? Le tribut était bien trop lourd à porter, les conséquences trop néfastes pour simplement survivre.

Elle avait alors vu dans l’expédition du tombeau obscure, des réponses. Un chemin de croix tout tracé qui la menait vers les méandres de l’obscurité. Elle le sentait, le bout du voyage, l’horizon glacial. Et il se trouvait sur Dromound Kaas. Impossible cependant de déterminer comment cela allait finir. Sa mort, la mort des autres, la folie ou l’annihilation. Des existences seraient inévitablement détruites là-bas. L’orgueil des Sith, de Mya pour les avoir envoyée. De Sabina qui n’avait pas encore les épaules pour comprendre … Cette orgueil les mènerait dans un piège construit il y a des millénaires. Pire que les Jedi, l’orgueil était ce qui empêchait l’ordre Sith d’émerger. Et ce depuis la chute de leur empire.

Ses pérégrinations la menèrent à proximité de cette zone où s’entrechoquait des sabres. Où l’on tentait d’apprendre la passion à un être trop sensible. La guerre à une pacifiste. Vkoh pénétra dans la pièce sans un bruit, longeant les murs, le regard tourné vers le centre éclairé, où s’affrontaient les protégées de Mya. L’ombre la suivait de près, laissant une trace derrière elle qui s’échappait en volutes de fumées cendrés. L’on aurait presque pu distinguer des braises incandescentes se matérialiser et s’échapper. Sans aucune odeur, sans aucun crépitement. L’observation fut de courte durée. La petite chose chétive tomba à la renverse. Dans un vrai duel, elle était morte. Vkoh en profita pour s’approcher et ramassa le sabre laser roulé loin de sa détentrice. Sans un mot, alors que son séant lui tenait encore de support, la femme cassée lui présenta l’arme, horizontalement. Elle ne fit aucun commentaire, ni positif, ni désobligeant, se contentant de lui ramener son cœur. Le cœur des sensitifs.

Toujours sans un mot, elle dégaina son propre sabre laser à la couleur jaunâtre et se plaça en position Shii Cho face à Varadesh. Attendant que cette dernière accepte son invitation silencieuse à ce duel. Démonstration ou non, Varadesh la connaissait assez pour savoir comment elle réagissait. Ou peut-être pas assez pour percevoir autre chose que de la rage dans ses gestes. L’esprit en lui-même n’était pas fermé, à personne. Il était simplement tellement obscure que l’on ne savait pas vraiment où l’on avançait. Frôler l’esprit de Jeny, c’était regarder une étoile sans protection. Il n’y avait pas la splendeur, simplement la douleur de la brûlure, et une cécité maladive poussant vers la folie. Le regard rougeâtre restait fixé sur sa comparse, attendant qu’elle n’ouvre le bal. Un bal rapide, efficace, mais particulièrement théorique, se basant sur des passes de défenses et d’attaques, de jeux de jambes et d’esquive scolaires. Mais d’un côté comme de l’autre, maîtrisé et simple. Jeny n’essayait pas de prendre l’avantage, se contentant de la démonstration. Au début seulement. Car dès lors que le combat prenait en intensité, l’ombre s’agitait autour d’elle, mais jamais n’attaquait. Ce furent le concert de lame qui devint assourdissant et les effets lumineux à en crever les yeux. Lame rouge contre jaune, jusqu’à ce que le rouge prenne le dessus, et que la jaune soit expédié. Lame de la dague fut tirée au clair, et un nouveau duel débuta, plus proche encore. Varadesh qui cherchait la distance, là où Vkoh voulait la proximité. Faute à la taille de la lame. Ce manège se conclut quand Jeny fit un faux pas, qui se termina par une lame au niveau de son cou. Elle venait de mourir. Est-ce que cela avait été intentionnel ? Seule Varadesh savait. Varadesh qui était le guide de cette expédition, mais également la future dame sombre. Celle qui par essence dépassait les autres en tout. La nouvelle Sith recula alors et vint chercher ses armes. Avant de retourner dans l’ombre, elle commenta en passant vers Isabo, sa respiration mécanique à quelques centimètres de son oreille :

« Je peux te protéger de ce qui nous attaquera. Je ne peux pas te protéger de toi-même. »

Elle ne laissa aucun autre commentaire et retourna dans un coin de la pièce, dans l’ombre.
#35564
Comme elle avait pu s'en douter, Isabo peina à lancer son premier assaut. Visiblement terrifiée par la perspective de se battre, la jeune fille ne brillait pas ainsi malgré ses essais successifs et courageux. Il fallut bien qu'à un moment, elle ne prenne l'initiative. Soit, l'attaque n'était pas forcément le meilleur moyen pour un Sith de vaincre son ennemi après tout, une défense implacable pouvait tout aussi facilement l'expédier dans l'autre monde, à la longue, qu'un assaut enragé jusqu'à percer ses défenses. Malgré son propre manque de connaissances sur le sujet des Formes de combat, Varadesh pensait savoir quel style pourrait être le plus approprié pour la petite rousse mais il lui fallait en voir plus avant de statuer sur le sujet.

C'était ainsi qu'elle passa immédiatement à l'attaque, usant du Niman pour lancer des assauts sur le sabre d'Isabo qui étaient fermes mais pas féroces ni impitoyables. La Forme des Diplomates n'autorisait pas ce genre d'exploit car elle préconisait une économie de tout mouvement de combat en faveur des autres disciplines inhérentes aux tâches d'un diplomate. La Pantoran, peu versée dans la diplomatie, avait toutefois trouvé le moyen de tirer parti de cette forme autrement, en dédiant l'énergie non utilisée dans le combat à la maîtrise de la Force, la rendant bien plus dangereuse sur ce terrain que sabre en main dans un duel. On la sous-estimait ainsi plus facilement et on était plus susceptible de baisser sa garde.

Tu laisses trop d'ouverture quand tu bouges, tu crées des failles dans ta défense et tu t'exposes au danger. C'est dangereux.

L'apprentie ne s'énervait pas ni ne se moquait de la petite. Sachant très bien à quel point il était difficile de comprendre toutes les subtilités du combat au sabre, elle n'aurait jamais eu l'idée de se comporter ainsi avec Isabo, qui malgré ses difficultés comprenait les notions de base. En fait, ce qui lui manquait le plus n'était pas le talent qu'elle croyait déceler en elle, c'était la volonté. La motivation. L'envie. Elle n'avait pas le cœur à ça. Cela lui parut évident lorsque, lui apprenant comment feinter et tromper l'adversaire, elle paniqua en voyant subitement le sabre orangé passer sous sa garde et se rapprocher dangereusement d'elle. Soupirant tout bas, amusée malgré tout, la Pantoran sembla sur le point de dire quelque chose lorsqu'elle s'interrompit en fronçant les sourcils.

Elle avait senti quelque chose approcher, comme une perturbation dans la Force, une irritation qui la démangeait dans le cou et la tête. Surgissant des ombres, Vkoh apparut soudainement et se présenta sans mot dire pour enchaîner à la suite de l'humaine. Il y avait vraiment quelque chose de malsain chez elle, au-delà de la noirceur si caractéristique des Sith. En fait, d'une certaine façon, cela lui rappelait Odion, dont la présence dégageait le même genre de puissance infernale et en même temps éclipsée par quelque chose d'autre qu'elle n'aurait su décrire. Hochant la tête en signe de respect, d'un duelliste à l'autre, elle tendit le sabre en avant, en position de garde et elles débutèrent.

Vkoh était bien loin de l'inexpérience d'Isabo, Varadesh le savait bien pour l'avoir vue en action. Et elle savait également que celle-là était bien plus forte qu'elle, ce qui ne l'empêcha pas de tout faire pour se défendre convenablement et même essayer de vaincre, sachant la victoire improbable. Aux yeux inexpérimentés de la rousse, leur combat devait être un vrai spectacle d'effets pyrotechniques, un ballet de gestes bien trop rapides pour être suivis à l’œil nu. La vérité était, là encore, que comparées aux Seigneurs Noirs de leur Ordre, elles étaient balourdes et lentes, imprécises et peu concentrées.

D'un coup le sabre rouge ne fut plus manié que d'une main tandis que l'autre brandissait la dague qu'elle avait vu en action également au temple de Thule. Une arme fonctionnelle et tranchante, au passé aussi sanglant que macabre de ce que lui en avait dit Jeny. Elle se demandait souvent pourquoi elle n'avait pas jeté ce truc à la poubelle, peut-être était-ce un rappel de ce qu'elle avait perdu avant de devenir la chose qu'elle était maintenant. La difficulté augmenta encore d'un cran supplémentaire, bien que Varadesh eut pris l'habitude, lorsqu'elle se lançait dans un duel, de dresser un bouclier autour d'elle. Cet artifice n'était pas suffisant pour contrer un trop grand déferlement de puissance mais permettait de ne pas avoir à s'inquiéter de trop gros coups.

Elle vit une occasion d'agir au détour d'un nouvel échange particulièrement violent durant lequel la dague faillit bien lui dessiner une belle coupure au visage. Se jetant sur Vkoh, elle la força ainsi à reculer précipitamment et à trébucher, la faisant basculer de côté et perdant l'équilibre, pour finir avec le sabre contre sa gorge, prêt à mettre un terme à une vie de souffrances. Les yeux dorés de la Pantoran brillaient, d'une joie féroce pour sa victoire, de l'excitation que lui procurait toujours le combat et d'une déception contenue. Elle soupçonnait que Vkoh ait à dessein commis une erreur et cela lui déplaisait, car impliquait qu'elle serait incapable de vaincre sans un coup de main.

Elles n'échangèrent aucune parole, simplement un bref regard avant que l'autre ne reparte dans les ombres d'ou elle s'était extirpée brusquement. L'apprentie ressentit une fois encore du regret en l'observant s'éloigner, quel gâchis. Quel dommage. Elle fit signe à Isabo de revenir face à elle dans le cercle puis se rapprocha d'elle. Son visage avait pris une expression neutre mais sa voix était douce et aux accents légèrement chaleureux.

Tu te défends pas si mal.

Posant une main sur l'épaule gauche de l'humaine, elle la regarda dans les yeux, des yeux ou brillaient tant de sentiments forts. Elle sourit.

Tu manques de discipline. De calme. De raison. Tu réagis instinctivement comme si tu craignais de prendre le temps de réfléchir aux possibilités. Dans un combat, il ne suffit pas d'être la plus forte ou la plus rapide pour vaincre, pas même d'être la plus rusée. Ces qualités n'ont pas empêché nombre de grands duellistes de se faire tuer. Tu dois observer ton adversaire, tu dois le comprendre aussi intimement qu'il se connait. Tu dois deviner comment il va agir avant même qu'il ne le décide. Tu dois prévoir un coup d'avance sur lui, toujours. Car c'est ainsi que les Sith ont su vaincre leurs ennemis pendant des millénaires. En observant patiemment. En étudiant méthodiquement.

De sa main libre, elle prit délicatement le visage d'Isabo dans le creux pour le lever de nouveau et croiser son regard. Les yeux dorés l'observaient mais ils étaient devenus différents de d'habitude. Des sortes de pics noirs imprégnaient tout l'intérieur des orbites tandis que l'or devenait orange vif. Son sourire avait disparu aussi vite qu'il était apparu et elle ne lâchait plus du regard la rouquine.

Mais les Sith n'ont pas uniquement recours à la patience pour vaincre. Nous croyons que la vie et la Force ne se font qu'au travers des émotions les plus puissantes. La colère, le désir, la haine, la passion, la peur. Elles nous libèrent de nos chaînes, elles nous montrent notre véritable potentiel. Nous ne sommes pas des Jedi qui nient ce qui fait de nous des êtres vivants, nous comprenons l'importance vitale des passions de l'âme dans nos vies. Tu as ressenti de la peur quand tu m'as affronté. Tu avais peur de souffrir. Peur d'échouer. Peur de décevoir. Mais par-dessus tout, tu avais peur de toi-même.

Elle lâcha le visage de l'humaine et posa sa main sur l'autre épaule puis serra les deux avec une force surprenante.

A présent, tu vas projeter ta pensée, petite télépathe. Tu vas la projeter à l'intérieur de toi. Tu vas regarder en toi et tu vas découvrir ce que tu ressens. Tu vas avoir peur. Tu vas avoir mal. Tu vas ressentir un millier d'émotions. Et ce faisant, tu feras le premier pas sur le chemin de la liberté. Tu peux vaincre ton ennemi en l'étudiant et en prévoyant ses coups mais c'est par la puissance de tes émotions canalisées que tu lui porteras le coup de grâce. Grave ce mantra dans ta mémoire : la paix est un mensonge, il n'y a que la passion.

Et tandis que la jeune fille s'exécutait, Varadesh se tenait là, en bordure de son esprit, observatrice silencieuse, témoin invisible et pourtant bien là.

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By Ranath
#35605
    Ici, ce vaisseau, l'Ordre Sith, c'était la fosse aux lions. A peine un combattant sortait, qu'un autre entrait pour affronter le vainqueur dans l'arène. Darth Vkoh perdit à son tour. L'Apprentie imposait son art. Et dispensait ses leçons. A côté d'elle … on se sentait ridicule. Et toute ridicule qu'elle se sentait, Isabo ne pouvait que se remettre sur pieds et obéir encore aux consignes.

    Projeter sa pensée. L'Humaine parut d'abord dubitative. Puis elle se souvint. Cet exercice n'était pas si différent de ce que lui faisait faire Mya sur Coruscant. Elle hocha la tête, prit une brève inspiration, et entreprit de se concentrer. Sa pensée était insaisissable. Elle sautait d'une image à l'autre, et s'échappait dès qu'on y pensait. Penser à sa pensée. Cependant, les sens, eux, avaient quelque chose de vrai. Ils étaient palpables et offraient un sens certain à l'observateur. Le plus évident de tous, le toucher. Les mains de Darth Varadesh sur ses épaules, la tôle sous ses pieds, même les vêtements sur sa peau. Puis l'ouïe. Elle entendait les moteurs lointains, la coque qui geignait parfois, la respiration de la Pantoran, sa propre respiration. Elle entendait même, après l'effort, les battements de son cœur. Elle entendait l'écho de la pensée de Varadesh. Elle entendait ses propres mots, ceux qui résonnaient d'un synapse à l'autre. Ils énuméraient cette liste lentement. Quand on les accrochaient, ils fuyaient plus loin. Ils évoquaient alors un souvenir récent, quelque chose d'évident, tout un tas de banalités.

    Isabo pouvait ainsi remonter loin sur le fil de sa pensée, tantôt sinueux, tantôt linéaire. Elle repassa plusieurs fois par les mêmes étapes, mais sans abandonner. Elle en vint à définir ses propres limites physiques, les frontières de son esprit, de son aura, sa nature. Elle était faible. Autrefois, elle était courageuse, ou peut-être simplement inconsciente. Toute témérité l'avait abandonnée. Elle se souvenait de son voyage avec Helera. Ce jour là, elle avait assumé une nature différente. Elle avait blessé. Cela ne s'était jamais reproduit. Elle se souvenait avoir été faible encore. Face au décès de son grand-père. Face aux deux tueurs. Face à Ranath. Le conflit était perpétuel avec Ranath. Depuis toujours elles avaient été en désaccord. Et puis soudain, Isabo avait appelé à l'aide.

    L'esprit de la gamine se verrouilla. Le peu de partage en cours avec la Pantoran cessa. Isabo vint à son tour se placer aux frontières de la pensée de son instructrice.

      « J'ai compris. »

    La jeune Humaine passa le reste de la journée conventionnelle à s'entraîner sur l'exercice. Elle s’isola plusieurs heures, explorant les méandres d’une pensée parfois instable. Elle prit conscience d’une chose essentielle, un aspect primordial de son être. Cela n’avait rien à voir avec la Force. Cela n’était lié qu’à elle, à son histoire, à son essence. Une prise de conscience qui retarda son sommeil, déforma ses rêves. En cauchemar, elle aperçut Ranath, elle croisa Varadesh. Elle en pleura peut-être. Mais quand le réveil sonna, tout cela avait disparu. Et l’entraînement reprit, avec toujours autant de maladresse et d’imprécision. Mais cette fois, l’esprit de la jeune femme demeurait fermé. Tandis qu’elle longeait les bordures de la pensée de son professeur, elle s’assurait un contrôle total de sa propre intimité cérébrale. C’était facile, pour la gamine muette qui avait toujours pratiqué cet exercice.

    Le reste du voyage passa ainsi, presque normalement, en apparence. Et très vite, la silhouette de Dromund Kaas se présenta aux trois aventurières.
#35621
Silhouette silencieuse et immobile devant la jeune fille, l'apprentie observait le visage humain, les tics et spasmes qui agitaient à l'occasion ses traits juvéniles au fur et à mesure que son exploration intérieure se poursuivait. Son esprit restait aux aguets, en bordure, observateur muet qui n'intervenait pas. Le voyage se devait d'être solitaire car nul autre qu'elle-même ne pouvait trouver cette compréhension intime qui lui faisait défaut. Il fallait s'effacer et non pas s'imposer, au risque de perturber l'exercice et faire perdre un temps considérable à l'entrainement qui se déroulait. Il y avait des choses qu'on ne pouvait comprendre qu'en en faisant l'expérience personnellement, Isabo devait le comprendre.

Brusquement elle se ferma à toute influence extérieure et lâcha un bref acquiescement sans rien ajouter avant de s'en aller de la salle des moteurs. L'observant partir avec une lueur étrange dans ses yeux dorés, la Pantoran haussa imperceptiblement les épaules avant de quitter la pièce à son tour, allant prendre un peu de repos et laissant là Vkoh et sa douleur. Il n'y avait plus rien qu'elle puisse faire pour elle, aussi ne perdait-elle pas de temps à s'en préoccuper. Petit à petit, l'influence de la Dame Sombre se faisait plus présente chez son apprentie, dont le côté jovial et un peu tête en l'air se voyait progressivement remplacé par la froideur, le calcul, l'indifférence, l'ambition et la soif de pouvoir.




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Enfin, le terme du voyage arriva et, à portée de vue, s'étalait l'astre de Dromund Kaas la bien-nommée, ancienne capitale du Second Empire, siège de l'Empereur Sith et cœur ténébreux des glorieux membres des Sith de jadis. Déjà, alors même que l'explorer se rapprochait de l'orbite, on pouvait sentir la subtile influence de la planète jadis vouée au Côté Obscur. Comme Korriban la défunte, Dromund Kaas chuchotait de nombreuses promesses aux esprits des nouvelles venues, dont la moitié était incompréhensible tandis que l'autre éveillait inquiétude, curiosité et malaise en égales mesures. Et comme sur Korriban, Varadesh appréciait ces sensations, se délectait de sentir le côté obscur de la Force s'éveiller en sentant la présence des héritières de l'Ordre Sith. Enfin, de deux au moins, pour la troisième, la décision n'était pas encore pleinement tranchée.

La Pantoran était assise à son siège de pilotage, son regard rivé sur la sphère céleste par-delà la vitre, fascinée par ce spectacle. Il lui démangeait à présent de descendre à la surface et de ressentir plus intensément encore le pouvoir du côté obscur qui devait imprégner toute la planète. Le chant de sirène qui l'avait perdue sur Mirial résonnait de nouveau dans son crâne et c'était avec difficulté qu'elle y résistait. Comme elle aurait voulu s'y perdre, si seulement ! Mais l'avertissement du maître et le souvenir de son humiliation cuisante l'en empêchèrent. Elle ne pouvait pas redevenir une esclave, plus jamais. A grand-peine elle détacha son regard pour reporter son attention sur le pilotage. Ce que lui disait le navigateur et les bruits de son astro-droïde n'étaient pas pour la rassurer.

Il y a des orages sacrément violents qui font rage en bas. Il va falloir que je trouve une zone d'atterrissage sécurisée et à priori, la plus proche du Temple Noir est à au moins une dizaine de kilomètres... J'espère qu'un peu de marche ne vous fait pas peur.

Les 2 autres demoiselles - quoiqu'on pouvait sérieusement se questionner sur un tel qualificatif pour Vkoh - l'avaient rejointes dans le cockpit et ne disaient mot pour l'heure. Elle supposait que la première n'en avait que faire tant qu'il n'était pas question d'agir ou de hacher menu tout obstacle tandis que la seconde devait être perdue dans ses pensées. Un trio de très bonne compagnie, assurément. Paradoxalement au vu de leur dernière escapade ensemble, Ranath lui manquait. Elle constituait une présence réconfortante dans un sens et se retrouver à proximité de la Dame Sombre revenait à baigner sous la chaleur du côté obscur concentré en un seul individu. C'était peut-être cela qu'avait voulu entendre Darth Bane par sa Règle des Deux aujourd'hui abandonnée. "Un pour incarner le pouvoir". Une perspective alléchante et enivrante qui éveillait sa convoitise chaque fois qu'elle y songeait.

L'explorer pénétra l'atmosphère et immédiatement, malgré les stabilisateurs poussés à fond, le vaisseau se mit à trembler sous la force des orages violents qui régnaient sous les nuages de la planète. Au bout de plusieurs minutes, la silhouette émergea du banc orageux, permettant de voir ou que portait le regard une immense jungle impénétrable. Volant au-dessus de la jungle épaisse, le vaisseau cherchait quelque piste d'atterrissage potentielle. Parfois, elles pouvaient apercevoir les contours d'un bâtiment en ruine voire même d'un ensemble de structures. Il ne restait des villes éparpillées sur tout le globe que ces restes, derniers témoins muets de la gloire de jadis des Sith, aujourd'hui tombés en poussière. Mais, un jour, tout cela renaîtrait, elle en avait la certitude. Il leur avait fallu mille ans pour renverser la République et les Jedi, peu importait s'il leur en faudrait mille autres.

Elle trouva ce qui pouvait faire office de zone d'atterrissage, une clairière dénudée sur une vingtaine de mètres alentours et elle s'y posa. La manœuvre fut relativement délicate, compte tenu de l'absence de marge d'erreur possible, exigeant toute sa concentration et son attention. Le côté positif, c'est que cela l'empêchait ainsi d'entendre les murmures imperceptibles qui étaient devenus plus présents à mesure que le vaisseau s'était rapproché de la surface. Enfin, les moteurs furent coupés, elles étaient arrivées. Attachant son sabre à la ceinture, vêtue d'une tenue d'exploration, l'apprentie prit un sac à dos qu'elle garnit de quelques bouteilles d'eau, rations de survie et kit de premiers secours. Le Temple Noir n'était pas tout prêt et mieux valait être prudente. Elle avait conseillé aux 2 autres d'en faire de même mais n'avait pas vérifié ni ordonné quoi que ce soit. Elles étaient libres de faire comme bon leur semblait après tout.

Il va falloir rester aux aguets, je sens des choses s'agiter autour de nous. Le Côté Obscur est très puissant ici, je suis sûre que les animaux locaux ont été influencés par lui. Ils ont peut-être même appris à l'utiliser pour survivre, pour chasser... Et pour tuer. Isabo, garde ton sabre à portée de main et ne t'en sépare sous aucun prétexte. On y va.

Et le trio de commencer à progresser à travers la jungle impénétrable en direction du Temple Noir, leur destination et objectif. Et les ennuis qui n'allaient maintenant plus tarder à pointer le bout de leur museau pour leur souhaiter la bienvenue. On n'en doutait pas une seconde.
#35630
Qu’avait-elle fait les jours qui suivirent l’affrontement ? Elle avait de nouveau disparue dans les moteurs, arpentant alors avec le silence des machines les endroits les plus sombres. Toujours son coffret dans les mains, caressant par moment le bois lustré et finement ouvragé comme s’il s’agissait d’un précieux présent. Au bout du deuxième jour, elle décida d’enfin laisser l’arme au clair, pendant dans son fourreau sur le côté de sa taille. Elle avait terminé son voyage en méditant, l’ombre autour d’elle pulsait davantage encore et croissait de manière trop prononcé. Quand elle fermait les yeux, Vkoh voyait la lumière, cette forme blanchâtre entouré de cette fumée noirâtre. Comme une naine blanche entourée d’ombre. Cette naine qui au terme devint un deuxième cœur dans sa tête et lui explosa dans le crâne. Ses yeux s’étaient ouverts au même moment, empreint d’une nouvelle lueur crépusculaire. Le rouge alors si vif était plus ténue, plus sanguin encore, plus noirâtre. Sans mot dire, elle était retournée dans le cockpit, non sans précipitation. L’excitation la prenait aux tripes et l’ombre s’excitait. Il n’était désormais plus question de la contrôler, laissant aller une très forte aura de fumée autour d’elle.

La pantoran était au pilotage de son vaisseau, faisant quelques commentaires auxquels elle ne répondit pas. Son regard caché tourna sur la petite rousse, et sentait la peur qui lui cisaillait l’estomac. Pas de commentaire non plus. En revanche, dès lors que le vaisseau rentra dans l’atmosphère, toute la Carling hurla de douleur. Le métal semblait se plier sous l’effort, les vibrations d’abord sous-jacent vinrent au premier plan. Vkoh s’accrocha pour ne pas tomber et résista à l’envie de récupérer le manche de pilotage. Sabina avait sans doute d’énormes capacités, mais elle ne la surpassait pas dans ce domaine. Personne ne le pouvait. Personne n’avait réussi. Elle garda alors ses yeux sur les boutons de pilotage tout le long de la descente, cette envie de la dégager à chaque seconde qui passait. Mais, elle était le maître à bord, le chef de l’expédition et la prochaine Dame Sombre. Le respect était de mise tout autant que la servilité volontaire. Aussi, sa patience céda quand elle essaya de se poser dans la clairière. Son cœur battait la chamade et elle voulait sortir de là. L’ombre également.

La chienne Sith n’avait alors pour voyager que ses gélules de nutrition, ses armes et sa combinaison. Rien d’autres, pas de sac, pas de lampe, rien. Le côté obscure présent ici lui donnait une telle énergie qu’elle s’en serait prise capable d’aspirer l’énergie vitale de toute la planète. A peine la rampe baissée que Jeny prit les devant et marcha rapidement jusque dans la jungle alentour. Le bruit des animaux résonnaient, des petits, comme des plus gros. Elles les voyaient tous autant qu’ils étaient, tapis dans l’ombre, jugeant leur ennemi, leur prochaine proie. Jeny se laissa alors tomber dans l’herbe et toucha de la paume de sa main la graisse verte sous ses pieds, elle posa son front contre la terre et ferma les yeux dans une position pénitente. Elle ne sentait rien. Ni la fraicheur, ni le vent, ni les odeurs. Rien. Opaque à tout. Sa main se planta dans la terre et en arracha une grosse poignée avant de la broyer et de l’y jeter plus loin. Elle se releva et regarda dans les alentours, le temps que les deux autres femmes finissent de se préparer. L’ombre autour d’elle était plus vivante que jamais, plus menaçante. Le tentacule qui se présenta à elle fut presque palpable. Jeny le regarda, et celui-ci fit des mouvements de droite ou de gauche, comme animé par une propre volonté.

« Le bout du chemin, il approche. Oui, je les sens aussi. Elle nous jauge déjà. Les dominer ? Non. Les absorber sera suffisant. Nous rétablirons l’ordre alimentaire. »

Les deux femmes firent leur apparition à ses côtés, au moment où l’ombre avait entouré ses bras, s’entourant en un tourbillon, serpentant autour des avant-bras. Elle leva les mains vers les ciels et sembla se placer sur la pointe des pieds. Il y eu une sorte de détonation dans l’espace, sorte d’explosion de détonateur thermique étouffé, puis elle agrippa l’ombre naissante intangible du bout des mains. En un mouvement, elle lança un premier jet comme une lance, tourna sur elle-même, lança une deuxième, une troisième jusqu’à la cinquième, dans plusieurs directions approximatives. Les traits assumés par l’obscurité, nourris par la planète, devenait des armes meurtrières qui laissèrent dans la jungle des trous aux périmètres encore brûlant d’une flamme violacé, fumant de cette même ombre. A la remarque de Sabina, elle surenchérit.

« Je les vois. Je sens leur cœur qui bat. Je vous protégerai. »

Regard vers Varadesh avec un hochement de tête entendu. Puis vers Isabo.

« Reste au milieu de nous deux. C’est moi qui ferme la marche. Fais ce qu’on te dit et tu vivras. »

Tout allait pouvoir commencer et surtout finir.
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By Ranath
#35631
    Pas un mot, les dents serrées, Isabo ne communiquait plus que par hochements de tête successifs. Dès lors qu’elle avait aperçu la planète obscure, elle s’était figée, assise à côté de Varadesh qui pilotait du mieux qu’elle le pouvait. Son regard était braqué sur l’astre tellurique, elle la fixait sans discontinuer. Tant hypnotisée qu’elle était par la force de cette sphère, elle crut même entendre sa voix lui murmurer quelques conseils, ou peut-être des promesses. Vraisemblablement, il se passait quelque chose. Ici, ou ailleurs. L'atterrissage secoua la jeune Humaine qui réalisa soudain que le voyage prenait fin. Son regard sauta brusquement sur l’Apprentie, l’ouïe en quête de consignes simples à appliquer.

    Le trio quitta le couvert métallique du vaisseau avec prudence. Ici, la jungle. Ça empestait le danger. Et Isabo devait lutter pour ne pas se laisser aller à la peur. Elle ramenait systématique à elle chaque pensée, chaque émotion qui filtrait au dehors. Elle ferait tous les efforts possibles pour ne pas ralentir les deux Sith. Son poing fermement serré autour de la poignée du sabre de Ranath, le pouce prêt à activer la lame. Elle était si crispée qu’elle ne pouvait plus trembler. Et si ses deux consœurs avaient la faculté d’explorer les alentours d’une pensée, la rouquine ne s’autorisait pas une telle audace. Elle surveillait ses pieds, et le dos de Varadesh. Parfois, son regard glissait vers les ombres de la forêt, et c’était tout. Elle imaginait tout un tas d’atrocité, sans en voir une seule de ses yeux. Elle appréhendait l’attaque qui signerait le début d’un combat sanglant, dans lequel elle ne jouerait aucun rôle décisif.

    Les représentantes de l’Ordre marchèrent longtemps dans un environnement des moins praticables. Quelques animaux s’approchèrent, rôdant entre les arbres, jaugeant leurs proies. Mais Darth Vkoh était une dissuasion suffisante pour eux. La plupart renonçaient avant même qu’on put réagir, et ceux qui maintenaient le cap subissaient le courroux de l’ombre qui accompagnait la louve. En conséquence, on n’apercevait que rarement les prédateurs qui tentaient une véritable approche. Cependant, après une marche bien trop long au goût de la petite Isabo, la situation se dégrada considérablement. Alors que l’emprise du Côté Obscur se renforçait, qu’on se trouvait d’autant plus tentée d’y céder, un tout autre type de faune se déclara à la tombée de la nuit.

    Leurs carapaces secouaient les fougères, parfois les arbres les plus jeunes. Leur danse mortelle les amenaient nécessairement au contact des trois aventurières. Enfin, après de trop longues secondes d’indécision, l’un d’eux se dressa face Varadesh. Poussant un grognement rageur, le Yozusk se jeta, toutes griffes dehors, sur l’Apprentie. Trois autres chargèrent en direction de leurs proies qui avaient, sans le savoir, pénétré sur le territoire de la harde. Sans attendre de consigne de la part de ses tutrices, Isabo avait allumé la lame de son sabre et éclairait son alentour direct d’un vif halo améthyste. La panique s’empara aussitôt d’elle. Sa lente compréhension de la situation retardait chacune de ses réactions. Par chance, Vkoh et Varadesh constituaient de fabuleux gardes du corps, et encore aucun animal ne s’était approché de la rouquine.

    Elle se tenait prête néanmoins, tenant son sabre à deux mains. Bien malgré elle, elle se remémorait les paroles de l’Apprenti et du Maître. Elle entendait, entre ses deux oreilles, leur voix sévère et autoritaire. Toutes deux lui intimaient le même sermon. Ou bien était-ce un tour du Côté Obscur ? Isabo quitta le rang, brandit son arme et l’abattit sans adresse sur la première carapace qui croisa son chemin. Pour se donner courage, elle poussa un cri rauque. Elle frappa à nouveau. Et encore. Sans s’arrêter, jusqu’à ce qu’une main vint arrêter son geste. Les deux autres avaient terminé le travail. Le regard de la jeune Humaine tomba sur le cadavre de l’animal qu’elle avait haché en morceaux. Les larmes lui montèrent aux yeux, elle les retint.
#35685
La progression à travers la jungle se fit dans le silence, uniquement ponctué du bruit de leurs pas et de ceux de la végétation ambiante, luxuriante. Pourtant, il était facile de comprendre que quelque chose n'allait pas, n'était pas normal. Dromund Kaas vivait au rythme du côté obscur et les battements de son cœur en fusion étaient calqués sur ceux de l'énergie qui imprégnait toute la planète. Cette sensation était comparable à évoluer dans un cours d'eau boueuse et pâteuse, collante au possible, cherchant à noyer le voyageur imprudent qui osait pénétrer en ces lieux sacrés et abandonnés depuis des millénaires. Tout ce qui vivait ici avait évolué sous l'influence du côté obscur de la même façon que les Anciens Sith l'avaient fait sur Korriban la défunte.

Petit à petit, les formes de vie locales avaient acquis une compréhension souvent brouillonne de sa nature, appris instinctivement à manipuler ses pouvoirs meurtriers et imprévisibles. Mais cela ne s'était pas fait sans une certaine réciproque et toute chose sur ce monde était imprégnée du côté obscur, corrompue par lui. Comme une mutation maligne, elle avait pénétré tout et tous. Son influence ne pourrait jamais plus être éradiquée ni purifiée. Tant que Dromund Kaas existerait, elle resterait un monument au Côté Obscur de la Force. Une considération qui forçait à prendre conscience de combien serait forcément dangereuse leur petite excursion.

Bien que l'apprentie ne disposait nullement des pouvoirs de Vkoh, elle sentait tout de même, au moins partiellement, les créatures environnantes qui les observaient constamment et les surveillaient, certaines les suivant même sur de grandes distances. A l'affût, la Pantoran surveillait à son tour tandis qu'elles avançaient en silence. Et lorsque la nuit commença à tomber, alors qu'il allait être temps de monter un petit feu de bois et un campement sommaire, Vkoh et elle se retournèrent presque simultanément, ayant senti le danger venir. Une dizaine de Yozusk avaient émergé des ombres de la jungle, fous furieux et fermement décidés à se repaître des intruses. Malheureusement pour eux, ils allaient vite découvrir que leurs proies étaient en fait des prédateurs.

Dégainant sans hésitation son sabre laser, Varadesh se jeta de côté pour éviter l'une des pinces de l'animal avant de lui planter la lame orangée dans le ventre, provoquant un hululement de douleur vite interrompu lorsqu'elle tordit la lame à l'intérieur avant de l'en sortir, le bras couvert de sang. Une odeur nauséabonde commençait déjà à se répandre tandis que Vkoh massacrait ses propres bestioles. Pas le temps de réfléchir que déjà d'autres tentaient de l'embrocher. Dès lors, fonctionnant plus à l'instinct qu'à la réflexion, la Sith enchaîna les esquives et les coups de sabre, peu élégante dans ses mouvements mais économe et rigoureuse.

Plongée dans l'euphorie du combat, elle finit par en oublier de surveiller autant ses arrières qu'Isabo restée en retrait malgré son sabre allumé sans qu'il n'y ait eu besoin de le lui ordonner. Si elle avait encore beaucoup de progrès à faire, elle savait au moins faire preuve d'initiative et agir par elle-même. Alors que les prédateurs de la meute, ayant vu leurs congénères se faire massacrer, refluaient lentement en poussant des gémissements de deuil et de tristesse, la rousse s'acharnait à découper en morceaux celui sur lequel elle s'était jetée. Éteignant son sabre, l'apprentie s'approcha lentement de la jeune fille, jetant un regard amusé à Vkoh. Elle posa une main apaisante sur l'épaule d'Isabo, ce qui sembla la ramener à la raison.

Eh bien eh bien, tu lui as réglé son compte ça ne fait aucun doute.

Elle croisa le regard de la jeune humaine qui semblait mortifiée, au bord des larmes et pas du tout dans son assiette. Cela la fit froncer les sourcils. Quel était le problème ?

Que ressens-tu ? De la peur ? De la honte ? De la culpabilité ? Pourquoi ? Tu as défendu ta vie, la chose la plus précieuse qui soit et tu l'as fait en affrontant ton ennemi avec tes armes, comme il se doit. Un Sith ne fuit pas ni ne plie, il affronte et il vainc. Pleure si tu le dois, aie peur même, ce n'est pas une faute. Mais ne te reproche rien. Jamais.

Tapotant gentiment l'épaule de la jeune fille, Varadesh la laissa alors à ses pensées, examinant les cadavres des animaux avant de s'en aller rejoindre Vkoh qui faisait... Ses trucs, quels qu'ils soient. Songeuse, l'apprentie alternait son regard entre les environs, les cadavres, Isabo, Vkoh, la jungle et ainsi de suite.

Il va falloir commencer à songer à établir un campement vu l'heure, ce ne serait pas prudent de continuer de nuit. Peut-être qu'on pourrait monter les tentes ici, à côté des corps. J'ai dans l'idée que ça pourrait servir d'avertissement aux éventuels prédateurs qui rôdent dans le coin. D'un autre côté ça peut aussi être vu comme une provocation... Qu'est-ce que tu en penses ?

Si l'apprentie ne se sentait plus vraiment liée à ce qui restait de Jeny, cela ne l'empêchait pas de garder suffisamment d'empathie pour vouloir lui faire sentir que, loin d'être une paria, elle la comptait comme faisant partie du groupe. Une attention que l'on pouvait attribuer à sa nature d'antan, joviale et pleine de bonté, qui tendait à disparaître peu à peu.
#35710
La randonné dans cette forêt avait quelque chose de surnaturel, d’irréelle. L’ambiance tout d’abord y était confinée à des strates qui allaient au-delà de sa propre compréhension. Il y avait cette atmosphère rare d’obscurité, qui élevait ses pouvoirs à des niveaux jusqu’à alors seulement. Tout y était mystique et résonnait autour d’elle comme autant d’échos. En quelque sorte, elle ressentait comme une euphorie qui faisait battre son cœur et qui lui faisait oublier les douleurs de son corps brisé. Cela la rendait encore plus silencieuse, emprunte de cette volonté de d’imprégnation dans cet univers. Il n’y avait pas de questions de contrôle ou de domination. Plutôt de compréhension, profonde, éthérée, céleste … Bien sûr, les créatures quant à elles n’avaient pas l’avantage de profiter de son niveau de réflexion, et malgré tout, elle obéissait à Mya. Aussi n’étant pas un morceau de choix, l’attention des créatures n’était pas tournée sur elle. Inutile de prévenir les autres de ce fait là, car le sort restait le même. L’ombre par moment sortait en fusée de la jeune femme, propulsée par une main négligeante. Le trait de fumée passait à travers la végétation en brûlant tout sur son passage. L’on ne voyait souvent pas les créatures avec les yeux, seulement les quelques cadavres à moitié dévoré par le côté obscure qui gisait dans le passage de ses traits. Assez éloquent pour leur permettre d’observer une certaine tranquillité.

Tranquillité très relative en définitif, car si elle surveillait les arrières, Vkoh ne faisait pas attention à l’endroit où elles se dirigeaient. Les trois femmes mirent pied sur le mauvais territoire, et elles le payèrent très rapidement. Les créatures, semblable à des crustacés géants firent leur apparition en une horde tueuse. Des pinces claquèrent autour d’elles et les rugissements démoniaques s’éparpillèrent dans la forêt. Les arbres eux-mêmes ployèrent sous ce déchainement de violence pourtant habituel. Jeny dégaina son sabre laser de la main droite et de la gauche, passa devant Isabo pour l’obliger à reculer. Sans un mot, sans un regard, c’était ce paquet-ci sur lequel elle devait veiller. Varadesh quant à elle faisait déjà parfaitement bien ce pourquoi elle avait été formée et massacrait les unes après les autres, les créatures qui se présentaient. La première qui voulut attaquer la championne des ombres fut coupée latéralement sans une once de fantaisie. La seconde quant à elle chargea et fut retenu par les tentacules de fumées qui la réduisirent à l’état de coquille vide.

Jetant un regard en arrière, elle aperçut une autre créature qui attaquait de flanc sur la rousse peureuse. Jeny jeta son sabre laser en signe de désespoir mais rebondit du mauvais côté. Pas le temps d’incanter quoi que ce soit, elle se lança à l’assaut de la créature et brisa sa charge. Après quoi, l’ombre sortit pleinement de sur ses flancs et encercla la créature pour l’y tailler le corps de part et d’autre. Ce à quoi Isabo répondit en chargea cette même créature pour en faire de la bouillie. Jeny la regarda faire quelques secondes, avant de stopper sa main armée avec la sienne d’une poigne ferme. Là où Varadesh se contenta de signifier sa présence et jeter un regard malicieux à Vkoh. Cette dernière se recula légèrement et arracha la griffe qui la transperçait de part en part. Sans aucun commentaire, tandis que son aura s’amoindrie légèrement pour se concentrer sur sa blessure. La combinaison était percée, sa peau aussi. Mauvais côté. Le sang ne coula cependant pas, parce qu’il n’y avait plus assez de battement de cœur pour l’y envoyer. Les manœuvres désespérées terminaient à chaque fois mal, c’était un fait. Elle grogna pour elle-même et laissa là sa blessure. Avec un peu d’imagination, l’on n’aurait pu distinguer un bout de viscère qui était posée là.

« Hm… Je ne connais pas la chaîne alimentaire. Si ces créatures se font manger, leurs prédateurs vont trouver là un festin. Montez les tentes, je vais monter la garde cette nuit. »

Pas question de prendre des quarts, elle n’avait confiance qu’en ses capacités de survie. C’était ce qui la définissait après tout. Les autres étaient des héritières ou des bibliothécaires. Sans un mot, Jeny attrapa la patte d’une créature et traina l’ensemble derrière elle avant de disparaître dans la forêt. De cette créature, elle en dissémina quelques morceaux ensanglantés dans une zone périphérique autour de leur futur campement. Dans le même temps, elle laissait son empreinte sur les lieux. Une aura obscure, sombre et clairement non amicale. Après quoi, au bout d’une heure d’absence, elle revint au campement, sans rien. Sans un mot, elle vint s’assoir près du feu qui avait été installé par les deux femmes restées au camp.

« Personne ne s’approchera, promit-elle. Méfiez-vous de vos rêves cette nuit cependant. Nous sommes dans un territoire hostile et dominé par l’obscurité, le vrai. Mangez vite et allez-vous coucher. Isabo, garde la lueur du feu en visuel. Tu appelleras si tu as besoin d’aide. »

Un regard vers Varadesh. Elle, elle n’avait déjà plus besoin de l’aide de personne. Jeny n’était pas particulièrement autoritaire, mais sa voix métallique la rendait intransigeante. Qu’on l’écoute ou pas, elle n’en avait rien à faire. Tout ce qui l’intéressait, c’est qu’elles survivent. Tout autant qu’elle-même en essayant de s’assurer de cela. Autant mettre toutes ces chances de leurs côtés.
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By Ranath
#35739



    De la peur ? Il est mort ? Pleure. Mais fais pas de bruit.

    Allez, viens. Monter le camp ? Faire du feu ? On fait du feu ici ?

    Mange un truc, tiens. Nan ? Prends-le.

    Il fait noir. Nuit noire. Tout a disparu. Tout autour, néant. Et le feu. Il ne tiendra pas toute la nuit. Au-delà de la barrière lumineuse, rien. Le noir complet.

    Allongée sur le flanc, une couverture sur les épaules, la tête posée sur les mains, et les yeux écarquillés. Si les paupières se ferment … le néant.

    HEIN ? NON ! Ah … j’ai fermé les yeux. J’ai dormi ? Le feu … Ranath ?

    Elle a un regard effrayant. Des yeux bleus. Elle me regarde par dessus les flammes. Je ne peux pas m’empêcher de me redresser, de repousser la couverture posée sur mes épaules. Elle ne dit rien, moi non plus. Si je ne dis rien, elle ne dira rien. Elle est en colère ? J’ai fait quelque chose qui met en colère ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Elle se lève, elle s’en va !

    Non, attends !

    Je me lève, j’abandonne la couverture, j’oublie mon sabre, son sabre, et je me lance à sa suite. Dans l’obscurité la plus complète, les arbres se dessinent autour de nous, ils apparaissent à mesure que je cours sur les pas de la Mirialan. Je crois l’appeler, mais n’émets aucun son, elle ne m’entend pas. J’accélère le pas, allonge les foulées, mais elle est trop loin devant moi. J’ai beau tendre les mains, scander son prénom, rien. Elle disparaît sous mes yeux, entre les troncs. Et me voilà seule, dans le noir. Je la cherche du regard. J’ai peur. Elle est là.

    Ranath !

    Elle pivote vers moi. Ses yeux d’or pleurent des larmes d’encre. Et son sabre, rouge comme le sang. La haine. Cela fait longtemps qu’elle a dépassé le stade de la colère. Ses peurs, ses regrets.

    Comme moi ?


    La lame se lève vers moi.

    Un monstre ?


    Non, forte.

    Tu es faible. Tu ne domineras jamais tes peurs.


    Elle s’avance vers moi. Elle a peur aussi. Elle a toujours eu peur. Elle fuit constamment. Seule. Je ne suis rien. Nous ne sommes rien. Nous servons ses ambitions, sans espoir de récompense, ni de reconnaissance. Je veux être comme toi, antipathique. Une tueuse de sang froid. Apprends-moi.

    Le Côté Obscur t’anéantira.


    Et toi, tu luttes encore contre lui. Tu es tombée, tu as échoué. Tu fuis le véritable pouvoir, parce que tu connais le prix à payer, et tu refuses ce sacrifice. Tu seras bientôt … tu es peut-être déjà dépassée … Tu n’atteindras jamais la vraie puissance.

    Elle s’approche encore. Elle va me tuer. Sa main saisit mon visage, couvre ma bouche, sa lame plonge dans ma chair, perce mon estomac. Je suffoque.

    Abandonne …


    Tant de haine. La douleur … et je les vois. Ce ne sont pas des arbres. Ce sont des corps. Inertes. Flasques. Et morts. Je ne peux plus respirer. Ils sont partout. Leurs yeux s’illuminent soudain d’un éclat surnaturel. Tout autour. Varadesh … Vkoh … Je cours à leur rencontre, je les appelle, toujours muette. Ma pensée court plus vite, elle trouve d’abord l’Humaine, elle est là. Je vais à elle. Je me brûle à son contact, son esprit … est mort. Je l’ai touchée, ça brûle. Qu’est-ce que c’est ?





    Un sursaut, un cri de mulot. Isabo ouvrit brusquement les yeux, trempée de sueur. Devant elle, le feu brûlait encore doucement. Des braises s’échappaient quelques minces flammes. Sans trop réfléchir, la jeune femme se redressa pour pivoter lentement vers Vkoh. Elle ne la vit pas, mais devinait sa présence, plus loin. Machinalement, elle tendit vers elle sa pensée vers l’esprit de la Sith, à la recherche d’un contact. Mais ce contact était effrayant, elle osait à peine s’approcher. Quelque chose, sous cette combinaison était mort. L’obscurité trouvait là un point de concentration extrême.

    Ce n’est qu’en se relevant que Ia Comtesse constata que le jour se levait lentement et que les rayons du soleil se frayaient un chemin entre les arbres de la jungle. Isabo se mit sur pieds pour rejoindre Vkoh.

      « Vous … vous n’avez pas dormi ? »

    Les autres étaient toujours là …

      « On n’est pas seules, n’est-ce pas ? J’ai l’impression qu’on nous observe … Je ressens comme … des présences … Non ? »

    La gamine soupira doucement.

      « Je ne sais pas si je peux demander … qu’est-ce que c’est, cette fumée ? »



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